‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 70 sur 134 · LETTRES ET DIALOGUES · texte numérisé non relu

LETTRES ET DIALOGUES

Lettre de l'abbé Dubuisson à Molière. — Pour répondre aux attaques dirigées contre VÊcole des femmes (décembre 1662), Molière songea tout d'abord à une sorte de dissertation en dialogue. Il paria de son projet devant un homme d'esprit, l'abbé Dubuisson « grand introducteur des ruelles », et cependant ami de l'auteur. L'abbé trouva la chose si fort à son gré, qu'il se hâta d'y mettre la main, et qu'en deux jours il composa « un ouvrage très galant et très spirituel ». Mais Molière ne voulut pas le produire sur son théâtre, dans la crainte « de paraître avoir mendié des louanges » : il se réservait d'ailleurs le droit d'intervenir quand il le jugerait convenable.

On suppose que Dubuisson écrit à Molière après la première représentation de la Critique de l'École des femmes (juin 1663). Il le félicitera : — non seulement d'avoir si bien plaidé une cause déjà jugée par le public; — mais encore d'avoir donné, comme en se jouant, la plus piquante et la plus vraie des poétiques, un traité de la comédie tout en comédie. — Il insistera sur les points principaux qui ressortent de la discussion entre M. Lysidas et Dorante » ; — sur la façon dont le poète définit son métier : représenter les défauts des hommes en général et principalement des hommes de son siècle; — sur le but qu'il se propose: faire rire les honnêtes gens, tout en les faisant réUéchir; — sur les règles essentielles qu'il indique en n'ayant l'air que de se défendre : préférer toujours aux traits d'esprit les mots de caractère -; peindre la nature et la peindre dans toute sa vérité ^. — Il ajoutera que les ennemis de Molière lui ont rendu un service : ils l'ont poussé à se rendre bien

1 Personnages de la Critique : Uranie, chez laquelle s'engage le débat ; Élise, sa cousine; le Marquis; Climène, prude et précieuse; Dorante, défenseur de Molière; M. Lysidas. bel esprit et pédant. , . ^ , . „» „!,„„

t. « L'auteur n'a pas pris cela pour être de soi un bon mot, mais pour une ctiose qui caractérise l'homme. «{Critique, ac. \ii.) s. „„.^

3 « Quant aux transports d'A.rnolphe, que l'on accuse d être trop oufr^ je voudrais bien savoir si les honnêtes gens même, «t les plus sérieux, n an fout pu autant en de pareilles circonstances. » (Critique, se. vu.)

compte de son art, au moment même où il allait « former d« plus grands desseins ».

(Concours ob l'École normale, 1888.)

Supposez Boileau quelque peu scandalisé par ces paroles dé Dorante dans la Critique : «Si les pièces qui sont dans les règles ne plaisent pas, et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait de toute nécessité que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de cette chicane où on veut assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir. »

Faire : soit la lettre de Boileau à Molière pour lui demander une expUcation, — soit la réponse de Molière, — soit un dialogue entre les deux.

(Nancy. — Licence es lettres.)

Corneille écrit à Molière sur le jugement relatif à la tragédie énoncé dans la préface de sa Critique de l'École des femmes. (Besançon. — Baccalauréat, juillet 1886.)

La comédie de l'Ecole des maris (1661) est la première que Molière ait fait imprimer. Dans une lettre à son ami Chapelle, il explique: 1° pourquoi il a jusqu'alors résisté aux sollicitations de ceux qui le pressaient de publier ses pièces; 2° pourquoi l'éclatant succès de l'École d^s maris lui a fait changer d'avis. Il croit avoir enfin trouvé la comédie véritable.

M™« de la Fayette, amie et futur historien de Madame, à qui Molière avait dédié l'École des femmes, écrit à Molière au nom de la princesse.

Après l'avoir remercié des termes flatteurs de son épitre dédicaloire, elle dira sincèrement ce qu'on pense dans l'entourage de Madame, et du sujet de la pièce, et de la grave question qui y est soulevée, et en particulier du caractère d'Agnès.

En passant, elle touchera, mais d'une main légère, à quelquesuns des reproches que les adversaires de Molière adressent à sa comédie, et l'encouragera à braver la cabale des précieuses, des prudes, des marquis et des pédants.

Le 16 mars 1664, Molière représente l'École des maris et VJmpromptu à l'hôtel de Rambouillet, devant une nombreuse et brillante assistance. Après le départ de Molière et de sa troupe, un dialogue s'engage entre les habitués de l'hôtel, amis et adversaires du poète.

