Fragments biographiques ; 1S
sairc (le la grandeur de ses conceptions. Ce sont ses pensées, s'exaltant et croissant comme le sujet da ses études, qui forment toute l'essence de Buffon, et qui ainsi deviennent le style- Jiuffon. Ses qualités de grand écrivain et ses qualités de grand penseur sont liées intimement et pour ainsi dire se confondent. »
Le fond est donc inséparable de la forme; l'écrivain ne peut s"isoler du savant, qui maintient entière la dignité de la science exacte, et lui prête une grandeur ornée, mais toujours sévère, qu'elle ne connaissait pas. Quelques-uns de ses collaborateurs ont cru lui avoir dérobé le secret de son style, et l'on dit que parfois les contemporains s'y sont trompés. Mais ils n'en avaient pris que les procédés extérieurs, et leur imitation nous semble une parodie. « On cherche en vain, disait Bufibn', à imiter le style d'un grand écrivain, on ne peut y réussir; car on n'est éloquent que par l'àme, et mettre de l'ànie dans une phrase, c'est être soi et non pas un autre. » Si donc ces pages, déjà vieilles d'un siècle, semblent encore vivantes, c'est que Butfon y a mis son âme. Da:;s ce cadre immense, fait pour que la nature y pût tenir, apparaît la noble figure non seulement d'un savant, mais d'un homme. On le sent là tout entier, avec ses ardeurs presque juvéniles, avec sa persévérance obstinée. .Jamais il ne se met lui-même en scène : s'il parle de lui, c'est pour parler de son œuvre, pour regretter que la fatigue et la vieillesse soient venues sitôt l'interrompre. Cette œuvre démesurée, toujours il l'envisage avec une résolution sereine. Loin d'en réduire les proportions, à mesure qu'il avance en âge, il semble qu'il prenne plaisir à les élargir encore. Son regard ne cesse d'embrasser ï Histoire naturelle dans son étendue sans limites-, « tous les espaces, tous les temps ».
Aussi a-t-il fondé non seulement la partie historique et descriptive, mais encore la philosophie de la science. Avant lui, tous les écrivains du xvu« siècle, philosophes, historiens, poètes, avaient étudié l'homme en lui-même, avaient analysé le développement de ses facultés intérieures. Buffon renouvela cette étude en considérant l'homme non plus isolément, mais dans ses rapports avec la nature, dont il est l'esclave et le maître. Son génie est de la même famille que celui de Descartes et de Bossuet; après le Discours sur la méthode et le Discours sur l'histoire universelle devait venir le Discours sur la nature.