XIII
Discuter et apprécier ces vers de Boileau :
Au Cid persécuté Cinna dut sa naissance,
Et peul-ûlre ta plume aux censeurs de Pyrrhus
Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.
(Aix. — Baccalauréat.)
Après avoir expliqué l'importance de la date de 16G7 dans l'histoire du théâtre français, vous ferez ressortir l'originalité du rôle d'Andromaque dans la pièce de Racine qui porte ce nom. (Var. — Brevet scpérieur. — Aspirantes, 1887.)
Faire ressortir les différentes phases du rôle d'Andi omaque. (Creuse. ^ Brevet scpérielr. — Aspirantes, 1887.)
Exposer le rôle d'Andromaque au point de vue du l'amour maternel. Comparer celte héroïne avec une autre mère choisie dans les tragédies de Racine.
(Saône-et-Loire. — Brevet supériel-r. — ■ Aspirantes, 1880.)
Montrer quels sont les principaux ressorts de la tragédie à'Andromaque, et comment Racine y accommode ses emprunts
et ce sujet antique aux mœurs d'une société moderne et raffinée.
(Côtes-du-Nord. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1887.)
Racine ouvrit une voie nouvelle à la tragédie avec Ajidromaque. Montrer, d'après cette pièce, que le poète ne nous intéresse plus comme Corneille à la lutte de la passion et du devoir, mais à la lutte des passions les unes contre les autres.
V (Maine-et-Loire. — Brevet supérieur. — A-spirants, 1887.)
Hector et Astyanax ne paraissent pas dans la tragédie A'Andromaque. Ils ne sont pas cependant étrangers à l'action. On dira comment ils influent sur les résolutions des personnages et sur la marche des événements.
(Mayenne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)
Perrault dit qviWndromaque « fit le même bruit à peu près que le Cld ». Expliquer ce mot et dire pourquoi, aujourd'hui encore, cette comparaison se présente naturellement à l'esprit.
De l'influence des romans contemporains sur Racine auteur à' Andromaque .
Le dénouement d^ Andromaque est-il conforme au but mo:..' que la tragédie se proposait au xvii'^ siècle?
De la jalousie chez les femmes de Racine : Hermione, Roxane, Eriphile.
Chateaubriand écrit, dans le Gôtiie du chrisdanlxme :
« Les sentiments les plus touchants de TAndromaque de
Racine émanent pour la plupart d'un poète chrétien... Ce vers
si simple et si aimable :
Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui,
est le mot d'une femme chrétienne. Les anciens n'arrûtaient pas loDfîtemps les yeux sur l'enfance... Lorsque la veuve d'Hector dit à Céphise : •
Qu'il ail de ses aïeux un souvenir modeste : Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste,
qui ne reconnaît la chrétienne? C'est le Deposuit patentes de sede. L'antiquité ne parle pas de la sorte, car elle n'imite que les sentiments naturels; or les sentiments exprimés dans ces vers de Uacine ne sont point purement dans la nature... Après ce vers :
Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté,
elle ajoute :
Plutôt ce qu'ils ont fait que ce qu'ils ont été.
« Or, de tels préceptes sont directement opposés au cri de l'orgueil : on y voit la nature corrigée, la nature plus belle, la nature évangélique. Cette humilité que le christianisme a répandue dans les sentiments, perce h travers tout le rôle de la moderne Andromaque'. »
Que penser de cette théorie?
La veuve au théâtre ; comparez la Cornélic de Pompée à Andromaque.
Caractériser les progrès du talent de Racine de V Alexandre à ï Andromaque.
l. Une partie de ce jugement a été donnée en devoir de licence à Douai, en janvier iSS6.
En étudiant le caractère d'Oreste, faire la part de la victime inconsciente sur laquelle s'acharnent les P'uries antiques, et du désespéré moderne. Dans quelle mesure Oreste est-il irresponsable? Dans quelle mesure ce caractère annonce-t-il le caractère de nos futurs héros byroniens et romantiques?
Les confidents et les confidentes dans Andromaque . Étudier en particulier le rôle et le caractère de Pylade, en le comparant à Oreste. Le Pylade antique et le Pylade moderne.
Villefranche-tle Rouergue. — J. Bardoux inipr.
(Novembre 16GS.)
Double occasion tics « Plaideurs » : la leeliire d'Aristopiiaue; le procès de Racine. — Coniparaisoa générale des « Guêpes » et des « Plaideurs ».
