‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 26 sur 108 · PTOLÉMÉE FILS DE LAGOS · texte numérisé non relu

PTOLÉMÉE FILS DE LAGOS

bitaieiil les Triballes. Une alliance fut contractée entre les Celtes et le futur conquérant de l'empire perse. Ce fut alors qu'à la question d'Alexandre : « Que craignez-vous le plus au monde? » les Celtes répondirent : v La chute du ciel (1). » Arrien le rapporte sans citer l'ouvrage de Ptolémée qu'au début de son livre il a mentionné comme la première de ses sources. C'est Strabon qui nous apprend que le récit de cette ambassade avait été écrit par Ptolémée, fils de Lagos, et il nous donne plus complètement qu'Arrien la réponse des Celtes : « Nous ne craignons qu'une chose, c'est que le ciel ne tombe sur nous ; mais nous mettons audessus de tout l'amitié d'un homme tel que toi (2). » Une seconde ambassade des Celtes vint trouver Alexandre à Babylone, environ douze ans plus tard, vers le printemps de l'année 323, peu de temps avant le jour où la mort enleva le jeune conquérant à l'admiration de ses contemporains (13 juin 323). Cette ambassade nous est connue par Arrien (3). Nous ne pouvons affirmer que cet auteur en parle d'après Ptolémée, fils de Lagos.

(1) AeStévat [Lr^Tcoxi 6 oùpavô; a-jToîç £[i7i£aot. Arrien, 1.. I, c. 4, g C; édition donnée chez Didot par Fr, Dùbncr, p. 5.

(2) n^v et âpa (jirj 6 o-jpavô; aùxoî; inntiaoi • <pt),tav ys (Ar)v àvôpôç ToioÛTou Tcepi uavTÔ; xîOzaTat. Strabon, 1. VII, ch. 3, g 8 ; edit. Millier et Dûbner, p. 250, 1. 43-45; cf. C. MùUer, Scriplores rerum Alexandri Magni, à la suite de l'Arrien de la collection Didot, p. 87, fragment 1; Cougny, t. I, p. 214-215.

(3) Arrien, 1. VU, c. 15, g 4; édit. Fr. Dûbner, p. 100. Cougny, t. III, p. 3G2-3C3.

§ 22. JÉRÔME DE CARDIE, 84

On peut considérer Jérôme de Cardie comme le continuateur de Ptolémée, historien d'Alexandre le Grand. Jérôme de Cardie, 'lepœvuixoç ô KapStavo;, écrivait, aux environs de l'année 272 avant J.-C, une histoire des successeurs d'Alexandre. Originaire de Thrace, né entre 370 et 360 (1), il vécut d'abord dans les camps, en premier lieu sous les ordres de son compatriote le lieutenant d'Alexandre, Euméne, mort en 316, puis au service de Démétrios Poliorcète, roi de Macédoine, 295-287, et d'Antigone Gonatas, aussi roi de Macédoine, 278-242. Il mourut à l'âge de cent quatre ans (2). Ce fut dans les dernières années de sa vie que de soldat il devint écrivain. Nous le savons par un passage de Pausanias (3) qui nous apprend que la mort de Pyrrhus, roi d'Epire, tué par une femme dans la ville d'Argos, en 272, fut racontée par Jérôme de Cardie. Jérôme devait alors être âgé d'au moins quatre-vingt-huit ans.

L'ouvrage composé par Jérôme de Cardie est perdu. M. Charles Millier en a réuni quelques

(1) Ch. Mùller, Frugmenta historicorum graecorum, t. II, p. 450; cf. Croiset, t. V, p. 106; Christ, § 386, p. 548-549.

(2) Lucien, Maxpoêiot, ch. 22, édit. Didot, p. 643.

(3) Pausanias, 1. I, ch. 13, § 9, édition donnée chez Didot par L. Dindorf, p. 19, 1.24-29.

