HENRIETTE
L'amour, dans son transport, parle toujours aind. Des retours importuns évitons le souci.
Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie, Que les fâcheux besoins des choses de la vie; Et l'on en vient souvent à s'accuser tous deux De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.
On a beau jeu à disserter sur la nature du sentiment qxA inspire à Henriette ce refus imprévu. C'est délicatesse, tendresse contenue, d'autant plus touchante, disent les uns. C'est manque de courage et de foi, par suite manque d'amour, disent les autres. D'autres enfin suivent une opinion moyenne et disent avec M, Legouvé :
Sans doute la passion ne raisonne pas ainsi, malt Henriette a'eat pu nne
passioonée; Molière a touIu peindre une créature affectueuse, dérouée et sensée. Le bon sens se mêle à tout chez elle, même au sentiment; ce pétillement de gaieté, de verve, de moquerie, repose sur un fond solide de raison et d'esprit pratique. Elle me fait l'effet d'une petite-fille de M™» de Sévigné. Il lui manque, dira-t-on, un grain de poésie ; sans doute, mais si elle l'avait elle ne serait plus Henriette.
îl n'y a qu'un mot de trop dans ce jugement : Henriette n'est pas la petite-fille de M™* de Sévigné ; elle est de souche bourgeoise, plus judicieuse que brillante; mais, sans s'élever très haut, elle s'élève pourtant au-dessus de la bourgeoisie où elle est née, et il serait plus juste de dire que M™« de Sévigné eût fait d'elle une femme achevée, si elle avait pu compléter, aviver, approfondir les qualités rares que Henriette tient de la nature. Un contemporain * l'a fait entendre dans une page qu'il faut citer tout entière :
Il semble que Molière ne soit arrivé que par degrés à concevoir cette Image achevée de la jeune fille : l'Isabelle de l'École des maris, l'Agnès de l'École det femmes, en sont comme les premières et heureuses ébauches. Mais la vertu d'Isabelle ne va pas sans intrigue, ni l'ingénuité d'Agnès sans malice : c'est le produit de l'éducation « des verrous et des grilles ». Au milieu des dangers et des folies qui la presseï^, Henriette n'a d'autres armes que son bon sens supérieur et sa grâce exquise. Respectueuse à l'égard de sa mère, même alors que Philaminte la menace des plus dures extrémités; contenue à l'égard de sa tante, même alors que Bélise l'étourdit de ses billevesées; plus libre avec sa sœur et ne se refusant point contre elle des tours d'une raillerie fine et superbe ; digne et touchante avec Clitandre ; affectueuse pour son père, qu'elle soutient; impitoyable pour Trissotin, qu'elle écrase de ses froids dédains, eUe est irréprochablement droite et loyale envers tous. Gomment donc et par qui a-t-elle été élevée ? Par elle-même d'abord sans doute : pour un esprit habitué à observer et à se replier, quelle école que le spectacle de cette famille d'où le raisonnement a banni la raison ! Mais j'imagine aussi que Molière avait trouvé quelques-uns des traits sous lesquels il la peint, dans cette société des la Rochefoucauld, des la Fayette, des Sévigné, à laquelle, nous venons de le voir, il voulut tout d'abord la présenter. Il ne faut pas souhaiter à une mère d'autres enfants que ceux qu'elle a «us ; les siens seront toujours ceux qu'elle préfère ; mais que n'aurait pas fait M™* de Sévigné d'une telle fille ? Henriette a par-dessus tout la simplicité, le naturel, la mesure, cette marque de l'esprit français. Nous l'aurions utilement consultée pour nos programmes, et il nous semble qu'elle n'en eût pas désavoué la direction. Elle n'entend pas le grec, et nous ne l'enseignons pas. Chrysale lui a appris à aimer à tenir le fil, un dé et des aiguilles, et nous nous gardons bien d'en dédaigner l'usage. Elle a des clartés de tout, mais des clartés intérieures : elle en profite ou elle en jouit pour elle, elle ne cherche point à en éblouir les autres. Son cœur est haut; mais, comme son esprit, elle l'applique sagement aux conditions de la commune existence. Qui ne la voit dans sa famille, veillant aux soins du ménage, sans exclure ni les agréments d'une imagination ornée ni la poésie des sentiments bien placés? C'est une perfection en un mot, mais une perfection de ce monde, qui s'est fait de la vie une idée saine et géné-
1. Griard, Discours prononcé à l'inauguration du lycée Molière. C. de Litt. — MOUÉki ii«* Femme* tavanteel. 2
reuse, et en goûte toutes les joies comine elle en accepte tons les devoira. Quel plus enviable idi^al pourrions-nous nous proposer?
Si donc on l'accuse aujourd'hui de n'être pas une vraie jeune fille, c'est que, depuis Molière, l'idéal de la jeune lille s'est singulièrement modifié, altéré peut-être, sous des influences plus étrangères que françaises. L'équilibre des qualités a été détruit; l'imagination et la sensibilité ont pris le pas sur la raison. Française, et Française du xvii« siècle, Henriette est ce qu'elle devait être. Mais il faut accorder que la raison, chez elle, aune maturité qui étonne, et s'exprime avec une fermeté d'ao cent particulière. La démarche hardie qu'elle fait près de Trissotin, sa franchise, son ironie impitoyable, ses menaces mêmes, tout cela est-il encore d'une jeune fille? Oui, mais d'une jeune fille qui a grandi seule, orpheline, pour ainsi dire, puisqu'elle ne trouve en sa mère, en sa tante, en sa sœur, que des ennemies, en son père qu'un protecteur qui a besoin d'être protégé luimême. Il faut qu'elle ait du bon sens pour les unes et du courage pour l'autre. Menacée dans son propre bonheur, il faut qu'elle se défende. Aussi a-t-elle pris de bonne heure l'habitude de s'observer et de se contenir; d'où une froideur apparente, qui n'est que défiance salutaire et possession de soi-même. A cette âme contrainte par tant de gênes, peut-on demander de s'épanouir librement dans sa candeur, comme l'âme d'une jeune fille à qui sourit la vie? Elle semble moins jeune qu'une Marianne et qu'une Lucile? Qu'importe, si elle l'est intérieurement, et surtout si elle le reste ! Henriette restera jeune. En lui permettant d'être elle-même, le mariage la révélera aux yeux de ceux qui la méconnaissaient, avec sa grâce sérieuse et m raison enjouée.
