‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 5)Chapitre 145 sur 153 · MODERNE · texte numérisé non relu

MODERNE

iîutfon peintre des animaux.

(Certificat d'aptitude a l'enseignement secondaire SPÉCIAL, juillet 1890.)

Comparer la description du désert chez Bufton avec une description tirée de Pierre Loti, et essayer d'indiquer la difTérence entre la description au xviii^ et au xix<= siècle.

(Toulouse, lycée de filles. — Devoir de quatrième année.)

En quel sens est-il juste de dire que le génie est une longue patience?

(Fontenay-aux-Roses. Devoir de littérature. — Paris. Baccalauréat, août 1895. — Alger. Baccalauréat DE l'enseignement SPÉCIAL, 1889.)

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L'amour de la nature considéré non plus chez les grands écrivains qui ont été les peintres de la nature, mais chez ceux qui en ont été les philosophes : les Grecs et les Romains, Bernard Palissy, BulTon. Insister sur Butfon et montrer comment il se rattache par son naturalisme particulier à la tradition antique.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Ce qui frappe tout d'abord chez BufTon : quelque cliose de classique et même d'antique en plein xviii<' siècle : vastes ambitions, hypothèses; BufTon « ancien » de deux façons, et par élude et par nature.

L'étude. Coup d'œil sur ceux des anciens qui ont étudié la nature. Les philosophes « physiciens » primitifs, dont Butfon raille les rêveries, et de qui il lient cependant plus qu'il ne croit la faculté de penser en grand, d'imaginer, de conjecturer. Opposition du vrai savant, Aristote; éloge que fait BulTon de sou Histoire des animaux; il lai doit beaucoup, mais Aristote plus que lui dédaigne les ornements. Au contraire, Lucrèce, poète avant tout, cependant fait revivre les systèmes des anciens philosophes, traite comme eux «de la nature des clioses ». La divination poétique chez Lucrèce : son o'^ chant et la 7^ Epoque de la nature, Séiiéque et ses Questions naturelles. Pline l'Ancien et sa vaste compilation de l'Histoire naturelle; erreurs, longueurs, puérilités, mais grandeur de l'ensemble, fierté et tristesse; vues pessimistes; mais l'Jiomme est mis partout au premier plan.

Pourquoi les sciences delà nature n'ont pu se développer au moyen âge : la théologie règne, ou la science livresque tout abstraite. Pourquoi elles se réveillent à la Renaissance, dont le nom est une explication suffisante. Bernard Palissy; marquer surtout deux traits en lui : le caractère, étonnant pour l'époque, de ses connaissances scientifiques; l'amour profond de la nature qu'il porte dans la science et dans l'art. Pourquoi ce mouvement ne se continue pas au xyii*^ et au xviu" siècle. Ne pas oublier cependant Descartes et Fonlenelle, et opposer au 1,'rave philosophe qui a été aussi physicien (les tourbillons, par exemple, hypothèse erronée qui conduit à la découverte de Newton) le philosoplie moiulain qui, selon le mot de Sainte-

BUFFON GT

beuve, vous enjôle à la vériLé. Fontenelle et l'astronomie; Réaiimur et les insectes. Ce qui manque au premier : le sérieux; au second : les vues d'ensemble. Butfon aura ce qui leur manque. Vue générale de l'œuvre de Butl'on : par oii il débute : Théurie de la terre. Par où il termine : Epoques de la nature. Son goût pour les systèmes, même hasardés, pourvu qu'ils soient grands. La pliilosophie et sa religion : Dieu, la nature, l'homme ; froideur relative du sentiment religieux, mais naturalisme ample et profond, à l'antique, avec cette dilTérence que l'homme est ici le maitre de la nature. Le savant (nécessairement incomplet), le philosophe (en quoi il se sépare de son siècle et par où il s'y rattache), le poète: insister sur le mélange de la philosophie et de la poésie, tout nouveau alors, et cependant tout antique. Préciser ce qu'il doit aux anciens, aux phvsiciens primitifs, la hardiesse des hypothèses; à Aristote, l'exactitude dans la description des animaux; à Lucrèce, la poésie; à Pline, l'importance donnée à l'homme. S'il ne connaît pas, sans doute, Palissy, il est animé de- l'esprit cartésien, et il est très supérieur à Fontenelle.

Trait commun : ce qu'il appelle le « génie », qui n'est autre que la faculté de penser en grand : D'où : 1° ses défauts; 2'^ son originalité. Défauts : il n'est pas un savant au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Qualités : il l'est à l'égard de son siècle : sérieux, sérénité, foi dans son œuvre, enthousiasme contenu, richesse d'imagination, scrupules (plus qu'on ne pense) dans les recherches. Mais il n'est pas seulement un ancien, il est aussi un homme du xv!!!*^ siècle : amour de l'humanité, croyance au progrès. C'est ce mélange des traits antiques et modernes qui rend sa physionomie si personnelle.

