C6 COURS DE LITTÉRATURE
Lettre de P. Comeitle à M. de Chàlon.
Corneille remercie M. de Chàlon de lui avoir signalé cet admirable sujet du Cid. Sans doute il n'est pas facile d'accommoder une telle action, éparse en maints épisodes, à la scène i'rnnçaise, si jalouse de l'unité dramatique; mais il saura bien réduire ou écarter la plupart de ces incidents, pour concentrer le drame dans son principal intérêt, c'est-à-dire dans ce qui se passe au cœur de Rodrigue et de Chimène.
(Nancy, — Baccalauréat.)
Lettre d'un contemporain sur le Cid.
Un jeune officier des armées de Louis Xlll exprime à sou vieux père ses impressions à la première représentation du Cid (•26 décembre 1636). Il écrit à son père dans l'ivresse de l'enthousiasme. La vraie poésie dramatique est enfin trouvée ! Il peint la surprise, l'émotion croissante, l'admiration, les transports de l'assemblée.
Résumant succinctement le sujet, il signale les situations les plus applaudies.
11 loue, il remercie Corneille d'avoir donné une si opportune leçon d'honneur, d'héroïsme, qui condamne tant de duels funestes et coupables.
Il glorifie le jeune poète qui ravit à l'Espagne la palme littéraire, et dont les mâles inspirations raniment dans notre France menacée l'ardeur des généreux sacrifices.
(Rennes. — BACCALAunÉAT.)
Le P. Uer.trnne à Descartes.
11 n'est bruit à Paris que du triomphe éclatant lemporté par l'auteur du Cid. Dans sa paisible solitude, au fond des brouil-
lards de la Hollande, Descaries doit sourire de ces engouements souvent passagers. Liii-raènie, Mersenne, s'en est défié d'abord ; mais il a lu le Cid et il a été rassuré.
Avec les réserves nécessaires, il fera comprendre à Descarics que si le nouveau poète continue à peindre la passion, comme ses devanciers, il est surtout le poète de la raison et du devoir, c'est-à-dire de la vérité morale, et qu'en exaltant la volonté il apprend à l'homme à devenir vraiment un homme.
11 montrera cette idée du devoir et de l'honneur incarnée dans les principaux personnages, mèmedansChimène, dontl'énergie virile sait se contenir en se tempérant de qualités plus délicates. On dirait que Corneille est un disciple de Descaries.
P'aisant allusion à l'apparilion prochaine du Biscoiirs de la m'jthode (1637), il se félicitera de voir Descartes et Corneille inaugurer un nouvel âge, où la raison reprendra son rang souverain.
Corneille écrit à son ami Rolrou :
1^ Pour le remercier d'avoir, seul entre tous ses amis d'autrefois, pris son parti dans la querelle qui a suivi le Cid ;
2" Pour justitier le Cid contre les critiques de ses rivaux et de l'Académie ;
.3° Pour annoncer qu'après le Cid il va faire paraître Horace et Cinna.
Rofrou écrit à Corneille après une lecture de VExcmcà AriMi'.
11 lui reproche doucement d'avoir dit que ses « seuls » partisans sont ses vers. Sans doute les vers de Corneille sufliraient à défendre sa gloire; mais il a des amis qui ne s'y épargnent pas.
Sans lui conseiller d'être servile, il lui recommande d'être ju-udent et de ne pas trop répéler ces déclarations d'une fierté d'ailleurs légitime :
Je ne dois qu'à iimi sonl toute ma renommée.
Pour lui, il sera heureux d'effacer sa renommée devant celle de Corneille, dont il prévoit le long avenir.
Cliapelain n'était point un ennemi systématique du Cld. Le 13. juin 1637, il écrivait ù Balzac : (t J'apprends avec plaisir que le Cid ait fait en vous le même effet qu'en tout notre monde. La matière, les beaux sentiments que l'espagnol lui avait donnés et les ornements qu'a ajoutés notre poète français ont mérité l'applaudissement du peuple et delà cour, qui n'étaient point encore accoutumés à de telles délicatesses. » C'est dans cet esprit d'impartialité, mais d'une impartialité contrainte par la gêne d'une situation fausse, qu'il rédigea les Sentiments de l'Académie. « Je sais fort bien, dit Pellisson, que le cardinal eût souhaité qu'on traitât le Cid plus rudement, si on ne lui eût fait entendre avec adresse qu'un juge ne devait pas parler comme une partie, et qu'autant on témoignerait de passion, autant perdrait-on d'autorité. »
On supposera que ce conseiller prudent est Chapelain et qu'il écrit à Richelieu dans ce sens.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Examiner le jugement de la Bruyère sur le Cid et sur les critiques de l'Acadéniie à propos du Cid.
(Agrégation des lettres. — Composition, 1877.)
Du monologue. — Ce qu'il y a de conforme à la natiu'e dans cette convention de Fart.. En quelles occasions et dans quelle mesure il est à propos d'en user.
(Paris. — Licence, août 1872.)
F.xpliquer et apprécier la part de rinlluence espagnole dans le théâtre de Corneille ; analogies el différences.
(Paris. —It., juillet I8S0. — Aix. — Devoih de licence, novembre 1888.)
Serait-il juste d'appliquer à Corneille auteur du Cid le jugement d'un écrivain du xvii<^ siècle : « Né avec plus de génie que de goût, il peignait à grands traits et négligeait les détails »?
(Paris. — Devoir de licence.)