Molière fait compter parfois la syllabe muette
Comparaison des « Adelphes » de Térence aTec r << École des maris » de Molière.
Dans les deux pièces, l'antithèse est la même entre deux éducations différentes, l'une indulgente, l'autre rigoureuse; mais" cette antithèse a été souvent portée au théâtre. Térence même imite les Adelphes de Ménandre, qui dit : « Donne de bonne grâce à ton fils ce qu'il te demande, si tu veux qu'il soigne ta vieillesse au lieu d'en souhaiter la 4în. *> Térence ne fera que répéter après lui : « Ce n'est pas eri le tourmentant qu'il faut corriger un enfant, c'estpar lapei^suasion. » Plus tard, Publilius Syrus écrira :
Ralione, non vi, vwemtdé adoleseentia est *.
Au xvi« siècle, les Esprits de Larrivey, combinaison de la Mostellaria de Plante et des Adelphes de Térence, mettent sur la scène deux pères, Séverin (Déméa), qui est haï de ses propres enfants et trompé par eux, et Hilaire (Micion), aimé de son neveu Fortuné, qu'il élève.
Rien d'étonnant, par suite, à ce que cette antithèse se retrouve dans Molière. Dès les premières scènes, les caractères de Sganarelle et d'Ariste s'opposent; Ariste veut instruire en riant et gagner le cœur :
Il nous faut en riant instruire la jeunesse. Reprendre ses défauts avec quelque douceur, Et du nom de vertu ne lui point faire peur...
Persuadé que l'école du monde instruit plus que tous les livres, il ne s'alarme point outre mesure de certaines dépenses, qu'il payera Tolontiers, car il a « du bien », comme le Micion de Térence :
Est, Dùgrati», Unie hmc fiante.
I. « C'aat par la raison, noa par la force, qu'il faut vonir à bout <!• la }«an« 1. « J'ai, Dieu merci, de quoi y subvenir. »
En face de cette vieillesse avenante, voyez la vieillesse « rechignée » de Sganarelle; odieux par sa dureté, il est, de plus, ridicule; sa vanité puérile fait de lui la plus plaisante des dupes : il plaint sincèrement Ergaste, qui ose se déclarer son rival, et lui offrir l'occasion d'une victoire trop facile; il a foi en Tinfaillibilité de son système :
s Ma foi I les filles sont ce que l'on les fait être.
Dans les Adelphes, l'esclave Syrus avait déjà dit, pour flatter la passion de Déméa :
Ut quisqiie tuum vult esse, ita est *.
Aussi sous quel dédain, sous quelle pitié insultante il écrase ceux qui usent d'un système différent! Molière a traduit ici, presque mot pour mot, le monologue de Déméa dans Térence.
Oh ! que les voilà bien tous formés l'un pour l'autre I Quelle belle famille ! Un vieillard insensé Qui fait le dameret dans un corps lout cassé; Une fille maîtresse et coquette suprême ; Des valets impudents : non, la sagesse même N'en viendrait pas à bout, perdrait sens et raison A vouloir corriger une telle maison 2.
Le trait caractérisque du Déméa de Térence, c'est une humeur toujours maussade et grondeuse; le trait caractéristique du Sganarelle de Molière, c'est une humeur dure, envieuse et méchante. Déméa est insupportable, Sganarelle est odieux en même temps que ridicule : il se réjouit du mal qui arrive, il le croit du moins, à son frère; il a plaisir à le lui amioncer :
Venez, beau directeur, suranné damoiseau : Oi^ veut vous faire voir quelque chose de beau.
Il est vrai que celte scène est, elle encore, imitée de Térence, et que Déméa ne montre guère moins d'empressement à ins-