Vers la fin de l'année 1663, le jeune Racine écrit à son ami l'abbé Ift Vasseur : « Je n'ai point vu l'Impromptu ni son auteur depuis huit jours; j'irai tantôt. » On suppose qu'à son retour du théâtre il écrit à l'abbé le Vasseur ses impressions sur la comédie nouvelle.

Après le triomphe de l'École des femmes, le 1*' janvier 1663, Molière reçut, comme étrennes, de son ami Boileau, des stances où il était comparé à Térence et même presque mis au rang des moralistes de la chaire :

Chacun profite à ton école :

Tout en est beau, tout en est bon, El ta plus burlesque parole Vaut souvent un docte sermon.

Molière remercie Boileau. Tant qu'il aura pour lui le poète du bon sens, il ne craindra pas les « jaloux esprits » dont parlent les stances et qui vont « crier en tous lieux » contre une pièce dont le succès les importune.

Ce succès prouve assez que Molière, comme le dit encore Boileau, n'est pas si médiocrement plaisant, et qu'il ne se

borne pas à charmer u le vulgaire », car la cour et la ville y ont également applaudi.

Il essayera de se rendre plus digne encore de l'estime des bons esprits. Quant aux beaux esprits qui le poursuivent de leurs épigrammes ou de leurs calomnies, il les réduira au ■ilence en mettant à la scène la Critique de l'École de$ femmes.

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Apprécier les idées que Molière prête à Dorante dans la tirade de la Crilique : « Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles... Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire. »

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1887.)

Est-il vrai, comme le dit Molière (Critique, se. vu), que la comédie soit « un peu plus » difficile à faire que la tragédie?

(Paris. — Devoir de licence, février 1887.)

La critique littéraire dans le théâtre de Molière. (Besançon. — Devoir d'agrégation de grammaire, mars 1887.)

La Critique du Légataire, de Regnard, et la Critique de l'École des femmes.

(Bordeaux. — Leçon d'agrégation.)

Comparer les principes de Corneille, Molière, Racine, la Fontaine en matière de crilique littéraire.

(Bordeaux. — Leçon d'agrégation.)

Que penser de ces paroles de Molière : « Rien ne reprend

mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts ? »

(Bordeaux. — Devoir de licence.)

Étudier le passage sur la difficulté relative de la comédie et de la tragédie.

(Bordeaux. — Licence es lettres.)

Des doctrines littéraires de Molière {Précieuses, Femmes savantes, Critique de l'École des femmes, Impromptu de Versailles.

(Caen et Lyon. — Licence es lettres.)

Exposer les idées de Molière sur la comédie d'après la Critique de l'École des femmes. 1

(Grenoble. — Dbyoir d« licence.)

« Toutes les peintures ridicules qu'on expose sur les théâtres doivent être regardées sans chagrin de tout le monde. Ce sont miroirs publics où il ne faut jamais témoigner qu'on se voie; et c'est se taxer hautement d'un défaut que de se scandaliser qu'on le reprenne. » {Critique de l'École des femmes.)

(Nancy. — Devoir de ucenck.)

Diderot pensait qu'il n'y a dans la nature humaine qu'une douzaine de caractères vraiment comiques et marqués de grands traits, et il lui semblait que Molière avait épuisé la matière. D'autre part, on trouve dans l'Impromptu de Versailles (se. m) comme une liste des ridicules auxquels Molière n'avait pas encore touché et dont il donne en passant de rapides esquisses. Vous vous demanderez si l'auteur de l'École des femmes a voulu

se tracer dans ces lignes un programme de travaux dramatiques, et si la mort seule l'a empêché de remplir ce programme. '

(Poitiers. — Devoir de licence, janvier 1884.)

Dans la préface des Précieuses ridicules et dans la Critique de YÊcole des femmes, Molière semble admettre que « le plaisir du public » doit être la seule règle du poète dramatique. Que fautil penser de cette théorie? Comment Molière fut-il amené à accorder cette importance aux décisions des spectateurs? Ne saurait-on l'expliquer par les luttes qu'il eut à soutenir contre les pédants, et aussi par la composition du public des théâtres au XVII8 siècle ?

(Reunes. — Dévoie db ucence.)

Molière fait dire à Dorante, dans la Critique de l'École des femmes : « Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où Ton ne cherche point de ressemblances, et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. » Cette appréciation de l'œuvre du poète tragique vous paraît-elle équitable et bien fondée?

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de littérature.)

