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COURS DE UTTÉRATUR£.

et qui aime plus qoe moi son talent? mais la vérité est avant tout.

Il eût été plus digne d'un homme si éclairé de rechercher quels ont été et quels devaient être naturellement les caractères de Fancienne poésie hébraî que, et les rapports qu'elle devait avoir avec le langage, la religion et les «mœurs de ces temps reculés. Personne ne devait nous apprendre mieux que lui que la critique ne consistait pas à n'apprécier le génie antique que sur le goût moderne, mais à observer et reconnaître ce génie en lui-même, les procédés qu'il a suivis et dû suivre , et le genre de beauté qui en est résulté ; à discerner en quoi et pourquoi ces compositions des premiers temps devaient différer des nôtres, sans que la disparité fût une raison d'infério- . rite. G'estqu'ilfallaitappliquercegoûtvéritablement philosophique, qui sait démêler à chaque époque ce qui est conforme en soi aux notions essentielles du beau , et ce qui ne tient qu'à des convenances locales, àdes nuances particulières à chaque langue.; à des délicatesses d'idiome ou d'opinion , qui sont des lois dans tel temps et dans tel pays , et qui n'en sont pas ailleurs. C'est par de tels examens et de telles comparaisons que l'esprit s'enrichit , et que s'affermit le jugement ; et qui eût mieux réussi en ce genre que cet homme qui avait un talent singulier pour rendre Tinstruction , et même l'érudition agréables? Il eût fait en littérature ce que Fontenelle a fait avec tant de gloire dans les sciences. Mais il lui a toujours manqué, même en critique purement littéraire, un fonds de solidité et d'équité, un accord constant de vues générales : deux choses incompatibles avec l'extrême vivacité de ses conceptions, et la violence et la mobilité de ses passions.

Je ne prétendrais point faire ce qu'il n'a pas fait, quand même f en aurais la faculté, parce que ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond cette matière. Je me bornerai donc à indiquer en peu de mots ce •qui tient à mon objet, et ce qu'il est nécessaire de considérer avant tout, pour évaluer les censures Injustes répandues contre Touvrage que j'ai traduit.

La poésie des Hébreux a généralement les caractères que dut avoir la poésie dans sa première origine chez tous les peuples qui l'ont cultivée. Née de l'imagination (car il ne s'agit pas encore de l'inspiration divine) , elle est élevée , forte et hardie. Il est certain qu'elle était métrique; mais les Hébreux même Ignorent aujourd'hw' quelle était la nature du mètre. Le mot de leur langue qui répond au carmen des Latins, au vers des Français, offre proprement l'idée d'un discours coupé en phrases concises , et mesuré par des intervaHes distincts. Ce que nous appelons style poétique répond chez eux à un mot

que les interprètes grecs ont rendu par celui deparch bole, c'est-à^iire un discours sentencieux et figuré, plus ou moins sublime , selon le sujet, mais toujours moral. Il tient de ce que nous appelons, parmi les figures de style, d'après les rhéteurs grecs, allégorie ou métaphore continuée : les psaumes en sont pleins.

On sait d'ailleurs que Tallégorie est proprement l'esprit des Orientaux, celui qui se montre partout dans leurs écrits de tout genre, et même dans leur conversation , etc'esf ce qui les a conduits à l'inveation de l'apologue.

U suffit de faire quelque attention à ce que nous nommons versets dans la rulgate, pour y apercevoir à tout moment, malgré Téloignement de l'original , des formes régulières et symétriques , qui paraissent y avoir été habituellement les mêmes. Le verset est d'ordinaire composé de deux parties ou analogues ou opposées ; mais l'analogie est beaucoup plus fréquente que l'opposition ». Ce procédé parait fort simple; il peut tenir à deux raisons : !• au raipport de la phrase poétique avec la phrase musicale { car la musique et la poésiene se séparaient pas ), et les deux phrases étaient alors également composées de deux parties; elles le sont quelquefois de trois, toiyours avec le même air de symétrie; 2* à la nature de la langue hébraïque. Ceux qui l'ont étudiée s'accordent à dire qu'elle n'a pas un grand nombre de mots, qu'elle a. peu de particules de liaison, de transition, de modification , et que ses termes ont plus de latitude indéfinie que de nuances marquées; ce qui prouve une sorte de pénurie dans l'idiome] et ce qui produit la difficulté dans la traduction. U en résulte aussi l'absence de ce style périodique qui nous charme dans les Grecs et les Latins. La période, en vers comme en prose, ne peut mardier qu'à l'aide de beaucoup de mobiles, qui la rendent aisée, nombreuse et variée. Ces mobiles sont dans les élém^tsde la construction : ils paraissent manquer aux Hébreux, et nous-mêmes sommes inférieurs, en ce point, aux Grecs et aux Latins, au moins pour la diversité et l'effet des moyens*

Il suit que, dans la diction des Hébreux, lès [Arases doivent être coupées, concises, et en générai uniformes, et de là le style sentencieux ; que, dans

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lear poésie, les fonnes doÎTent étrehabitueUement répétées et correspondantes , parce qu'ils ont cherché dans des retours symétriques Tagrément qu'ils ne pouvaient trouver dans le nombre et là variété, eomme nous-mêmes avons eu recours à la rime, au déÛMit d'une prosodie aussi accentuée que celle des Grecs et des Latins; et la rime n'est aussi qu'un genre de symétrie. De là encore , si la phrase des Hébreux est concise, leur style doit manquer souvent de précision, et les idées y sont reproduitesavec des différences Itères, pour conserver le rapport des formes. Mais il en arrive aussi que leur poésie est singulièrement animée et audacieuse , parce qu'ils substituent les mouvements aux liaisons qu'ils n'ont pas ; que leur expression est très énergique, ne pouvant guère être nuancée; que chez eux la métaphore est plus hardie que partout ailleurs, parce que les figures sont un besoin dans une langue pauvre , au lieu qu'elles sont un ornement dans une langue riche. Ce que nous rendons par des termes abstraits , ils Texpriment le plus souvent par des relations physiques ; et c'est surtout ce déâut de mots abstraits qui Eut que, chez eux , presque tout est image , emblème, allégorie. Rien ne prouve mieux cette vérité, qui n'est bien entendue que des hommes très-instruits, que le génie du style et des écrivains est naturellement modifié par celui des langues , et que les différentes beautés des productions des différents peuples dépendent non-seulement de ce que leur donne leur idiome, mais mime de ce qu'il leur refuse.

11 est dans le progrès des choses que les langues qui se sont formées dans la succession des temps , chez des peuples favorisés par la nature et le climat, tels que les Grecs et les Latins, aient été beaucoup plus abondantes que celles des premiers siècles , en tout ce qui appartient aux idées mixtes , aux modifications du discours, au raffinement de la pensée , qd suit ûàni des moeurs et des usages. C*est de tout eela que se forme le fini de la composition dans les détails; mais rien ne serait plus déiraisonnable que de Fexiger des ouvrages nés dans les âges antiques. 11 ne faudrait pas même l'y désirer; car ce quMIs ont de plus précieux est précisément cette beauté primitive et inculte qu'on aime à rencontrer dans les oeuvres de l'esprit humain , aux époques les plus lointaines , et qui se passe très-bien de l'élégance des parures modernes : celles est un mérite, sans doute, mais pour nous seuls, et n'était pas un devoir il y a trois mille ans.

Or, ce genre de beauté , d'autant plus remarquable qu'il est absolument le même à de grandes distances, de Job à Moïse, de Moïse à David , et de David à Isaîc, est encore si réel et si éminent, que

nos plus habiles versificateurs ont rois beaucoup d'art et de travail à s'en rapprocher, et ne l'ont pas toujours égalé. Que d'essais n'a-t-on pas faits en ce genre sur les Psaumes! Et le seul Rousseau peut soutenir habituellement la comparaison, et pas toujours. Je n'en voudrais pour preuve que le psaume CceU enarrant. Il est vrai que, dans la première' strophe, Rousseau s'est beaucoup trop laissé aller à la paraphrase; mais, fût-elle meilleure, elle vaudrait difficilement ce premier verset :

« Les cieax racontent la ^oire de l'Étemel , et le fiitnameot annoDce l'ouvrage de ses mains. »

Quelle majestueuse simplicité! et combien en est loin ce commencement , malgré toute l'élégance des deux vers!

Les cieux instruisent la terra A révérer leur auteur.

D'Alembert, qui là-dessus n'était pas suspect de prévention, regrette la touchante naïveté du cantique d'Ëzéchias jusque dans cette immortelle imitation qu'en a faite Rousseau , dont cette ode est peutêtre la plus parfaite. Je crois que d'Alembert avait raison en un sens; mais peut-être ne sentait-il pas assez l'harmonie enchanteresse du cantique français : elle est telle , qu'on peut la mettre en compensation pour tout le reste; et il faut tenir compte de ces sortes d^quivalents, quand il n'est pas possible de trouver dans sa langue la même espèce de mérite que dans l'original ; et je suis convaincu qu'on ne le peut

pas.

Racine ne s^est élevé si haut, au delà de tous les poètes français, dans Esther et dans JthaUe , que parce qu'il y a fondu la substance et l'esprit des livres saints , plutôt qu'il n'en a essayé la traduction. C'est vraiment un coup de maître; car il a su échapper ainsi au parallèle exact, et il est devenu pour nous original. C'est un prophète d'Israël qui écrit en français; aussi n'avons-nous rien de comparable au style & Esther et d^Athaiie, Mais quand il traduit expressément un passage distinct, alors Racine luimême , tout Racine qu'il est , reste quelquefois audessous de David. En voici la preuve ;

rai vu lUmpie adoré sur la terre ;

Pardi au cèdre, il cachait dans les oieux

Son front audacieux. ^

Il semblait à son gré gouverner le tonnerre,

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus : Je n'ai fait que passer, il n'était délk plus.

Certes , le poète a fait ici ce qu'il y avait de mieux à faire : il a eu recours à la richesse et à l'édat de la plus magnifique paraphrase , dans l'impossibilité d'égaler la sublime concision de l'original. Mais enfin, mettez ces beaux vers en comparaison avec le

verset de la Vulgate, fidèlement rendu en prose :

« Tai TU rimpie éleré dans la gloire, haut comme les cèdres du Liban ; j'ai passé , et U n'était plus. »

Il n'y a personne qui ne donne la palme à Foriginçl par un cri d'admiration. Les vers de Racine sont de Tor parfilé ; mais le lingot est ici. .

On doit bien s'attendre que mon dessein n^est pas d'énumérer les beautés sans nombre répandues dans les Psaumes : le commentaire excéderait le texte; mais je ne crois passer aucune mesure en rappelant du moins quelques endroits marqués par difC^'ents genres de beauté.

Mouvements , images , sentiments , figures, voilà , sans contredit, l'essence de toute poésie, rious ne pouvons pas parler ici du nombre , qui , chez les Hébreux , nous est inconnu. Voyons ce qui s'offre à nous dans tout le res^e.

Voltaire s'est beaucoup moqué de 17» exUu à cause det tnofUagnes et des colUnes comparées aux béliers et aux agneaux, U aurait pu se moquer de même, et avec aussi peu de raison que la Mothe et Perrault y du carnage que fait un guerrier dans les bataillons qui plient, comparé, dans l'Iliade y au ravage que fait vn âne lâché dans un champ de blé. U n'en est pas moins vrai que si les ânes, les béliers et les agneaux, etc. , ne sonnent pas noblement à notre oreille, il ne s'ensuit pas qu'il en fût de même chez les Grecs et les Hébreux , ni même chez les Latins, puisque le goût sévère de Virgile ne lui défend pas d'assimiler les agitations de la reine Amate , tourmentée par Alecton, au mouvement d'un sabot sous le fouet des enfants. U n'est pas moins vrai non plus que les secousses des montagnes et des collines, ébranlées par un violent tremblement de terre , sont fidèlement représentées par les bondissements d'un troupeau ; et de là même cette expression reçue chez les marins , la tner motUonne, pour dire qu'elle est agitée. Laissons donc ces nuances du langage , qui ne décident rien d'un peuple à un autre , et voyons si, dans la marche de Tode, il y a quelque chose de plus beau que ce même commencement du psaume , dont le sujet est la sortie d'Egypte et les prodiges qui l'accompagnèrent. Songez surtout que vous jugez un poète mis en prose * dans une langue étrangère , et voyons si , dans cette épreuve même , il doit craindre le jugement des connaisseurs.

« Lorsque Israël sortit de l'Egypte, et Jacob du milieu d'an peuple barbare , la Judée devint le sanctuaire du Seigneur, Israël fut le peuple de sa puissance.

ff La mer le vit et s'enfuit; le Jourdain remonta vers sa

* La Harpe a traduit ce psaume en vers. Voyez À la fin du tome i\ de ses CEuvres, édition de l82o.

source. Les niontagnes bondirent comme le bâier, et les collines comme l'agneau.

« Mer, pourquoi as-tu fui? Jourdain, pourquoi as-ln reculé vers ta source? Montagnes, pourrjuoi avcz-Toas bondi comme le bélier; et vous, collines, comme L'agneau?

« C'est que la terre s'est émue devant la ftce du Seignear, à l'aspect du Dieu de Jacob , du Dieu qui change la pierre en fontaine, et la roche en source d'eau vive.

