Cours de littérature à l'usage des divers examens
Écrire l'histoire de la fable, ce serait écrire l'histoire même (le l'esprit humain, qui toujours s'est plu à envelopper la vérité du voile de l'allégorie, surtout aux époques où la vérité ne se faisait accepter des despotes qu'à force de précautions prudentes. Nous avons à montrer seulement ici par quelle filière ininterrompue la fable antique arriva jusqu'à la Fontaine, comment elle a été modifiée par le génie de notre race, élargie par le dernier héritier des poètes gaulois, et portée si haut que c'est à peine si quelques-uns ont tenté de la reprendre après lui, sans prétendre l'y égaler.
Il nous sera donc permis d'écarter l'apologue oriental, la parabole évangélique, la fable grecque et la fable latine, auxquelles nous reviendrons, et il nous suffira de dire que, du temps des Théodoses aux xivo et xv" siècles, d'Aviénus à Planude et à Abstemius, en passant par le rhéteur byzantin Aphtonius, par Uomulus, Vincent de Beauvais et bien d'autres, le souvenir d'Ésope, de Phèdre, de Rabrius, est perpétué par des recueils en vers ou prose d'une exactitude souvent très douteuse. Planude est plus connu par l'honneur que lui a fait la Fontaine en plaçant sa fabuleuse Vie d'Ésope en tète de ses Fables, et aussi par l'erreur singulière qui lui fait voir presque un contemporain d'Ésope en ce moine du xiv" siècle. Le recueil des prétendues fables d'Ésope, écrit par Planude dans une prose grecque peu élégante et parfois peu corecle, ne méritait pas tant de respect. Déjà Abstemius (Laurent Astemio), qui vit à la fin du x v» siècle, est plus digne d'attention,