Clitandre. — L'honnête homme. — L'esprit da monde opposé au pédantisme.
Lui-même, Clitandre a besoin d'être dirigé par cette petite œam douce et ferme, car il faut avouer qu'il s'aide peu luimêmç. Henriette lui fait un tendre reproche de son peu de complaisance à l'égard de Philarainte et de Bélise, dont il ne ménage pas assez les « visions ... Philaminte ne le vovait pas d un trop mauvais œil d'abord, surtout quand il aillait Armande ; mais il se l'est vite aliénée par ses « procédés .. froids
OU railleurs. Il traite assez rudement l'inofiFensive folie de Bélise. D'Armande, qui l'a repoussé d'abord, et qu'il repousse à son tour quand elle revient à lui, il se fait une ennemie mortelle. C'est qu'il est sincère avant tout : l'élégance aisée de ses manières cache un caractère original et décidé ; et c'est parce qu'il aime en toutes choses la simplicité et la clarté, qu'il n'a rien compris aux détours subtils, à la pruderie savante, aux éternels atermoiements d'Armande. Quelque temps, deux ans au plus, il a patienté; mais enfin, lassé de tant de rigueur, il a cherché « de moins rudes chaînes », et, au refus d'Armande, il a tourné les yeux vers Henriette.
Amour bien paisible et bien peu profond, semble-t-il, celui qui si vite peut changer d'objet. On juge donc Glilandre peu passionné et Henriette peu hère. Mais il faut considérer que tout les rapprochait l'un de l'autre, et que leur traité d'alliance n'a pas dû être long à se conclure. L'amour de Clitandre pour Armande était un,e erreur; il l'a bien compris quand il lui a comparé Henriette. Pour le comprendre, il lui aura suffi de surprendre entre les deux sœurs une conversation comme celle qui ouvre le premier acle. D'un côté, que de rêveries nuageuses! de l'autre, quel sens de la vie! Chez Armande, l'alfectation de la préciosité recouvrant l'orgueil du pédantisme; chez Henriette, une parfaite droiture d'esprit et de cœur, point de grands mots ni de grands airs, point de grimaces. Désabusé du côté d'Ar- ■ mande, il a reconnu, il a aimé dans Henriette des qualités toutes françaises, claires et franches, les siennes, celles qui doivent appartenir à la femme de Clitandre pour que Chtandre ne soit pas malheureux. Voilà comment il peut se montrer sans embarras aux yeux de celle quïl a aimée d'abord, qui lui reproche d'être infidèle, qui ne le comprend pas et ne l'a jamais compris. En vérité, il pourrait se dispenser de lui répondre qu'il a « brûlé deux ans d'une constante ardeur «, que c'est elle qui le chasse, non pas lui qui la quitte. Comme il ferait mieux de dire que cet amour est né d'un malentendu, et que le malentendu s'est dissipé! Il faut bien enfin qu'ils s'expUquent, et cette explication suffît à prouver à quel point ils pensent, sentent et parlent différemment. Elle ne parle que d'immuable fidélité, d'union des cœurs où n'entre pas le corps, de belles âmes embrasées d'un feu céleste; lui, ne conçoit pas qu'on puisse séparer l'âme du corps :
Ponr moi, par un malheur, je m'aperçois, Madame,
Qae j'ai, ne voua déplaise, un corps tout comme une ftme :
Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part.
De ces détachements je ne connais point l'art;
Le Ciel m'a dénié celle philosophie,
Et mon àme et mon corps marchent de compagol».
Il n'est rien de plus beau, comme tous aver dit,
Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit,
Ces unions de cœur, et ces tendres pensée.-',
Du commerce des sens si bien débarra>p> e?.
Mais ces amours pour mo' sunl trop sublilisés ;
Je suis un peu grossier, comme tous m'accusez :
J'aime avec tout moi-même; et l'amour qu'on me doua*
En veut, je le confesse, à toutf la personne.
Cest bien encore un passendiste qui parle ; c'est le geiidr* futur de Chrysale, mais inliniment moins épais ; c'est aussi le futur mari de Henriette, d'une jeune flile sans pruderie comme sans effronterie, toute résipnée d'avance aux " bassesses humaines ». Cela tient-il à l'à^-e de Glitandre, qui, sans atteindre à la maturité, n'a plus cependant la fraîcheur de la toute première jeunesse, et diffère par là de la plupart des amoureux de comédie? Ou plutôt n'est-ce pas le véritable homme de cour qui se montre, en ce milieu bourgeois, avec ses qualités faciles, un peu ironiques, avec sa résolution arn^lée de n'être pas dupet Dès qu'il s'est aperçu qu'il risquait d't^tre la dupe d'Armande, il s'est dérobé, il s'est tourné vers Henriette : c'est qu'il a vu clair dans cette âme limpide et s'est cru sûr, en l'aimant, d'éviter non seulement la souffrance, mais le ridicule. Armande l'avait attiré par une certaine distinction de manières ; mai» la raideur de l'attitude, l'affectation du langage, le vide du cœur, il ne les soupçonnait pas ; Henriette le retient par des mérites qui gagnent à être observés de près. Si, suivant la définition de la Rochefoucauld, le vrai honnête homme est celni qui ne se pique de rien, et si Clilaiidre est cet honnête homme, on comprendra pourquoi il s'est détaché de l'une pour s'attacher à l'autre. Ajoutez que le temps est passé des longs voyages au pays de Tendre. « La mode est venue que les amants ne veulent plus être si mal traités, qu'il faut leur promettre ou leur donner lieu d'espérer, la lierté et la froideur n'étant plus des vertus propres à les conserver». » Armande est en retard sur la mode : elle oublie que depuis les Précietises treize ans te sont écoulés.
