C. de Litt. — MOUÈRK (les Ecoles
JUGEMENTS
C'est le premier ouvrage de ce genre qu'on connaisse au théâtre. C'est proprement un dialogue, et non une comédie. Molière y fait plus la satire de ses censeurs qu'il ne défend le» endroits faibles de VÉcole des femmes.
Voltaire, Sommaires des pièces de Molière.
C'est principalement comme peinture de mœurs et de ridicules que la Critique est tout à fait digne de Molière. Connaissant tout l'avantage de l'attaque sur la défense, il songe moins à parer les coups de ses ennemis qu'à leur en porter lui-même. Il ne perd pas le temps à prouver froidement qu'ils ont eu tort en le critiquant; il fait voir qu'ils ne pouvaient avoir raison, tant leur esprit est faux et bizarre, inconséquent et rempli d'obscures préventions : ils ont voulu chasser VÉcole des femmes du théâtre, il les y traduit eux-mêmes ; ils n'ont pas voulu rire à cette pièce, il fait rire d'eux en les peignant au naturel. Ni le Clitandre ni l'Henriette des Femmes savantes ne sont indiqués dans les Précieuses ridicules ; mais ils le sont l'un et l'autre dans la Critique. Là se trouvent comme deux esquisses légères que Molière semble n'y avoir jetées que pour les transporter plus tard dans une composition plus vaste et plus régulière, et cette Élise qui, franche et naturelle comme la fille cadette de Chrysale , se moque si bien de la prude Climène , dont le scrupule veut voir des impuretés dans d'innocentes syllabes, et ce Dorante qui, dans les mêmes termes que l'amant d'Henriette, venge si bien la cour des mépris de M. Lysidas, auteur vain et jaloux, dont la peinture a également fourni quelques traits pour celle de Trissotin. Une comédie dans une comédie est une idée originale et ingénieuse , que Molière n'a point créée
puisque l'Illusion comique de Corneille existait, mais qu'il a exécutée plus heureusement que l'inventeur et que depuis l'on a souvent mise en œuvre.
AuGER, Notice, édition de Molière.
Le fondateur de la philosophie critique au xvin« siècle, Emmanuel Kant, dans sa Critique du jugement, dit exaclement comme Molière : « On peut bien m'énumérer tous les ingrédients qui entrent dans un certain mets et me rappeler que chacun d'eux m'est d'ailleurs agréable, en m'assurant de plus avec vérité qu'il est très sain; je reste sourd à toutes ces raisons: je fais l'essai de ce mets sur ma langue et sur mon palais, et c'est d'après cela et non d'après les principes universels que je porte mon jugement... Les critiques ont beau raisonner d'une manière plus spécieuse que les cuisiniers, le même sort les attend : ils ne doivent pas compter sur la force de leurs preuves pour justifier leurs jugements... Il semble que ce soit là une des principales raisons qui ont fait désigner sous le nom de goût cette faculté du jugement esthétique. » On pourrait faire une édition de la Critique de l'École des femmes avec un commentaire perpétuel de Kant. Le grand ouvrage auquel j'emprunte cette citation n'est que la traduction philosophique des principes pleins de bon sens que Molière a placés dans la bouche de Dorante et dans celle d'Uranie... Dorante et Uranie ne s'en tiennent pas à la sensation de plaisir que la comédie de Molière leur a fait éprouver. Ils rendent compte de leur sentiment ; ils jugent, ils raisonnent, ils ont une réponse nette et précise à toutes les objections du dogmatisme. —
Stapfer, Molière et Shakespeare; Hachette.