CHAPITRE X. — De VéUgU iH de la poésie erotique chez les anciens
Les Latins , dans le genrede l'élégie et de la poésie erotique, ont encore été les Imitateturs des Grecs; mais les modèles ont péri , et les imitations nous sont restées. Nous ne connaissons les élégies de Callimaque, de Philétas et de Mimnerme que par la réputation qu'elles avaient chez les anciens, et par les témoignages glorieux des meilleurs critiques de l'antiquité. Quoique le mot élégie vienne du grec IXipc, qui signifie complainte, cependant elle n'était pas toujours plaintive; elle fut originairement, comme aujourd'hui, destinée à chanter différents objets , les dieux, le retour d'un ami ou ;le jour de sa naissance, ou, comme a dît Boileau, elle gé/nis^ saU sur un cercueil. La meilleure de cette dernière espèce est celle d'Ovide sur la mort d^Tibulle. L'élégie fut souvent le chant de l'amour heureux ou malheureux. C'est pour cela que j'ai cru devoir
joindre ensemble ce que j'avais à dire de l'élégie et de la poésie erotique ou amoureuse. C'est dans ce dernier genre que Catulle s'est surtout distingué , et c'est par lui que je commencerai.
> Catuub. — Une douzaine de morceaux d'un goût exquis , pleins de grâce et de naturel , l'ont mis au rang des poètes les phis aimables. Ce sont de petits chefs-d'cNivre où il n'y a pas un mot qui ne soit précieux, mais qu'if est aussi impossible d'analyser que de traduire. On définit d'autant nooins la grâce, qu'on la sent mieux. Celui qui pourra expliquer le charme des regards , du sourire r de la démarche d'une femme aimable, celui-là pourra expliquer le charme des vers de Catulle. Les amateurs les savent par cœur, et Racine les citait souvent avec admiration. On peut croire que ce poète tendre et religieux ne parlait pas des épigrammes obscènes ou satiriques du même auteur, qui en général ne sont pas dignes de lui, même sous les rapports du bon goût. Il y en a plusieurs contre César, qui, pour toute vengeance , l'invita à souper. 11 ne faut pas trop admirer César, car les épigrammes ne sont pas bonnes; et je croirais volontiers que le tact fin de César fit grâce aux épigrammes en faveur des nmdrigaux. Si Catulle lui récita ses vers sur le moineau de Lesbie et son épithalame de Thétiset Pelée, son hôte dut être content de lui : il dut voir dans Catulle un génie facile, qui excellait dans les sujets gracieux, et pouvait même s'élever au sublime de la passion.
L'épisode d'Ariane abandonnée dans Ifle de Naxos, qui fait partie de l'épithalame, est du petit nombre des morceaux oà les anciens ont su Caire parler l'amour. On ne peut le louer mieux qu'en disant que Virgile, dans son quatrième livré de /'£néide, en a emprunté des idées, des mouvements , quelquefois même des expressions, etjusqu'àdes vers entiers. L'Ariane de Catulle a servi à embellir la Bidon de Virgile. PeutK>n douter qu'un homme qui a rMidu ce service à l'auteur de f Enéide n'eût pu devenir un grand poète, s'il eût aimé le travail et la gloire ? Mais Catulle n'aima que le plaisir et les voyages, deux choses qui laissent peu de loisir pour les letr très. Il était né pauvre, et des amis généreux Tenrtebirent, entre autres, Manlius, dont il fit l'épithalame, sujet usé dont il sut faire un ouvrage charmant, parce que le talent rajeunit tout. Il fut lié aussi avec Cicéron et Cornélius Népos : c'est à oe dernier qu'il a dédié son livre. lious l'avons tout entier; il ne contient pas cent pages, et a rendu son auteur immortel. A-t-il eu tort de n'en pas faire davantage? Tous les écrivains de l'ancienne Rome l'ont comblé d'éloges, sans doute parce qu'il écrivit bien , peut-être aussi fatee qu'il é«^ivait peu. il
ANCIENS. — POÉSIE
suivit SOD goût, satîsfiteelui des autres, et n'effraya pas FeoTie. Que lui a-t-ii manqué ? Rien que de jouir plus longtemps d'une vie qu'il savait si bien employer pour lui-même. Il mourut à einquante ans. Oyu>x. — Les ouvrages et les malheurs d'Ovide Font rendu également célèbre. La postérité jouit des uns, et n'a pu encore expliquer les autres. Son exil est un mystère sur lequel la curiosité s'est épuisée «n conjectures inutiles. Il est bien sûr que son poëme de tArt d'aimer en fut le prétexte ; mais sa discrétion, apparemment nécessaire, nous en a caché la véritable cause. Il répète en vingt endroits :
« Mon crinie est Savoir en des yeux. Pourquoi ai^J? vu ce que je ne devais pas voir? »
Qu'avait-il vu ? C'est ce que nous ignorons. On a cm, on a mémo écrit de son temps qu'il avait sur^* pris Auguste commettant un inceste. Rien n'est nuMtts vraisemblable. Il eût été trop maladroit de rappeler sans cesse à ce prince ce qui devait le faire rougir, il est plus probable qu'ayant un accès facile dans hi maison d'Auguste , qui estimait ses talents , il fîit témoin de quelque action honteuse à la famille impériale ; et ce qui vient à l'appui de cette opinion , c'est que, après la mort d'Auguste, Tibère ne rappela point Ovide de son exil ; d'où l'on peufcondure que, dans ce qu'û avait vu, Auguste n'était pas le seul qui fiât compromis. Quoi qu'il en soit, ce fut un abos de pouvoir, un acte de tyrannie trte-odîeux , que d'exiler un chevalier romain pour la faute d'autrai. Le prétextedeeettecniauté était absurde. Comment oaait-on punir les vers d'Ovide, beaucoup moins libres que ceux d'Horace? Ces réflexions ont éléfiûtas,et il font les répéter, parce qu'on ne peut pas trop souvent condamner l'injustice, surtout dans qoi peuvent être injustes Impunément.
t, accoutumé aux délices de Rome, et transporté , à l'âge de cinquante ans , aux extrémités de rempire romain, sur les bords de là mer Noire, dans on pays sauvage et sous un climat très*rigonieax , aurait été assez puni , quand même il eût commis la feute la plus grave. Que sera-ce si l'on songe quMl était inoncent? Il mérite sans doute la pitié , et l'on peut mfinae lui pardonner d'avoir été aecaÛé de son exil , comme Qcéron le fut du sien. Je sais que Gresset a dit :
Je onse (Testimer Ovide Quand il vient, cor de lUbles tons, Me chanter, pleureor insipide.
De longuet lamenUttonB.