Clitandre n'est donc pas seulement un jeune premier moins
1. Éloge des Femmet sa«ante$, à U luito de* Obtervatittiê tw U lûmmm tOM» d« M"« Bufiet.
effacé que les autres, qui a de l'esprit, de la grâce, du tact, et d'autre part un dévouement chaleureux, un désintéressement que Philaminte elle-même admire : il représente le bon sens et le bon goût de la cour, « lesprit du monde », contre « le savoir obscur de la pédanterie ». C'est plaisir de le voir cribler de ses épigrammes légères un ennemi moins souple que lui, ou pau-fois, élevant le ton, élargir le débat entre les pédants et la cour, donner à la pièce son sens véritable :
Il semble à trois gredins, dans leur petit cerreau,
Que, pour être imprimés el reliés en veau,
Les Yoilà dans l'état d'importantes personnes;
Qu'avec leur plume ils font les destins des couronnet;
Qu'au moindre petit bruit de leui-s productions,
Ils doivent voir chez eux voler les pensions;
Que sur eux l'univers a la vue attachée;
Que partout de leur nom la gloire est épanchée ;
Et qu'en science ils sont des prodiges fameux,
Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux,
Pour avoir eu trente ans des yeux et des oreilles,
Pour avoir employé neuf ou dix mille veilles
A se bien barbouiller de grec et de latin,
Et se charger l'esprit d'un ténébreux butin
De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres :
Gens qui de leur savoir paraissent toujours ivres ;
Riches, pour tout mérite, en babil importun;
Inhabiles h. tout, vide» de sens commun,
Et pleins d'un ridicule et d'une impertinence
A décrier partout l'esprit et la science.
C'est Molière, n'en doutons pas, qui parle ici par la bouche de Clitandre; et que dit Molière, sinon ce que Montaigne a tant de fois répété : qu'il faut faire peu de cas de la science « purement livresque »; qu'une tète bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine; que le principal, le seul gain de nos études, c'est d'en être devenus meilleurs et plus sages; en un mot, que la véritable école de la sagesse, c'est le monde et la vie? Ces prétendus savants sont « inhabiles à tout », parce qu'ils ne vivent que dans leurs livres, et ils ne s'aperçoivent pas qu'ils ignorent précisément l'essentiel.
La science est sujette à faire de grands sots... Unaot savant est sot plus qu'un sot ignorant.
En y insistant, Clitandre est dans la vraie tradition gauloise et firançaise. Il 7 est encore lorsque, dans un couplet célèbre, il
oppose aux « femmes docteurs >> la femme instruite et modeste :
Je consens qu'une femme ait des clarté i de tout :
Mais je ne lui veux point la p;iision choquante
De se rendre savante afin dïlre savante;
Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fall.
Elle sache ignorer les choses qu'elle sait :
De son étude enfin je veux qu'elle se ctche,
Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache,
Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots,
Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.
On a raison peut-être de dire que la comédie tout entière est en ces quelques vers ; car ils tracf^nl, d'un côté, le portrait d'une Philaminte ou d'une Armande; de l'autre, le portrait d'une Henriette; ils disent à la fois ce qu'est la science fausse et ce qu'est la science vraie, ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut poursuivre. Mais de ce que Clilandre s'inspire ici visiblement du sentiment qui anime Molière, (fui est l'àme môme de sa comédie, s'ensuit-il, comme on le dit si souvent, que Molière emprunte sa voix pour exposer « son opinion sur l'éducation des femmes»? Non : Clilandre est un courtisan qui indique les choses, et n'y appuie pas lourdement. 11 marque avec précision un travers d'esprit; il sipnale avec sympathie, en passant, la qualité contraire, mais il ne se croit pas obligé de conclure. Et si on le pressait de s'expliquer davantage, il n'aurait qu'à montrer Henriette pour se faire comprendre et se donner raison.
Molière a«t-il one opinion sur l'éducation des femiBca? Ciirysale et Clitandre.
