‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 122 sur 134 · Don Quichotte, partie II, ch. t · texte numérisé non relu

Don Quichotte, partie II, ch. t

homme, Philaminte, des Femmea savantes, la comtesse d'Escarbagnas, ont des enfants qui paraissent dans la pièce; mais elles n'agissent pas en tant que mères : M™e de Sotenville est surtout une beile-mère, M"e Jourdain une femme révoltée, Philaminte un bel esprit mésallié, M™» d'Escarbagnas une veuve à prétentions. On pourrait, à la rigueur, supprimer leurs enfants sans rien enlever d'essentiel à la peinture de leurs caractères'.

Il est vrai que les mères vraiment mères sont rares dans le théâtre de Molière ; mais ne faudrait-il pas faire une exception en faveur de M™= Jourdain ? et l'originalité de ce caractère ne consiste-t-il pas précisément dans l'alliance d'une volonté un peu âpre avec une tendresse contenue, qui corrige ce que l'énergie du caractère pourrait avoir de trop peu féminin ?

Les jeunes gens; Cléonte et Lùcilfe.

Le conflit entre M. et M"» Jourdain aurait quelque chose de sec et de pénible, si les jeunes gens n'étaient là pour y faire briller un sourire. L'amour de Cléonte et de Lucile est loin, d'ailleurs, d'être un hors-d'œuvre dramatique : il accroît l'intérêt de l'action; il est presque l'action même, puisque l'essentiel de cette action peu compliquée, c'est la demande en mariage de Cléonte et le refus de M. Jourdain, qui détermine Covielle à emporter par la ruse le consentement qu'on n'a pu conquérir par les voies loyales.

C'est le plus loyal, en effet, des amoureux de théâtre, ce Cléonte qui ne veut point du bonheur acheté au prix d'un mensonge facile. A M. Jourdain qui lui demande s'il n'est point gentilhomme, il répond avec une flère simplicité :

Monsieur, la plupart des gens, sur cette question, n'hésitent pas beaucoup ; on tranche le mot aisément. Ce nom ne fait aucun scrupule à prendre ; et l'usage aujourd'hui semble en autoriser le vol. Pour moi, je vous l'avoue, j'ai les sentiments sur cette matière un peu plus délicats. Je trouve que toute imposture est indigne d'un honnête homme, et qu'il y a de la lâcheté à déguiser ce que le Ciel nous a fait naître, à se parer aux yeux du monde d'un titre dérobé, à se vouloir donner pour ce qu'on n'est pas. Je suis né de parents, sans doute, qui ont tenu des charges honorables; je me suis acquis dans les armes l'honneur de six ans de services, et je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable : mais, avec tout cela, je ne veux point me donner un nom où d'autres, en ma place, croiraient pouvoir prétendre, et je vous dirai franchement que je ne suis point gentilhomme.

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