De la conversation des femmes au xvii« siècle , d'après la Critique de l'École des femmes, le Misanthrope, les Femmes savantes.

La critique littéraire dans Molière et Boileau. Cherchez dans Boileau les maximes qui vous paraîtront correspondre à celles de Molière ; en rapprocher peut-être quelques pensées de Pascal et de la Bruyère.

Comparer les caractères d'Isabelle et d'Agnès, surtout d'après les lettres qu'elles écrivent à Valère et à Horace.

En étudiant le caractère d'Ariste dans l'École des femme», Bui\Te les raisonneurs à travers le théâtre de Molière.

Que pensez-vous du caractère de Léonor? Lui préférez-vous Henriette? et pourquoi?

La race des Sganarelles chez Molière. Quels en sont les traits communs? quels les traits distincts?

L'éducation romaine et l'éducation française ; les Adelphes de Térence et les Écoles de Molière. Là même où ils se ressemblent, ne sent-on pas qu'ils appartiennent chacun à une civilisation différente ?

Comparaison de Sganarelle et d'Arnolphe.

Horace et les jeunes premiers de Molière.

En quoi l'École des femmes peut-elle servir à l'intelligence des Femmes savante$ ?

re COURS de littérature

Comparez aux pédants des Femmes savantes Lysidas, le pédant de la Critique.

Jeter un coup d'œil sur la guerre suivie que Molière fait aux prudes et aux turlupins; en marquer les divers épisodes, let progrès, le point de départ et le terme.

Étudier la tirade de VImpromptu sur les portraits, et opposer par là Molière à la Bruyèfe.

IMPBIMBRIK DBLAGH&VB VILLBFaANCBB-DB-ROnRRSnB

FRANCE

Les ancêtres de TartnETe. — Pourquoi l'hypocrisie religieuse n'est pas un vice de la société antique. — Les hypocrites avant le seizième siècle.

Si l'hypocrisie est un vice de tous les pays et de tous les temps, l'hypocrisie religieuse n'apparaît guère qu'aux origines de la société chrétienne. On en comprend sans peine le motif. Les grandes religions antiques avaient un caractère tout politique et tout extérieur. Un culte qui se confond avec l'État et dont les obligations sont avant tout des devoirs civiques ne saurait enfanter des vertus proprement religieuses, ni, par suite, des vices distincts des vices sociaux ordinaires. Et ce culte parlait aux sens plus qu'à l'âme ; il n'exigeait pas de ses fidèles cette austère pureté de mœurs, ce renoncement aui joies de la terre que les ascètes chrétiens devaient porter si loinil ne leur proposait point cet idéal de perfection presque sur; humaine qui si facilement provoque les exagérations d'un zèle sincère, à plus forte raison celles d'un zèle hypocrite. Le mysticisme de la secte orphique, la fierté morale du stoïcisme, ne sont que de nobles exceptions.

Aussi chercherait -on vainement dans l'antiquité un type complet de «tartuffe». Ce sont des hypocrites, c'est-à-dire, dans le sens étymologique du mot, des comédiens, que ces adorateurs upides de la divinité, dont Perse nous fait entendre les priées menteuses, si différentes de leurs vœux secrets; ou que ces Grécules peints par Juvénal, souples, intrigants, cyniques, prêts à tous les métiers. Quand l'incrédulité se propage, quand la religion ne trouve plus un fondement solide dans l'État ébranlé lui-même, Lucien s'égaye aux dépens de ces philosophes au manteau sombre, à la barbe longue, qui, publiquement. Cours de Litt. - Moùèrb {TaiHuffe). 1

prêchent le mépris des richesses, la charité, l'abstinence, et qui, dans la pratique de la vie, sont des flalteuis avides, des égoïstes, des parasites elfrontés ; aux dépens aussi de ces prêtres mendiants qui promènent à travers les bourgs la déesse syrienne, épouvantent le peuple par leurs convulsions, se tailladent les bras et quêtent ensuite les oboles des spectateurs naïfs. Mais ce ne sont là que des traits épars, qui ne composent point un caractère. '

Pendant toute la période militante du christianisme, il n'y eut guère de place pour l'hypocrisie religieuse : tout au moins on ne regardait pas de ce côté'. Mais elle apparut quand éclatèrent les grands mouvements qui agitèrent le moyen âge, les troubles civils et les croisades; car, dès lors, on put avoir intérêt à jouer un rôle, suivant les circonstances et suivant les hommes. Ce sont pourtant encore des hypocrites politiques plus que des hypocrites religieux ceux que Dante peint de couleurs SI sombres dans son Enfer :