En nous faisant aimer Henriette, Molière s'est lui-même dispensé de préciser davantage sa pensée. N'est-cUe pas assez claire? Quel raisonnement en forme vaudra jamais cette antithèse dramatique, qui ne nous laisse pas hésiter sur le choix d'un modèle? Comment se fait-il donc que les Femmes savantes aient été parfois si mal comprises? Dans ses Réflejtons sur les femmes, M™« de Lambert s'en est prise à Molière des mœurs éhontées qu'étalaient certaines femmes de la Régence. La science, même pédaatesque, ne vaut-elle pas mieux encore que la débauche? Et détourner les femmes des occupations sérieu-
ses, n'est-ce pas les exposer à la tentation des plaisirs frivoles? Allant plus loin que M™" de Lambert, Rœderer, de nos jours, a formellement accusé Molière d'avoir voulu, en écrivant les Femmes savantes après les Prt^cieuS''s, infliger un surcroît de ridicule aux femmes dont les mœurs pures et l'esprit délicat étaient une censure muette de la dissolution de la cour. Comme si Henriette n'avait ni vertu ni grâce, comme si la plupart des femmes du xviii« siècle et même du xyu" n'eussent pas gagné à lui ressembler! Un contemporain et un ami de M™° Necker, le bon Thomas, dans son Essai sur le caractère, les mœurs et l'esprit des femmes, un siècle juste après Molière, exhalait ainsi ses regrets :
Ck)rame toul ce qui est bien a son excès, et qu'un bon mot ne peut manquer d'être une raison, en associant ce qui est ridicule à ce qui est utile, on vint aisément à bout de dt^crier les connaissances dans les femmes. Despréaux et Molière joignirent au préjugé l'autorité de leur génie. Mais tout deux chargèrent le tableau pour faire rire. Molière surtout mit la folie à la place de la raison, et l'on peut dire qu'il trouva l'effet théâtral plus que la vérité.
Thomas profitait de l'occasion pour esquisser le portrait d'une femme capable de penser profondément et de couvrir d'un voile doux ses lumières. « Je ne sais pas, disait-il, si Molière eût trouvé un pareil modèle dans le siècle de Louis XIV; mais je sais bien qu'il l'eût trouvé dans le nôtre. » ^our le trouver, il n'est pas besoin de descendre jusqu'à M°"= Necker, plus raisonneuse, mais aussi plus sèche que Henriette. (Ne disaiton pas d'elle que Dieu l'avait frottée d'empois au dedans et au dehors?) Mais Thomas se trompe de bonne foi, parce qu'il croit que Chrysale « est donné pour l'homme raisonnable de la pièce ». Bien d'autres l'ont cru, et c'est cette erreur généralement répandue qui explique la plupart des attaques dirigées contre les Femmes savantes. « Selon toute apparence, dit Schlegel, ce sont ses propres opinions que Molière a exprimées dans la doctrine étroite de Chrysale sur la destination des femmes, dans celle de Clitandre sur le peu d'utilité du savoir, et ailleurs encore dans des dissertations sur la mesure des connaissances qui conviennent à un homme comme il faut... »
Il faut distinguer : la boutade de Chrysale, empruntée à Montaigne, sur la « capacité » de l'esprit des femmes, est une vive riposte à l'expulsion de Martine. Philaminte, en voulant faire régner jusque dans la cuisine le respect de la grammaire, a dépassé toute mesure; exaspéré, Chrysale sort de la mesure à
son tour, en préconisant l'ignorance. C'est le mari de Phil»minte, c'est le père d'Armande, ce n'est pas le père de Henriette qui parle ainsi. Nous savons trop bien qu'il ne faut pas prendre à la lettre toutes ses paroles : ici ra-*me, il joue un personnage plaisant, et le comique résulte du choc des deux exagération! opposées, n en est tout autrement de Clitandre, qui est, quoi qu'en dise Thomas, le seul homme tout à tait raisonnable de U pièce. Clitandre est de sang-froid et s'explique atec une netteté qui ne laisse place à aucun doule.
philàmtntb.
Remettons ce discourt pour une autre taison : Monsieur n'y trouverait ni rime ni raiton; Il fait profession de chérir l'ignorance, Et de haïr surtout l'esprit et la science.
CLrrA.NDRB.
Cette Térité veut quelque a(ii lI.
Je m'explique. Madame; et ment
La science et l'esprit qui pûu... . , .sonne». Ce sont choses, de soi, qui sont belles et b'nnes; Mais j'aimerais mieux être au rang des i^oranta, Que de me voir savant comme certaine* gêna.
Voilà où est la vraie pensée de Molière , si elle est quelque part. U ne peut être un avocat d-^ l'ignorance absolue, l'homme qui en a montré les dangers en pet;.'nanl le caractère d'Agnès dans YÉcole des jemmes. Mais il ne peut davantage avoir prévu les besoins d'une société démocratique et laïque, l'homme qui était chargé de divertir Louis XIV. .N'allons donc pas lui demander une opinion précise sur un problème qui n'était pas encore posé ; ne parlons pas de « théorie », de « programme »• d'instruction. Les chercher dans une comédie, n'est-ce pas méconnaître la nature même de la comédie? C'est ce qu'on fait pourtant un peu, ce nous semble, quand on attribue une importance démesurée à ce vers tant discuté, tant amplifié dans tous les sens :
Je consens qu'une femme ait des clarté de tcmU
On explique « je consens » comme si Clitandre disait : « Je veux. » Mais point du tout ; il ne veut pas, il veut bien, il ne s'oppose pas, cela dépendra des conditions , des esprits, des circonstances. Point de règle commune, point de nécessité morale. Clitandre n'est pas un pédagogue et n'a rien à prescrire , rien
à définir. C'est un courtisan qui sur son chemin rencontre un rival inatfindu en la personne d'un pédant, renforcé de (rois pédantes. Provoqué, attiré sur un terrain qui n'est pas le sien, il ne cache pas son sentiment; il se défend d'aimer un excès par haune de l'excès contraire. Il accorde aux femmes le droit d'avoir des « clartés de tout », c'est-à-dire des lumières sur toutes choses, l, à-dessus, quelques-uns se récrient. La clarté! quel beau mot ! quel grand mot! C'est le droit à la lumière qu'on reconnaît aux femmes! Mais Clitandre dit « des clartés », certaines lumières, corlaines idées générales. Il va plus loin, sans doute, que Mo!il:r:,'ne, qui, n'ayant lui-même « gousté des sciences que la crousle première », trouve plus que suffisant pour les femmes ce qui lui a suffi. S'il y a progrès sur le xvi'= siècle, comme on est loin, je ne dis pas seulement du xix« siècle, mais du livre qui débutera par ce mot hardi, constatant le mal et apportant le remède : « Rien n'est plus négligé que l'éducation des filles ! » Pour poser ainsi la question, il ne suffira pas d être un Clitandre, il faudra être un Fénelon.