Gresset en parle bien à son aise. Il faut se souvenir qu'il y a tel exil qui peut paraître pire que la mort; et celui d'Ovide était de cette espèce. S9iDfki0fli^1ie aes" autres maux,* 11 était séparé
d'une fenune qu'il adorait ; ^ la plus intéressante de ses élégies , sans nulle comparaison, est celle où il détaille les circonstances de son départ , la dernière nuit qu'il passa dans Rome , et les adieux tendres et douloureux de son épouse. Ne jugeons pas le malheur de si loin , et ne croyons pas que la sensibilité soit toujours une faiblesse. Ce que je reproche à Ovide , ce n'est pas de sentir son infortune , elle était affreuse \ c'est d'en adorer l'auteur; c'est l'excès continuel et fatigant de ses flatteries prodiguées à son oppresseur; c'est cette basse idolâtrie qu'il porta au point de lui élever, même après sa mort, un autel où il sacriOait tous les jours. Voilà ce que le malheur ne peut excuser, parce que rien n'oblige d'être vil. Au reste sa bassesse et son encens furent perdus , et ses deux divinités, Auguste et Tibère, furent également sourdes pour lui.
Les élégies composées pendant son exil, et qu*il intitula les Tristes y sont, à l'exception de celle dont je viens de parler, généralement fort médiocres. II joint à la monotonie du sujet celle du style : il y a trop peu de sentiments et beaucoup trop d'esprit. On voit que la douleur ne saurait passer de son âme jusque dans son style, et l'on croirait qu'il s'amuse de ses plaintes et de ses vers.
Ovide , né avec un génie facile et abondant , une imagination riante et voluptueuse , et comme a dit M. Marmootel ,
Enfant sAté dn Mutci et det déoes, De leon tréson brillant diflsipatear.
Et des plaisirs savant législatear,
Ovide était bien plus fait pour être le peintre des voluptés que le chantre du malheur4 Ses trois livres des JmourSf ouvrage de sa jeunesse , ont tout l'éclat, toute la fraîcheur de l'âge où il les composa : il est impossible d'avoir phis d'esprit et d'agrément. Il n'a, je l'avoue, ni la sensibilité, ni l'élégance, ni la précision de Tibulle; il est moins passionné que Properce. On peut lui reprocher l'abus de la facilité , de fréquentes répétitions d'idées « et quelquefois du mauvais goût. Mais quelle foule d'idées ingénieuses et de détails charmante ? Quelle vérité d'images gracieuses et de mouvements toujours aimables i Conmie il aime franchement le plaisir ! Cest là ce qui manque à tent d'auteurs qui ont voulu l'imiter* On voit trop que c'est un air qu'ils se donnent, et qu'ils sont beaucoup plus sages qi^il ne voudraient nous le faire croire. Ils n'ont pas ce ton de vérité sans lequel on ne persuade jamais. Ils oublient qu'on n'a jamais bonne grâce à vouloir être ce qu'on n'est pas. Boileau a si bien dit ;
COURS DE LITTÉRATUÈR
Chacan, pris dans son air, est agréable en aoi. Ce D*esi que l'air dfautrol qui peut déplaire eo moi.
Et malheureusement cet air-là s'aperçoit tout de suite. Il eu «st des livres comme de la société : dans Tun et dans Tautre il ne faut point avoir d'autre caractère que le sien. Ovide ne cherche pas à en imposer, et n'en impose point. Lorsque , dans la troisième élégie de son livre des Amours, il promet à sa maltresse de n'aimer jamais qu'elle et assure que de son naturel il n'est point inconstant, on en a déjà vu assez pour être bien sûr qu'il promet plus qu'il ne peut tenir, qu'il ne la trompe pas , mais qu'il se trompe lui-même. Aussi ne tarde-t-il pas à confesser qu'il aime toutes les femmes , et qu'il n'est pas en lui de ne pas les aimer toutes. Il ne manque pas d'en donner de trèsbonnes raisons; et cette confession, qui n'est pas tfès-édifiante , est au moins une de ses plus jolies piètres. Il se plaint de cette malheureuse disposition à aimer, avec un sérieux qui est très-amusant. On juge bien qu'il ne songe pas a intéresser par le tableau d'une belle passion. On ne peut pas £tre moins scrupuleux en amour. Il ne traite pas mieux que les autres cette beauté qu'il rendit si célèbre sous le uom de Corinne, et qui la première avait éveillé son génie. Il eut la discrétion de se servir d'un nom feint, parce que c'était uue dame romaine : au lieu que Délie, Néera, Némésis et autres, célébrées par Tibulle et Properce, étaient des courtisanes. Quelques*uns ont cru que cette Corinne n'était autre que Julie, fille d'Auguste, et que cette liaison découverte fut la véritable cause de sa disgrâce. Sidonius Apollinaris l'a écrit expressément ; mais cette opinion est destituée de toute vraisemblance. S'il eût eu à se reprocher cette faute , aurait-il osé dire sans cesse à Auguste qu'il ne Tavait offensé que par une erreur involontaire? Il paraît par ses écrits que cette Corinne l'aima passionnément, et que, si elle finit par lui être infldèle , c'est qu'il lui en avait donné l'exemple. Il se plaint amèrement de sa jalousie continuelle dans une de ses élégies , et surtout de ce qu'elle le soupçonne d'une intrigue avec sa femme de chambre. Il faut voir quel pathétique il met dans ses plaintes : que de protestations, de serments! On serait tenté d'en être dupe. Mais il n'a pas envie qu'on le soit ; car la pièce qui suit immédiatement , et qui peut-être partit avec l'autre, çst adressée à cette même femme de chambre, qui était, à ce qu'il nous apprend lui-même , une brune très-piquante. II. l'accuse d'avoir donné lieu , par quelque indiscrétion, aux soupçons* de sa maîtresse v il lui reproche d'avoir rougi comme un eufant
lorsqu'elle l'a regardé; il lui rappelle avec quel sang-froid H a su lui mentir, avec quelle intrépidité il s'est parjuré quand il a été question de se justifier, et finit par lui demander un rendez-vous. Il y a là de quoi décréditer à jamais tous les serments des poètes. Voilà les Amours de celui qui a fait VArt d'aimer. Mais il ne fiiut pas s'y tromper : le titre latin ne présente pas tout à fait l'idée que nous attachons à ce mot aimer. Ce titre , Artts amaiorimj signifie proprement VArt défaire Vamovr; et en cela le poète a raison , car l'im ne s'apprend pas , et l'autre peut en effet se réduire en art. La division seule du poème suffit pour prouver le but de l'auteur : dans le premier livre, i! traite du choix d'une mattresse ; dans le second , des moyens de lui plaire et de se l'attacher longtemps. C'est à peu près le plan qu'a suivi Bernard ; et l'on ▼oit déjà le premier et le plus grand défaut commun aux deux ouvrages, c'est que dans i'Ari (taimeTy tant latin que français, on trouve tout, excepté de l'amour. On me dira qu'il ne pouvait guère s'y trouver. C'est donc un sujet mal choisi. On ne s'accoutume point à entendre parler si longtemps d'amour sans que le eœur y soit pour rien. L'imagination est trompée , et par conséquent refroidie. Je ne parlerai point ici du poème de Bernard, si ce n'est pour dire qu'il est infiniment supérieur à celui d'Ovide par le mérite de ^exécution. De plus , Ovide est ici bien ibférieur à lui^^oiême*. Ce poète, si agréable dans ses ^motfr«, est ett général médiocre et froid dans l'Are d*aimer. Aussi est*U infiniment moins difficile de réussir dans des pièces détachées que dans un poeoie régulier, où il faut avoir un plan et aller à qq but. Dès le premier livre , le lecteur sent trop que Tou- ▼rage n'aura rien d'attachant. Qu'est^e qu'un millier de vers , pour vous apprendre à diercher une maltresse ? Im cœur répond d'abord qu'on la trouve sans la chercher, et que cet arrangement ne se fait pas comme dans la tête du poète. Ovide vous envoie courir les places publiques, les temples, les spectades, la ville, la campagne, les eaux de Baies , pour trouver celle à qui vous puissiez dire : Je vous aime. EUe ne tombera pas du ciel, dit-Il, il faut la chercher. Ne voilà-t-il pas une belle découverte ? Viennent ensuite quantité de détails minutieux qu'il faut renvoyer au village des PetUs-Soins^ dans la carte de Tendre, et dont quelques-uns pourraient être agréables dans une pièce badine, mais qui ne doivent pas être des leçons débitées d'un ton sérieux. L'auteur y joint cinq qu six épisodes, pj[ns ipsij)i(|^, plus déplacés jes uns que les autres. A propos des spectacles ,11 fàcôQt%l*tfilèv6-
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ANCIENS. -- POÉSIE
meot des Sabines : s'il veot prouyer les dispositions que les femmes ont à aimer, il choisit décemment la fable de Pasiphaé. En un mot, quoiqu'il y ait quelques détails ingénieux et quelques jolis vers, le tout ne présente qu'un ramage mesuré, et la facilité de dire des riens en vers faibles et négligés.
