LUI
Expliquer ce mot de Joubert, repris par Sainte-Beuve: K Notre véritable Homère, l'Horaère des Français, qui le croirait? c'est la Fontaine. »
(Fontenay-aux-Hoses. — Dkvoir de seconde année.)
Dans l'étude si fine, mais un peu systématique, qu'il consacre à la Fontaine, M. Taine dit aussi : >< La Fontaine est notre Homère. » Ce rapprochement eût fort étonné Boileau, qui oubliait la fable dans son Art poétique ou la dédaignait. H eût surpris également, peut-être scandalisé la Fontaine, qui disait dans VÊpitre à Huet :
Homère et son rival sont mes dieux du Parnane.
Auprès de ces grands noms il trouvait « bien petite » la gloire des modernes. Lui qui se déclarait inférieur à Esope et à Phèdre, pouvait-il se croire le rival d'un poète épique dans la fable? Mais les genres sont ce que les font les poètes. De son vivant même, la Fontaine s'entendait dire par la Bruyère qu'il savait élever les petits sujets jusqu'au sublime. Sa fable a donc pu s'élargir en épopée, et l'on est en droit de se demander si, en prenant, non pas telle ou telle fable en particulier, mais l'ensemble des fables qui composent les trois recueils successivement publiés, on ne se trouve pas en face d'un véritable poème épique, qui a son unité, bien qu'il ne soit pas fondu d'un seul jet.
Chaque nation veut avoir son épopée. Quelle serait celle de la France, si nous n'avions pas la Fontaine? Nos épopées carolingiennes ne sont pas largement populaires, et c'est à peine si l'on étudie d'assez près, depuis peu, la Chanson de Roland. Le Roman de Renart est une épopée trop amèrement satirique. L'épopée de Rabelais, si c'en est une, est bien mêlée et confuse, souvent illisible. Mais une épopée qui résumerait et vivifierait tous les précédents essais des écrivains gaulois, comme Homère résume et efface les poètes grecs antérieurs ; qui ne serait point démesurée; qui, à égale distance de l'héroïsme gigantesque et du grotesque à outrance, serait plus ikccessible à tous dans des proportions plus modestes, plus doucement familière sans être vulgaire, aurait aussi plus de chances d'être l'épopée française par excellence et de plaire aux Français.
Assurément cette épopée ne réalise pas toutes les conditions de l'épopée savante telle que l'a définie Boileau, mais elle réalise toutes les conditions d'une épopée vivante et moderne.
Elle est d'abord populaire au plus haut degré. En Grèce, on faisait apprendre aux enfants les poèmes d'Homère. La Fontaine est l'Homère, Homère souriant et paternel, des enfants de France, qui apprennent par cœur, sans effort, ses épopées en raccourci. Mais il n'est pas le poète d'un seul âge; c'est son privilège d'être également aimé à tous les moments de la vie, et même de plus en plus aimé à mesure que la vie s'avance et qu'on peut mieux le comprendre. Il est donc par excellence notre poète national. Il n'y a pas deux la Fontaine, pas plus qu'il n'y a deux Homère; tous deux sont restés inimitables.
Mais s'il est le plus populaire de nos écrivains, c'est qu'il est le plus Français, c'est qu'il réunit et met en lumière les traits distinctifs de notre race. « 11 a reproduit en lui et dans sa poésie toute réelle les traits de la race et du génie de nos aïeux. Cette épopée de la Fontaine est bien gauloise; elle est hachée menu en cent actes divers, gaie et moqueuse, toujours légère et faite pour des esprits fins comme les gens de ce pays-ci. » (Sainm-Beuve!) Un mot lui suffit, comme à Homère, pour marquer un caractère; inais ce mot est définitif: il peint et fait vivre un individu, et, par l'individu, tout un peuple.
Ce n'est pas l'homme seulement qui vit dans son oeuvre une et changeante : c'est la nature entière. Sans doute le naturalisme naïf et puissant d'Homère ne saurait être celui d'un poète du xvii"' siècle. Mais ce poète sait bien lui-même que le merveilleux — le vrai, non celui des machines poétiques dont Boileau recommande l'emploi — est l'âme de sa poésie. « Hommes, dieux, animaux, «y agissent; mais il va plus loin: il prête la parole et la vie aux arbres, aux plantes, aux objets inanimés. Ce sentiment de la vie universelle, toutes proportions gardées, est sincère chez la Fontaine comme chez Homère ; c'est, dans le sens propre du mot, « un enchantement».