« La gloire n'en est pas à dous , Seigneur ; doonez-la tout ratière à votre nom, à votre bonté pour. nous , à la vérité de nos oracles , de peur que les nations ne disent quelque jour : Où dimc est leur Dien ? Notre Dieu est dans les deux; il a fiut tout ce qu'il a voulu. »

Si ce n'est pas là de la poésie lyrique , et du premier ordre, il n'y en eut jamais; et si je voulais donner un modèle de la manière dont l'ode doit procéder dans les grands sujets, je n'en choisirais pas un autre : il n'y en a pas de plus accompli. Le début est un exposé simple et rapide et imposant. Le poète raconte des merveilles inouïes comme il raconterait des faits ordinaires ; pas un accent de surprise ■ ni d'admiration, comme n'y aurait pas manqué tout autre poète. Le psalmiste ne veut pas parler lui-même de l'idée qu'il faut avoir des merveilles qu'il trace. Il veut que ce soit toute la nature qui rende témoignage au maître à qui elle obéit. Il Tinterroge donc tout de suite , et de quel ton? Mer, pourquoi as-tu fuit Jourdain, etc. Je cherche quelque chose de comparable à cette brusque et frappante apostrophe», et je ne trouve rien qui en approche. Il interpelle la mer, le fleuve, les montagnes, les collines^ et avec quelle sublime brièveté! Et dans l'instant vous entende^ la mer, le fleuve , les montagnes , les collines qui répondent ensemble :

« Eh ! ne voyez-vous pas que la terre s'est émue devant la face du Seigneur I Et comment ne serait-elle pas émtle à l'aspect de celui qui cbange la pierre en fontaine, et la roche en source d'eau vive? »

Car ce sont là les liaisons supprimées dans cette poésie rapide. Le poète aurait pu aussi mettre en récit ce miracle comme il a fait des autres ; mais il préfère de le mettre dans la bouche des êtres inanimés. Estce là un a^ vulgaire ? Ce n*est pas tout : des mouvements nouveaux et affectueux succèdent à ceux de la prosopopée :

« La. gloire n'en est pas à nous, Seigneur, etc. » Je connais , comme un autre , Horace et Pindare ; mais , si j'ose le dire sans manquer de respect pour

*■ Il n'y a qu'ime manière d'expliquer comment on expose si uniment des choses si eittraordinaires; c'eat que celui qui en parle Ici est celai qui les a faites; et c*€st de loi qu'U est dit dans un autre psaume : l^ihil têt miraàiie m comspectu ejuê. k Rien n'est mcrvellleax devant lui. »» Et cela doit être.

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ce qui est sacré en le rapprochant du profane, TEsprit saint, qui n'avait pas besoin, pour agir sur nous y de remporter la palme de l'esprit poétique, apparemment ne Fa pas dédaignée; car, à coup sûr, les Trais poètes ne la lui disputeront pas.

Que serait-ce, si j'appelais ici toute son école. Moïse , Isaîe , Jérémie , Habacuc , tous les prophètes ; si j'entrais dans le détail de tout ce qu'ils ont d'étonnant et de vraiment incomparable ? Mais tous ont un grand défaut dans l'opinion de nos jours : on les chante à l'église, et comment peut-il y avoir quelque chose de beau à vêpres? Si cela se trouvait, ou plutôt s'il éuit possible que cela se trouvât dans les éeriu d'un brame de l'Inde , dans un poète arabe ou persan , quel concert de louanges 1 l'admiration ne tarirait pas. Je ne.l'épuiserai point sur les Psaumes ; mais continuons à les examiner comme je m'y suis engagé.

S'agit-il des figures de diction , des tropes, des métonymies, des métaphores; David dit à Dieu :

« La mer a été votre route y les flols ont été vos sentiers , et fcefl ne verra pas vos traces. »

Ce dernier trait est du vrai sublime.

Veut-il peindre l'infamie du culte idotàtrique :

« Israël échangea la gloire du culte divin contre l'ioiage d*iiD animal nourri d'herbe. »

Y a-t-il un langage plus brillant et plus expressif? Désire-t-on que les tournures de sentiment se joignent à l'énergie des figures , Il n'y a qu'à entendre David parler de la miséricorde divine :

« Qnoîl Dieu oublierait de ftire grAce! 0 retiendrait sa bonté enchaînée dans sa colère I «

A-t-il à caractériser l'insolence de la prospérité des méchants:

« Leur iniquité sort tout orgueilleuse du sein de leur abondance. Us sont comme enveloppés de leur impiété , et recouverts du mal qu'ils ont fait... Le jnéchant a été en travafl pour produire Tmiquité : il a conçu le mal et en&nié le crime.»

Quelle suite d'expressions fortement figurées ! Et tout est traduit sur les mots de la Vulgate : si cela ne se retrouve pas dans les autres traducteurs, c'est que l'originalité de ce style les a effrayés; ils ont eu peur d'être si fidèles, et dans leur paraphrase, ils n'ont conservé que le sens.

N'oublions pas que la plupart des poètes français ont puisé ici comme dans un trésor commun, et par leurs emprunts et leurs imitations , nous ont rendu pour ainsi dire familier ce qu'il y a de plus graud dans rfcriture. Mais lorsqu*il s'agit de juger, il est juste de remonter à la date, et de se rappeler que

rien n'est antérieur à ce que nous admirons ici. Racine a dit dans ses dioeors :

Abaisse la hauteur des cieux ; et Voltaire dans la Henricuie :

viens des deux enflammés abaisser la hauteur. Mais celui qui a dit le premier : inctinavU cœlos, et descendu, « Il a abaissé les deux et est descendu , »

n'en demeure pas moins le poète qui a tracé en trots mots la plus imposante image que jamais l'imagination ait conçue. Et que de force et d'éclat dans le morceau entier ! (Ps. 17. ) David , vainqueur d'une foule d*ennemis étrangers et domestiques , des Syriens, des Phéniciens, des Iduméens, de dix tribus révoltées , chante le Dieu qui la fait vaincre , et qui s'est déclaré l'ennemi des ennemis d'IsraèL II représente les effets.de sa toute-puissance dans un de ces tableaux prophétiques qui ont un double objet , et qui montrent, d'un côté, le Très-Haut tel qu'il s'était manifesté si souvent en faveur de son peuple; et, de l'autre, Jésus-Christ, son Verbe, tel qu'il doit se manifester à la fin des temps. J'invite ceux qui ont vu dans Homère et dans Virgile l'intervention des dieux au milieu des combats des Grecs et des Troyens, Neptune frappant la terre de son trident, le Scamandre desséché, les murailles de Troie déracinées par la main des immortels, à comp9rer toutes ces peintures avec celle-ci :

« Sa colère a monté comme un tourbillon de fumée ; son visage a paru comme la flanune , et son courroux comme un feu ardent, n a abaissé les cieux , il est descendu , et les nuages étaient sous ses pieds. U a pris son vol sur les ailes des ChérubUis; il s'est élancé sur les vents. Les nuées amoncelées formaient autour de lui un patillon de ténèbres : l'éclat de son visage les a dissipées, et une pluie de feu est tombée de leur sein. Le Seigneur a tonné du haut des deux ; le Très-Haut a Cût entendre sa voix ; -sa voix a éclaté comme un orage brûlant, n a lancé ses flèches et dissipé mes ennemis ; il a redoublé ses foudres , qui les ont renversés. Alors les eaux ont été dévoilées dans leurs sources, les fondements de la terre ont paru à découvert , parce que vous les avez menacés, Seigneur, et qu'ils ont senti le souffle de votre colère. »

Quelle supériorité dans les idées , dans les expressions! car elles sont ici littéralement rendues. jépparuerunt fontes aquarumy et revelata sunt ftnidamenta orbis terraruni. Voilà bien le sublime d'idée et d'expression; et ce que le psalmiste ajoute tout de suite est encore au-dessus :

« parce que vous les avez menacés, etc. * Ab increpatUme tuA, Uiomine, ah inspiratione spiriiûs irx <ei«. Neptune frappe de son trident, Pallas arrache tes fondements de Troie /ce n'est

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pas là le Dieu de David. La terre Ta entendu me' nacer; elle a senti le souffle de sa colère. Il n'en faut pas davantage, et l'univers froissé se montre dans un état de dépendance et de soumission, et semble attendre que l'Étemel détruise tout, comme il a fait tout , d'un signe de sa volonté.

Avouons-le, il y a aussi loin de ce sublime à tout autre sublime que de l'esprit de Dieu à l'esprit de l'homme. On voit ici la conception du grand dans son principe : le reste n'en est qu'une ombre» comme l'intelligence créée n'est qu'une faible émanation de l'intelligence créatrice; comme la fiction,' quand elle est belle, n'est encore que l'ombre de la vérité, et tire tout son mérite d'un fonds de ressemblance. Vous trouverez partout , avec l'œil de la raison a^ tentive, les mêmes rappels et la même disproportion , toutes les fois que vous rapprocherez ce qui est de l'homme de ce qui est de Dieu , seul moyen d'avoir de l'un et de l'autre l'idée qu'il nous est donné d'en avoir; et c'est ainsi qu'étant toujours trèsimparfaite, comme elle doit l'être, du moins elle ne sera jamais faïusse. Cette grandeur originelle, et par conséquent divine, puisque toute grandeur vient de Dieu, qui est seut grand, est partout dans l'Écriture, soit que Dieu agisse ou parle dans le récit, soit qu'il parle dans les prophètes. Je n'en citerai qu'un exemple , dont je ne doute pas que l'impression ne soit la même sur tous les lecteurs judicieux.

Les Israélites, que Dieu éprouvait en les faisant entrer dans le désert avant que d'entrer dans la terre promise (figure de la vie du temps et de celle de l'éternité), se trouvent pour la seconde fois dans les solitudes de Stn , au même endroit où Moïse avait frappé le rocher pour en faire sortir l'eau qui leur manquait. Elle leur manquait de nouveau : ils murmurent, et Moïse crie au Seigneur, qui lui dit :

« Paria an rocher : il en sortira de rem, et oe peufte boira.»

Moïse ne fait pas attention à la parole du Seigneur, et frappe deux fois le rocher, comme il avait fait auparavant. L'eau en sort, comme la première fois, mais Dieu est offensé , et lui dit :

« Parce que vous n'avez pas cru à ma parole , et que vous ne m'avez point rendu gloire devant ce peuple , vous n'entrerez point dans la terre promise. »

Qui se serait attendu au reproche et à la punition ? I9'a-t-on pas envie de prendre la parole pour Moïse, et de dire à Dieu : Seigneur, en quoi donc ai-je manqué de foi ? Cette verge dont j'ai touché la pierre n'est-ellë pas la même qui en avait déjà fait sertir Une Source, parce que vous l'avez voulu ? N'est-ce ipâs^^le que voua avez mise en mes mains, commr It* docile instrument de vos merveilles ?

N'est-ce pas celle que j*ai étendue sur le W , quand je changeai ses eaux en sang; celle que j'ai étendue sûr la mer Rouge, quand j'ouvris ses flots devant Israël? Mais Moïse se garde bien de^rien répondre; il reconnaît sa faute dès qu'il est repris. Il conçoit très-bien que Dieului auraitdit? Pourquoi avez-vous pensé que mon pouvoir fût attaché à cette baguette? Tous les moyens ne me sont-ils pas égaux? et le choix ne dépend-il pas de mol seul ? Je vous al dit : Parler au rocher : pourquoi n'avez-vous pas cru à ma parole f Avez-vous eu peur que la vôtre manquât de puissance , quand c'est mol qui la mets dans votre bouche? Pourquoi frapper, quand j'ai dit parlez f II faut croire et obéir.

C'est là ce que l'Écriture offre à toutes les pages ; et qu'y a-t-il ailleurs qui soit de cet ordre d'idées , si supérieur à tout ce que les hommes ont écrit de la Divinité? Quel est donc ce Dieu qui n'est nulle part ce qu'il est ici? Ah! c'est qu'il n'a parlé nulle part, et qu'il parle ici; c'est qu'il n'y a que lui qui sache comment il faut parler de lui : et s'il est vrai , comme la raison n'en peut douter, que TÉcriture seule nous donne de Dieu ces idées également hautes et justes, également admirables et instructives, qui produisent à la fois le respect et la lumière, il est donc démontré que l'Écriture est divine, et que nous n'avons la véritable idée du grand que par la foi, parce qu'il n'y a de vraiment grand que le Dieu qui la donne.