Quand vous avez trouvé la femme que vous voulez aimer, Ovide met en question et tr^-sérieusement si c'est un bon moyen pour devenir son amant que de commencer par être celui de sa femme de chambre. Il examine le pour et le contre , pèse les avantages et les inconvénients, et enfin il décide, pour rendre à chacun ce qui lui appartient, que la femme de chambre ne doit passer qu'après la maîtresse. On vient de voir que, sur ce point, il prêchait d'exemple. Encore une fois , tout cela pourrait faire le sujet d'une saillie poétique, d'un badinage; mais rédiger de pareils préceptes , c'est se moquer du monde.
Le second chant est le meilleur, quoiqu'il commence par un long épisode sur l'aventure de Dédale et d'Icare, aussi mal amené que ceux qui précèdent. Il est Ici question des moyens de plaire , et Ton peut penser qu'Ovide n'était pas ignorant en cette matière , analogue d'ailleurs à la tournure de son esprit et à la nature même de son talent , où Ton remarque toujours , s'il est permis de le dire , une sorte de coquetterie. Il y a des endroits bien maniés ; des observations que tout le monde a faites, il est vrai , mais exprimées d'une manière piquante, et qui marquent beaucoup de connaissance des femmes ; un épisode de Vénus surprise nvee le dieu Mars , le seul qui aille bien au sujet : mais , malgré ces beautés de détail , le vice de ce sujet se fait toujours sentir.
Ovide apparemment a voulu obtenir grâee auprès des femmes pour toutes ses infidélités ; car il emploie à ies instruire le troisième livre de son jért efaimer. Il leur enseigne comment il faut s'y prendre pour plaire aux hommes , pour avoir des amants , pour les garder; quel parti il en faut tirer; à quel point il faut les tourmenter pour les attacher davantage; combien elles doivent être en garde pour n'être pas trompées ; enfin il va jusqu'à leur apprendre à duper les époux, les sur- Feillants, et même un peu leurs amants. Il s'est bien douté qu'il y aurait des gens assez médiants pour trouver ses leçons inutiles : aussi commeiieet-îl par poser en principe que les femmes trompent beaucoup moins que les hommes, et il ajqute qu'après nous avoir donné d^ jurmes contre elles. Il est juste de leur en donner contre nous. Il se fait donner cet prdre par VéQus e|Ie-ipé}ne, et jl
s'en acquitte parfaitement. Il des<»nd jusqu'aux • plus petites circonstances, dans tout ce qui peut avoir rapport à l'art de plaire. Il marque quelle couleur d'habit convient aux brunes et aux blondes ; il épuise la science de la toilette; il prescrit la mesure du rire, selon qu'on a les dents plus ou moins belles : on ne peut pas être plus profond dans les bagatelles. Il ne néglige pourtant pas le solide , et s'occupe de leurs intérêts.
« L'homme riche, dit-il, vons fera des présents; le jorisGODSulte dirigera vos affaires; l'avocat défendra vos dieots. Pour nous antres poêles , il ne ftut nous demander que des vers. »
Il ne manque pas cette occasion de faire le plus bel éloge des poètes ses confrères, et surtout il affirme qu'il n'y a point d'amants plus tendres , plus constants, plus fidèles que ceux qui cultivent les muses. Voilà trois belles qualités qu'il nous accorde; et l'on ne manquera pas de dire qu'en nous traitant si bien, il est un peu suspect dans sa propre cause j et que d'ailleurs son exemple affaiblit un peu son autorité. Je ne saurais en disconvenir; mais pourtant, s'il nous donne trop, ce n'est pas une raison pour nous refuser tout. Voyons, sans trop de partialité , ce qui doit nous rester de ce qu'il uous attribue. Tendres : il a raison; les gens à imagination sont plus passionnés que d'autres, et il entre beaucoup d'imagination dans l'amour : ceux qui en manquent doivent être des amants un peu insipides, et c'est pour cela qu'on a dit que les sots ne pouvaient pas aimer. Ck)nstants : c'est beaucoup ; ici Ovide nous flatte un peu. L'imagination est mo* bile : cependant il est possible que, distraite de , ^mps en temps par d'autres objets, elle revienne toujours à l'objet de préférence ; et si les poètes ne sont pas trèsrconstants , ils peuvent bien aussi n'être pas plus inconstants que 4'autres, Fidèles : oh ! c*est ici la grande diSiculté. I^a fidélité , c'est la perfec*tion; et l'on sait qu'en approcher plus ou moins, c'est tout ce qui est donné à notre fragile nature. On lit , il est vrai , dans la liste des personnages d'un opéra dp Quinault , Troupes d'amants fidèles ; mais on sait aussi que cela ne se trouve par troupes qu'à l'Opéra : c'est le pays des merveilles. Et puis, il faudrait s'entendre , et savoir à quel taux l'on met la fidélité, et combien de temps il faut aimer poWT être réputé, en conscience, am^nt fidèle. Ch^çup Ià-des3us fera sa n^esure, parmi les (lorpmfs s'ei)r tend; car toutes les fpmn^es n'auront qu'un cri , et diront, Toî^ours, san^ se donner m^meletemp^ d'examiner si elles sont de force à soutenir leur dire, et si qn ne les embarrasserait pas quelquefpis en lef prenapt qu piot^ Tlotf/ofir^ esf |e mot de !'{(•
COURS DE LÏTTÈRATIIRE.
mouT et de Tillttsion ; mais il né faut pas croire que ce soit celui da mensonge. CTest de très-bonne foi qn'ou le prononce- quand on aime. Le propre de l'amour, et c'est là aussi un de ses grands charmes, c'est d'avoir toujours raison, même quand il n'a pas le sens commun , et d'être toujours vrai en ne débitant que des chimères. Il est aussi impossible h celui qui aime bien de ne pas croire qu'il aimera toujours, qu'il l'est à un homme de sang-froid de concevoir comment l'amour peut durer toujours. L'essentiel n'est donc pas, après tout, même pour les femmes, d'être toujours aimées, mais de fétre bien parfaitement, de l'être de manière à se persuader de part et d'autre queoela nesauraitfinir ; comme l^essentiel n'est pas d'avoir la plus longue vie, mais d'avoir la plus heureuse. Or, en ce sen%, les poètes ne sont pas les plus mal partagés ; car nous sommes convenus tout à l'heure qu'ils aimaient parfaite» ment, c'est-à-dire, comme des fous : la folie en ce genre est la perfection. Je me flatte que ce petit commentaire sur Ovide ne paraîtra pas horsdu sujet, et que ni les femmes, ni les amants, ni les poètes, ne peuvent s*eu plaindre.
