‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 19 sur 108 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

siècle qu'Ephore (1), parle du premier envoi de troupes fait par Denys ; il dit qu'il s'agissait de deux mille hommes, tant Ibères que Celtes, que Denys leur avait payé cinq mois de solde, qu'ils débarquèrent à Corintlie et tuèrent beaucoup de monde aux Béotiens et à leurs alliés (cf. p. 60).

Les Celtes n'avaient pas de vin dans leur pays, ils trouvèrent bon le vin des Grecs et ils en abusèrent. De là ce que rapi)orte Platon, IlXartov : dans son traité des lois, écrit quelques années après ces événements (2), il donne une liste des nations belliqueuses, :roX£(xtxd, qui ont l'habitude de boire jusqu'à s'enivrer, u je parle, » dit-il, « do l'ivrognerie même, » (xeOriç 8è ajxTj? -rrepî, et dans la nomenclature de ces nations, il comprend les Celtes: « Ce sont, » dit-il, « les Scythes et les Perses, les Carthaginois, les Celtes, les Ibères et les Thraces (3). »

(I) Sur Ephore et Théopompe, voyez Christ, g To5, 25G, p. 360- 303; Groiset, t. IV, p. G55-674; Charles et Théodore Millier, Fragmenta liislovicorum graecorum, t. I, p. lvh-lxxvii, 234-333.

{i} Sur la date du traité De Legibus, voyez Christ, g 307, p. 449; Croiset, t. IV, p. 280.

(3) De Legibus, 1. I; édition de Platon donnée chez Didot par par C.-E.-Ch. Schneider, t. II, p. 272, 1. 39-43; Cougny, t. VI, p. 2-3.

La plus ancienne mention dé la prise de Rome par les Gaulois chez un auteur grec paraît postérieure. Aristote, 'AptaxoTéX-/)?, né à Stagyre en 384, vint habiter Athènes en 367 et y resta vingt ans jusqu'en 347 (1) ; en 349 il y entendit parler d'une victoire remportée cette année-là par Lucius Furius Camillus sur les Gaulois qui avaient pris Rome, — qui l'avaient prise, comme on le croit, quarante et un an plus tôt.

Cette victoire est rapportée avec détails circonstanciés par Tite-Live, 1. VII, ch. 26, mais suivant Polybe, 1. II, ch. 18, § 7, 8 (2), il n'y a pas eu de bataille entre Romains et Gaulois cette année-là. Les Gaulois, qui avaient envahi le Latium, et qui ne s'attendaient à aucune résistance, furent étonnés de voir les Romains s'avancer en armes contre eux, et, effrayés, n'étant pas d'accord entre eux, ils se retirèrent sans avoir combattu.

Tel fut le fait militaire qui devait plus tard illustrer dans la gens Furia la branche des Camille, et

(l) Sur Aristote, voyez Christ, | 311-333, p. 457-490; Croiset, t. IV, p. 675-745; Cougnj^, t. VI, p. 14-17; D. Bouquet, t. I, p. 651- 653; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla hislorica britannica, t. I, p. i, lxxxvii; mais évitez d'attribuer au grand philosophe des écrits apocryphes publiés sous son nom quoique postérieurs à lui.

('2) Polybe, '2' édition Didot, t. I, p. 81; D. Bouquet, t. 1, p. 150 BC; Cougny, t. II, p. 64-65.

faire inventer la légende glorieuse de Marcus Furius Camillus, père de Lucius, notamment la victoire de Marcus Furius Camillus sur le chef gaulois Brennus en 390. Ni cette victoire, ni même Brennus vainqueur des Romains à la bataille de l'Allia n'avaient encore été inventés à l'époque où Polybe écrivait son deuxième livre, un peu antérieurement à l'année 150 avant J.-C. Naturellement, deux cents ans plus tôt, cette légende était inconnue d'Aristote, qui, comme nous le raconte Plularque, Vie de Camille, cli. 22, J^ 4 (I), avait entendu dire ([u'en eiïet les Celtes avaient pris

Rome : "^o aàv dXôivai Tr|V udXtv unh KeXTciiv àxptSùii; StjXoç

èffxiv àxr,xo(.');, mais que le sauveur des Romains avait

été Lucius, Tov èk (jcoaavTX Asuxtov dvat, LuciuS qui

avait mis les Gaulois en fuite plus de (juarante ans ai)rès la bataille de l'Allia, ot la prise.de Rome. On a [)erdu le livre où Arislote parlait de la prise de Rome par les Gaulois et du succès de Lucius. Mais Plularque, qui vécut de l'an 46 à l'an 120 environ de noire ère, avait ce livre sous les yeux ; il proteste contre l'assertion d'Aristote, et, croyant à l'exactitude de la légende romaine, inconnue au célèbre philosophe grec, il dit que le sauveur de Rome s'appelait non Lucius, mais Marcus.