En effet, si quelque lecteur, persuadé par le parallèle que j'ai commencé à établir, et reconnaissant avec moi que David et Moïse sont tout autrement sublimes qu'Homère et Virgile , se bornait à ne voir là qu'une affaire de goût et de tact, et en concluait seulement que j'ai un peu plus de jugement et de connaissances que les contempteurs des livres saints, il se tromperait beaucoup , et me ferait un honneur que je ne mérite pas plus que je ne m'en soucie. Beaucoup de personnes ont autant et plus de critique que moi , et apparemment Voltaire n'en manquait pas. Pourquoi n'a-t-il rien vu de tout cela? et pourquoi moi-même n'ai-je pas vu jusque-là, quand je ne lisais la Bible qu'avec les yeux d'un homme de lettres? Suis-je devenu tout à coup plus savant que je n'étais en littérature ? Non , sans doute , et je n' en ai pas appris sur Homère, Virgile et Pindare, plus que je n'en disais dans mes leçons publiques il y a dix ans. Comment donc n'ai-je eu des aperçus nouveaux que sur les écrivains sacrés, que j'avais lus tous comme les auteurs profanes? Ce sont ces mêmes livres saints qui m'en rendent raison. C'est que mes yeux étaient fermés, et qu'ils se sont ouverts : eratis aliquando tenebrx : nunc autem lux in Domino. C'est que l'étude de la loi de Dieu enseigne tout oe

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qu'il importe le plus deaaYoir, dès qu'on ne lit point sa parole avec rintention d'une critique orgueillenset et dès lors nécessairement vaine et mensongère. Toutes les clartés que nous pouvons avoir d'ailleurs ne vont pas au delà des objets Irivoles, et n'atteignent pas l'essentiel ; car resseqtiel , pour l'flme raisonnable et InuDortelle, est certainement dans les' rapportsde l'homme à Dieu et du temps à l'éternité: c'est là que tout rentre et doit rentrer , et sans cela tout n'est rien. Ainsi la foi , que l'on traite de peHtette eê tTimbéeiUUiy est en e£fet pour l'homme la seole vérité et la seule grandeur. J'avoue que Dieu seoi peut la donner; mais 11 ne la refuse jamais à qoi la demande avec un cœur simple et droit : c'est Hji-ménie qui nous l'a dit.

■ Tout oeqne toos demanderez à mop pèreen mon nom (dltJésas-Christ;, flvousIedonDera. »

La vérité est un jour qui brille à tous les yeux ; mais 0 ne faut pas les fermer : c'est l'orgueil qui les ferme , et entre l'orgueil et la foi , il y a l'infini. E&t-ce par orgueil que David dit :

« J*ai passé en intelligenee tous ceux qui m'avaient e&- Migné; j'ai passé les vieillards en sagesse. »

Est-ce le plus humble des hommes qui parlerait ainsi, s'il n'ajoutait pas :

« Parte que j'ai médité vos ordonnances , parce que j'ai

étudié tous vos commandements Je suis devenu pins

lage que tons mes ennemis , parce qne je ^le snis attaché A voos poor toiigoors.... Votre parole est la lampe qui dirige mes pas, et la luinièro qui éclaire mes sentiers ... Vos jagements sont l'objet de tontes mes pensées, et voe jusUoes Kiot toute ma sagesse.... »

Ainsi David ne se glorifie jamais que dans la parole de Dieu, comme salut Paul dans la croix de Jésus- Christ. C'est le même esprit depuis Abraham jusqu'à David , et depuis David jusqu'au moindre des chrétiens de nos jours; et cet esprit ne passera pas plusqne la parole de Dieu mémo, f^erba mea non prsUeribwU.

Si nous passons des peintures fortes aux images riantes, et de la majesté à la douceur, quel poëte n'envierait pas le coloris et le sentiment répandus dans cette prière à Dieu , pour en obtenir les présents de la terre' et des saisons ?

« Tons visiterei la terre, et vous la féconderez; vous mnltiplierez ses richesses. Le grand fleuve ( le Jourdain ) est rempli de l'abondance des eaux. La terres préparé la Donrritore des liomroes, parce qne voos l'avez destinée à eet usage. Pénétrez son sein de la rosée, fertilisez ses sennes, et ils se réjouiront des influences do ciel. Vous bénÏTEiZla terre , et vos bénédictions seront la couronne de fannée, et les campagnes seront couvertes de vos dona^ L» déserts mêmes s embelliront de ftcoDdl té , et les eoiUnes itn»t revCtoes d'allésresse ; et les vaUons, enrichi^de la

multitmle des grafais, âèverent la voix et chanteioat l'hymne de vos louanges. »

S'il est particulièrement de la poésie d'animer et de personnifier tout, on voit que rien n'est plus poétique que le style des Psaumes et des prophéties. Tout j prend une âme et un langage : kt couronne de l'année, les coUines revêtues d'aUégreuCt ^ germes qui se réjouissent, les vaUons qui chantent la louange, efo., cesont les figures du texte: yen a-t-il de plus heureuses et de plus brillantes? Mais d'où vient que tout est vivant et sensible dans la poésie des livres saints, et avec une sorte de hardiesse et d'intérêt qui n'est point ailleurs.' C'est encore ici le même principe; c'est encore cette idée mère qui féconde toutes les autres, l'idée du grand Être qui donne l'être à tout ce qui compose l'univers pour ces chantres inspirés; l'action du Créateur qui se fait sentir incessamment à tout ce qui est créé, est une voix qifils entendent, et l'obéissance des créatures est une voix, et leurs besoins sont une voix. Telle est la rhétorique des prophètes; c'est là surtout qu'ils puisent leurs figures : est-il étonnant qu'elles soient au-dessus do celles de l'art?

La délicatesse de nos critiques du jour sourit avec dédain quand David et les trois enfants de Babylone appellent successivement toutes les créatures, le soleil, la lune, la terre, les mers, les animaux, etc. pour les inviter à bénir le Seigneur, Je n'apen^is là qu'un sentiment profond de la reconnaissance, qui, voyant l'homme entouré de tous les êtres créés pour lui faire du bien, ne trouve pas que ce soit assez de lui seul pour louer et bénir un si magnifique bienfaiteur. Il ne peut pas, comme Dieu, appeler foutes les étoiles chacune par son nom [omnibus eis nomina vocat ) , parce qu'il n'y a que celui qui les a faites qui puisse les appeler ainsi. Mais l'homme appelle du moins ce quil peut nommer, et il n'a pas trop de tout ce qu'il connaît dans la nature pour chanter avec lui son auteur. Est-ce que l'amour et la reconnaissance ont jamais assez d'organes? Que cet enthousiasme est noble et saint pour le cœur! et que la censure est froide et petite pour le goût!

Lisez tous les poètes de la Bible, placés à de longs intervalles dans les siècles : partout le même fonds de génie, partout la même manière de penser, de sentir, de s'exprimer, sans autre différence que celle qui tient au styet; et cette uniformité d*idées et de sentiments qui sont au-dessus de l'homme, comme la raison le déniontre, et qui nulle part ailleurs ne se retrouvent dans l'honmie comme 11 est prouvé par le fait , ne dit-elle pas que

tous owicsrivaiiu n'ont en qu'an même maitre et une même inspiration? Lisez cet ancien drame de Job, et ensuite le psaume de la Création (Ps. 103, Benedie, anima mea^ Domino) , le plus fini peutêtre de tous, à n'en juger que suivant les rîègles d'Iine critique humaine; et David, en célébrant les oeuvres de Dieu , vous rappellera Dieu lui-même parlant de ses œuvres à Job. lisez aussi tout ce qu'on a écrit de plus estimé sur cette matière, si souvent traitée en prose et en vers depuis Hésiode jusqu'à Ovide , et depuis Cicéron et Pline jusqu'à Bufifon, et vous ne nous citerez rien qui soit du ton et de la hauteur de ce psaume, dont je ne rapporterai qu'un ou deux passages , quoique tout soit également fait pour être dté.

« Vous aves appris au mMk l'heure de son concber. Yons répandes les ténèbres, et la nuit est sur la terre : c'est alors que les bétes des forêts marchent daos l'ombre ; alors le8 ragissemeDts des Uonceaux appellent la proie , et.demandent à Dieu la nourriture* promise aux animaux. Mais le soleil s'est levé , et déjÀ les bétes sauvages se sont retirées ; eOes sobt allées se replacer daus leurs tanières; l'homme alors sort pour le travail du jour, et accompUt son oeuvre jusqu'au soir. »

Rien ne me semble plus beau que ce partage, si bien marqué, du jour et de la nuit, entre l'hpmme qui vit de son travail , et V animal qui vit de proie. La philosophie et la poésie ont pu le saisir surtout depuis David ; mais je ne me souviens pas et je ne crois pas qu'il soit nulle part tracé de même. Le dessein du Créateur est ici dans la pensée du poëte, qui en rend compte avec la même autorité qu'il l'a conçu. Le poëte était présent au conseil de la Providence, lorsqu'elle relégua, par un impérieux instinct, la bête féroce et redoutable dans le domaine de la huit, et lui défendit de troul^ler Vcetwre de l'homme dans le domaine du jour. Cest cette même Providence qui apprit au soleil l'heure de son cour cher. Et quel est celui des Grecs et des Latins qui ait eu ces idées? Les chevaux du Soleil, et son» char attelé par les Heures, et l'Aurore aux doigts de rose, sont les jeux d'une imagination inventive; mais ici la vérité est grande comme la puissance : et si l'on en revient à la poésie , Valme sol d'Horace est très-ingénieux, et la strophe est brillante; on rencontrera partout de beaux vers sur le soleil. Y en a-t-il pourtant qui réunissent le double caractère du jour, la majesté et la douceur, exprimé dans la double image que Rousseau a empruntée à David? Et la mer aussi a été le sujet de beaux vers en ditférentes langues : eh bien! qu'y a-t-il dans tous qui soit du genre de ces versets du même psaume? (Benedie,)

« Comme elle est vaste cette mer qui étend au lofai ses bras spadenx 1 Des animaux sans nombre se meuvent dans

son sein y et les vaisseaux passent sur ses ondes. Làna^e ce grand dragon des mers (la baldne) que voas aves formé pour se jouer dans les flots. Qu^m/ormostt ad illudendumeU »

Il n'y a pas d'idée plus imprévue ni plus extraordinaire. Quiconque a voulu peindre ce terrible élément a broyé des couleurs d'épouvante, et a paru effrayé pour effrayer les autres : c'est la route vulgaire. Le psalmiste ne voit et ne fait voir que ta puissance qui a préparé une demeure à d'innombrables créatures, et un passage à l'homme navigateur pour rapprocher les extrémités de la terre. Toujours un dessein, parce que le poëte ne chante que pour louer Dieu, et instruire les hommes; et, s'il parle de la baleine, de ce colosse des mers. Dieu Vajormé pour se jouer dans lesfloU! Ce dernier trait n'a pu venir dans l'esprit qu'à celui qui savait .de source qu'il n'en a pas plus coûté au Créateur pour envoyer des milliers de baleines se jouer dans l'Océan, que pour semer sur la terre des milliers de fourmis.

Les dieux de l'antiquité païenne avalent seuls le droit de jurer par le Styx; c'est tout ce qu'elle put imaginer pour donner un serment aux dfeux. Malgré la puérilité de l'idée, j'avoue que l'oreille et l'imagination sont enchantées de ces vers harmonieux que Virgile a traduits d'Homère :

St^gii perfiumina frairis , Perpict torrentet atrâque voragine npas, 'AnnuU; et iotum nulu irem^ecit Olympmm.

La poésie de l'homme ne peut pas aller plus loin ; mais il n'y a que le Dieu de Moïse et de David qui ait pu dire :

ren ai fait le serment; J'ai Juré par moi-même.

Per memet ipsum juravi. Et c'est là le seroient d'un Dieu.

DE L'BSPMT DBS LIVRES SAINTS.

Comme cet esprit de foi et de sainteté est le principe de toutes les beautés des Psaumes, il est aussi la réponse aux censures futiles que l'irréligion seule a dictées , et qu'on n'a vues éclore qu'avec elle. Il est tout simple que la critique d'un ouvrage soit inconséquente, quand elle en met de côté la nature et l'objet. Que dire de Voltaire, par exemple, qui met très-sérieusement sur la même ligne, comme poètes, David et le roi de Prusse?

Frédéric a plus d'art et cûniialt mieux son moode. Il est plus enjoué r sa verve est plus féconde, n a lu son Horace, il l'imite , etc.

Il est sûr que David n'est pas enjoué, qu'il ne pouvait pas plus imiter que lire Horace, et que lé monde que connaissait Frédéric n'était pas celui pour qui David écrivait. Quel travers d'esprit dans

ANCIENS. — POÉSIE

ees rapprochemeots étranges, qui ne seraient en* core qu*une bizarre ineptie, quand ils ne seraient pas de la dernière indécence! Mais lorsqu'on sait de plus le peu de cas que faisait Voltaire des poésies du roi de Prusse, quoiqu'il les eût corrigées autant qu'elles pouvaient l'être; lorsqu'on sait qu'il l'appelait AUiÎBhCaUny quelle valeur peut-on attadier à l'opinion d'un homme qui se joue ainsi de la vérité de son propre jugement, comme de toutes les bienséances? Quelle maladroite adulation pour un roi allemand, que rien n'oblige d'être un bon poète français, et qui, en admettant ce ridicule parallèle, serait encore aussi loin de David que de Voltaire! Laissons là ces écarts de l'esprit humain , qui ne sont pas moins le scandale du bon sens que celui de la religion, et voyons dans les choses ce quelles sont et ce qu'elles doivent être.

