I. 0 Jupiter
Banccine viiam ! hoscine mores ! hanc dementiam I
Uxor sine date veniet; intus psaltria est ;
Domus smnptuosa; adolescptxs liixu perditus ;
Senex deiirans; ipsa, si cicpiat, Sa! us
Scrvare prorsus non potcst hanc^ familiam.
truire Micion de mésaventures imaginaires; mais le contraste est ici plus complet et'plus piquant : « Déméa, qui est fort en colère, mais qui en a sujet, est devenu Sganarelle, qui est dur et ne se croit que sage; et Micion, dont la faiblesse n'est que le manque de caractère, s'est changé en Ariste, dont l'indulgence n'est que de la raison*. »
C'est là une différence d'autant plus essentielle que l'opposition, moins nette chez Térence, ne se soutient même pas jusqu'au bout, sans qu'on voie les raisons, ni surtout la vraisemblance de sa conversion soudaine. Deux autres différences doivent être signalées : — 1° Celle qu'indique le titre même, VÉcole des maris. Il s'agit ici de feiyimes dili'érentes d'éducation et de caractère : si Isabelle, tyraijinisée par Sganarelle, se fait enlever par Valère, Léonor aime le vieil Ariste, qu'elle épouse avec joie au dénouement. Chez Térence, au contraire, les deux fils tournent mal. Les Adelphes, c'est VÉcole des pères, comme la pièce imitée, presque traduite du latin par Baron (1705). Par suite, le charmant caractère d'Isabelle et celui de la suivante Lisette sont des créations de Molière, qui a vivifié par là une iction parfois un peu froide : « Il n'y a presque point d'intrigue dans les Adelphes, remarque Voltaire; celle de VÉcole des maris est fine, intéressante et comique. » — 2° « Le dénouement de VÉcole des maris est le meilleur de toutes les pièces de Molière : il est vraisemblable, naturel, tiré du fond de l'intrigue; et, ce qui vaut bien autant, il est extrêmement comique. » C'est Voltaire encore qui l'observe; la comparaison des deux dénouements suffit à établir la supériorité du dénouement de Molière. Y a-t-il même un dénouement chez Térence? On voit clairement que Molière conclut en faveur de l'éducation indulgente, mais on se demande en vain quelle est la conclusion des Adelphes, où les deux systèmes d'éducation aboutissent au même et triste résultat. Peut-être Térence n'a-t-il voulu qu'opposer un excès à un autre excès, en nous laissant le soin de juger et de trouver l'exacte mesure, sans vouloir faire de système, bien qu'il penche vers l'indulgent Micion, trop faible parfois et trop facile à contenter. Micion et Déméa se corrigent ainsi l'un par l'autre, tandis que chez Molière c'est Ariste seul qui a raison contre Sganarelle, c'est-à-dire contre l'éducation tropaustère.
En pouvait-il être autrement? Et Térence ne s'était-il pas, pour ainsi dire, engagé volontairement dans une impasse? De-
i, Nisard, Histoire de la littérature française. Hit.
vait il conclure? Rien ne l'y contraignait, car la comédie n'est pas une œuvre rigoureusement didactique où le poète ait pour missi jn de prouver une vérité précise ; mais le pouvait-il ? Assuémenl non. En faveur de quel personnage aurait-il conclu? Et qnelle conduite avait-il le droit de blâmer ou d'approuver nettement Déméa, toujours bourru, toujours en colère, ne saurait Ure son héros; et pourtant il faut avouer que Déméa — caractère outré sans doute — a quelques raisons de s'irriter contre son fils. L'aimable Micion est plus fait pour nous séduire, mais sa tolérance n'est-elle pas voisine de la complicité? Eût-on vu sans inquiétude à Rome abaisser au niveau d'une camaraderie complaisante cette autorité du paterfamilias, si universellement respectée? Que Piaule allât jusqu'à associer les pères aux désordres de leurs fils, cela ne tirait point à conséquence ; le franc rire que soulevaient les scènes les plus scabreuses en affaiblissait d'avance le danger ; mais que, dans une pièce plus didactique, plus froide, Térence se permît de soutenir jusqu'au bout une thèse compromettante pour la dignité paternelle, voila de quoi perdre dans l'estime publique un homme déjà sus» pect de gréciser. On n'a donc point à se demander pourquoi il n'a pas voulu conclure, puisqu'il ne le pouvait pas, puisqu'il a donné des faiblesses à Micion comme à Déméa. Au contraire, avec son merveilleux instinct dramatique, Molière a compris qu'il fallait rendre Sganarelle tout à fait odieux, Ariste tout à fait digne de notre sympathie, pour faire souhaiter au spectateur le dénouement qui confond l'un en rendant l'autre heureux.