Par sa naïveté et sa sincérité, la Fontaine se rapproche de ces grands anciens. Cette naïveté, il est vrai, est très particulière, mêlée de beaucoup d'art et de malice; mais c'est précisément par là qu'il est bien français et reste éternellement jeune, ainsi que les Grecs. Musset l'a bien dit:
II est sorti du sol de la ; atrie, Le vert laurier qui couvre son tombesu; Gomme l'antique, il est nouveau.
Pourquoi l'exercice de la lecture expliquée est-il généralement regardé comme l'un des plus difficiles? On pourra faire usage, pour traiter ce devoir, du texte ci-après :
Quant aux volontés sou-veraines De celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein, Qui les sait, que lui seul ? Gomment lire en son seio T Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles?
{Fables,lU,xm.) (Fonlenay-aux-Roses. — Concours d'admission, juillet 1890).
Analysez et appréciez une fable de la Fontaine à votre choix,
en indiquant sur quels points vous insisteriez surtout dans l'explication de cette fable à une classe d'école primaire (Cours supérieur).
(Saint-Cloud. — Examen d'admission, octobre 1883.)
Appréciez ces paroles de J.-J. Rousseau : « Emile n'apprendra jamais rien par cœur, pas même des fables, pas même celles de la Fontaine, toutes naïves, toutes charmantes qu'elles sont. >>
(Certificat d'aptitude au professorat des écoles normales d'instituteurs, juillet 1884.)
La Bruyère a dit de la Fontaine : « Il instruit en badinant, persuade aux hommes la vertu par l'organe des bêtes, élève les petits sujets jusqu'au sublime. » Discutez ce jugement, justifiez votre appréciation au moyen d'exemples empruntés au fabuliste.
(Calvados. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1888.)
Expliquer et justifier cette maxime d'une fable de la Fontaine :
Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins.
En faire une application particulière aux travaux scolaires. (Vaucluse. — Écoles normales primaires. — Aspirants.)
La Fontaine a dit dans une de ses fables :
Plus fait douceur que violence.
Démontrez la vérité de cette maxime dans les circonstances ordinaires de la vie, et particulièrement dans l'enseignement. (Pyrénées-Orientales. — École normale. — Aspirants.)
Montrez que, dans les fables de la Fontaine, la sottise et la vanité sont presque toujours pilnies. Donnez des exemples. (Vaucluse. — École normale. — Aspirantes.)
Choisissez l'un des animaux que la Fontaine a pris pour personnages ordinaires de ses fables, et faites, d'après le poète, son portrait physique et moral ; rappelez le rôle qu'il joue dans les fables que vous connaissez et les divers enseignements que la Fontaine a voulu donner aux hommes par le moyen de cet animal.
(Indre-et-Loire. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)
On fera connaître le rôle du renard et celui du loup dans les fables de la Fontaine. On dira ce qu'ils représentent et quelle place ils tiennent dans la comédie des animaux. (Mayenne. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)
Caractériser et juger la morale de la Fontaitie en s'appuyant Bur des exemples.
1° Indiquer les vertus, les qualités, que le fabuliste recommande de préférence, les vices ou les défauts contre lesquels il s'élève.
2° Déduire de cette élude préalable les principes et le caractère de sa morale ; en montrer le fort et le faible.
30 Conclure.
(Savoie. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1887.)
Discuter ce jugement de Lamartine : « Les fables de la
Fontaine me paraissent à la fois puériles, fausses et cruelles. »
(Loire-Inférieure. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1887.)
La Fontaine a dit, en parlant des fables : « Ces badineries ne sont telles qu'en apparence, car dans le fond elles portent un sens très solide. » On développera «t on appréciera cette pensée de la Fontaine.
(Deux-Sèvres. — Brevet élémentaire. — Aspirantes, 1887.)
Expliquez cette maxime de la Fontaine : « Rien de trop. » Montrez, par des exemples, comment elle doit être appliquée dans l'école et dans la vie pratique.