Ovide ne borne pas là ses leçons, mais les dernières sont d'un genre qui me force à borner cette analyse. Cependant je ne finfrai point cet article sans rendre encore hommage à la variété fertile et au caractère aimable de cet écrivain , qui a su se plier avec succès à des genres si différents. J'ai parlé ailleurs de ses Métamorphoses , et l'on sait quelle place éminente elles occupent parmi les plus belles productions de l'antiquité. Ses Fastes, dont nous n'avons que les six premiers livres , sont bien inférieurs , mais ne sont pas non plus sans mérite : cet ouvrage est aux Métamorphoses ce qu'est un dessin à un tableau. Les Fastes ont peu de coloris poétique; mais on y remarque toujours la facilité du trait. Ses Héroides, sortes d'épftres amoureuses que Ton peut rapprocher de ses Élégies, ont le défont de se ressembler toutes par le sujet. Ce sont toujours des amantes malheureuses et abandonnées. C'est Phyllis qui se plaint de Démophoon , Hypsipyle de Jason , Déjanire d'Hercule, Laodamie de Protéfiilas , etc. On conçoit la monotonie qui résulte de cette suite de plaintes, de reproches, de regrets qui reviennent sans cesse. Mais on ne saurait employer plus d'art et d'esprit à varier un fond si uniforme. Il y a même des morceaux touchants et d'une sensibilité qui doit nous faire comprendre aisément le grand succès qu'obtint sa tragédie de Médée. Nous ne l'avons plus; mais Quintilien a dit qu*elfe faisait voir ce que l'auteur aurait pu faire, s'il avait su régler son génie au lieu de s'y abandonner. U faut
avouer, en effet , avec les critiques les plus éclairés , qu'Ovide, dans tous ses ouvrages, a plus ou moins abusé d'une facilité toujours dangereuse quand on ne s'en défle pas. 11 ne se refuse en aucune manière de répéter la même pensée; et, quoique souvent elles soient toutes agréables , Tune nuit souvent à l'autre. On peut lui reprocher aussi les faux brillants, les jeux de mots, les pensées fausses , la profusion des ornements. Ainsi, venant après Virgile, Horace et Tibulle, les modèles de la perfection, il a marqué le premier degré de décadence chez les Latins, pour n'avoir pas eu un goût assez sévère et une composition assez travaillée.
A le considérer du côté moral , quoique ses écrits , comme a dit un de nos poètes,
AlArmeDt un pea nonooenoe,
il n'a du moins montré dans ses poésies que cette espèce d'amour que l'on peut avouer sans honte; et c'est un mérite presque unique dans la comiptioD des mœurs grecques et romaines. Il dut à sa passion extrême pour les femmes d'être préservé de la contagion générale. Il était d'un caractère trèsnloux, et lui-même se rend ce témoignage dans un endroit de ses Tristes, que la censure n'a jamais attaqué sa personne ni ses écrits : aussi était-il l'ami et le panégyriste de tous les talents. Tous les écrivains célèbres qui furent ses contemporains sont loués daus ses vers avec autant de candeur que d'affection ; et il en est plusieurs parmi eux dont les ouvrages ont été perdus , et qui ne nous sont connus que par ses éloges.
Paopbbci. — Les poésies de Properee respirent toutes la chaleur de l'amour, et quelquefois de la volupté ; et Ovide l'a bien caractérisé lorsqu'il a dit, en parlant de ses élégies, ksfeux de Properce :
Et Pfoperee WMitait m'a oonllé tm kax.
Sœpè mihi êoIUu» recitare Png^erUtu ignés.
Mais il fait un usage trop fréquent de la mytho* logie, et ses citations, trop facilement empruntées de la Fable, ressemblent plus aux lieux communs d'un poète qu'auir discours d'un amant. Une chose qui lui est particulière parmi les poètes erotiques, c'est qu'il est le seul qui n'ait célébré qu'une maîtresse. Il répèle souvent à Cynthia qu'elle seule sera à januiis Tobjec de ses chants : et il lui a tenu parole. Cependant il ne fiiut pas croire qu'il ait été aussi fidèle dans ses amours que dans ses vers «car il fait à un de ses amis à peu près le même aveu qu'Ovide.
« Chacun, dit-U, a son déAiut : le mien est d'aimer toa> jours quelque chose. «
Il convient que c'est surtout au théâtre qu'il ne peut s'empêcher de désirer tout ce qu'il voit. U avoue
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roéine à Cynthia quMI a eu quelque goût pour une Lyeînna, mais si peu, si peu , que ce n'est pas la peine <I\*n parier. Après tout « à juger de cette Cynthia par le portrait qu'il en fiiit, elle ne méritait pas plus de fidélité. Jamais femme n*eut plus de dispositîoD à toomaenter, à désespérer un amant; et jamais amant ne parut si malheureux et ne se plaignit tant que Properoe. C'est même ce qui répand le plus d*intcrét dans ses ouvrages ; car on sait que rien n'intéresse tant que la peinture du malheur. On plaint d'autant plus Properoe, qu'après avoir bien reproché à sa maîtresse ses duretés, ses hauteurs , ses caprices , il finit toujours par une entière résignation : i) murmure contre le joug : mais le joug lui est toujours cher, et il veut le porter toute sa vie. Il paraît que, malgré l'inconstance de sqs godts, il avait un penchant décidé pour Cynthia, et revenait toujours à elle comme malgré lui . C'est une alternative de louanges et d'injures qui peint au naturel les différentes impressions qu'il éprouvait tour à tour. Tantôt il la représente comme plus belle que toutes les déesses ; tantôt il l'avertit de ne pas se croire si belle , parce qu'il lui a plu de l'embellir dans ses vers , et de vanter Féelat de son teint, quoiqu'il sût fort bien que cet éclat n'était qu'emprunté. Ici , il lui attribue toute la fraîcheur de la jeunesse; ailleurs il lui dit qu'elle est déjà vieille. Enfin, après cinq ans, il perd patience, il rompt sa chaîne, et ses adieux sont des imprécations dans toutes les formes ; ce qui fait douter que cette chaîne soit en effet bien rompue, car l'indifférence n'est pas si colère. Aussi , après ces adieux solennels qui finissent le troisième livre, on voit dans le quatrième reparaître Cynthia, qui, toujours assurée de son pouvoir, vient chercher son esclave dans une maison de campagne, où il soupait avec deux de ses rivales. Elle est si furieuse et si terrible, qu'à son aspect les deux compagnes de Properce commencent par prendre la fuite, et le laissent tout seul vider la querelle. Cynthia, après l'avoir bien battu, consent à lui pardonner, h condition qu'il chassera l'esclave qui s'est mêlé d'arranger cette partie de campagne; qu'il ne se promènera jamais sous le portique de Pompée , rendez-yous ordinaire des femmes romaines , qu'il n'ira point dans les rues eo litière découverte, et qu'au spectacle il aura les yeux baissés. On volt qu'elle le connaissait bien , et qu'elle savait de quoi il était capable. Properce se soumet à tout, et devient plus amoureux que jamais : et puis fiez-vous aux imprécations et aux ruptures!