Que Corneille, après s'être essayé à plusieurs reprises dans la comédie, ait écrit enfin le Menteur, on n'a point de peine à le comprendre. On s'explique moins facilement au premier abord que Racine ait écrit les Plaideurs, après avoir écrit trois tragédies dont deux étaient des essais pleins de promesses, dont la troisième, Andromaque, était un pur chef-d'œuvre. Lui-même, dans sa préface, nous éclaire : il a lu les Guêpes d'Aristophane, et il s'en est souvenu ; il a perdu un procès dont il s'est souvenu aussi, moins gaiement. Aristophane lui a donné le thème de sa pièce; le ton, l'accent, le tour si personnel de la satire, il les doit à la rancune de son procès perdu. Ce qu'il ne pouvait pas dire, c'est qu'une humeur naturellement satirique l'entraînait de ce côté, si bien qu'on doit s'étonner, non pas qu'il ait composé les Plaideurs, mais que cette œuvre reste isolée dans son théâtre.
Malgré cette humeur, il ne semblait pas destiné au rôle d'imitateur d'Aristophane. Aussi proteste -t-il, dès le début de sa préface, qu'il ne songeait guère à le devenir, lorsqu'il lut les Guêpes, qui, d'ailleurs, il l'avoue, le divertirent beaucoup. Tout au plus croyait-il qu'on en pouvait tirer une farce pour les acteurs italiens, alors en vogue.
Le juge qui saute par les fenêtres, le chien criminel et les larmes de sa famille me semblaient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur interrompit mon dessein, et lit naître l'envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane. Je ne me rendis pas à la première proposition qu'ils m'en tirent : je
C, de Litt. — RACINE {les Plaideurs). 1
leur dis que, quelque espiil que je liouvasse dans cet auteur, mon inclination no nie porterait pas à le jjrendre pour modèle, si j'avais à faire une comédii"; et que j'aimerais nneux imiter la régularité de Mi'iiaiidieet de Térence, qin' la lilierté de Plante et d'Aristoiihane. On me ri'pondit (|ue ce n'était pas une comédie qu'on me demandait, et quon voulait seulement voir si les bons mois d'Aristophane auraient quel(jue grâce dans notre langue.
On se doulail bien que l'ami de Boileau ne pouvait être sans réserve un admirateur d'Aristophane. Mais il témoigne ici vraiment trop de dédain à l'auteur dont il daigne se souvenir, et il ne semble pas se rendre un compte bien net de l'originalité' profonde, de l'éblouissante fantaisie, de la poésie, qui distinguent h' lliéùtre d'Aristophane; les « bons mots» lui en cachent le sens souvent très sérieux et la portée lointaine. 11 y a autre chose dans les Guêpes que le juge qui saute par la fenêtre, que « le chien criminel et les larmes de sa famille ». Il est permis d'observer, en passant, que ce trait, arislophanesque s'il en fut, les « larmes » de la famille désolée, est précisément de l'invention de llacine. Mais quelle différence entre cette satire sociale et politique desGuêpes, etl'agréable comédie des P/aidewrs.'lci, quelques ridicules finement esquissés; là, une des institutions essentielles de la république athénienne, celle du triobole, vouée à la risée, presque au mépris. Louis Racine sent et marque déjà cette dilTérence capitale.
Le principal personnage des deux pièces est un juge que la passion de juger a rendu si fou, qu'il faut le tenir enfermé : ainsi le sujet est le même, mais la conduite est ditïérente. Les comédies d'Aristophane ne roulent pas, comme les nôtres, sur une intrigue amoureuse, qui se termine par un mariage : il ne parait point de femme dans celle-ci, si ce n'est une vendeuse de jiain, qui vient à la lin de la pièce demander justice. L'objet des deux poètes est d'attaquer les mauvais juges ; mais nos comédies ne peuvent qu'être assaisonnées d'une raillerie douce et générale sur les défauts ordinaires aux gens d'une certaine profession, sans nommer personne, au lieu que plusieurs, comédies d'Aristoptiane sont des satires cruelles contre les principaux de l'État, que le poète nomme, contre les Athéniens et leur gouvernement. Ce n'est pas un seul juge qu'Aristophane tourne en ridicule dans les Guépc>, c'est tout le corps des juges d'Athènes.