L'opinion de .Volière e.st surtout critique. — Ce qu'il ne veut pas. — Vaugelas et Martine.
Si l'on ne voit pas avec toute la netteté désirable ce que veulent Clitandre et Molière, on voit fort bien, en revanche, ce dont ils ne veulent pas.
Ils ne veulent pas d'une science mal entendue et mal digérée, qui enlève à la femme les qualités féminines par excellence, la modestie, la bonté indulgente, l'oubli de soi, le dévouement sans réserve aux devoirs de la famille. Avant tout la famille, avant tout la maison , la paix du foyer, la sérénité et le bienêtre de tous. Les besoins de l'intelligence ne doivent passer qu'après. C'est dans cette mesure que sont justes les récriminations de Chrysale.
Ils ne veulent pas des coteries prétentieuses et intolérantes, des « académies » présidées par les Philamintes et embellies par les Trissotins, où l'on admire les yeux fermés tout ce qui vient des amis, comme l'on critique aveuglément tout ce qui n'est pas d'eux. Au goût étroit et faux de ces cercles fermés, Clitandre oppose le goût large et fin du monde et de la cour.
42 COURS DE LlTTÉHAfURE
Ils ne veulent pas enfin du purisme étrangement délicat de ces grammairiens et grammairiennes qui pullulent^lans les salons, et ont toujours à la bouche le nom de Vaugelas. Fils du premier président du sénat de Savoie, chambellan de Gaston d'Orléans, puis gouverneur des fils de la princesse de Garignau*, Claude Favre, baroti de Vaugelas (Ii)85-I6D0), n'était nullement un pédant. Pellisson, qui nous le montre « agréable, bien fait de corps et d'esprit », dit qu'il craignait toujours d'offenser quelqu'un et n'osait lo plus souvent, par cette raison, prendre parti dans les débats. » Tous ses contemporains louent sa courtoisie, sa modestie, sa douceur. Il était mort vingt-deux ans avant les Femmes savantes, dans une pauvreté fière. Mais le» Remarques sur la langue frnnraise (164Tj faisaient encore loi, ou plutôt étaient devenups, entre les mains de Philaminte et de Bélise, la loi suprême, inexorableraeiH tyrannique, imposée même aux cuisinières :
L'impudente ! appeler an jargon le langage Fondé sur la raison el sur le hel nage!
Le bel usage, ou plutôt le bon usage, est défini par Vaugela» « la façon de parler de la plus saine partie de la cour, conformément à la façon d'écrire de la plus saine partie d.-s autours du temps ». Il a soin d'ajouter que la cour, à son sens, comprend les femmes comme les hommes, et celles des personnes de la ville qui, par la communication qu'elles ont avec les gens de la cour, participent de sa politesse, .\insi élargie, la loi « d'usage et de raison » dont abusera Philaminte ne semble point si oppressive; mais elle se rétrécit et se fausse de plus en plus. Du vivant même de Vangelas, l'excès était visible el le danger redoutable. Outre que Vaug^las ne choisissait pas toujours fort bien les modèles de celte pureté et de cette netteté qui lui paraissaient les qualités essentielles du langage (son auteur préféré, toujours cité avec un naïf respect, c'était « Monsieur Coeffeteau »), il était conduit non seulement à repousser les termes nouveaux, mais à éliminer les termes anciens dont la cour et Chapelain ne voulaient plus. Il était donc plutôt l'esclave que le directeur el le correcteur des caprices de l'usage. A plus forte raison le champ de l'usage se restreindra-t-il
1. L'un, dit-on, était sourd-muet. l'autre bogue. Talleraant assur« qu« la pnni;esse de Un^nan fit mourir \augelas à forco de le tourmenter et de le f --- ' te tonir de-bout et découvert. Voyez, sur Vaugelis Sainte-UeuTe, cite 4 la B
'd« écHvLtrde noK' la'g'u/r" ^'^"^'■''' ^"'^^" "^P^"' '■'"»*'" * " » '
LES FE.MMES SAVANTES 4t
quand les précieuses, les prudes et les femmes sa.antes, sous prétexte de régenter la langue, aboutiront à la « défigurer », comme Molière le prévoit dès la Critique. La Cliraène de la Critique retranchait des mots toutes « les syllables déshonnêles » ; toutes les « syllabes sales » seront retranchées par Philaminte. Que devait penser de cette délicatesse un poète gaulois comme Molière? 11 laisse assez voir ce qu'il pense da purisme d'Armande :
Pour la langue, on verra dans peu nos règlements. Et nous y prétendons faire des remuements. Par une antipathie ou juste, ou naturelle. Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots, soit ou verbes, ou nom*, Que mutuellement nous nous abandonnons : Contre eux nous préparons de mort;lles sentences, Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous les mots divers Dont nous voulons purger et la prose et les vers.