TiBULLB. — Hbulle a moins de feu que Properee; mais il est plus tendre, plus ddicat : c'est
le poète du sentiment. Il est surtout, comme écrivain, supérieur à tous ses rivaux. Son style est d'une élégance exquise, son goût est pur, sa composition irréprochable. Il a un charme d'expression qu'aucune traduction ne peut rendre, et il ne peut être bien senti que par le cœur. Une harmouie délicieuse porte au fond de l'âme les impressions les plus douces : c'est le livre des amants. Il a de plus ce goût pour la campagne , qui s'accorde si bien avec l'amour ; car la nature est toujours plus belle quand on n'y voit qu'un seul objet. Chaulieu, le disciple d'Ovide et le chantre de l'inconstance, parie ainsi de Tibulle dans une ^ttre à l'abbé Courtin :
Ovide , qae Je pris pour maître , BTapprlt quHl faut être fripon.
Abbé , c'est le seul moyen d*6tre Autant aimé qae Ait Nason.
Poor Tibulle , il éUlt si bon , Qoe Je crois qu*U aurait dû naifera * Sor les rivages daligDon, .
Et qu'on rcùt placé là, peut-être.
Entre Lafsie et Céladon.
Au surplus, il ne serait pas juste d'exiger, dans des poésies amoureuses, cette unité d'objet nécessaire à l'intérêt d'un roman. Tibulle lui-même, amoureux de si bonne fol , a chanté plus d'une maîtresse. Il paraît que Délie eut ses premières inclinations, et c'est elle qui lui a inspiré ses meilleures pièces. Némésia et Nééra la remplacèrent tour à tour. Et qui saît « après tout, si c'était Tibulle qui avait tort? Il est sûr au moins que celles qu'il aima conservèrent de lui un souvenir bien cher, puisque nous apprenons de ses contemporains que Délie et Némésis, qui lui survécurent (car sa mort fut prématurée), suivirent ses funérailles, et avec toutes les marques de la douleur. C'étaient pourtant des courtisanes, mais on sait qu'à Rome et à Athènes il y a eu des femmes de cette condition qui tenaient un rang très-distingué par leur esprit, leurs talents , et le choix de leur société; et sans doute les maîtresses d'un homme tel que Tibulle n'étaient pas des femmes ordinaires.
Je ne dirai rien de Gallus, plus connu par ses liaisons avec les plus beaux «sprits de son temps, et par les beaux vers de Virgile, que par ceux qu'il nous a laissés. Quintilien lui reproche une versifica^ tion dure, et les fragments que nous en avons justifient ce jugement «. C'est à Tibulle qu'il en faut revenir; c'est lui qu'il faut relire quand on aime; c'est en le lisant qu'on se dit : Heureux l'homme
> n est dUlIcUe d*eo jQfBr; oar 11 ne nous lesto qoHin vei« de Gallus, et le void , tel que VUdna Seqoester ra dté :
Uno teilurei 4ividU ornne dwu.
Les poésies qui portent le nom de Gallus ne sont pas de luii QB les attribue a un écrivain barbare, nommé Maximieu.
d'une imagination tendre et flexible, qui joint au goût des voluptés délicates le talent de les retracer, qui occupe ses heures de loisir à peindre ses moments dMvresse, et arrive à la gloire en chantant ses plaisirs! C'est pour lui que le travail de produire devient une nouvelle jouissance. Pour parler à notre âme, il n'a besoin que de répandre la sienne. Il nous associe à son bonheur en nous racontant ses illusions et ses souvenirs; et ses chants, pleins des douceurs de sa vie; ses chants, qui ne semblaient faits que pour Tamour qui repose, ou pour Foreille de Famitié confidente, sont entendus de la dernière postérité.
Quelque difficulté qu'il y ait à traduire Tibulle, je n'ai pu résister au plaisir d'en essayer du moins une imitation : j'ai choisi la première élégie, selon moi , la meilleure de toutes. ^
Qa*un aatM, poareuivant la gloire et la fortane.
Troublé d*ime crainte importune.
Empoisonne sa vie et trouble son sommeil; Que , dévouant à Mars sa pénible carrière , La trompette sinistre et le cri de la guerre
RétenUssent à son réveil ; Pour moi, <fui des grandeurs n*al point l*àme frappée, Puissé-Je sans rien craindre, et sans rien envier, Cacher tranquillement près d^un humble foyer
Ma pauvreté désoccupée !
Que souriant à mes loisirs.
Toujours la flatteuse espérance M*offre dans le lointain la champêtre abondance Ornant l'étroit enclos qui borne mes désira; Que des biens que J'attends l'agréable propiesse
Suffise à mes amusements.
Je soignerai ma vigne et mes arbres naissants; Armé de l'aiguillon « de mes boeufs indolents
' . rirai gourmander la paresse.
Qu^avec plaisir souvent J'emporte dans mon sdn
L'agneau s'égarant sur la Hve , Le dievreau qu'en courant sa mère inattenUve
A délaissé sur le chemin !
roffrirai de mes biens les rustiques prémices Aux dieux de la vendange , aux dieu^ du laboureur, pivlnités des champs, qui i'étes du bonheur. Vous recevrez toujours mes premiers sacrifices. J'épanche le lait pur en l'honneur de Paies , Je présente des fruits sur l'autel de Pomone ,
Et des épis que Je moissonne
rassemble et forma une couronne Que ma main va suspendre au temple de Gérés. Vous , Jadis les gardiens d'un plus ample héritage, Avant que des destins J'eusse éprouvé l'outrage, Mais de ma pauvreté devenus protecteurs,
O pénates consolateurs ,
Jadto le sang d'une génisse Vous payait le tribut de mes nombreux troupeaux ;
Aujourd'hui le sang d'un agneau
Est mon plus riche sacrifice.
Vous l'aurez cet agneau , le plus beau de mes dons, yoqs verrez du hameau la folAtre Jeunesse ^utour de la victime exprimant l'allégresse, demander en chantant des vins et des moissons. Ah ! prêtez à leurs cbants une oreille facile. Et ne dédaignez pas notre simplicité.
Le ixremler Vase aux dieux autrefois présenté
Fut pétri d'une simpifî argile, ^e n'ai point regretté te bien de mes aleuj^ ,
Content 4e mon champêtre ai^ie,
Content de reposer sur la couche tranquille
Où le sommeil ferme mes yeux.