Faire comprendre à des élèves d'école normale que le vrai, ou du moins le seul Butl'on, n'est pas dans les portraits d'animaux, mais que ces portraits, dont il est aisé de ridiculiser les défauts, ont leur mérite propre d'abord, ensuite et surtout leur place nécessaire dans l'œuvre totale.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

ExpliquerpourquoiBuffon peut sembler froidement pompeux: d'une œuvre immense on a détaché pour nous des portraits

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d'animaux qui n'ont toute leur valeur que si on les replace dans leur cadre. Perdant de vue l'œuvre, nous sommes conduits à voir en Buffon seulement le peintre et Técrlvain, alors que ses peintures sont des exemples destinés à éclairer ses théories. Pourquoi il est injuste de le comparer à la Fontaine, qui, lui, est un peintre et dont chaque fable forme un toul complet.

Coup d'œil très rapide sur la vie et l'œuvre de Bulfon: unité, suite, ampleur d'une œuvre qui a pour frontispice la Théorie dr La terre et pour couronnement les Époques de la nature. C'est donc la nature tout entière que le génie de Buffon embrasse; l'histoii^e de l'homme ne vient qu'après celle de la terre, et l'histoire des animaux qu'après celle de l'homme.

Comment l'histoire des animaux se rattache au plan d'ensemhle. Deux liens surtout : rapports avec l'homme, rapports avec la nature. L'homme maître des animaux, roi de la création ; les animaux groupés autour de lui, espèces domestiques décrites avec amour et en général avec exactitude; espèces sauvages que l'homme combat. Chez les serviteurs comme chez les ennemis de l'homme, c'est l'homme encore que Buffon cherche, avec ses qualités ou ses passions. La nature; nécessité de la description qui donne les différences individuelles et les différences d'espèces, et qui fait ressortir l'inépuisable fécondité el variété de la nature : « Dans la nature il n'existe que des individus ou des suites d'individus, c'est-à-dire des espèces... Nous ne pouvons mieux faire que d'aller pas à pas, de considérer chaque animal individuellement. »

Pris en eux-mêmes, ces portraits ont leur attrait de curiosité, leurs mérites d'observation et de style. Le montrer par quelques citations : le grand seigneur dans les portraits du cheval, du cerf, du cygne; ailleurs, le philosophe du xvin'^ siècle; ailleurs encore et surtout, l'artiste, le coloriste; variété de ses touches prouvée par la comparaison d'un portrait noble el d'un portrait gracieux.

Il faut se contenter de juger par ces fragments le génie de Buffon, mais sans jamais oublier qu'ils n'étaient pas à ses yeux et ne sont pas pour le o<'iliquc moderne l'essentiel de son œuvre, et, dans la mesure où on le pourra, il ne sera pas mauvais de lire soit une des dissertations qui servent de préambule à une série de portraits, soit une page des Epoques.

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D'ciprès les Époques de la nature, montrer comment BufTon compose un poème scientifique.

(Fontenay-aux Roses. — Leçox.)

1. — Préciser la date des Époques, couronnement d'une œuvre longuement poursuivie. Pourquoi Ton peut étudier ici, mieux que dans ÏUistoire naturelle, la manière dont Buffon compose un livre : ici, œuvre limitée et harmonieuse; intérêt qui progresse; tableau, drame, poème.

2. — Caractère particulier de cette œuvre, hautement philosophique et poétique. Union tout antique de la philosophie et de la poésie dans la science. Grandeur et danger des hypothèses. Curiosité élevée; recherche des oi'igines, vision de ce passé lointain rendue vraisemblable, alliance de l'imagination qui devine, de la science qui observe, de la logique qui ordonne et conclut.

3. — Après le disciple des anciens, montrer le philosophe du xviii<= siècle. Quelle idée il se fait et nous donne de la grandeur de riiomme, centre de la nature, roi des êtres vivants, à qui tout le livre aboutit : ~* époque, coup de théâtre, dénouement du drame. Ce qu'il y a d'un peu artificiel, mais aussi d'émouvant dans le livre ainsi composé.

4. — Mais le fond en est vraiment scientifique. Buiïon savant. Les faits d'où il part, l'idée des « époques » qu'il en déduit. 1! ne voit pas assez nettement que cette histoire du monde ne s'arrête pas là et se poursuit toujours; mais avoir vu qu'on pouvait écrire cette histoire, avoir essayé de l'écrire, c'est déjà une gloire. La géologie : comment il perfectionne ses premières idées sur la formation du monde (eau, puis feu) en les fondant : la terre ouvrage du feu, puis de l'eau. La zoologie; les grandes espèces disparues. La nature et l'homme; l'idée de progrès.