Dans ces « proscriptions » elles vont beaucoup plus loin que Vaugelas : le moi sollicitude, par exemple, qui <f put étrangement son ancienneté », et dont elles veulent purger la langue, ne semble avoir jamais été proscrit par d'autres que par elles. L était temps de venir au secours du libre, clair et probe génie de la langue française, qu'on allait énerver et corrompre. Aussi Molière a-t-il place en face de Philaminte, non seulement Clitandre et Henriette, — leur langage affiné sans raffinement n'eût pas suffi à donner à sa pensée un relief saisissant, — non seulement Chrysale, qui pourtant est, par le langage, un vrai Français, mais Martine. Proche parente de la MaroUe des Précieuses, mais avec un caractère autrement expressif et un rôle autrement important dans la pièce, Martine appartient à ce peuple qui garde intact le dépôt de la langue paternelle. L'utilité de ce personnage est double : d'un côté, Martine est, contre les pédantes, l'alliée naturelle de Henriette et de Chrysale, et plus qu'une alliée parfois, une protectrice; de l'autre, elle oppose au « jargon » des beaux esprits le langage simple et fort de ceux qui parlent pour être compris :
Quand on se fait entendre, on parle toujours bien...
Mon Dieu! je n'arons pas étugué comme vous.
Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
Le parler de chez nous, c'est le parler de France, droit et
net, égayé et animé par ces proverbes dont Martine e»l prodigue, mais qui, « traînés dans le? ruisseaux des halles >•, font lever le cœur à Philaminte. Né dans le voisinaiie des halles, Molière n'est pas si dégoûté. Il sait que la droiture de la pensée tient à la droiture du langage,, et c'est pourquoi il donne à Martine, avec l'énergie savoureuse de l'expression, la claire vue de ce que doit être dans un ménage le rôle de la femme, subordonné à celui de l'homme. Elle exagère, sans doute, comme Cbrysale, et pour le même motif, car elle est comme lui surexcitée par la lutte. Si elle accorde au mari le droit de gouverner sa femme par les soufflets, c'est qu'elle ne veut pas d'un « jocrisse » pour mari, et qu'elle parle en face de Philaminte, aux côtés de Cbrysale, Si elle affirme que « l'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménatie », c'est que d'autres ne voient que l'esprit, oublient le corps, contraignent la nature. Faites la part de ces exagérations inévitables, Martine sera l'interprète de la pensée de Molièie, au même degré que Henriette et que Clilandre, plus que Cbrysale, car elle a dans la conduite aussi bien que daoïs* la parole cette qualité eMen» tielle de la race, la franchise.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
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Durand. — Molière; Lecène, 1889, in-S»; p. 12, 79, 80, 95, 108, 128,
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Jeannel. — La Philotophie de Molière, thèae, in-8<>, ch. v, vi, vu et vui, La Harpe. — Lycée, 2« partie, livre 1", ch. vi. Larroumet. — La Comédie de Molière ; Hachette, in-12, p. 19. Meklet. — Études littéraires sur les classiques français ; Eàchette,
1882, in-12;p. 477 à490.
Mesnard et Despois. — Édition de Molière, collection des Grands
Écrivains ; Hachette, in-8o; t. IX, p. 3 à 56 ; t. X, p. 419 à 422. MoNCOURT. — De la Méthode grammaticale de Vaugelas; Joubert, 1851, NiSARD. — Histoire da la littérature française, t. III; Didot. Rambbrt. — Corneille, Racine et Molière; Lausanne, Delafontaine, 1861,
in-8o;p. 413 à 426 et 467 à 482.
Sainte-Beuve. — Portraits littéraires, II; Garnier, in-12. — Nouveaux Lundis (Vaugelas), t. VI; Lévy, in-12. Stapfbr. — Molière et Shakespeare ; Hachette, in-12; p. 45, 218. Taschereau. — Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, 2« éd.;
Brissot-Thivars, 1828, in-8o ; p, 275 à 286.
JUGEMENTS
Pour la comédie des Femmes savantes, je l'ai trouvée un dei plus beaux ouvrages de Molière. La première scène des deux sœurs est plaisante et naturelle ; celle de Trissotin et de Vadius, le caractère de ce mari qui n'a pas la force de résister en face aux volontés de sa femme, et qui fait le méchant quand il ne la voit pas, ce personnage d'Ariste, homme de bon sens et plein d'une droite raison, tout cela est incomparable,
Bussy-Rabutin, Lettre au P. Rapin*.
Le ridicule que Molière et Despréaui ont jeté sur les femmes savantes a semblé, dans un siècle poli, justiller les préjugés de la barbarie. Mais Molière, ce législateur dans la morale et dans les bienséances du monde, n'a pas assurément prétendu, en attaquant les femmes savantes, se moquer de la science et de l'esprit. Il n'en a joué que l'abus et l'atTectation , ainsi que dans son Tartuffe il a ditfaraé l'hypocrisie et non pas la vertu. Voltaire, ÈpUre dédicatoire cfAkire, à M™* du Châtelet.
nt
Une simple observation Suffit pour prouver que les Précimset ridicides et les Femmes savantes, ces deux ouvrages dont l'un ouvre et l'autre ferme la carrière dramatique de .Molière, sont comme deux actes d'une même volonté, deux résultats d'an même dessein : c'est que la petite pièce en prose est proprement le germe de la grande comédie en vers. Les personnages de la première sont devenus, avec un peu plus d'élévation dans l'état et dans le langage, les personnages de la seconde.
AuGER, Notice des Femmes savantes.