(Marne. — Brevet élémentaire. — Aspirants.)
« Cet âge est sans pitié, « a dit la Fontaine en parlant de l'enfance. Le fabuliste avait-il raison? Dans quelle mesure? En quel sens? Croyez-vous qu'il y ait lieu d'enseigner la pilié aux enfants et qu'on puisse y réussir ? Comment fera-t-on chez eux l'éducation de ce sentiment ?
(Savoie. — Brevet élémentaire. — Aspirantes, 1887.)
Comparez la fable l'Huître et les Plaideurs traitée par la Fontaine et par Boileaa. DitcS;; on motivant votre jugement, quelle est celle que vous préférez.
(Savoie. — Brevet élémentaire. — Aspirants, 1887.)
M. Nisard a dit, en parlant de la Fontaine : « Ce qui domine en lui, c'est l'imagination et la finesse, jointes à la naïveté. » Développez ce jugement.
(Calvados. — Brevkt supérieur, octobre 1889. — Aspirantes.)
Sainte-Beuve a pu dire de La Fontaine qu'il a été le Sïul grand poète personnel de son siècle. Son œuvre, en effet, révèle ses sentiments, ses opinions, ses goûts, tout l'homme en un mot. Essayez de peindre son caractère d après ses fables.
(Savoie. — Brevet supérieur, octobre J889. — Aspirantes.)
Comparer les fables de Fénelon à celles de la Fontaine.
Le sentiment de la nature est-il le même chez la Fontaine et chez Rousseau?
Lg. Mort et le Bûcheron chez la Fontaine, Boileau et J.-B. Rousseau.
De la pensée de la mort chez Bossuet et chez la Fontaine.
La versification chez la Fontaine et chez Molière; le vers libre dans les Fables et dans Y Amphitinjon.
Le Savetier et le Financier de la Fontaine et \ Avare de Molière.
LA FONTAlNfe 121
Quelle méthode différente ont suivie la Bruyère et la Fontaine pour fronder les vices de leur temps? Citer, s'il est possible, des caractères et des fables.
La Mort et le Mourant de la Fontaine rapprochée de la lettre de M™« de Sévigaé sur la mort de Louvois et d'un passage connu de Montaigne {Essais, III, 13).
Expliquer ce mot de Cliamforl {Éloge de la Fontaine) : « Les Fables sont la loi naturelle en action. »
Est-il vrai qu'on ne trouve chez la Fontaine qu'une morale négative? Indiquer les principaux traits de sa morale active.
Quels ont été les principaux ennemis de la Fontaine, du xYii" au xix« siècle, et pourquoi devaient-ils l'être?
La Fontaine orateur. Étudier les discours dans les Fables, et principalement dans le Paysan du Danube.
« J'avais dessein de dire de temps en temps à mon fils quelque fable de la Fontaine pour l'amuser, et j'avais déjà commencé, quand il me demanda si les corbeaux parlaient. A l'instant, je vis la difficulté de lui faire sentir la différence de l'apologue au mensonge : je me tirai d'affaire comme je pus, et, convaincue que les fables sont faites pour les hommes, mais
qu'il faut toujours dire la vérité nue aux enfants, je supprimai la Fontaine ». {Nouvelle Héloise, V, viii.) Que faut-il penser de ces scrupules de Julie de Wolmar et de sa méthod» d'éduPAtion?
Dans le livre II de l'Emile, lire l'analyse critique que Rousseau donne d'une fable, le Corbeau et le Renard, et la discuter, au double point de vue du fond et de la forme.
Comparez la fable vi du livre X, le Loup et les Bergers, avec la fable analogue d'Ésope : « Un loup, voyant des bergers qui sous une tente mangeaient un mouton, s'approcha et dit : « Quel « bruit vous feriez si j'en faisais autant. » Lessing eut-il raison de préférer la fable d'Ésope à celle de la Fontaine ?
La nature extérieure a, dit-on, laissé peu de traces dans notre littérature du xyii^ siècle. Si le fait est vrai, à quoi tient-il, et quelles raisons avons-nous de nous en consoler?
« Son originalité est toute dans la manière^ et non dans la
matière. » (Sainte-Beove.)