5. — Pourquoi un tel livre ne serait plus possible aujourd'hui; pourquoi Buffon seul pouvait l'écrire; pourquoi enfin ceux mêmes qui le critiquent doivent le respecter.

Comment croyez-vous pouvoir donner à des élèves d'école

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normale une idée de Buiibii savant, de la nouveauté et de la grandeur de ses vues, des services qu'il a rendus à la science?

(Fontenay-aux-lloses. — Lecox.)

1. — Partir de l'idée fausse ou tout au moins incomplèteque les élèves peuvent se faire de hulfon d'après les portraits d'animaux. Leur faire compreadre que c'est la partie la moins importante d'une œuvre immense et vraiment savante.

2. — Jeter un coup d'œil sur cette œuvre eu même temps que sur la vie de Bultbn qui en est inséparable. Unité et sérénité; travail patient, non seulement pour construire, la plume à la main, le monument de l'Histoire naturelle, mais pour en préparer les éléments : le laboratoire, les expériences, la correspondance avec les savants de l'Europe et de l'étranger.

3. — Mais il ne faut pas exagérer ni voir en lui un savant tout moderne. Caractère à la fois philosopbique et poétique de sa science, semblable par là plutôt à celle des anciens. Les hypolhèses; avantages et dangers. Exemple qui en prouve la grandeur et la fécondité, malgré les erreurs de détail : les Epo- '{ues de la nature. Le point de vue du moraliste qui rapporte lout à l'homme, et peint des caractères même en décrivant des animaux. L'imagination; son rôle alors et aujourd'hui.

4. — Par contre, grandes idées au moins entrevues : l'unité de plan du règne animal, l'unité de l'espèce humaine, la variabilité des espèces, les grandes espèces disparues, la lutte pour la vie, etc. Par là, Butibn est un précurseur et un créateur.

5. — Au xvm'^ siècle il a été méconnu ou attaqué parce qu'il était trop nouveau et hardi. Au xix", il a été parfois dédaigné parce qu'il a été dépassé. Montrer que les critiques et les savants de nos jours reviennent à lui, et que ce n'est pas l'écrivain seul, ni même surtout, qu'ils admirent.

La Fontaine et BufTon peintres d'animaux. Comment faire comprendre à des élèves que si les iteinLures de Ballon les séduisent moins, elles ont aussi leur intérêt et leur nouveauté.

(Fontenay-aux-Roses. — Leço.x.)

Comparer la septième Époque au cinquième livre du De renun nalura de Lucrèce.

(Fontenay-aux-Roses. — Le^n.)

Certaines ressemblances générales entre les deux œuvres frappent tout d'abord les yeux. Au milieu d'une époque troublée, ici par les guerres civiles, là par les disputes pbilosophiques, Lucrèce et Bulîon se recueillent et s'isolent pour écrire; les deux ouvrages naissent à la veille d'une grande crise politique etmorale; mais le contraste est plus frappant entre la majesté sévère de l'œuvre française et la frivolité du milieu où elle est composée. Tous deux ont la même ambition démesurée de tout connaître et de tout expliquer, le même enthousiasme, qui, plus contenu chez BufTon, communique pourtant une certaine solennité à son langage; mais tous deux aussi viennent trop tôt pour généraliser, à un moment où la science n'est encore ni assez précise ni assez sûre ; de là leurs hypothèses aventurées et leurs erreurs. En somme, Lucrèce est moderne par sa mélancolie; Buffon semble un ancien parmi les modernes, par l'immense étendue de son plan, aussi vaste que la nature, par son amour des vues générales et son ambition de remonter aux causes.

Des ressemblances particulières permettent de l'approcher surtout le '.')" livre de Lucrèce et la 7° Époque de BufTon. Le dénuement etl'etfroi des premiers hommes nous sont peints de traits idenliques, leur vie sauvage est devinée à travers les fictions d'un âge d'or chimérique que reprendront Virgile et Ovide après Lucrèce, Jean-Jacques Rousseau du temps même de BufTon. Le naturaliste français et le poète latin conçoivent et exposent de même façon les progi'ès des arts, la naissance de la civilisation, la constitution des États; seulement, c'est sur la propriété que Buflon fonde la patrie, et il fait venir le feu des volcans, non de la terre. Chez tous deux enfin on voit poindre la grande idée des espèces perdues, que Cuvier devait reprendre et vérifier plus tard avec tant d'éclat.

Mais Lucrèce n'est pas un savant; c'est une àme troublée, un poète, et sa poésie lui vient de sa passion même. Le tableau qu'il nous trace des premiers temps de l'humanité est d'une grâce sauvage qu'on chercherait en vain chez le grave Buifon; celui-ci raisonne et condense les idées dans un tableau précis^

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