1. U p. Rapia avait écrit à Bussy, le <a féTrier et le 15 in«rs 1671, rt il «T«it Ml lélog* de U nouTsUe comédie, en l'envoyant à Bussj, dont on • U reponM.
lES KliMMES SAVANTES «
Quel type charmant que l'aimable Henriette ! Elle n'a ni l'ingénuité d'Agnès, qui vient de l'ignorance, ni cette ingénuité trompeuse sous laquelle se cache de la science défendue. C'est une personne d'esprit qni s'est formée et fortifiée dans son naturel par les travers mêines de ses parents, llle a le ton de la femme du monde, avec une candeur qui témoigne qu'elle en a trouvé le secret dans un cœur honnête et dans un esprit droit... Tendre sans être romanesque, son bon sens a conduit «on cœur. Fille respectueuse et attachée à ses parents, elle n'est pas dupe de leurs défauts; et quand il s'agit de son bonheur, elle sait se défendre d'une main douce, mais ferme.
NisARD, Histoire de la littérature française, l. III i Didot.
DISCOURS El DIALOGUES
L'orateur de la troupe du Palais-Royal au parterre {S mai 167Î). — Avant de donner les Femmes savantes au théâtre, Molière lini k « justifier ses intentions sur le sujet de sa comédie » et sur les applications auxquelles semblaient prêter deux de ses p^ sonnâmes. L'usage était alors qu'à la fin des représentât!*»»»» l'orateur de la troupe vint remercier les spectateurs, annon cer les pièces nouvelles et, par lélope qu'il en faisait, exciter la curiosité du public. Ce compliment, comme disent les comlemporains, devait être court. On le dt'-veloppaii, «ans jamais lui donner trop d'étendue, lorsqu'il s'agissait dune œuvre importante. Ce fut le cas pour les Pemm>':i sav>mtc<. Molière prépara avec soin le petit discours qu'il fît débiter, deux jours avant la représentation, par la Grange, par relui-Ia même qui, chargé du rôle de Clitandre, devait dire à Trissotin :
Un Bot B&Tant est sot ploi qn'un aot ignoraol :
à Henriette :
Je conseoB qa'ane femme ait dea d&rtéa de toat.
l'orateur annonce d'abord la comédie à laquelle Molière traTaille depuis longtemps.
Après un éloge discret de la pièce, il insiste sur celle idée que le poète comique peint les mœurs, sans toucher aux individus, sans jouer sur la scène telle ou telle personne.
En raillant le pédantisrae chez les hommes et surtout chez les femmes, Molière sait parfaitement que les meilleures choses sont les plus sujettes à être mal copiées; il ne s'en prend donc ni aux savants ni aux femmes vraiment instruites, pas plus qu'en faisant le Tartuffe il ne prétendait attaquer les vrais dévots; il ne concevrait pas que sa pièce pût otfenser personne.
L'ignorance, à coup sûr, ne vaut pas mieux que les prétentions des savantes et des spirituelles, et la pensée de l'auteur ft'est autre que celle de M"" de Scudéry, lorsqu'elle disait : « Jt
LES FEMMES SAVANTES 4f
Toudrais que les femmes eussent grand soin de parer leur esprit; mais je voudrais aussi leur apprendre à ne point parler trop de Ce qu'elles sauraient bien, à ne jamais parler de c« qu'elles ne savent pas du tout. »
(CoNCouas DB l'Écolb normale, 1868.)
A la veille de la première représentation des Femmes savantes, Molière s'entretient avec ses acteurs pour fixer dans leur» esprits le sens de chacun de leurs rôles et la manière de les interpréter. On peindra ces acteurs groupés autour de lui, comme dans VImpromptu, écoulant ses explications et les provoquant.
La tradition veut que Boileau ait excité Molière contre Colin, qui est ridiculisé dans les Femmes savantes sous le nom de Trissotin. Il n'en était pas besoin, ce semble, puisque Cotin avait eu l'imprudence de s'en prendre à Molière aussi bien qu'à Boileau dans sa Satire des satires. On suppose un dialogue entre le poète satirique et le poêle comique qui viennent de lire le pamphlet de Cotin, et médilent de s'en venger en le vouant au ridicule.
LETTRES
La Fontaine à M"** de la Sablière, après la première re^réaentalion des Femmes savantes. (Voir la première fable d« livre X.)
(Besançon. — Devoir dk uokncb, avril 1882.)
Lettre de M™* de la Fayette à Molière après la représentation des Femmes savantei.
(Aix. — BACGXLAUaiAT.)
Représentées le 11 mars 1672, les Femmes savantes avaient été lues le 9 mars chez le cardinal de Retz'. M** de Sévigné assistait à cette lecture. Elle trouva l'ouvratre « plaisant »». Imaginez une lettre où elle apprécie l'œuvre de Molière.
(Clermont. — Baccalauréat.)
Une bourgeoise de Paris, le lendemain de la première représentation des Femmes savantes (12 mars 1672), écrit à Molière pour lui dire avec quel plaisir elle a écouté sa pièce.
(Douai. — Baccalauréat, novembre 1886.)
i. Légère erreur ; c'est la lettre de M" de ^ovigDéà sa (111e qui est daté* d« > ■éw; mais elle y dit expressément : ■ Molière lui lira tamedi • Trùsotia *, qai Ml «•• IWrt plaisante chose. >
DISSERTATIONS ET LEÇONS
De la conversation des femmes, d'après la Critique de l'École des femmes et les Femmes savantes.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1872.)
Étudier cette définition du bon usage donnée par Vaugelas dans la préface de ses Remarques: « C'est la façon de parler de la plus saine partie de la cour, conformément à la façon d'érire de la plus saine partie des auteurs du temps. »
(Paris. — Devoir de licence, décembre 1883.)
Le P. Rapin a prétendu que Molière n'avait pas épuisé le sujet des Femmes savantes. Apprécier cette opinion.
(Aix. — Devoir D'AGaBGATioN, 1886.)
Molière a-t-il eu pour but, dans les Femmes savantes, de glorifier l'ignorance?