Tout ce qui est écrit l'a été pour notre instruction. (Saint Paul.) Les livres saints contiennent la science de Dieu , la science du salut. C'est pour cela qu'ils nous ont été transmis; ils doivent être la nourriture de notre âme, et Jésus-Christ notre mattre nous a dit que rhomme vit de la parole gui sort de la bouche de Dieu. Il n'est pas surprenant que ceux qui ne la cherchent pas dans ces livres n'y aperçoivent tout au plus que l'accessoire , c'est-à-dire, le mérite de la composition dans ce qu'il peut y avoir d'analogue aux idées reçues en ce genre, quand l'Esprit divin, qui parlait à des hommes , a cm devoir descendre à la perfection du langage humain : je dis descendre, car lors même que le style de l'Écriture est jiu-dessus de tout autre comme on vient de le voir, il est encore nécessairement ao-dessous des idées divines.

Maisavec cette disposition, malheureusement trop commune, à lire Moïse et David comme on lirait Horace et Homère, non-seulement on en perd la substance qui était pour notre âme, mais l'esprit même ne peut que s'égarer dans ses jugements, toutes les fois qu'il prendra pour des défauts dans les auteurs sacrés ce qui pourrait en être dans les écrivains profanes, puisque les moyens ne doivent sûrement pas être toujours les mêmes quand le but est différent. L'Esprit saint n'a pas écrit pour plaire aux hommes, mais pour apprendre aux hommes à plaire à Dieu.

Un des reproches que l'on fait le plus souvent aux Psaumes, c'est la fréquente répétition des mêmes idées , des mêmes sentiments , des mêmes tours. Je pourrais m'en teni( à l'analyse succincte que j'ai donnée ci-dessus des procédés de la poésie hébraïque ; Je pourrais même faire remarquer qu'on a fait le même reproche aux poètes grecs , ce qui pourtant

n*a diminué ni leur mérite ni leur réputation; et je renvoie là-dessus à la judicieuse apologie qu'en ont faite les meilleurs critiques. Celle de David, s'il en avait besoin , serait d'une tout autre importance; et proportionnée à celle de son ouvrage : ce n'est pas pour lui-même qu'il convient de l'indiquer, mais pour ceux à qui elle peut être utile.

Les chrétiens savent que les cantiques étant des poèmes religieux , d'abord fiiits pour être chantés dans les cérémonies publiques d'Israël, et destinés par la Providence à devenir pour nous des prières de tous les Jours dans toute la suite des siècles , sont de continuelles élévations à Dieu, des invocations, des supplications , des actions de grâces , des entretiens de l'homme avec Dieu , des exhortations et des leçons pour ses serviteurs , des menaces et des arrêts contre ses ennemis, des hommages à ses graiideurs , àsesjustiees, à ses bienfaits, à ses lois, è ses mer* veilles; et si Ton considère que ce fonds est partout le mémo, et que rien de profane et de terrestre ne pouvait se mêler à oe qui est saint et céleste , ou sera peut-être plus surpris de la multitude des tours et des mouvements, de l'abondance des sentiments et des pensées, qu'on ne peut être blessé de l'espèce d'uniformité de ton général qui naît de celle de l'objet et du dessein. Le psalmiste se répète , mais c'est toujours Dieu qu'il chante ; c'est toujours à Dieu ou de Dieu qu'il parie, et le cœur ne peut parler à Dieu ou de Dieu qu'avec amour : et qui est-ce donc qui caractérise l'amour, si ce n'est le plaisir et le besoin de dire sans cesse la même diose ? Sans doute l'amour, en s'adressant au Créateur, s'épure, s'ennoblit et s'élève; mais il ne change pas son caractère essentiel ; et comme cehii qui aime ne s'occupe uniquement que de satisfiiire et de répandre son âme devant ce qu'il aime , et d'exprimer ce qu'il sent, sans songer à varier oe qu'il dit; comme c'est cela même qui imprime le cachet de la vérité à ses discours et à ses écrits, et qui persuade le mieux la per* sonne aimée s croit-on que l'amour de Dieu soit ou doive être moins affectueux et moins surabondant?

On raconte d'un saint que sa prière n'était autre chose qu'une méditation habituelle sur les miséricordes divines, dont il ne sortait que pour prononcer toujours les mêmes paroles : O bonté! ô bonté! à bonté infinie ! Et il pleurait. Je sais qu'il n'y au-

' Je ne crois pas que Jamais aucane femme se sott plainte <ia*0D loi répétât sans cesse la même chose. Ces sortes de rapprochements ne doivent pas scandaliser ; c*est avec le même coeur qu'on aime le Créateur ou la créature, gnoique les effeU soient aussi dlflérento que les ot^eU. Madame de Sévigné dit de Radne : « Il aime Dieu comme il aimait ses maltresses, » et œU n'a rendu ridicule ni madame de Sévlgné ni Radne.

COURS DE LITTÉRÂTUBE.

mit pas là de qaoi &ire un psaume ni une ode; mais il y en avait assez pour Dieu et pour l'Iiomme qui aimait Dieu; et c'est sous ce rapport que ce trait rentre dans ce que je disais.

J'avoue encore que rien de tout cela n'est concevable pour ceux qui ne savent pas ce que c'est que d'aimer Dieu, comme le langage du cœur est inintdligible pour l'homme froid , comme la langue des artistes est étrangère à qui ne connaît pas les arts; et l'on me pardonneraces rapports du sacré au profane , que je ne me permets que pour me faire entendre de tout le monde. C'est donc avec le cœur qu'il faut lire les Psaumes pour les faiire sentir; et alors toute flme religieuse, loin d'y trouver trop de répétitions, y ajoutera les siennes propres. Il y a pour elle des mots et des idées qu'elle est nécessitée à redire sans cesse, comme l'extrême besoin n'a qu'un même cri , jusqu'à ce qu'il soit satisfait ; et le besoin de l'âme religieuse ne pouvant jamais l'être dans cette vie, son cri est toujours le même. Homme* de la terre * , pourquoi vous importunerait-il? On ne l'entend point parmi vous : il est le concert des tabernacles du Seigneur, et c'est de là qu'il monte aux cieux. Tout ce qu'on vous demande , c'est de ne pas le troubler, comme les serviteurs de Dieu ne vont pas troubler vos joies mondaines. DiscedUe a me, maUgni.: et scrutabor mandata Dei met,

m Méchants, ékkignes-voas de moi, et Je méditerai les paroles de moo Diea. » (Ps. 118.)

Voyez dans l'Évangile la Chananéenne suivre obstinément Jésus-Christ pour en obtenir la guérison de sa fille t songe-t*elle à varier son discours? Que dit^lle ? Rien que ces mots , qu'elle va répétant à chaque pas : Jésus, fils de Dieu, ayez, pitié de m4À : ma fille est tourmentée par le démon. Les disciples eux-mêmes en sont impatientés (car ils n'avaient pas encore reçu l'Esprit) ; ils prient leur mettre d'éloigner cette femme importune. Mais le maître, qui ne voulait que montrer aux Juifs un exemple de patience et de foi dans une femme idolâtre, finit par l'exaucer, et donne une leçon à ses disciples, en leur disant qu^iln'apas encore trouoé tant de fiti dans Israël,

— Mais enfin pourquoi le psalmiste redit-il si souvent gve Dieu est bon, qu'il est miséricordieux? Qui en doute? Pourquoi invite-t-il si souvent les hommes à louer et bénir Dieu? Pourquoi ces refrains si fréquents : Écoutez ma prière y exaucezmoi, secourez-moi, etc. f Cela n'est-il pas trop monotone, même pour des chrétiens I

Oh! pour des chrétiens, non, à coup sûr. Mais supposons que cela revienne jusqu'à cent fois dans

* ExpienkmdesPsamiMB.

les cent cinquante psaumes : c'est beaucoup , mais je vais au plus fort , parce que je ne saurais me résoudre à compter. Eh bien I il n'y a pas un moment dans notre existence qui ne soit le résultat d'une foule de bienfaits du Ci^teur, même dans le malheureux, même dans le méchant. — Cela est-il possible, diront peut-être ceux qui n'y ont pas plus poisé que je n'y ai pense moi-même pendant quarante ans ! — Cela est aussi sûr que votre existence même ; et si vous y réfléchissez , vous n'en douterez pas plus que de la lumière du jour. Or, quand David, composant cette foule d'odes à la louange de Dieu, aurait énoncé cent fois ce qu'il est si juste et si na turel de sentir à tous les instants, il me semble qu'il n'y a pas là d'excès ; et , s'il pouvait y en avoir, au moins ne serait-ce pas dans des chants- de prière : car il faut encore invoquer les convenances humaines; toute poésie religieuse, solennelle et musicale , comporte et même exige des retours et des refrains.

Et puisque j'ai touché ce point, j'observoral que les critiques inconsidérés ont totalement oublié ces rapports de la poésie et de la musique , qui sont pourtant des lois reçues partout. Us se sont récriés sur le psaume 135 , où l'on reprend à chaque verset ces mots du premier, parce que sa miséricorde est étemelle. Mais est-il permis d'ignorerque ce psaume, le seul de ce genre , avait un objet particulier ? Il était destiné à la dédicace du temple que devait bâtir Salomon, et il fut, en effet, chanté. Il est partagé entre les chantres et le chœur : les uns doivent prononcer la première partie de chaque verset , qui rappelle quelqu'un des bienfaits ou des prodiges du Dieu d'Israël ; les autres ne sont chargea que du refrain qui en fait la seconde : Quoniam in sstemum nUsertcordia ejus. Ce plan musical est três-bean ; et demandez à un Lesueur, à un Gossec, à un MéhuI , s'il n'est pas susceptible d'un grand effet dans le refrain , et d'un effet très-varié dans chaque verset; Si ce psaume eût été publié de nos jours , on aurait imprimé une fois pour toutes les paroles du chœur, comme c'est l'usage : mais les Juifs, qui nous ont conservé les Écritures, ont poussé le scrupule jusqu'à compter les mots par respect , comme nos censeurs modernes les ont comptés par dérision.

— Mais, quoique Dieu soit toujours bon, quoiqu'il nous fasse du bien à tous les moments , et qu'à tons les moments on ait besoin de lui, faut-il s'en souvehil* et le répéter sans cesse? nous le demandet-il? et cela même est-il possible?

— Non, pas même aux solitaires et aux contemplatifs : les objets extérieurs et les impressions des sens ont sur nous leur pouvoir et même leurs droits ; et Dieu ne nous demande que ce que nôAs pouvons.

ANCKNS.

Mais pourquoi a-t-il touIu que les cantiques qu'il a dietés nous reportassent souvent sur les mêmes idées? CetSi qu'elles contiennent tout ce qui! est pour nous , et tout ce que nous devons être pour hii; tout ce qu'il veut que notre cœur s'accoutume i sentir, et notre bouche à répéter; et quoi de plus important? En songeant combien Dieu est bon, qu'il Test comme lui seul peut l'être , Thomme aussi apprend à être bon autant que peut rêtre l'homme : en songeant combien Dieu nous aime, et qu'il n'y a que lui qui puisse aimer ainsi , l'homme apprend à aimer Dieu autant qu'on peut l'aimer ici-bas ; et celui qui aime Dieu devient bon. Ama et foc quod vU :

« Aimes-le, et fUtes ce que vous voodres. » 11 y a dans ce mot de saint Augustin autant de sens que de sentiment. Ce qui est toujours dans le cœur revient souvent sur les lèvres , et l'habitude de bénir iHeu sanctifie toutes nos actions. Cest une pensée qui corrige et purifie toutes les autres : je ne craindrai pas que cdui qui bénit Dieu de cœur fasse du mal aux hommes.

Cest donc le feu de Tamour divin qui anime les Psaumes. Le psalmiste en est enflammé, et le répand dans ses diants et dans notre âme. Faut-il s'en étonner ? David était la figure de cehii qui est venuapporter ce feu sur la terre ' ; il a comme prophète, incessamment devant les yeux celui qu'il représente, et il voit dans l'avenir le chef-d'œuvre de l'amour divin , ravénement du Sauveur : aussi n'est-il jamais plus éloquent que sur les miséricordes de Dieu; et de là ce pathétiquequi , chez lui , est égal au sublime d'idées et d'images. Qui pourrait le méconnaître dans le psaume 102 (BenecUc)^ et particulièrement dans les passages suivants?

« Bénis le Seignear, ômon Smel et que tout ce qoiest ■I moimde liommageà 80D saint nom. Bénis le Seifpienry A mosânie, et n'oublie jamais ses bienfiiifts.

« CTest loi <|iil ftit grSce à toutes tes fiiutes, loi qui guérit UNHes tes iofinnttés , loi qui rachète ta vie de la mort ^, loi qui te couronne de ses miséricoideSy loi qui comble de ses biens tous tes désirs, loi qui renonveUe ta jeunesse, eofnnae celle de Faigle ^

« Le Seigneor est plein de compassion; sa patience est loogne, et sa miséricorde inépuisable. Autant le ciel est âevé an-dessos de la terre , autant sa miséricorde s'élève sur la teie de ceux qui le craignent

« Autant que l'orient est éloigné du couchant, autant il a âoâgné de nous no6 iniquités.

« Le Seignenra pitié de ceux qui le craignent, comme un père a pillé de ses enfants.

' Jgnem verni mitiere m ietram; et qmd volo, nii» ut tiectnéahÊr.

' De la mort étemelle.

* Qui fait de loi par ta grSoe uo homme nouveau comme TilSl^ , quand U a pris UD ûouTeau plumage.