Dans la seconde moitié du quatrième siècle,

(1) Plularque, Vies, édition donnée chez Didot par Théod. Doohner, p. 1G7, 1. ÎO-îi; Cougny, t. III, p. 6G-67 ; D. Bouquet, t. I. p. 381 A.

tous les Grecs n'avaient pas sur les Celtes et sur Rome des idées bien nettes. C'est ainsi qu'Héraclide de Pont, disciple de Platon et d'Aristote (1), écrivit dans son traité de l'âme, -nepi <}u/^ç, que Rome ville grecque toXiv IX)>YiviSa, logée quelque part là-bas sur le bord de la grande mer, èxeiTrou xaTwxv]- (jLEv/iv Trepl T->jv jjL£YûtXr,v GotXaaaav , avait été prise par une armée venue du pays des Hyperboréens, ^Tpaxoç s? TTOpgopewv èXOojv (2) (cf. ci-dessus, p. 24, 27).

Mais Aristote , comme nous venons de le voir, sait le nom des Celtes ; nous n'avons pas terminé le relevé des indications q.u'il donne sur eux et nous allons les donner avant de passer à ses contemporains, le soi-disant Scylax, les historiens Ephore et Tliéopompe.

On sait qu'Aristote est mort en 322. Aux renseignements exacts qu'il nous fournit sur les Celtes, il en mêle d'autres un peu bizarres.

Dans ses Meteorologica , 1. I, c. 13, § 19, 20(3), il reproduit, avec une légère amélioration, la doctrine erronée d'Hérodote sur la source du Danube, en grec "laxpoç. Hérodote avait mis cette source près de la ville de Pyréne (4). Aristote sait que Pyrène est

(1) Christ, g A10, p. 5SG-5S7 ; Croiset, t. V, p. 125; C. Mûller, Fragmenta hisloriconim graecorum, t. II, p. 197-224.

(2) Plutarque, Camille, c. 22, § 2-3, édition des Vies donnée chez Didot par Théod. Doehner, t. I, p. 1G7, 1. 12-20. Cougnj', t. m, p. 66-67. D. Bouquet, t. I, p. 380-381.

(3) Edition Didot, t. III, p. 5G9, 1. 44-53. D. Bouquet, 1. 1, p. G51 A ; Cougny, t. VI, p. 8-9.

(4) Voir ci-dessus, p. 25.

^ 16. ARISTOTE. r)3

une montagne au couchant d'équinoxe, en Celtique ; mais c'est encore dans cette montagne qu'il place la source du Danube. Il connaît cependant les noms gaulois des montagnes du centre de l'Allemagne, Arcynidj 'Apxuvta, avec chute du p initial conservé sous forme de / dans le gothique fair- [juni, « montagne. » Il dit que de ces montagnes coulent la plupart des fleuves qui se dirigent vers le Nord ; mais il a le tort de distinguer de ces montagnes les monts Ripées, 'P-Trat, qu'il place plus au Nord, et dont ou raconte, dit-il, beaucoup de choses fabuleuses. Les monts Ripées, ce sont à la fois les montagnes de l'Allemagne centrale, c'est-à-dire les Arcijnia et les Alpes. On ne l'a pas su dans le monde gréco-romain avant Poseidonios d'Apamée, c'est-à-dire anlérioiirement à la première moitié du premier siècle avant notre ère (1). L'identification des Alpes et des monts Ripées est faite dans un fragment de Poseidonios, conservé par Athénée (1. VI, cil. 23) (2); et la source du Danube, mise par Eschyle dans les monis Ripées, est placée dans les monts Ilercynies, 'Epxuvia, par le traité De mirabilibus auscuUationibus , compris à tort parmi les œuvres d'Aristote (3). Ce traité, dans le passage en question comme dans plusieurs autres, est co-

(1) Christ, g 405, p. 5G8-569; Croiset, t. V, p. 309-310.

(2) Edition donnée chez Teubner, en 1858, par Auguste Meineke, t. I, p. -iU, 1. 1-5: C. Millier, Fragmenta hisloricorum graecorum , t. III. p, 273, col. 2.

