‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 3)Chapitre 9 sur 106 · V. Cousin, du Vrai du beau et du bien; Didier · texte numérisé non relu

V. Cousin, du Vrai du beau et du bien; Didier

Nous admirons Corneille d'avoir une si haute idée de nous ; Racine, de nous connaître si bien. C'est à nous-mêmes que nous nous intéressons dans les pièces de Racine.

NisARD, Histoire de la littérature française, t. ÏII; Didot.

Virf;ile et Racine, enclins tous deux à une tristesse douce, à une rêveuse mélancolie, tous deux ont excellé dans la peinture des sentiments passionnés et tendres, tous deux ont également atteint la perfection de la forme. Les lignes de leur style ondulent avec la même pureté, la même finesse, la même grâce exquise que celles des plus belles statues grecques. Le travail, Feirort ne se sent nulle part dans ce vers si savant, où l'art, porté à son dernier terme, redevient la nature, la nature idéale que l'esprit contemple avec ravissement.

Et quel regard jeté dans les abîmes du cœur ! Comme Racine en pénètre les mystères, en dévoile les contradictions, les ruses secrètes, les mouvements variés, les soudains élans et les brus- ([ues retours! Puis, de ce cœur si mobile, si caché à lui-même, sort tout à coup un de ces mots simples où se révèle la mère, l'épouse, l'amante, un de ces accents que l'on prendrait pour le son même de l'àme.

Racine est le Raphaël du drame. Expression, dessin, couleur à la fois brillante et sobre, il réunit toutes les qualités distinctives de ce grand maîlre.

Lamennais, de l'Art et du Beau; Garnier.

Racine est le modèle de la diction irréprochable. Tout, chez lui, se subordonne, s'enchaîne, concourt au but, achève la pensée, ajoute à l'eliet. Une science consommée se manifeste par une ordonnance lumineuse. Plus on met d'attention à le lire, plus on admire cette correction si sûre, cette facilité à triompher de toutes les tyrannies de la versification, cette langue à la fois si pure et si hardie, la variété dans la coupe de la phrase, le naturel dans le mouvement du discours, la logique cachée, mais partout sensible; la délicatesse des transitions, la diversité des tons, l'économie des moyens, la gradation des plaidoyers, la hauteur de l'ironie, la passion avec ses retours rêveurs aussi bien que ses éclats délirants, une psychologie non moins fine que profonde, une puissance qui s'élève sans efforts à la hauteur des plus tragiques situations, acceptant

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