« Car il connatt notre aigOe, et aerassonvient que noos

sommes poussière.

« Les jours de l'homme sont comme l'herbe ; sa fleur est comme celle des champs : un souffle a passé, et U fleur est tombée ; et la terre qui Ta portée ne'.la reconnaîtra plus.

« Biais la miséricorde do Seigneur sur ceux qui le crai« gnent est de l'éternité è Tétemilé.*»

C'est de ce dernier trait, rendu Id mot à mot, comme tout le reste, ab mtemo, ei usque in œternum *, et dont le but est d'exprimer rétemité qui a précédé la naissance de l'homme, et celle qui suivra sa mort, qu'est emprunté ce mot faimeux de Pascal, mot si souvent cité et admhré : L'homme est un point entre deux extrémités.

Rien n'est devenu plus commun, il est vrai, que la comparaison des jours de Phomme avec l'herbe et la fleur des champs; mais il y a encore ici un trait aussi poétique qu'original, et dont personne, que je sache, ne s'est servi :

« La fleur est tombée, et la terre qui la portait ne la reconnaîtra plus.»

Et cette comparaison de la hauteur des cieux audessus de nos têtes , avec celle des miséricordes divines au-dessus de no8|)éché8 ! Peutpon réunir d'une manière plus heureuse l'idée de la grandeur et de la bonté de Dieu? Et en effet, l'une et l'autre sont également au-dessus de nos conceptions. Je ne voulais citer ces versets que comme un morceau de sentiment : combien il offre de beautés diverses! D'autres peuvent trouver beau de railler comme les impies : mais ce qui est beau , c'est d' écrire comme les prophètes.

Si David veut nous faire Sentir la folie d'interroger Dieu sur les voies de sa justice, il s'écrie :

« Vos jugements sont élevés comme les montagnes, et profonds comme les abimes. »

Et ailleurs :

« Grand Dieu I qui peut connaître la puissance de votre colère ? qui peut vous craindre assez pour mesurer l'étendue de vos vengeances?

Aussi, quand il parlait tout à l'heure de ses miséricordes, il a toujours eu soin d'ajouter, sur ceux qui le craignent ; il le répète partout , de peur qu'on ne s'y méprenne; et l'on voit par là qu'il s*occupe de tout autre chose que du soin d'éviter les répétitions.

Le besoin le plus général de l'homme est celui de la consolation, et l'accent le plus familier à la voix hu-

* n est Dieu singulier qu'aucun des traducteurs que fal ▼us (et J*al lu les plus célèbres) n*ait paru aperœyoir tout ce qui est renfermé dans ces mots, ab éBiemo, et toque m œtemum : tous ont traduit, de toute éternité, éternellement, etc. Le psalmiste a voulu dite id que la misérioorda de Dieu était sur ncue longtemps avant que nous flissiooa au monde.

maine est celai de la plainte. Qui a mieux connu et mieux rempli ce besoin de notre espèce que les auteurs des livres saints? ou plutôt qui pouvait le mieux connaître et le mieux remplir que celui même qui a fait Thomme, et qui lui a envoyé sa parole pour l'éclairer et le consoler? Vous qui êtes mdbeureux, afOigés, opprimés, allez chercher le soulagement et Tespérance dans Sénèque et dans les autres philosophes, et vous me direz comment vous vous en serez trouvés. Moi , je lirai TÉcriture , et surtout les psaumes : je lirai le psaume Benedicam, si plein de douceur et d'onction, où David, en corn* mençant, désigne d'abord ceux pour qui seuls il a écrit et chanté.

« Je bénirai le Seigneur eu tout temps; ses louanges seront toajours dans ma bouche. Mon âme se glorifiera dans le Seigneur : que les hommes d'an coMir doux m'entendent et partagent mon all^resse. »

Il venait alors d'échapper au plus éminent danger, en se sauvant du pays de Geth, où sa vie avait été menacée; mais sa situation était tovyours pénible et périlleuse, comme elle le fut jusqu'à la mort de son insensé persécuteur Saiil, et quelquefois même depuis. Aussi ces cantiques sont-ils un mélange et une succession de plaintes et d'actions de grâces; mais toujours avec la plus entière confiance en Dieu. Il sait bien que ce sentiment n'est pas celui des CŒttcs durs et superbes; il ne s'adresse doncçci'otMs hommes d'un cœur douas ; et c'est à eux qu'il dit :

«Célébrons tous ensemble le Sdgneor; exaltons ensemble son nom. J'ai cherché le Seigneur , et il m'a exaucé, et U m'a délivré de mes adtersités.

« Approchez de lui, et. vous sera éclairés; et la honte ne sera pas sur votre front.

« Ce pauvre ' a crié vers le Seigneur^ et il a été exaucé; et il est sorti de toutes ses tribulations.

« L'ange du Seigneur descendra près de ceux qui craignent Dieu, et il les sauvera.

« Éprouvez et goûtez combien le Seigneur est doux, combien est heureux celui qui espère en lui.

« 11 est auprès de ceux qui ont le cœur affligé, et il sauvera ceux dont rame est humble. »

Et ailleurs.

K Le passereau trouve sa demeura, et la tourterelle se fikit un nid pour y déposer ses petits; vos autels, C mon Dieu et mon roi I vos autels * , c'est l'asUe que je vous demande.

* Ce pawrrt est David lui-même. On a dit quelque part : Cêgtjler, mai$ c*esl beau. Ici tout le contraire : Cest bumble , mais ctet beau.

"* L'hébreu, plus elIIpUque (pi'aucnne autre langue, dit seulement vot auteU, mon Dieu, vo$ autels!.,, et n'achève pas la phrase. La Ynlgate dit de même : mais cette elUpee seraU trop forte pour nous ; elle n'en est pas moins de senUment.

« Heureux ceux qui habitent dans votre maison ! Ils vous loueront dans tous les siècles. Heureux celui qui attend son secours de vous au milieu de cette vallée ^ larroes! Il forme dans son cœur des degrés qui l'élèveront jusqu'au s^our que vous lui avez destiné. »

Quelle image que ces degrés formés dans k eOBur {Ascensiones in corde suo di^osuit) pour monter de cette vallée de larmes jusqu'au séjour où elles seront essuyées I {Ahsterget Deus omnem lacrymam.)

C'est ainsi que le coeur parle. Et si Ton demande quels sont ces degrés : ce sont les épreuves de la patience soutenue par l'amour et l'espérance.

— La patience, cela est bientôt dit; la patience est-elle une chose si facile?

.— Non. Mais David nous apprend d'où venait la sienne, et d'où peut venir la nôtre; et cela d'un seul mot, mais qui est encore de ce style que bien des gens n'entendront pas, du style de Finspiration :

« Seigneur, vous étesma patience : »

Domine, tu es patientia mea; comme il dit aiiletirs :

« Mon Dieu, vous êtes ma miséricorde. »

Deusj misericordia mea. Cette expresion doit paraître encore bien plus extraordinaire. Quoi donc! il s'approprie la miséricorde divine ! Sans doute : il est bien iàr que le bon Dieu ne s'en offense pas; car David veut dire : Votre miséricorde est à moi , elle est pour moi , elle est mon bien. U a raison; et heureux celui qui le dira comme lui I Ces paroleslà ne sont pas plus à David que sa patience. Elles ne sont pas de l'homme : l'homme en a-t-il jamais employé de semblables?

Je trouve dans les poètes, dans les écrivains de toutes les nations , les grandeurs de Dieu , et je n'en suis point surpris. 11 sufBt de regarder le ciel et la terre pour avoir l'idée d'un grand pouvoir, et cette idée est à tous les hommes, hors aux athées, qui se sont mis hors de l'espèce humaine. Mais la bonté

de Dieu! Elle a été aussi aperçue chez tous les

peuples, j'en conviens : elle est si visible! Cependant je ne la vois sentie que par les auteurs de la Bible et les chrétiens. Eux seuls sont éloquents et inépuisables sur cet attribut de la Divinité, qui, de tous, est le plus près de nous. Les anciens ont eu assez de sens pour saisir cette vérité ; ils ont dit opiimus maximus, mettant ainsi la bonté au premier rang, du moins pour nous : car on sait bien qu'il n'y a pas de rang dans l'infini , et que tout est égal dans les attributs divins. Mais en effet il est naturel que ce qui rapproche le plus Dieu de nos pensées, ee soit sa bonté, parce que c'est elle qui le rapproche le plus

ANCIENS. -^ POÉSIE

de nos besoins. L'idéede son immense pouvoir, considérée seulement quelques minutes , nous confond et nous accable : méditez un moment Tinfini en étendue ou en durée; cberchez à le concevoir ; vous serez bientôt comme étourdi , et obligé d'éloigner une idée qui vous ùÀt tourner la4éte« L*infini nous entoure de toute part, et nous ne pouvons pas plus le fixer sous notre pensée que sous nos sens. L'un et Fautre ne laissent pas d'atteindre loin , témoin Tastronomie ; mais quoique le monde ait des bornes pour Dieu qui Ta fait, il en a si peu 4>our nous, que les seuls calculs de la distance possible des étoiles fixes n*ont point de terme arithmétique. Ainsi Fînfini nous environne et nous repousse. Mais apparemment que notre cœur est plus grand que notre esprit; car, quoique l'infini en bonté ne soit pas plus à la portée de nos conceptions que tout autre, nous pouvons considérer celui-là, non^seulement sans peine et sans fatigue, mais avec un plaisir toujours nouveau : nos idées s'y perdent, mais nos sentiments s'y retrouvent. Je ne sais quoi nous dit que la puissance de Dieu n'est qu'à lui et pour lui; mais que sa bonté est aussi à nous et pour nous; et quoique en y pensant nous ne puissions en trouver les limites, ni dans ce qu'il donne, ni dans ce qu'il promet, 41 semble pourtant qu'il n'y ait rien de trop pour notre cœur, pour ses besoins, pour ses désirs. L'apôtre saint Jean a dit dans une de ses éfhM un mot sublime * : M€^for est Deus carde nostro :

« Dieo est pins grand que notre cœor. »

Il l'a dit en ce sens que Dieu en sait plus sur nos &utes que la conscience même la plus éclairée. Mais ee mot est tout aussi vrai de la capacité de notre eœur en désirs : rien ne nous paraît pouvoir aller plus loin ; et Dieu seul est au delà.

Conunent se £ait-i] donc que le sentiment de cette bonté 9 qui est si doux et qui semblerait si naturel, ne se trouve exprimé et approfondi que dans l'Ëcritore, et n'ait été ùmilier qu'aux chrétiens? C'est qn^eux seuls ont en effet connu Dieu ; et c'est en bonne philosophie une preuve péremptoire que nionMDe avait besoin d'une révélation pour le connaître ainsi. Je ne suis point surpris qu'on ait peu parlé de la bonté des dieux du paganisme : il s'en fallait de tout qu'ils fiassent bons. Des philosophes andens, il est vrai, ceux du moins qui ont reconnu

* Je crobeotcndre une certaine elasM de tocteQns'écrier: m Du tmblime ûuèm saint Jean? Comment ya;t-on chercher « eu 9ublime dans saint Jean ! Saint Jean et ti êubiime peo- « ^«Dt-ils aOer enaenible? * U y a autant d*esprit dans ce SBU« de foieté, qniest celai de nos philotopheê, que dans eetli ddamatlon si plaisante des UUrtt penanêê .* « Ah! « ah fmaiialear est Persan! Gomment peot-on être Persan? •

l'unité d'un Dieu, ont senti que la bonté était un de ses attributs essentiels. Mais cette vérité ne passa jamais la spéculation; et jusqu'à l'Ëvangile, on la bonté divine parut en personne , parut en actions et en paroles, au point que les incrédules eux-mêmes , en refusant d'y voir Dieu , y ont au moins vu la perfection de l'homme (ce qui est beaucoup pour eux) ; jusqu'à la publication de ce livre qui a conquis le monde en condamnant le monde, la bonté divine n'a été sentie et représentée que dans les livres de l'ancienne loi , qui annonçaient les mystères de la nouvelle. Mais aussi quelle place elle y tient! de quels traits elle y est peinte! comme il est clair que ces traits-là ne sont pas de main d'homme! Vous qui croyez seulement à l'existence d'un Dieu, si cette idée n'est pas chez vous une idée vide et stérile ( ce qui serait d'autant plus honteux , qu'elle est la plus noble et la plus féconde de toutes les idées de l'esprit humain )', il ne faut ici que réfléchir et être conséquent : mais combien l'un et l'autre est rare!

Un caractère particulier, dont je crois devoir dire un mot dans ce discours, ou je ne fais qu'effleurer ce qui est fait pour être développé dand Un ouvrage, c'est cette confiance puur ainsi dire fitmilière entre Dieu et l'homme, que naturellement aucun écrivain ne se permettrait, si elle ne lui était Inspirée. Je conçois fort Sien qu'Un des dieux d'Homère couvre un héros de son bouèlier : des' dieux qui peuvent être trompés, blessés, emprisonnés, punis, ne peuvent guère se compromettre, et les poètes ont pu en faire ce qu'ils voulaient. Mais que , dans les mêmes livres ou se montrent sans aucun alliage les idées les plus pures et les plus hantes de la Divinité , comme on vient de le voir, et comme cela n'est pas même contesté; que dans les livres pleins du plus profond respect pour Dieu , et de la crainte de Dieu la plus religieuse, le Très-Haut paraisse en même temps traiter l'homme comme un ami dani la force du terme, entrer avec lui en discussion comme avec un égal, sans que cette espèce de commerce si extraordinaire, affaiblisse jamais dans l'homme la vénération et la soumission; c'est ce qui est pour moi une démonstration morale de l'inspiration divine, et ce qui devrait être au moins, pour tout homme de sens et de bonne foi , matière à examen et à réflexion.