.:• Ob ! qu'U est doux , lorsque la pluie
A petit bruit tombe des deux , De céder à l'attrait d'un sommeil gracieux ! Qu'il est plus doux enoor, la nuit , près de Délie , De se sentir pressé dans ses bras amoureux. Et d'entendre mugir l'aquilon en furie!
Ce sont lÀ les plaisirs que Je demaade aux dieux. Qu'il soit riche, celui que des travaux sans nombre Ont comblé de trésors si chèrement payés ; Je suis pauvre , et Je vais chercher le frais et l'ombre , Assis près d'un ruisseau qui murmure h mes pieds. Ah ! périsse tout l'or de la superbe Asie , Si, pour l'aller ravir, U faut quitter Délié,
S'il faut lui coûter quelques pleurs.
Que Messala prétende aux lauriers des vainqueurs , Et que des ennemis les dépouilles brillantes Ornent de son palais les portes triomphantes ; Moi , Je suis dans les fers d'une (eune beauté^
Je vis sous les lois de Délie.
Pourvu que Je te voie, 6 maîtresse chérie ! Je ranonee à la gloire, h la postérité ; Il n'est point d'honneurs que J'envie : Ri^n ne vaut mon obscurité.
Oui , J'irais avec toi , sur un mont soUtaIrs ,'
Conduire un troupeau sur tes pas ; Je consens à n'avoir d'autre lit que la terre,
Pour^ que tu sois dans mes bras.
Eh ! d'un Ut scHnptueux l'éclatante parure
N'en écarte pas les ennuis ; La pourpre et le duvet , les eaux et leur murmure ,
Ne font pas la douceur des nuits.
Qu'importe à nos désirs la couche la plus belle ,
Lorsqu'on y veille dans les pleurs.
Lorsqu'on appelle en vain la maltresse infidèle
Qui porte ses amours ailleurs ?
Hélas ! sans les amours comment souffrir la vie? Quel cœur, quel cœur d'airain, 6 ma chère Délie!
Goûtant le bonheur d'être à toi , Pourrait te préférer une gloire frivole?
Les triomphes du Capitale Valent-ils un regard que tu Jettes sur moi?
Ah ! que ma paufière mourante Se tourne encor vers toi dans mon dernier moment ;
Que, par un dernier mouvement, Je presse encor tes mains dans ma main défMUaote. Tu pleureras sans doute auprès de mon bûclier. Tes yeux , ces yeux si pleins de charmes , Répandront sur mol quelques larmes; Tu n'as pas un cœur de rocher.
Tu pleureras, Délie ; et l'amant Jeune et tendre. Et l'amante , objet de ses vaux , Te verront honorer ma cendre, Et s'en retourneront les larmes dans les yeux. Mais garde d'outrager ta belle chevelure , De blesser de ton front l'Ivoire ensanglanté. Aux oiAnes d'un amant c'est faire trop d1i\|nre
Que d'attenter à ta beauté.
Hàtons-nous , dérobons à la Parque inflexible Le moment de Jouir^ d'aimer et d'être heureux : Le temps entraine tout dans sa course insensible ; La mort viendra bientôt de son voile terrible
Couvrir nos amours et nos Jeux.
Le temps n'épargne p(4nt les amants et les belles , Et l'Amour ne sied pas au déclin de nos ans ; Il ne repose point ses Inconstantes ailes
Sur une tête à cheveux blancs.
Je suis encore à lui , Je vis sous sa puissanee.
Content du peu qui m'est resté.
Je coule en paix mes Jours sans chercher Poputaoce, Et sans craindre la pauvreté.
ANCIENS. — POÉSIE
DlSCOimS SUR LE STYLE DES PROPHÈTES ET L'ESPRIT DES LIVRES SAINTS.
Ms nkvmn bt des PKOPBtoBs, coNsméRÉs a'abord ouan oirrmAGBS db poésie.
Qoand les poèmes de Moïse , de David , dlsale , et des autres prophètes, ne nous auraient été transmis que eomme des productions purement humaines, ils seraient encore , par leur originalité et leur antiquité, dignes ^e toute Tattention des hommes qui pensent, et, par les beautés uniques dont ils brillent, dignes de Fadmiration et de Tétude de tous ceux qui ont le sentiment du beau. Cest aussi Thommage qu'on leur a toujours rendu ; et , de nos jours , un Anglais > plein de goût et de connaissances, qui éuit professeur de poésie au collège d*Oxford , a consacré à celle des Hébreux un ouvrage qui a été beaucoup lu , quoique fort savant, et qu'on regarde comme un des meilleurs livres que l'Angleterre ait produits. La mode de Tirréligion, qui date en France du milieu de ce siècle, n'a pas même détruit parmi nos littérateurs l'impression que doivent faire les poésies sacrées sur quiconque est capable de les sentir. On a vu les plus déterminés ennemis de la religion révérer comme poètes ceux qu'ils rejetaient comme prophètes ; et Diderot laissait h la Bible une place, dans sa bibliothèque choisie, à côté d'Homère*.
Voltaire seul , parmi les gens de lettres dont Topinion peut marquer, a toujours fait sa profession d'un grand mépris pour les psaumes et les prophéties, comme pour toute l'Écriture en général ; et ce n'était pas chez lui jugement , mais passion. Le goût qu'il a montré d'ailleurs ne permet pas d'en douter ; et Ton convient que c'est à lui surtout qu'on pouvait appliquer ce vers d'une de ses tragédies : Toutes les ptssioos sont sn loi des ftirean.
11 n'a cessé , pendant trente ans , de travestir l'Écriture en prose et en vers, pour se donner le droit de s'en moquer. Il n'en follait pas davantage pour entraîner à sa suite une foule d'ignorants et d*étourdis, qui n'ont jamais connu la Bible que par les parodies qu'il en a faites, et qui , n'étant pas même en état d'entendre le latin du Psautier, ont jugé des poèmes hébreux d'après les facéties de Voltaire, comme Ils parlaient des pièces de Voltaire lui-même d'après le& feuilles de Fréron.
On ne se flatte pas d'imposer silence à cette es-
■ Le doelear Lowfli, professeur, et depois évéque d*OxfonL Toyei son IWre de tturd Poen Hebnmmm, où U ap- IKoloodit M que je ne puis id qu'efflemer. Cet ouvrage est formé des leçons IsUoes qu'il lisait au collège d*Ozford, coaiBe de nos jouis quelques gens de lettres en lisaient de fraoçaiseB an Lycée.
