‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 120 sur 134 · TURCARET · texte numérisé non relu

TURCARET

81 je l'aime ! Malepeste I je suis abonné à l'Opéra.

LE Clin VA MER.

C'est la passion dominante des gens di> grand mondt.

TORCARET.

C'est la mienne.

LR CHEVAI,IB&.

La musique remue les passions.

TORCARBT.

Terriblement. Une belle voix, soutenue d'une trompette, cela jette dans une douce rêverie.

Enfin M. Jourdain veut bien qu'on dise que son père donnait des étoffes à ses amis pour de l'arycnt, mais ne veut pas qu'on dise qu'il a été marchand. Turcaiet se contente pour lui-même de distinctions aussi subtiles: « Me venir dite à mon nez que j'ai été laquais de son grand-père ! Rien n'est plus faux : je n'ai jamais été que son homme d'affaires. » Mais tant de ressemblances avec le Bourgeois gentilhomme ne font pas que la pièce soit gaie et que Turcaret soit autre chose qu'un fripon. On dit Turcaret tout court, et ce nom exprime un financier d'horKiOteté douteuse; on dit « Monsieur Jourdain », avec une nuance d'ironie à la fois et de pitié, ce pauvre, ce bon M. Jourdain. Car il est un peu fou, mais point du tout méchant.

Il est égoïste, mais d'un égoïsme inconscient, si peu calculé, que c'est un trait comique de plus. S'il est mauvais père de famille, c'est bien malgré lui : comme il ne conçoit point de bonheur et d'honneur plus grand que celui de s'allier aux gens de qualité, il croit rendre heureuse sa fille en la faisant marquise, ou duchesse, ou princesse turque. S'il est facilement irritable (presque tous les bourgeois de Molière, on l'a observé, le sont un peu), il est aussi prompt à sapaiser qu à s'emporter; les sorties de sa servante Nicole et peut-être même les aigres récriminations de sa femme lasseraient de plus patients : il peste contre elles, mais les tolère, et il faut renlrainement des

folies carnavalesques du cinquième acte pour lui arracher cette boutade : « Je donne Nicole au truchement, et ma femme à qui la voudra. « Cela ne l'empêchera pas de rentrer paisiblement dans son ménage, où il oubliera Dorimène sans trop de peine, mais n'oubliera pas sa folie, qui est parmi les folies incurables. En jugeant ce caractère, il faut se garder de deux excès : celui qui en exagérerait la bonhomie, et celui qui en exagérerait l'égoïsme. Vanter exclusivement l'obligeance, le désir de s'instruire, le bon cœur de M. Jourdain, le montrer digne de notre sympathie plus que de notre ironie, c'est affaiblir, avec la portée morale, le comique de la pièce; c'est même nous rendre un peu pénibles les mystifications dont cet excellent homme est victime. C'est lui pardonner aussi trop facilement son étrange façon de comprendre la famille, la honte qu'il a de ses parents, de sa condition, de son intérieur. Mais, d'autre part, trop insister sur les fâcheux effets dune manie qui désagrège une famille, sur l'odieux d'une conduite qui est surtout ridicule, c'est trahir les intentions trop visibles de Molière, qui touine tout, non seulement à la comédie, mais à la farce Oui, M. Jourdain pourrait faire le malheur de ceux qui l'entourent, si Molière laissait son caractère se développer logiquement et produire tousses effets; mais il s'en garde bien, et celui qui aurait pu être un mari coupable, un père dénaturé, n'est plus que le héros d'une mascarade. D'ailleurs, l'énergique bon sens de M™« Jourdain veille, et nous sommes rassurés.

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