Que le Dieu d'Israël , prêt à promulguer sa loi sur les sommets de Sinaî , s'annonce avec on appareil si formidable , que les Hébreux , saisis d'effroi , prient le Seigneur de ne pas leur parler lui-même, de peur qu'ils ne meurent, ce n'est pas, si je l'ose dire, ce qui marque le plus à mes yeux l'esprit divin dans

COURS DE LirnSBATURE.

le récit de Moïse. Naturellement les idées de majesté ettle terreur entourent l'idée de la Divinité; et, dans ce genre , Vimagination a donné à la Fable même qudques grands traits de vérité, quoique toujours altérés par un mélange qui prouve Terreur. Mais à quoi reconnattrai-je surtout l'esprit divin dans le Pentateuque et dans les autres parties de la Bible? C'est à la manière dont je vois Dieu converser avec rhonmie ; c'est quand ce Dieu si terrible s'entretient si familièrement avec Abraham , avec Moïse, avec Jonas, avec tous ses serviteurs; c'est, par exemple, dans cet endroit de la Genèse, dont il faut Mter le texte, parceque rien ne saurait en suppléer l'impres- «on.

« Alon le Seigneor dit : Poorrato-je cacher à Abraham ce que je dois faire ? ( Et U loi apprend qu*l] va détruire Sodome.) Abraham dnneura devant le Seigneor ■ , et s'approcfaant , U lui dit : Serait-il poulble qne vous fissiei périr rinnocent avec le coupable? S'il y avait cinquante justes dans cette ville, les extermineriez-vous avec les autres? Ne pardonneriez-vous pas plutôt 4 toute la ville, h cause des cinquante justes qui s'y trouveraient ?you8 n'êtes point capable de perdre le juste avec l'impie , et de traiter l'innocent comme le ooopaUe : une telle conduite est indigne de vous. Cdui qui est le juge de toute la terre pourratt-il ne pas rendre justice? — Le Seigneur dit : Si je trouve cinquante justes dans Sodome, je pardonnerai k toute la ville à cause d'eux. — Puisque j'ai commencé, dit Abraham , Je parlerai encore à mon Seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière. S'il s'en fallait cinq qu'il n']f en eût cinquante, feriez- vous périr ioute la ville, parce qu'il y en aurait cinq de moins ? — Non , dit-U , je ne la détruirai point , s'il s'y trouve quai^mte^^q justes. — Abraham , continuant de parler, lui dit : Mais s'il n'y en avait que quarante? — A cause de ces quarante, dit le Seigneur, je ne la détruhai point — Seigneur, dit Abraham; ne vous Ocliez pas, je vous prie; si je parle encore. Peut-être qu'il n'y en aura que trente. — Le Seigneur dit : Si j'en trouve trente, je no la détruirai point. — Puisque j'ai commoicé , dit Abraham , je parlerai encore à mon Seigneur. S'U ne s'y en trouvait que Tingt? — Le Seigneur dit : A cause de ces vingt , je ne la détruirai point. — Abraham dit : Seigneor, je ne parlerai phis qoe cette fois. Peut-être n'y en aura-t-Û que dix. — S'H y en a dix, répondit le Sdgpieur, je ne la détruirai point. »

Il y a quelque chose en moi qui me crie si fortement que l'homme n'a pas trouvé cela, que , s'il était possible que ce sentiment me trompât , je ne craindrais pas d'être surpris de mon erreur au jugement de Dieu. Je lui dirais comme Abraham :

« Vous êtes Juste , et avec les idées que vous-même avez données à mon intelligence, ai-Je pu croire que ce n'était pas vous qui paillez ainsi ? »

* n parait en cet endroit, comme pn beaucoup d^autres, ■ous la figure d*un ange; mati en se faisant connattre pour ce qu*U est, comme on le yolt par toute la suite de Tentre- Uen.

Mais heureusement il n'y apa8derisque,etjetai8 sûr que cela est de Dieu, comme je le suis qu'il y a un Dieu.

Je laisse de côté toutes les réflexions que peut faire nattre cet entretien, et qui ne sont pas dé mon objet. Je remarquerai uniquement que cette suite d'interrogations aérait hors de vraisemblanœ dans toute autre histoire, rien qoe d'un sujet à un roi , et un roi justement irrité , et qoe Tinaltérable patience du maître paraîtrait aussi peu concevable que les questions multipliées du serviteur paraîtraient, en pareille occasion , indiscrètes et téméraires. De part et d'autre, il n'y a rien là dans l'ordre humain. * Jonas va criant dans les rues de Ninive :

« Encore quarante Jours , et Ninive sera détruite. »

Car c'est là ce qu'il avait ordre d'annoncer; et h sentence est positive, et la prophétie sans restriction. Cependant les Ninivites et leur roi s'humilient devant le Dieu qui a envoyé Jonas; ils font pénitence sous le sac et la cendre % dans le jeûne et dans la prière, et 'ûb disent :

« Qui sait si Dieu ne se retournera pas vers nous pcwr nous pardonner, s'il ne s'apaisera pobit , et 8*0 netévoqnoa point l'arrêt de notre perte qu'il a prononcé dans sa colère? En effet, Dieu considéra leurs œuvres; et voyant qu'ils s'étaient convertis en quittant leurs voies criminelles, S eut piUé d'eux et ne leur fit point le mal qu'il avait resoin de leur faire. «

Jonas, qui ne s'était chargé qu*à regret de prédire les vengeances du Seigneur, et qui n'était pas dans ses secrets, quoique chargé de sa parole, trouva fort mauvais que sa prophétie fih ainsi démentie, et s'en plaignit à celui qui l'avait envoyé. Mais il faut encore entendre Dieu et son prophète dans le texte sacré.

« Cependant Jonas, étant sorti de Ninive, était allé se placer à l'orient de la ville. Là, il se fit une petite cabane de feuillages, et s'y reposa à l*ombre en attendant ce qui arriverait. Mais lorsqu'il yit qne Dieu s'était laissé toucher de compassion, il en fût très-fâché; et, dans Texoès de son chagrin, Il dit au Seigneuir : N'est-ce pas là, mon Dieu , ceque je disais lorsque j'étais encorendans mon pays? C'est ce que je prévoyais ; et c'est pour cela qoe je ine sois enftai pour aller àThar8is;car jesavais que voua êtes on Dieu clément, bon, patient, plein de miséricorde, et qui pardonnezaux hommes leurs péchés. Je vous coiyore donc. Seigneur, de retirer mon âme de mon corps, car la mort vaut mieux pour moi que la vie. — ^ Le Seigneur lui dit : Croyez-vous que votre colère soit bien raisonnable ? »

On s'étonnera sans doute que le Seigneur n'en dise pas davantage, et l'on trouvera d'abord le pro-

I Cest encore en Orient le signe du deuU et de rafllietton.

ANGIEN& -^ POESIE.

phèle bien raéchant, et le Sogneur bien bon. Voyons la suite du récit et delà leçon.

« Comme le prophète était fort incommodé de la eha* Irar, le Seigpeiir fit naître mi arbriaseaa qui s'éleva au-desttis de la tétede Jonaa, pour le courrir de son ombre et le gvantir des ardeurs du soiefl. Jonas en eut une très-grande joie ; mais le lendemain matin , le Seigneur envoya un ver ' qui rongea la racine de la plante, et elle devint toute sedie. Après le lever du soleO , Dieu, fit souffler un vent brûiHit, et les rayons du soleil donnant sur la tête de Jonas, O se trouva dans un abattement extrême et souhaita de mourir, disant encore : La mort m*est meilleure que la vie. Alors le Seigneur dit à Jonas : Croyez-vous avoir raison de TOUS flcher?... Vous voudriez conserver une plante qui est Tenue sans vous, qui est crue en une nuit, et qui est moite le lendemain ; et vous ne voulez pf« que j'épaigne la puode ville de Ninive, où il y a plus de six vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer la droite de la gauche , et qui renferme une multitude d*animanx. »

Je ne prétends pas ici expliquer un récit où tout est figure, comme dans tous ceux de l'Ancien Testament. Les chrétiens instruits savent que la colère injuste de Jonas représentait la jalousie présomptueuse des Juifii, qui n*ont jamais pu comprendre qœ Dieu ait daigné se manifester aux Gentils , et leur porter une lumière que Tes Juifs n*ont pas voulu recevoir. Mais ce qui m'occupe ici , c'est toujours la boAté de Dieu , d'abord dans la douceur des reproches qu'il fisit à Jonas, ensuite dans la disproportion entre l'opinion que peut avoir l'homme des jBisérieozdes divines , et ce qu'elles sont réellement. On Voit que Jonas en avait déjà une grande idée. Cependant il est surpris et scandalisé que Dieu paidonne si promptement à une Yille si criminelle. C'est qu'il n'a vu que ce que l'homme peut voir, la moltitude et l'énormité des crimes, dont il ne peut trouver la compensation dans quelques jours de pénitence publique. Mais il y a une pénitence intérieure dont il n'est pas juge, parce qu'il ne lit pas dans les cœurs : il y a le repentir du coeur, que Dieu seul peut juger et apprécier, et, comme il l'apprécie encore dans sa miséricorde, est-il étonnant quelle emporte la balance? II fait même entrer ici pour quelque chose la conservation des animaux; ee qui peut nous surprendre, mais ce qui ne surprend pas dans celui qui les a faits, et qjii s'est chargé de les nourrir.

Cest de ce sentiment de sa bonté que natt celui de Famonr dans les prophètes qui l'ont chanté, et principalement dans le psalmiste.

« n fera (dit David) la volonté de ceux qui le crai-

yoluntatem timentium sfi/acieL Quel homme ne croirait pas d^ader la Divinité par de semblables

LA BAM«. ^ TOHB 1

expressions , Faire la volonté. Quel roi , quel prince dirait qu'i/y^/'a la volonté de ses sujets? et de qui l'osçrait-on dire comme un éloge ? A plus forte raison, nul n'oserait le dire de Dfeu. C'est que, dans toutes nos idées sur les grandeurs divines , quand ces idées ne sont que de nous, nous rpélons toujours involontairement ce qui dans nous se mêle plus ou moins à toute grandeur, l'orgueil. L'orgueil est l'attribut nécessaire de l'imperfection ; il appartient à tout ce qui est sujet à comparaison : tout être qui peut se comparer à un autre est donc sujet à l'orgueil. L'être parfait en est seul exempt. Dieu ne saurait être orgueilleux , parce qu'il ne peut se comparer à rien, et c'est aussi pour cela qu'il ne peut pas' craindre conmie nous de descendre. C'est pour cela que tant de choses et d'expressions ont choqué dans les livres saints, et n'ont choqué que l'orgueil et l'Ignorance, qui ont cru voir de là petitesse dans les termes et dans les objets, comme si quelque chose était petit ou grand devant Dieu : devant lui tout est à sa place, comme il Va voulu, et voilà tout. Il nous a dit lui-même dans l'Écriture, et plus d'une fois : Aies pensées ne sont pas les vôtres.

La main de Dieu est une figure reçue ; mais je ne crois pas qu'aucun auteur edt risqué de dire comme David :

« Si le juste tombe, il ne sera pas froissé, parce que le Seigneur avaricera la main pour le soutenir »

[Quia Dominus supponU mamim). Cette figure ne nous aurait-elle pas paru trop peHlef Mais supposons qu'elle passe, si l'on veut, grâce à l'habitude et à l'éducation; en voici une où tous les lecteurs, quoique bien avertis , vont se récrier tout d'une voix (j'excepte toujours les chrétiens) :

et Heureux Thomme attentif aux besoins du pauvre et de Tindigent!... Le 'Seigneur Tassistera sur le lit de sa douleur. Oui » Seigneur, votre main retournera son lit pour reposer ses infirmités : ( Universum stratum ^fps versdstl in if^firmitate (^us). •

Retourner son lit! Dieu retourner un Ut! Riez, grands esprits! J'avoue que ces figures-là ne sont pas de votre rhétorique : elles ne sont pas de votre Être suprême f mais elles sont du bon Dieu des chré* tiens, qui savent que rien n'est j^e^ dans sa bonté.... 0 Rousseau! où es-tu? Je n'ai janjais aimé tes erreurs et tes sopbismes ; niais toi, du moins , qui n'avais pas abjuré toute religion, tu tvais conservé un sens qui manquait a tous nos philosophes. Tu as parlé dignement de l'Évangile et des livres saints; et ce n'eçt pas à toi qu'il eût fallu justifier cet admirable verset de David.

Il ne tarit pas sur les iniséricordes de Dieu et sur le bonheur de Taimer.