* Toyci XÈlo^e de BiehardÊon,
L4 flAKK. — TOVE 1.
pèce d'hommes sur qui la raison a perdu ses droits , surtout depuis quels déraison est , de toutes les puissances , la plus accréditée. Mais , comlne un des vices de l'esprit français est d'être plus susceptible qu'aucun autre de la contagion du ridicule, bien ou mal appliqué, il n'est pas inutile de rétablir la vérité, du moins jKinr ceux qui, étant capables encore de l'entendre , n'ont besoin que de la connaître. Il faut leur donner une juste idée de ce qu'on leur a présenté comme un objet de risée, et réduire à leur juste valeur les plaisanteries et les objections également mal fondées, qui tiennent si souvent lieu de critique et de raisonnement. C'est ici seulement que je me permettrai quelque discussion littéraire , parce qu'elle est d'une utilité générale, et qu'elle tieAt à un intérêt réel, celui d'ôter à l'irréligion le mobile de l'amour-propre , en faisant voir que ce qu'elle prend pour une preuve de supériorité, en fait de critique et de goût, n'est qu'une preuve d'ignorance; en faisant voir combien il est aisé de confondre un mépris aussi injuste en lui-même que pernicieux dans ses conséquences, et de détruire des préventions qui n'ont été répandues que par la mauvaise foi, et adoptées que par la légèreté. D'ailleurs ^ si ce discours n'est pas en tout, comme le reste de l'ouvrage, à la portée de toutes les classes de lecteurs, il peut au moins servir à ceux qui influent naturellement sur l'esprit général.
On peut dire d'abord aux contempteurs sur parole : Si vous déférez au nom et à l'autorité. Voltaire est ici seul contre tous, et son jugement est en lui-même suspect, comme tout jugement ah irato, puisque sa haine forcenée contre la religion l'a jeté dans des écarts qui ont fait rire plus d'une fois jusqu'à ses amis. Et puis, lequel vaut le mieux, s'il s'agit d'esprit et de talents , ou de n'avoir vu dans l'Écriture, comme Voltaire, que de quoi égayer sa muse par des impiétés, ou d'y avoir vu, comme Racine , de quoi faire Esther et AihaUe, et, comme Rousseau, des odes sacrées; c'es^à-dire, ce qu'il y a de plus parfait dans la poésie française? Réfléchissez, et jugez.
Ensuite , quel artifice plus grossier et plus méprisable que celui dont Voltaire et ses imitateurs se sont servis pour donner le change sur des ouvrages écrits dans la plus ancienne de toutes les langues connues ? Ils les ont offerts dépouillés de leurs couleurs natives, et habillés de la troisième ou quatrième main, dans des versions platement littérales , ou même odieusement infidèles ; et qu'y a-t-il au monde qu'il ne soit aisé de défigurer ainsi ? Traduisez mot à mot Virgile lui-même, quoique bien moins ancien et bien moins éloigné du goût de notre langue, et
COURS DE LITTÉRÀTORE.
vous verrez ce qu*il deviendra. On se souvient encore combien tous les gens de lettres du dernier siècle se moquèrent de Perrault , qui , né sachant pas un mot de grec, voulait absolument qu'on jugeât Pindare sur un plat français traduit d'un plat latin <. Quoi de plus inepte , en effet, que déjuger une poésie grecque sur le latin littéral d'un sooliaste; et comment un homme tel que Voltaire , qui avait tant de fois bafoué ce genre d'ineptie dans les censeurs de l'antiquité, en fait-il lui-même le principe de sa critique des livres saints, au risque de faire rire tous les lecteurs instruits? C'est que la haine ne voit rien que son but, qui est de se satisfaire et de tromper. On a beau lui crier : Maïs tu ne tromperas que les sots et les ignorants. £lle répond : Que m'importe, n'est-ce pas le grand nombre?
Enfin, depuis quand la parodie , dont l'objet n'est que de divertir, est-elle une méthode pour juger ? Voltaire jetait les hauts cris quand on parodiait ses tragédies : il n'a pas assez d'expressions pour faire sentir combien c'est un genre détestable, l'ennemi du génie et le scandale du goût; et il est très-vrai que ce qu'il y a de plus sublime est précisément ce qui prête le plus au plaisant de la parodie, comme les taches marquent davantage sur l'étoffe la plus riche et sur la couleur la plus brillante. Voltaire le savait mieux que personne, et il fait le drame de Saûly où ii parodie , entre sujtres choses , la manière dont le prophète Nathan arrache à David l'aveu et la condamnation de son crime, et le force de prononcer lui-même sa sentence; c'est-à-dire que Voltaire livre au ridicule ce qui , en tout temps et en tout pays, indépendamment de toute croyance religieuse, frappera d'admiration sous tous les rapports. Faites prononcer devant les hommes rassemblés , quelque part que ce soit, ces mots si simples et si foudroyants : T\t es ille vir,
« Vous êtes cet homme, »
et tout retentira d'acclamations. Je voudrais bien qu'on me dît ce qu'il peut y avoir de mérite et d'es-
* U Alt as8ei maladcoit pour choisir précisément un morcela sublime, le délrat de la première pytliique;, qa*ii trouvait extrAmement ridicule; et c'est à lui que le rUUcule est resté. Il avait lu, dans un iaUn fait pour des écoliers, optimum quidem aqua , et U traduit de même , Ceau est tritbonne à la vérité. Il ne savait pas que le mot grec offre id ndée de Teau élément ; que celui qui répond au laUn optimum n'exprime point ici la bonté, mais la prééminence ; que ià parlleule grecque qui répond k quidem, et qu'il traduit à la vérité, n'est qu'une expléUve qui marque à l'esprit l'ordre des idées, et qui souvent ne doit pas se traduire, surtout par ces mots, à la vérité, qui feraient tomber parmi nous le vers d'ailleurs le plus sublime. Que de choses tiennent au génie d'une langue , et qui défendent de Juger, à moins de la savoir!
Et voilà ee qoe fait llgnotanoe.
(La FoirrAiHi^
prit à trouver cela risible , et je suis sûr qu'aujourd'hui même personne ne me le dira. Et qu'aurait dit Voltaire, si Ton avait jugé Zaïre sur la parodie des EnfarUs trouvés^ et Andromaque sur la folle Querelle! C'est pourtant ce qu'il faisait et ce qu'il voulait qu'on fît pour David ; et David lui aurait suffisamment répondu , par ce mot si connu d'im de ses psaumes : MeniUa estiniquitas sibi, A L'iniquité a menti contre eUe-roftme. »
Il savait bien nous dire, quand il voulut justifier son' Cantique des Cantiques, contre l'autorité qui l'avait condamné,
« Qu'y ne fiillait pas Juger des mœurs des Orientaux par les nôtres , ni de la slmplidté des premiers siècles par la oorniption raflinée de nos temps modernes; que nos petites vanités, nospetites bienséances hypocrites, n'étaient pas connues à Jérusalem, et qu'on pensait et qu'on s'exprimait autrement k Jérusalem que dans la rue Saint- André des Arcs *. »
Rien n'est plus vrai ni plus juste. Pourquoi donc oublie-t-il cette vérité et cette justice quand il juge l'original, lui qui les réclame pour une imitation, et une imitation très-infidèle ?
Il appelle un des plus beaux psaumes (le soixanteseptième, Exsurgat Deus) une chanson de corps de garde. Quel ton et quel langage! Ce psaume fiit composé par David, lorsqu'il fit transporter l'arche sur la montagne de Sion, où le temple devait être bâti. La pompe lyrique de cette ode répond à celle de la cérémonie , qui fut aussi auguste qu'elle devait l'être. On lira ce psaume dans l'office du jeudi ; mais je mettrai ici en avant quelques traits de cette ehanr son de corps de garde; et tous ceux qui se connaissent en esprit poétique, et qui ont l'idée des formes de l'ode, jugeront si db ne les trouve pas même dans une prose fidèle, malgré la prodigieuse distance de la prose au langage mesuré.