(3) Edition Didot, t. IV, p. 93, 1. 9-10.

pié sur Poseidonios (1). 'Epxuvia, Hercynia, dans le De mirahilibus ausculta tionibus , est une variante d"Apxuv[a, Arcynia^ dans l'Aristote authentique. Est également apocryphe et au plus tôt de la seconde moitié du premier siècle avant J.-C, le traité De mundo, où il est parlé des îles britanniques Albion et lernê (2).

Voici les autres renseignements qu'Aristote donne sur les Celtes. Si nous en croyons sa Politique, écrite au plus tôt en 336, 1. II, ch. 6, § 6 (3), les Celtes n'admettent pas le gouvernement des femmes ; ils sont pédérastes, accusation répétée après Aristote par Diodore de Sicile, 1. V, ch. 32, S 7 (4), par Strabon, 1. IV, c. 4, § 6 (5), et par Athénée, 1. XIII, c. 79 (6). A lire ces auteurs, il semblerait que les Grecs avaient sur les Celtes, à ce point de vue, une grande supériorité morale.

Egalement dans sa Politique, un peu plus bas, 1. VII, c. 2, § 5 (7), Aristote met les Celtes dans la

(1) Il n'est pas antérieur avi règne de l'empereur Hadrien (117-138 de notre ère), Christ, g 320, p. 470.

C?) Christ, g 320, p. 468-469; Aristote, édition Didot, t. Ill, p. 630, 1. 42-44; Pétrie et Thomas Duffus Ilardj', Moninnenla. historica brilannica, p, 1.

(3) Edition Didot, t. I, p. 511, 1. 40-43; Cougny, t. VI, p. 4-5.

(4) Edition donnée chez Didot par C. Millier, t. I, p. 274, 1. 3, 5; Cougny, t. II. p. 396-397; D. Bouquet, t. I , p. 310 A.

(5) Edition donnée chez Didot par C. Millier et F. Diibncr, p. 165, 1. 36-37; Cougny, t. I, p. 144-145; D. Bouquet, t. I, p. 32 D.

(6) Edition donnée chez Teubncr par Auguste Meincke . 1859, t. m, p. 86, 1. 8-10; D. Bouquet, t. I, p. 710 A.

(7) Edition Didot, t, I, p. 603, 1. 10-12; Cougny, t. VI, p. 4-7.

liste des peuples chez lesquels l'art de la guerre est en honneur. C'était déjà, comme nous l'avons vu, une doctrine de Platon. Aristote ajoute, 1. VII, ch. 15, § 2 (1), que, chez les Celtes, on plonge les nouveau-nés dans la rivière, et on les habille très légèrement.

Dans VEthique à Nicomaque, 1. III, c. 7, § 7, Aristote (2) attribue aux Celtes la prétention de ne craindre ni les tremblements de terre, ni les flots. C'est une idée développée dans l'Ethique d'Eudème, disciple d'Aristote, ouvrage compris dans les éditions du grand philosophe (3) : les Celtes vont tout armés au-devant des flots, c'est-à-dire à une mort certaine (1. Ill, ch. 1, ^j 25) (4). Ce texte, comme un passage d'Ephore dont nous parlerons plus bas, p. 50, conserve le souvenir d'un débordement antique de la mer sur les côtes du royaume moderne des Pays-Bas, alors occupé par les Celtes qui l'avaient enlevé aux Ligures, comme on l'a vu l»lus haut, au S 13, [i. 31), 40.

Dans le traité De la gcnôralion des animaux^ 1. II, c. 8 (5), Aristote raconte que, chez les Celtes au delà de l'Espagne, le climat est froid et qu'en con-

(1) E.Iition Di.lot, t. I, p. 62 î , 1. 4S-50; Cougny, t. VI, p. G-7. D. Bouquet, t. I, p. 653 D.

('2) Edition Didot, t. II, p. 32, 1. 40-41; Cougny, t. VI, p. G-7.

(3) L. III, c. 1, g 26; édition Didot, t. II, p. 210; Cougny, t. VI, p. G-7: cf. Christ, g 324, p. 475; Croisct, t. V, p. 44.

(4) Edition Didot, t. II, p. 210, 1. 9-10; D. Bouquet, t. I, p. G52 D.

(5) Edition Didot, t. III, p. 3G9, 1. 27-30; D. Bouquet, t. I, p. G51-G52; Cougny, t. V, p. 8-9.

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