« Qu'elles Bont grandes» 6 mon Dieu! les doaoeors que vous réserTez à oeai qui tous craignent ! Vons les cacherec dans le secret de Yoti« &oe, loin de la persécation des hooimes; toqs les mettrez en sûreté dans votre tabernacle , à Tabri de la contradiction des langues. Je disais dans Texoès de mon trooble : Mon Dien , tous m*aTez donc rejeté loin de tous ! Et tandis que je Tousadressais ma prière , TOUS m'aviez déjà exaucé.

« Aimez donc le Seigneur, parce qu'il conserTera ceux qui lui sont fidèles. Agissez STec courage, tous tous qui espérez en Dieu ; et que Totre cœur se fortifie en luK.. Cherchez la présence de Dien , cherchez-la toi^ours , etc. »

^ Ne perdez pas de rue que la plupart de ces cantiques ont été composés au milieu des détresses et des daugers. Il commence presque toujours par des plaintes, et finit par des remerctments ; quelquefois, il est vrai, parce qu'il «i échappé à un grand péril, mais le plus souvent sans qu'il y ait rien de changé à sa situation extérieure. D'où vient donc cette sérénité, cette joie, cette confiance? C'est quil 8 prié, et qu'il ne doute pas que son Dieu ne l'ait entendu : il se regarde déjà comme délivré, et il l'est au moms de la crainte et de l'abattement. C'est l'efifet de la prière ; et c'est ce que l'Écriture enseigne à chaque page , et ce qu'elle a mis en action pour mieux nous l'enseigner. .

il s'écrie au commencement du psaume 41 :

« Comme le cerf altéré cherche l'eau des fontaines, ainsi mon &me tous désire , ô mon Dieu ! Mon ftme a soif du Dieu vivant, du Dieu fort. Ohl quand estce que j'Irai et que je paraîtrai en présence de mon Dieu? »

Où a-t-on vu ce désir de paraître devant Dieu si vivement exprimé? S'il n'était pas surnaturel , on le trouverait dans les prières des autres reUgîons ; mais il n'y est pas , il n'y fut jamais. Horace prédit à Auguste qu'il sera un dieu, ce qui est beaucoup plus que de voir Dieu; mais il lui conseille de ne pas se presser, malgré tout le plaisir qu'il peut y avoir à élte dans l'Olympe : Serus in cœlum redeas. Il a raison : il ne faut être dieu de cette manière que le plus tard possible.

David ne paraît jamais vraiment affligé ■ que de deux choses, de ses péchés, et des injures qu'on fait à son Dieu. C'est encore ce qu'on ne rencontre pas dans l'antiquité païenne. Partout, il est vrai, les historiens, les poètes, les philosophes, détestent le sacrilège et l'impiété; c'est une disposition naturelle et géniale, ^is aucun ne va jusqu'à s'en affliger , jusqu'à s'en faire un sujet de chagrin personnel. Il n'y a que David qui dise et redise :

t Quand il parle en son nom : car U ftint excepter las psaumes où il nptésente Tagonle dà Sanvenr portant les péchés du monde; alors Texpression ne peut étr« plus dotilourfuse.

« Je me nourris le Joor et la nuit dn pain des larmesi parce que j'entends qu'on ne dit sans cesse : Où doncest Um Dieu ? Ces blasphèmes sont dans ma mémoire , et je rentre dans mon ftme jusqu'au jour où je passerai dans les tabernacles de la joie et de l'admiration, dans la demeure de Dien, au milieu des cris de louanges qui retentiront dans le festin des justes.

« J'ai vu les prévaricateurs, et j'ai séché d'affliction,parce qu'ils n'observaient pas tos paroles.

« Mon ftme a défailli de douleur quand j'ai vu les pécheurs abandonner vos commandements.

« J'ai vu dans tous les pécheurs de la terre des trans* grosseurs de votre loi , et c'est ce qui me l'a fait aimer.

« N'ài-je pas bai tous ceux qui tous bussent? Oui , je les bals d*une haine parfiûte , et tos ennemis sont devaios les miens. »

' Enfin , c'est de lui que sont ces paroles que Jésus- Christ s'est appliquées :

« Le zèle de votre maison m'a consumé. >»

Zehu domûs tux comedit me.

Cet ardent amour pour la loi de Dieu est le sujet particulier du plus long de tous ses psaumes , le cent dix-huitième, où il s'est fait un devoir de féire entrer danis chaque verset h loi de Dieu, ons^aparo' les, ou ses promesses, ouseacommandetnents, ete. Il y- a loin de là au scrupule de se répéter, comme il y a loin du Saint-Esprit aux Muses de la Fable. C'est de ce psaume que je viens de citer quelques passages sur la loi de Dieu; c'est là qu'est ee verset qui explique le secret du style de David , et cette chaleur active et pénétrante, caractère avoué de tout temps pour être celui des Écritures, et qui faisait dire à Rou3seau qa^elles parlaient à son cœur. Votre parole

<c est un féu ardent, et mon ftme en est embrasée. »

Il y a trois mille ans que cela est écrit ; et , depuis trois mille ans, il n'a manqué en aucun temps d'y avoir des hommes remplis de ce même feu ; et , depuis Jésus-Christ , le nombre en a été prodigieux. Cela ne mérite-t-il pas qu'on y pense? Ou il faut soutenir que l'amour de Dieu ou de sa loi n'est pas en lui-même un sentiment bon pour l'homme et un principe de bien, ou il faut convenir qu'il a dans notre religion un principe de bien qui n'est dans aucune autre. Il paraît difficile d'hésiter sur l'alternative en écoutant la raison; mais quand la raison nous embarrasse, on s'arme de ce qu'on peut avoir d*esprit pour se défaire de la raison. Je ne connais pas d'étude plus commune que celle-là, ni qui ait plus fructifié.

David attache un si grand prix à la loi de Dieu, qu'elle seule hri tient lieu de tout, et il reproduit cette idée de toutes les manières imaginables.

ANCIENS. -< POÉSIE

« LessapetteBOOt agîeoTeramûÎAT^eiiriiutiee, maU je ne me suie point écarté de yoCre loi.

« L'iniquité des superbes s'est molUpIiée sur moi ; et moi f occuperai tout mon cœur à méditer yos ordonnances.

« II m'est bon que tous m'ayez humilié , afin de m'apprendre tos justices.

« La parole de votre bombe est bonne à mon oœor, et ploB prédeoie pour moi que l'or et l'argent.

« Les^pécheors m'ont attendu pour me perdre; mats tous m'âTOK donné rintèltigeDoe de Toe décrets.

m Us m'ont presque anéanti sur la terre; mais je n'ai point abandonné tos préceptes.

« Les pécheurs m'ont tendu leurs filets , et ne m'ont point bit fiiillir dans tos commandements.

« J'ai rencontré sur ma route la tribulation et la détresse, et f ai persévéré dans la méditation de vos préceptes.

« Ceoz qui me poursuivent et m'affligent se sont multipliés tons les jours; mais je ne me suis pas détourné de votre ki.

« Les puissants m'ont injostement persécuté; mais je sois dsmenré dans la crainte de vos commandements.

« Combien je chéris votre loi, Seigneur! elle est ma

méditation de chaque jour Si votre loi n'avait pas été

l'objet de mes pensées, peut-être aurais-je péri au jour de mon aifliction. »

Toas ces versets ne sont pas à la suite les uns des aatres; ils sont semés dans un psaume qui en a cent soixante-seize : mais ce retour si fréquent à la même pensée prouve combien le Psalmiste en était affecté. Je conçois que cette manière de se consoler de tout par la loi de Dieu peut parattre bien étrange. Quel autre qu'un chrétien comprendra surtout comment la loi de Dieu peut empêcher dépérir, comme le dit id David, et comme cela est très-vrai en plus d*un sens? — Quoi! la loi de Dieu empêchera qu'on ne TOUS égorge? — I^on, si elle n'a elle-même marqué le terme de vos jours; sans quoi personne ne pourra rien contre vous. Mais, dans tous les cas, die empêche de périr, en deux manièlres : d'abord, celai qui aime et craint Dieu (et c'est l'effet de l'étade de sa loi] n'a jamais succombé ni à la crainte ni à raffliction; et c'est déjà beaucoup pour ce monde : ensuite il ne saurait ji^rir devant Dieu; et c'est tout poor Fantre.

Parmi tous les genres de martyres connus^ on ne cite pas un saint qui soit mort de chagrin , ni un aolitaire mort de ses austérités : la plupart même de ces derniers ont passé le terme ordinaire de la vie, tant il est vrai que la paix de l'âme , cette paix de Dieu, « qui smrpasse tout sentiment »

(pax Dei qumexsuperat omn^mx^iufim) , soutient aussi le corps, et même dans les besoins et les privations! Vous voyez bien que David savait ce qu'il : il savait par expérience ce que c'est que la I

confiance en Dieu. Qu'on en juge par ce début d'un psaume :

« Le Sdgnenrestma Inmière et mon saint: qui donc pourrai-je craindre? Le Seigneur est le protecteur de ma vie : qui donc me fitta trembler? »

— Mais puisque David connatt si bien la lo! de Dieu, pourquoi donc en demande-t-il si souvent VintelUgence, et nommément quatre fois dans ce même psaume 118?

« Donnez-moi Tintelligenoe , et je vivrai. Da nUhi ifMlecium et vivam. Donnez*nioi Tintelligence» afin que j*ap« prenne vos commandements. Da mihi intellectum ut di* cam testimonia tua,

La loi de Dieu est'^elle si difittdle à comprendre?

Elle est daire comme le jour pour la raison ; mais elle contrarie tous les penchants videux du cœur humain. Avouons que c'estdès lors un terrible nuage élevé dans ce cœur, et que, pour le dissiper, il faut que le cœur lui-même soit changé. Qui ne sait combien le cœur est sophiste contre la raison? La philosophie païenne l'a vu die-même, et l'a dit teal fois. Celle de nos sage$ modernes s'est mise plus à l'aise : elle a décidé que tous les penchants de la nature étaient bons. (Test donc l'intdligeace du cœur que David demande ; et à qui la demande* ^ill A cdui qui avait dit des Isradites, lorsqu'il venait de leur donner sa loi sur le mont Sinaî :

« Qui leur donnera un cœur pour me craindre et pour observer mes commandements? »

C'est ce qu'il disait à Moïse ; et il dit dans la suite, par la bouche de Jérémie :

« Quand le temps sera venn, j'imprimerd mes Ms dans leur esprit, etje les écrird dans leur eœnr.» «

C'est la loi de la grâce apportée par Jésus-Christ , et connue par avance de David et des prophètes, et des patriarches et de tous les justes de l'Ancien Testament.

— Et que n'a-t-il donné celle-là tout de suite ?

— Ce ne sera sûrement pas un chrétien qui fera cette question : un chrétien adore la bonté de Dieu , et n'interroge pas ses décrets. D'ailleurs je ne défends pas id la religion , et il me suffit de répondre à ceux qui n'y croient pas : Cette question est déplacée dans votre bouche. La nouvelle loi est venue à temps pour vous; et qu'a-t-elle produit sur vous? Vous est-elle seulement connue? En avez-vous seulement l'idée ? De quoi vous mêlez-vous donc ? Vous n'êtes pas chargé du sort des autres; vous n'aurez jamais à répondre que pour vous, et c'est la seule chose à quoi vous ne pensiez pas. Au lieu de songer à interroger Dieu , le sens commun pres-

criràit de songer à ce qù*on m'ra un jour à lui re- f poser aux personnes peu éclairées.. Quel bruit o*a

pondre.