« Chantez Dieu, chanlaz son nom sur vos instruments; préparez la route à celui qui monte au-dessus des deux. Son nom est le Seigneur : réjouissez- vous en sa présence; mais que les méchants tremblent à la vue du père des orphelins et du défenseur des veuves.... Dieu mettra sa parole dans la bouche des hérauts chargés de l'annoncer, et cette parole est puissante.... La montagne de Dieu ^ est fertile. Pourquoi regardes*T0US à la fiartOité des antres
' On peut bien dire son eantigue; car ce n'est pas celai de Salomon.
* Ce sont là à peu près, autant qu'U m'en souvient, les termes de sa Lettre à M. Cloepitre, et c'en est trèMserlainement la substance, quoique Je ne puisse citer Id que da mémoire , n'ayant point de livres sous mes yeux , et oèligé souvent de travailler sans livres. C'est mon excuse, quand mes dtattons ne seront pas tout à fait exactes dans les ooIb.; mais Je garantis les choses. ~
* Cest le nom qu'on donnait à la montagne de Slon.
ANCIENS
montaRpes ? T en ft-t-U oonune eeUe de Sioa? C'est là qae le Seigpear se plaltà fiûre n demeure; c'est là qu*il a fixé son séjour à jamais^.. Le char de Diea yest porté sur des miniers d*aoges qui cbanteat des cantiques de joie : le Seigneor est là dans son sanctuaire, comme sur les sommets de Sinâi.... O Dieu! Yotre peuple a tu votre marche; fia TU la marche de mon Dieu, de mon roi y qui habite dans le Saint des saints. Les princes des tribus s'avançaient les premiers, suivis des chantres avec leurs instruments , et des jeunes vierges avec leurs tambours; ils chantaient : Béf^sset le Seigneur.... Là était le jeune Benjamin dans TeUase de la joie; les princes de Juda, à la tête de tons, eCc. »
Le poète ne met-il pas devant vos yeux toute la marehe rdigeuse^Tout n'es^i] pas en mouvement dans le style comme dans la fête? Dieu n'est-il pas lui-même au milieu de la cérémonie ? Le poète ne l*y a-t-îl pas transporté ? Et cette tournure , qui est si fort dans le goût des anciens,
« Les princes des tribus s'avançaient les premiers ! »
cette manière de mettre au passé ce qui est au présent, comme si le poète parlait déjà dans la posté* rite et la représentait ! Bientôt il s*adresse à Dieu, et les figures sont également hardies et animées, soit dans la pensée, soit dans rexpressioo.
« Oommandei à^otre puissance d*étre avec nous ; épou* vinlez les bêlesiiérooes des roseaux du Nil ( les Égyptiens), les puissances qui viennent nous écraser sous leurs chars aux roues d'argent; repoussez les peuples qui veulent la guerre, et il viendra des envoyés d'Egypte; l'Ethiopie étendra ses mains vers le Seigneur, etc. «
L'ode a-t-€lle un élan plus rapide? Demandez aux Pindare , aux Horace , aux Malherbe, aux Rousseau, s'ils désireraient autre chose dans un chant d'inau* guration , et s'ils voudraient être autrement inspirés. Sans doute il manque ici le charme de rh«r* monie, qui est le premier pour l'effet universel ; mais je parle à ceux qui connaissent le genre et l'art, et qui sont en état de juger un poème réduit en prose, di^ecH membra poet», comme dit Horace : qu'Us disent si la poésie, quoique toute décomposée, ne résiste pas à cette épreuve, la plus périlleuse de toutes?
— Mais pourquoi done Voltaire n'a-t-il vu là qa^yne chanson de corps de garde f
Cest que lui-même en a fait une sur un verset de ce psaume, précisément comme Scarron fait sept ou huit vers de parodie sur un vers de Virgile.
Ayeiioin, mes chers amis,
De prendre tous les petits Encore à la mamelle.
Vous éeraserei leur cervelle Contre le mur de rinlldèle,
Et tes cbtens s'engraisseront
De ce sang qu'Us lécheront.
Il était si charmé de ce petU morceau, que je le lui ai entendu chanter pendant trois mois. Voici maintenant le texte de David :
« Le Seigneur a dit : J'enlèverai mes ennemis de la terre de Basan , et je les précipiterai dans Tablme ; et toi, mon peuple , tes pieds seront teints du sang de tes oppresseurs, et les chiens lécheront ce sang. »
Racine n'a pas eu la même horreur de ces chiens et de ce sang, et en a tiré ces vers d*AthaUe, admirables partout et toujours applaudis :
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux , . Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Qui croirait quecefûtVQltaire qui logeât la muse de Racine au corps de garde, par aversion pour celle de David ? Qui ne sait que ces images de vengeance et de carnage n'ont jamais déparé la poésie , et que le différent goût des langues ne fait que les colorier diversement, sans toucher au fond? Et quand ou se souvient qu'ici ces images prophétiques traçaient par avance la punition d'Achab et de Jésabel, à qui un prophète dit, après l'abominable meurtre de Naboth : En ce même endroit où les chiens ont léché le sang de votre victime, Us lècheront votre sang et celui des vôtres; quand on se rappelle que ce qu'il y a de terrible dans cet exemple et dans cette peinture n'a été employé que pour effrayer le crime, que reste-t-il à dire contre l'un et l'autre?
Si l'on nous montrait Virgile dans la version d'un écolier, pour nous donner une idée de Virgile; si l'on traduisaitce vers, tiréde la descriptionde l'Etna,
AUolUtque çlobos/tammarum , et sidéra lambit, « Il élève des globes de flammes et lèche les astres ', »
est-ce Virgile qu'on nous aurait montré ? Cest pourtant ce que fait Voltaire de David : il traduit ainsi , de ce même psaume , un passage qu'on vient de voir dans ce que j'ai cité :
fc La montagne de Dieu est gr€use : pourquoi regardezvous les montagnes grasses P »
II feint' d'ignorer que le moi pinguis, qui en latin est du style noble, signifie aussi bien fertile que gras ; mais il lui fallait le mot gras et grasse pour faire rire. Le beau triomphe! Je sais bien que ceux qui aiment en lui son grand talent, mais non pas au point de se refuser à l'évidence , baisseront ici les yeux, et rougiront pour lui ; mais à qui la faute?
1 Lambere (lécher) est, en latin, aussi noble que sonore; et la métaphore est ici fidèlement pittoresque, parce que le mouvement de la flamme imite en effet celui de la langue qui se courbe et se replie en léchant Voilà pourquoi Je vers est si beau en latin. En français , le mot Ueher est peu agréable, difficile à faire entrer dans le style noble, et surtout impossible à Joindre ici avec U» astreg, autre torme flgnié pour dire le ciel. Un équivalent est donc nécessaire, sans quoi vous rendriez ridicule ce qui est beau; c'est le cas OU la fidélité littérale est un mensonge.