Là-bas nous trouvâmes des gêna tout luisants qui aDaienl à pas lent autour de la fosse, pleurant d'un air accablé, cl vaincus par la douleur. lU avaient des cliapes avec des capuchons abnissés sur les yeux, taillées comme celles qui se font à Cologne pour les moines. Le dehors doré éblouit, mais dessous elles sont de plomb et si lourdes que celles de l'empereur Frédéric étaient de paille auprès d'elles. O manteau écrasant pour une éternité!... Je m'arrêtai, et je vis deux pécheurs qui montraient par leur visage un grand empressement à nous rejoindre. Quand ils furent près de nous, ils fixèrent longtemps sur moi le regard louche sans dire un mot; puis, se tournant l'un vers l'autre, ils se disaient: « Celui-ci parait vivant, au mouvement de son gosier; et s'ils sont morts, par quel privilège marchent-ils déchargés de la lourde étolel » Puis ils me dirent: u 0 Toscan, qui es parvenu au triste collège des hypocrites, ne dédaigne pas de nous dire qui tn es. »

Il ne faut pas demander de tels accents à notre Thibaut d^ Champagne, bien qu'il s'indigne contre les clercs féroces qi a ont étouffé dans le sang l'hérésie des albigeois, et qui euxmêmes croient à peine en Dieu ; ni même à l'énergique Rutebœuf, ennemi également déclaré des âpres papelards, lions par l'avidité, scorpions par le fiel, et des béguines doucereuses, en qui Molière reconnaîtrait les aïeules de ses prudes. Il faut bien le dire, jusqu'au xvii» siècle l'hypocrisie n'a .jamais eu eu France le caractère de grandeur que devait lui imprimer Molière. On fait des gorges chaudes aux dépens des moines men-

1. Saint Mathieu (Evangile, vi, 5) écrivait pourtant : " Lorsque vous priet. ne ressemblez pas aux hypocrites, quialTeclent de prier en se tenant dettoat H.ins l-s ■ynagoffues et aux coini des rues pour ètr* tus des bomnies. i>

TAHrUFFË 3

dianls, victimes désignées de toutes les épigratnraes; rarement on s irnle. Puis il est certaine hypocrisie d'occasion qui peut être sauvée a force d'esprit : parexemple l'.enart, le héros du roman de ce nom, est un casuiste et un menteur sans scrupule. Mais c est un personnage qu'il lui plaît de jouer à de certains moments, pour le seul plaisir de faire des dupes. Il trompe tout le monde, mais pour l'amour de l'art, et ses bons tours amusaient nos pères, las de ce régime de l'admiration que leur avaient trop longtemps imposé les épopées héroïques. Que Kenart donc parodie tour à tour les croisés et les abbés, qu'il ne respecte même pas les cérémonies religieuses, qu'il demande a se confesser et croque son confesseur, on n'est point révolte de ces fredaines, parce qu'on ne découvre pas en lui un lond réel d hypocrisie intéressée.

Le seul véritable hypocrite de la littérature française avant le xvi» siècle, c'est ce Faux-Semblant, que Jean de Meung fait intervenir dans la seconde partie du Roman de la Rose. P^auxbemblant, il le déclare lui-même avec un cynisme plus impudent que celui de Tartuffe, fait tous les métiers et sait parler tous les langages. Qui ne connaît son dialogue célèbre avec Amour?

« Tu semblés être un saint hermite.

— C'est yrai, mais je suis hypocrite.

— Tu vas préeschant abstinence.

— "Voire vrai, mais j'emplis ma pance De bons morceaux et de bons vins.

— Tu vas préeschant pauvreté.

— "Vrai, mais riche suis à planté î... De labourer je n'ai que faire :

Trop a grand peine à labourer; J'aim mieux devant la gent orer* Et affubler ma renardie Du manteau de papelardie. »

M. Nisard, qui rarement s'arrête aux œuvres du moyen âge ' trouve ICI la matière d'une comparaison intéressante entre taux-Semblant et TartufTe : Simplesse et Franchise intercèdent en faveur de Faux-Semblant; c'est déjà Tartuife qui se couvre de la simplesse d'Orgon. L'hypocrite peint par Jean de Meung rappe a mort sans que sa main paraisse et sans que ses victimes s aperçoivent d'où vient le coup : c'est Orgon encore qui ne peut se résoudre à trouver Tartuffe crimineL Mais icil'hypo-

1 Abondamment.

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