(Besançon. — Devoib de ugencb, octobre 1880.)
Que doit-on penser de ce que Molière appelle le « parler Vaugelas »?
(Besançon. — Devoir dk licencb, octobre 1880.)
t2 COURS DE LITTÉRATURB
Exposer et criliquer les idées d« Molière sur l'éducation des femmes.
(Bordeaux. — Leçon d'agrégation. — Charente. — Bbkvkt SUPÉRIEUR, 1887. — Aspirantes.)
VU
Le caractère de Chrysale dans les Femmn fovantet,
(Caen. — Liooci Es letteks.)
Développer cette pensée de Voltaire : « L'esprit orné chez les femmes n'est qu'une beauté de plus ; c'est un nourel empire. » (Dijon. — Dkvoib dbucznck.)
Vaugclas est-il un pédant?
(Lille. — Devoih dk ugwci, février 1890.)
Comparer Marianne, du Tartup, et Henriette, des Few*me$ $avantet.
(Poitiers. — Dkvoir delicknci, 1888.)
Etudier dans les Femmes savantes, au point de vue des rôle<, des caractères et du langage, les cinq personnages représentant les nuances diverses du pédanlisme.
(Rennes. — Licknci as LKTrmn.) XIÏ Quels sont, dans l«s Femmes saxMirUes, les personnages qui re-
présentent le bon sens avec ses diverses nuances et à tous ses degrés?
(Douai — BACcALAURixT, novembre 1885.)
Appréciez la théorie de Chrysale sur l'instruction des femmes, (Douai. — Devoir pour lb certificat d'aptitudb
DK L'SNSUGIiKliENT SF^CLAL, avrll 1886.)
Analyser dans les Femmes $avantes les caractères a la fois •emblables et différents de PLilaminte, de Bèlise et d'Armande. (Sèvres. Concours d'admission, 1887. — Enseignemknt sp^ual; lkçon o'AGaiGATioN, 1885.)
Dire quels services peuvent rendre au goût, à la littérature, aux mœurs, les salons brillants et choisis, les cercles polis et lettrés auxquels une femme digne de ce rôle préside. — A quelles conditions de telles sociétés auront-elles cette influence heureuse? — De quels travers d'esprit doivent-elles se garder?
(Ckrtificat d'aftitude a l'enseignement secondaire des jeunes filles, 1887.)
Quelle a été sur la littérature française, au xvii* siècle, l'influence de la société polie, et particulièrement des femmes? A partir de quel moment et dans quels genres littéraires cette influence a-t-elle été surtout appréciable ?
(AcaiGATioN DE l'enseignevent secondairb DES jeunes filles, 1887.)
On a souvent reproché la pédanterie à ceux qui enseignent. En quoi consiste la pédanterie? Rechercher ses causes; montrer ses conséquences ; mettre en garde les jeunes instituteurs
contre la pédanterie et aussi contre le défaut opposé où ils pourraient tomber en voulant éviter le premier.
(Certificat d'aptitude au professorat des écouts normales d'instituteurs, juillet 1883.)
Molière s'est attaqué dans les Précieiueg ridicules, dans les Femmes savantes et dans le Misanthrope, à trois mauvais poèt«s, Mascarille, Trissolin et Oronle. Expliquez d'une manière précise les reproches qu'il adresse à chacun d'eux, et tirez-en une leçon de goût.
(Professorat des icoLts nobhalks o'ifisTiTnT.L'BS. — Leçon, 1890.)
Montrer, par des comparaisotis empruntées aux principales pièces de Molière, que le dénouement des Femmes savantes est supérieur à la plupart des dénouements imaginés par Molière.
(Fontenay-aux-Roses. — Drvoir de LirréiATiii.)
Faire le portrait d'une femme instruite suivant le vœu de Molière, c'est-à-dire ayant « des clartés de tout ». Comment pensez-vous qu'il faille concevoir et conduire une telle instruction dans l'état actuel de la science ? Comment y peut-on concilier la solidité et la variété ?
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir db seconds AimiB.)
Etudier la manière dont Molière a su varier l'expression da même défaut dans les caractères des trois femmes savantes.
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de urriiiATOM.)
LES FEMMES SAVAiNTES 5S
'C'est en 1687, quinze ans après les Femmes savantes, que Fé-
nelon publia son traité de {'Education des fillei. Quels rapports
peuvent exister entre des œuvres si dilTérentes? Critiquent-elles
les mêmes défauts? Relèvent-elles les mêmes qualités?
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir db seconde année.)
Que faut-il penser de cette opinion de Condorcel : « Il est nécessaire que les femmes partagent Finstruclion donnée aux hommes? »
(Nord. — Brevet supérikur. — Aspirantes, 1888.)
Commenter ce mot de Montaigne : « La plus utile et honorable science et occupation d une femme, c'est la science du ménage. »
(Manche. — Brevet élémentaire. — Aspirantes, 1888.)
Dites quelles sont vos idées personnelles sur cette opinion d« Molière, relative à l'éducation de la femme :
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout.
Examiner jusqu'à quel point elle est applicable aux programmes de l'enseignement primaire.
(Basses-Pyrénées et Haute-Saône. — Brevet supérieue. — Aspirantes, 1888 et 1890.)
Comparer Chrysale et Orgon.
Dire par où les Femmes savantes se relient aux PrécUusrt.
Jugez-vous que, pour l'ensemble, les l^^^^^^^r' ^ JZ portée que le Tartuffe, le Misanthr^ oo 1 At«^..
IMPRIMBRIK DKLACmATl TILLmFRAKCHB-Dl-KOU««OCB
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PQ Hémon, Félix