Et tout le corps des juges, c'était tout le corps des citoyens, car des milliers de citoyens siégeaient chaque année dans les divers tribunaux. C'était, au début, un devoir civique dont ils s'acquittaient sans rétribution ; dès qu'il fut rétribué, il devint un métier, où les juges oisifs, sûrs de toucher leur triobole, s'endormaient dans une paresse orgueilleuse. La comédie d'Aristophane est un violent et plaisant réquisitoire contre cet abus;;. à ti^avers tous les incidents d'une action d'ailleurs peu compli-
quée (car cette satire est à peine une comédie), on voit poindre la thèse qu'il soutient, qu'il dramatise, en opposant, dans un débat contradictoire, les inconvénients et les dangers du métier déjuge à ses avantages. Bien que la part de la satire soit encore la plus considérable dans les Plaideurs, la pièce de Racine se rapproche davantage de l'idée que nous nous faisons d'une comédie. Sans être fort compliquée, l'intrigue en est moins élémentaire; les ridicules des plaideurs, s"ajoutant au ridicule du juge, la fortifient. Mais tout ce qu'on gagne de ce côté, on le perd du côté de la profondeur. On ne peut guère citer qu'un passage des Flaideurs où l'épigramme laisse un arrière-goût d'amertume : c'est celui de la dernière scène, où Dandin otfre galamment à Isabelle de la mener, pour la distraire, voir donner la question à un criminel, à peu près comme Diafoirus propo'se le divertissement d'une dissection à la tendre Angélique.
DANDIN
Is'avez-vous jamais vu donner la question?
ISABELLE
Non ; et ne le verrai, que je crois, de ma vie.
DANDIN
Tenez, je vous en veux faire passer l'envie.
ISABELLE
Eh, Monsieur! peut-on voir souffrir des inallieureux?
DANDIN
Bon! cela fait toujours passer une heure ou deux.
D'ordinaire, Racine glisse à la surface d'un sujet qu'on lui permet bien d'effleurer en riant, qu'on ne lui permettrait peut-être pas d'approfondir. Il a pourtant emprunté à Aristophane les deux ressorts principaux de sa comédie : la manie du vieux juge, le procès domestique. Mais il accommode ses emprunts au goût français.
Philoclcou et Perrin Dandin. — Le procès chez Aristophane et chez Racine.
Perrin Dandin ne ressemble pas à Philocléon autant qu'on serait tenté de le croire quand on compare les débuts des deux
pièces. Chez Aristophane, l'esclave Sosias fait le guet devant la porte, comme Petit-Jean chez Racine.
Nous avons un maître fort illustre, qui dort là-haut à l'autre étage. Il nous ;i charges de garJer son pi're, qu'il a enfermé pour qu'il ne pût sortir... Je vais vous dire la maladie de notre maître : il est de tous les liunnnes celui ([ui aime le plus le tribunal de la i)lace Héliée. Ainsi, juger, voilà sa passion, et il gémit s'il ne siège au premier banc. Il ne ferme pas l'œil de la nuit... Son coq chantait le soir : » Il a, dit-i! , reçu de l'argent des accusés jiour me n''veiller tartl •. »
On reconnaît plus d'un trait emprunté par Racine à son devancier. Dès ce début, pourtant, une différence est à noter : Sosias nous avertit que Philocléon, juge impitoyable, ne manquait jamais de condamner les accusés. Petit- Jean ne nous apprend rien de pareil sur Dandin, dont la manie semble plus inofîensive. « 11 est porté, dit L. Racine, à faire du mal, comme le juge d'Athènes, et lorsque, après s'être endormi à l'audience, il se réveille en sursaut, il prononce : « Aux galères ! » Mais le cri qui échappe au dormeur réveillé est plus plaisant que féroce.
II est un trait par où les deux juges se rapprochent davantage : c'est le commun orgueil qu'ils ont des prérogatives attachées à leur profession. Ce n'est qu'un trait légèrement indiqué chez Racine; chez Aristophane, Philocléon, d'un côté, Bdélycléon , son iils, de l'auti^e, plaident longuement le pour et le contre, dans une scène qui est comme l'àme de toute la pièce, en face de l'essaim des Guêpes au dard acéré, vieux combattants de Marathon, dont le dard, autrefois redouté de l'ennemi, ne fait plus peur qu'à leurs compatriotes accusés. Ceux-ci sont venus dès l'aube chercher leur collègue. Il essaye de s'échapper, mais est ressaisi pâ'r ses gardiens. Racine s'est souvenu aussi de ces tentatives d'évasion. Philocléon s'échappe par les tuyaux ou par les lucarnes, enfonce des bâtons dans les murs, et saute d'échelon en échelon, comme font les pies.