VI
Vauvenargues, dans ses Réflexions critiques sur quelques poèii's, blâme la « ridicule ostentation » du défi que Cornélie jetle à César, et ajoute : « Cette affectalion de grandeur que nous protons aux Romains m'a toujours paru le principal défaut de notre théâtre el l'écueil ordinaire des poètes. »
Faire dans cette critique la part du fanx et celle du vrai.
Qu'a voulu dire Corneille lorsqu'il a écrit, dans son Examen: A bien considérer cette pièce, je ne crois pas qu'il y en ait
s ir le théâtre où l'hisloire soit plus conservée et plus falsifiée
tout ensemble? »
xvm
Examiner l'idée que Corneille se faisait du style en explilant et discutant cette phrase de YExamen de Pompée : ^Pour le style, il est plus élevé en ce poème qu'en aucun des iens, et ce sont, sans contredit, les vers les plus pompeux jue j'aie faits. »
Vi)lefiaiiplic-ik--Roueigac. — i, BaïUuux, impr.
C'uinnient Corneille sait aeeoniniotler une pièce espagnole au goût fran^-ais. — La coniëtlie d'Alai'con et celle de Corneille. — LeS unités.
Corneille a cru d'abord que la Sospechosa Verdad (la vérité rendue suspecte) était de Lope de Vega; puis il a reconnu luiniônie son erreur et indiqué son vrai modèle, Alarcon.
Don Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza, petit bossu qui, disaient ses contemporains, prenait sa bosse pour le mont Hélicon, semble avoir été dédaigné du public, qu'il dédaignait. On ignore jusqu'à la date précise de sa naissance, et l'on sait seulement que, né au Mexique de parents espagnols d'origine, il vint à Madrid vers 1621.11 y occupa la charge lucrative de rapporteur au Conseil des Indes et y mourut en 1639, trois ans avant la représentation du Menteur. De 1628 à 1634, il avait publié une vingtaine de comédies en deux volumes. C'était un amateur do génie, mais que le public traita toujours en amateur et dont il ne prit guère au sérieux les faciles productions, écloses dans es heures de loisir.
On a souvent remarqué que nous devions à l'inlluence, alors loute-puissante, do l'Espaj^'ne les deux premiers chefs-d'œuvre de la tragédie et de la comédie au xvn"= siècle. Pour la comédie, les modèles d'au delà des Pyrénées s'imposaient plus encore que pour la tragédie, car la comédie était alors tout entière dans ces intrigues galantes et romanesques où les Espagnols triomphaient. La pièce d'Alarcon vaut surtout, en effet, par la savanti^ comiilicalion de l'intrigue, par l'exlréme ténuité lies fils (|ui la relient, par la variété des incidents et la liberté de l'allure ; au contraire, c'est j)ar la linesse de l'analyse morale, par l'expression, à la fois savante et légère, spu'ituelle et paliiétiquc, des sentiments les plus divers, que la comédie de orneille sera originale.
Au fond, deux systèmes dramatiques sont en présence ; l'un