David y songeait, et c'est pour cela qu'il désire tant VintelUgenee de la parole divine. Cette parole a dans l'Écriture encore un antre caractère qui loi est propre : c'est une grande étendue de sens avec des expressions très-simples; et pour apercevoir Fune , il faut beaucoup méditer les antres : de là vient que le psalmîste rappelle et recommande sans cesse cette méditation. On volt du premier coup d'œil que la loi est bonne et juste : qui en doute? Mais tous les objets concourent à nous en distraire , et toutes les pasions à nous en éloigner. H fiaiut donc se recueillir en so'rpour être en garde et en défense, et la méditation de l'esprit finit par mettre la loi dans le cœur à la place des passions. Or, qn'y a-t-il de plus digne de l'homme que méditer ce qui peut le rendre meilleur? Voilà ce .que £ût le psalmiste , et ce qu'il nous exhorte à £ure. Le sens de la loi est lumineux; mais l'amour de la loi ne peut nattre que d'une application assidue à considérer tout le besoin que nous en avons , tout le bien qu'elle seule produit, et tout le mal qu'elle seule prévient; c'est la philosophie du chrétien. Il y a de quoi s'occuper toute la vie ; et , plus on s'en occupe , plus on sent quelleprofondeurde vérité et desagesse il y a dans cette loi , dont le premier article ne se retrouve dans aucune législation religieuse quelconque : yous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de tout voire esprit, et de toutes vos Jorces. Les fameux vers de Pythagore, qui sont uncodedemorale naturelle, commencent ainsi : . Avant tout, honorez les dieux immortels, chacun selon son rang. Ni lui , ni aucun législateur, ni aucun philosophe, n'û jamais dit : yiimez Dieu; n'a parlé en aucune manière do l'amour de Dieu : le savant Barthélémy en fait la remarque dans son excellent précis de Tancienne philosophie *. Ce seul commandement, bien médité ,^pare tout de suite la législation divine de toutes les législations humaines : c'est toute la substance de l'homme moral. Il est vrai qu'il faut au moins y penser; mais quiconque y pensera bien, comprendra sans peine pourquoi Dieu seul a pu nous dire : Aimez Dieu. Il me reste, pour terminer ce discours, à rappeler le vrai sens de quelques expressions de PÉcriture et des Psaumes , dont les calomniateurs ont abusé d'une manière assez spécieuse pour en im-

• « L'Amour de Vieu, reoonna (Uni Platoo i>ar galnt AagnsUn (de CiviL Dei, tiu. 8), se trouve aussi dans Sénèque (épltra 47) : Quod Deo talU e§/, çvi colUur et kh/l- TVR. Passages qu'on peut opposer à Barthélémy , acte 2 sur le chap. 79 du f^oyoge d*Anachanis.-ù J. V. le Oerc, Hittoire abrégée du Ptatom9me,

pas fait Voltaire d'un Dieu qui se repent, qui se met en colère, qui endurcit le cteur de Pharaon, qui se venge, qui tourne le coeur des Égyptiens à la haine contre Israël, etc. ! Combien de fois n'at-on pas invoqué les notions métaphysiques pour nous apprendre que toutes ces impressions ne pouvaient pas entrer dans l'essence divine! La belle découverte! Vous verres que les prophètes, qui partout ont fiût parler Dieu si dignement et comme grand, et comme bon, et comme juste, n*en savaient pas autant que nos philosophes sur Tessence divine ! Mais s!ils avaient &it parler Dieu en rigutur métaphysique « leurs écrits n'auraient pas produit plus d'effet que le Manuel d'Épictète. Pour agir sur le cœur de l'homme, il faut parler aux affections de rhomme ; et si toutes ces affections sont en lui susceptibles de vice , parce qu'elles peuvent y devenir un désordre, elles ne sont , dans la pensée divine, que l'ordre essentiel. Dieu est impassible, pour lui , sans doute; mais s'il nous parlait comme impassible, qui l'entendrait? S'il nous avait dit qu'il ne peut ni aiîner comme nous, puisque Tamour est un besoin, et que Dieu n'a besom de rien; ni haXr comme nous , puisque rien ne peut lui Êiire de mal , ni s'irriter^ ni se venger, ni se repentir, etc., par les mêmes raisons, )i'aurait-on pas rangé cette divinité-là parmi celles d^Épicure, qui ne se mêlent ni ne se soucient de rien? Il aurait donc fallu donner à toute la terre des leçons de méUphysique, pour enseigner à tous les hommes ce qu'ils doivent craindre , et espérer de Dieu , qui les a créés? Mais heureusement pour nous, il savait (puisque nous-mêmes nous le savons) qu'on n'établit pas plus une religion dans le cœur avec des définitions ontologiques qu'on n'établirait une législation avec des axiomes et des corollaires de philosophie. Il a fait pour nous , comme Elisée pour cet enfant qu'il rendait à la vie : il s'est mis, s'il est permis de le dire, à notre mesure. Il a parlé de sa coière, de sa ven^ geance, pour effrayer les méchants. Il a permis que les bons le glorifiassent, quoique assurément sa gloire n'ait nul besoin de nous. H nous a prescrit de le louer, de le bénir, de le jnier; et tout cela pour nous-mêmes et pour notre bien ; car s'il peut se passer, et de nos louanges, et de nos bénédictions , et de nos prières, l'homme ne saurait s'en passer! Il a dit qu't/ oublierait nos iniquités ; et, quoîqu'oQ sache bien qu'il ne manque pas de mémoire , ce terme est beaucoup plus vrai de lui que de nous ; car l'homme qui pardonne n'oublie pas , et nous-mêmes n'oublions ni ne devons oublier no» fsuites; mais Dieu est assez puissant et assez bon pour aire ,

ANCIENS. — POÉSIE

tll le veut, qu*ell68 soient. devant lui comme non aTenues , en raison de notre repentÎTi et surtout de sa miséricorde. Aasai dit-il , en se servant de figures du même genre :

B Quand votre robe d'iniquité serait ronge comme l'é-' carlate, j« la rendrai blanche comme la neige... je scellerai tous vos péchés dans on sac» et le jetterai au ftmd de il mer. »

Et qu*y a-t-il dans tout cela qu'un excès de bonté, qui prend tous les moyens sensibles pour rappeler à lui le pécheur, et lui 6ter cette fatale idée qui retient tant de coupables darts la route du crime, Il est trop tard, ii n'est phu temps f S*îl eôt dit : A telle mesure de crime il n'y aura plus de pardon , que d*hommes dans le désespoir ! On a vu , dans les citations présentes, eomûen il est loin de parler ainsi. Il n'a jamais marqué cette mesure, parce que c'eût été en marquer une à sa clémence , ce qui serait contradictoire dans TÊtre infini en tout. Seulement , comme cette clémence est nécessairement attachée au repentir, selon l'ordre de la justice, essentielle en lui comme la bonté, le -temps de cette clémence ne saurait passer celui de Tépreuve , c'est-à-dire , de notre vie, parce que l'âme, une fols séparée du corps, ne peut pltis éprouver de chai^ement , et reste nécessairement ce qu'elle était au moment de la séparation. Qii'y a-t-il dans toutes ces Idées qui ne soit parûtitement conséquent, et que la raison puisse a^ taquer?

Quand David dit du Dieu d*Israél , que regardant ra£3iction de son peuple,

« Il se rqientit suivant la grandeur de ses miséri-

pœnUuit ewn secundum muUUudinem misericor* dix suœ, quelqu*tm peut-il se tromper de bonne foi au sens de.ses expressions , comme si Dieu qui sait tout, selon Tordre, pouvait en effet se repentir f TTest-ilpas évident que Técrivain sacré se sert de ces termes humains pour faire comprendre que le l)on Dieu ne punit pour ainsi dire que malgré lui; qu'à peine a-t-il frappé, il attend, pour guérir^ qu'on ait recours a sa bonté , et qu'on rentre dans les voies de la justice? Si TÉcriture fait dire aux Ninivites : Qui sait si Dieu ne révoquera pas l'arrêt qu'il a prononcé dans sa colère f voilà qu'un raisonneur qui se croit habileappellel'écrivain sur les bancs, comme fl y appellerait Dieu même, s'il y croyait, et lui dit avec confiance : Ne sais-tu pas que Dieu est immuable, et qu'il ne peut pas révoquer ce qu'il a résolu? Ni Di^ ni l'auteur inspiré ne lui répondront. Mais moi, je lui dirai : Ne sais-tu pas toi-même que rien n'empêche que toute menace ne soitconditioiinelle ,

sous la restriction du repentir de ceux qui sont menacés, puisque rien n'empêche que la presdencede Dieu n'ait prévu l'effet de la menace lorsqu'il la faisait? Cet argument sans réplique est applicable à tous les cas pareils, ils sont sans nombre dans l'Écriture, parce que Dieu a. vouia qu'on ne déses* pérât jamais ici-bas de sa miséricorde.

Dieu est l'auteur de tout, hors du mal; et le mal est dans la créature, parce que le Créateur ne peut rieii faire d'aussi parfait que lui , et que la perfection n'est qu'à lui : c'est un attribut incommunicable. Lui-même a dit que les anges n'étaient pas entié" rement purs devant Ud. Il est donc absurde de vouloir qàe l'homme ou un être créé quelconque soit parfaît.Un être créé imparfait et libre, tel queJ'hom* me , a donc en lui le germe du mal. Mais ce qui est en Dieu, c'est de tirer le bien du mal même; et c'est ce qui justifie les vue» de sa sagesse, quand elle permet le mal que l'homme seul fait par sa volonté corrempite, mm que Dieu ne peut jamais faire. Ainsi, quand il est dit dans les livres saints qu'l/ tourna le coeur des Égyptiens à la h€Une {et aux exemples semblables), ou sait bien que ce n'est pas lui qui a mis dans leur cteur un sentiment vicieux, puisque cela est impossible; il a seulement permis qu'ils s'y livrassent, quoiqu'il pût empêcher à la fois et l'intention et l'effet; s'il ne le fait pas, c'est qu'il a ses raisons, que personne n'a droit de lui demander. Mais, comme il importait de persuader aux Israélites et à tous les hommes que tout est conduit par la Providence , les auteurs sacrés emploient quelquefois ces sortes de phrases pour le mal même , et les emploient toujours pour le bien sans distinguer la permission ou l'action que le bon sens supplée de lui-même pour quiconque n'y a pas renoncé.

11 n'y a pas plus de fondement dans cet autre reproche qu'on a fait au psalmiste et aux autres prophètes, sur cette formule qui est celle de l'imprécation : Que leurs yéHx s'obscurcissent, c[/!r qu'ils ne voient pas, et que leur dos soU touf ours courbé pour la servitude, etc. Est-il permis, a-t-oii dit, de souhaiter du mal, même à ses ennemis? et cela n'est-il pas contraire à l'esprit de la religion? Sans doute. Mais toutes les fols qu'on a répété cette objection, l'on s'est bien gardé de tenir compte de la réponse, qui est péremptoire : C'est qu'il est reconnu et prouv^ , du moins pour tout chrétien ( et cela suffit ici pour que tout soit conséquent), que ce n'est point David qui parle en cet endroit non plus que dans une foule d'autres. C'est J. C. lui-même qui parle dans tous où se trouve ce passage, qui regarde manifestement les Juifs déicides, comme si l'on contait leur histoire. Or, toutes les fois que Dieu

parie ainsi , il n'y a ni souhait ni imprécation ; il y a jugement et prédiction : et apparemment Dieu est lemattre.

Pour ce qui est de David lui-même, il n*y a qu'à lire son histoire , où ses fautes ne sont nullement dissimulées, on verra qu'il n'y eut jamais d'homme moins porté à la vengeance. Jamais il n^en tira aucune d'aucun de ses ennemis, quoiqu'il en eût reçu les plus violents outrages, et qu'ils lui eussent iiiit tout le mal qu'ils pouvaient. Il eut deux fois en son pouvoir la vie de son pins furieux oppresseur, Saiil , et n'eut pas même la pensée d'y attenter. Il n'y a nulle part de récit plus touchant que celui de tout ce qui se passa de part et d*autre en ces deux rencontres. Tous ses autres ennemis obtinrent de lui leur pardon dès qu'il fut sur le trône. 11 alla même jusqu'à dissimuler les attentats de l'insolent Joad , en considération de ses grands services, et s'en remit à son successeur Salomon du soin de les punir, parce qu'ils devaient être punis. Quand il éprouva la plus insigne trahison de la part d'un de ses intimes amis, Achitophel, il ne demanda pas à Dieu de le faire périr, mais seulement de déconcerter ses desseins, et d'arrêter l'effet de sa politique, qui était connue : tnfoJtuay Domine^ consilium AchUophei, Ce ait toute sa prière : elle n'est pas d'un homme vindicatif. Avant de livrer bataille au rebelle Absa- Ion, le seul ordre qu'il donna fiit que personne n'osât mettre la main sur lui : c'était son fils , j'en conviens ; mais combien de rois n'auraient pas été pères en cette occasion I II n'y en eut qu'une où il fut au moment de se porter à la vengeance : c'était contre Nabal. U eut tort; maïs il lereeonnut sur-le^faamp.

dès qu'il eut entendu Abigaîl ; et il rendit grâce à Dieu de n'avoir pas permis qu'il commît une ^lYUMfe/aute .*et pourtant ceNabal avait poussé bien loin l'inhumanité et l'ingratitude.

Il demande souvent à Dieu de le délivrer de ses ennemis, de confondre ceux qui en veulent à sa ifie, de ks faire tomber eux-mêmes dans les pièges qu'ils lui tendent, etc. ; ce qui signifie daîrement qu'il s'en remet à la justice divine des moyens qu'elle voudra employer pour le sauver, parée que lui-même, comme on le voit par son histoire, n'en emploie aucun pour leur fiiire du mal. Il ue s'occupe jamaisqu'à se préserver, ce qui assurément est tr^-permis ; et Dieu ne défend à personne de l'invoquer contre les méchants, quand il lui platt do leur donner la puissance. C'est toujours un temps d'épreuve et de punition pour les hommes, et c'est à leurs prières d'obtenir que ce temps soit abrégé.

En un mot, les trois grandes vertus du christianisme, la foi , l'espérance, et la charité, respirent dans les Psaumes , comme dans tous les livres émanés de l'Esprit saiat; et c'est là ce qui rendra toujours ce recueil si précieux. Car, sans la foi , Tâme est privée de lumière ; sans la charité , le cœur est vide de bonnes œuvres; sans l'espérance, la vie n*a point d'objet , et la mort point de consolation. Disonsdone à Dieu avec le Psalmiste :

« Heareux l'homme qoe voos-même anra instnift , et à qui vous aurez enseigné votre loi , afin de loi adoodr les joors DWDvals , jnflqo'à ce que le péchear ait creosé la fosse où il doit tomber 1 Beatut home quem tu erudieriSp Mky

mine , et de lege tua docueris eum , ut mitigés ei malitp donecfodiaturpeccatorifovea, » Ps. 93.

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