Analyse de 1* « École des femmes » (26 décembre 1662) — Quelles en sont les origines. — Par où l'action y est sapérienre à celle des comédies précédentes.
VÊcole des femmes semble, à cerlains égards , n'être que l'École des maris étendue en cinq actes. Comme le titre l'indique, c'est d'éducation encore qu'il s'agit, et de l'éducation d'une fille en qui celui qui l'élève prétend se préparer une femme. Mais Ariste et Léonor ont disparu, et il ne faut pas regretter une antithèse un peu trop symétrique. Le caractère de Sganarelle, devenu Arnolphe, s'est compliqué, car Arnolphe n'est plus, comme Sgancu-elle, uniformément dur et hautain :
il aime et souffre plus profondément. Au contraire, le caractère d'Isabelle, devenue Agnès, s'est simplLi.. : Agnès est plus touchante, étant plus ingénue.
Arnolphe, bourgeois gerrlilhomme, qui se fait appeler M. de la Souche, expose à son ami Chrysalde comment, touché de l'air « doux et posé » de la jeune Agnès, alors âgée de quatre ans seulement, il l'a obtenue de sa mère, qui, pressée par le besoin, s'est débarrassée de cette charge « avec beaucoup de plaisir » ; comment il l'a faifr-élever dans un petit couvent, avec ordre exprès de tout faire v
Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait.
Il croit y avoir réussi. Maintenant il lui a donné pour demeure une maison écartée, où les domestiques qui l'approchent, Alain et Georgette, sont aussi simples qu'elle. Mais, pendant une absence qu'Arnolphe a été forcé de faire, le jeune Horace a pénétré dans celte maison ; ses fréquentes visites ont été bien accueillies d'Agnès; et Horace s'empresse d'en faire confidence, à qui? précisément à Arnolphe, dont il ignore le nom d'emprunt et qui est un ami de son père. .Mterré de celte découverte, Arnolphe interroge Agnès, qui confesse tout avec ingénuité. Il se résout alors à l'épouser au plus tôt. Dans un entrelien qui ressemble tantôt à une conférence, tantôt à une leçon de catéchisme, il lui enseigne les devoirs du mariage. Mais elle lui échappe encore. Contrainte par Arnolphe de signifier son congé à Horace en jetant une pierre à ses pieds, elle joint à la pierre un billet où parle naïvement son cœur. Toutes les précautions d'Arnolphe sont ainsi déjouées successivement; Agnès finit par se réfugier chez Horace, et, bien qu'Arnolphe la ressaisisse un moment par une ruse, il est forcé de la rendre à son père, qui revient des pays étrangers et qui la donne à. Horace.
La notice de l'édition Despois-Mesnard fait remonter jusqu'au récit du roi Candaule, dans Hérodote, les origines de \ École des femmes. Sans rechercher si haut les modèles dont Molière a pu s'inspirer, on doit citer Siraparole, conteur italien du xvi» siècle, et une grande dame de la cour de Philippe 111, dona Maria de Zayas y Sotomayor. Celle-ci fut imitée par Scarron dans une nouvelle intitulée la Précaution inutile^. Là aussi, un homme mûr, don Pèdre, a recueilli par charité (charité égoïste) une fille pauvre qu'il tient soigneusement loin du monde et qu'il