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fragments (1). C'est probablement chez lui que les écrivains postérieurs, Diodore de Sicile au premier siècle avant notre ère (2), et plus tard d'autres auteurs parmi lesquels on peut citer surtout Pausanias, ont puisé ce qu'ils ont raconté 1" de l'invasion gauloise en Macédoine et en Grèce, en 280 et les années suivantes, 2° de l'établissement des Gaulois en Asie Mineure.

Comme son contemporain le Sicilien Dicéarque, Aix«(apx,oç, auteur d'un Utploooç yri? (3), Jérôme de Cardie semble n'avoir pas cru à la réalité du voyage de Pythéas sur les côtes occidentales et septentrionales de l'Europe. Nous savons par Strabon quelle était l'opinion de Dicéarque (4) : Strabon, marchant sur les traces de Polybe, reproche à Eratosthène d'avoir cru aux récits de Pythéas auxquels Dicéarque ne croyait point (5).

En conséquence, Jérôme de Cardie, voulant raconter l'invasion celtique en Grèce, a écrit : « Ces

(1) Ch. Millier, Fragmenta, hisloricorum graecorum, t. II, p. 450-461.

(2) Diodore, 1. XXII, c. 9; édition donnée chez Didot par Ch. Mùller, t. II, p. 437-438.

(3) Ch. Mùller, Fragmenta historicorum graecorum, t. II, p. 225, 251-253.

(4) Sur Dicéarque, voy. Christ, g 421, p. 588-589; Groiset, t. V, p. 100, 101, 118; cf. Hugo Berger, Geschichte der wissenschafllichen Erdhunde der Griechen, t. III, p. 9, 48, etc.

(5) IIuÔÉa ôè ■ntixeÙEiv , xal xaÙTa (j.:^Ô£ Auatâpxou niaTEÛffavTo;. Strabon, 1. II, c. 4, g 2; édit. Ch. MûUer et F. Dùbner, p. 86, 1. 23-25; Ch. Mùller, Fragmenta historicorum graecorum , t. II, p. 252.

§ 22. JÉRÔME DE CARDIE. 83

Galates habitent l'extrémité de l'Europe sur une vaste mer dont les navires ne peuvent atteindre l'extrémité; on y trouve une marée, des écueils, des animaux féroces, tels qu'il n'y en a dans aucune autre mer (1). » C'est la doctrine des prédécesseurs de Pythéas.

Jérôme de Cardie est le premier historien dans les récits duquel ait pénétré le nom des Galates, TaXatai, synonyme de Celtes, KeXtoi (2).

Le plus ancien texte à date certaine où apparaisse le nom des Galates est l'inscription qui nous apprend que le bouclier du jeune Athénien Cydias, tué par les Gaulois, fut dédié à Zeus, libérateur, Tw èXeuôep(a) At( ; c'était en '279, lors de l'expédition qui conduisit les Gaulois à Delphes. « Combien » regrette la florissante jeunesse de Cydias ce » bouclier qui, après avoir appartenu à un mortel )) illustre, a été offert à Zeus. Sous ce bouclier, » Cydias avait pour la première fois le bras gauche » étendu, lorsque contre le Galate se décida l'impé- » tueux dieu do la guerre (3). »

(1) Pausanias, 1. I, ch. 3, g 6; édition donnée chez Didot par L. Dindorf, p. 5, 1. '21 et suiv.; Cougny, t. IV, p. 134-135; D. Bouquet, t. I, p. 462 D.

(2) Pausanias, 1. I, c. 3, g 6, ibidem.

(3) 'H (jLixXa ôi^ Ttoôeouaa veav i-zi KuSCou i^êriv à(T7tî; àpi!^>iXou qpwTo;, dtyaXjia A»',

â; Stà ô^ itpMTai; Xatôv uoTe Trij^u; cxetvEV ewT lui TÔv FaXotTav r\v.[).a.at OoOpo? "ApYjç.

Pausanias, 1. X, c. 21, g 5; édition donnée chez Didot par L. Din-

84 § 22. JÉRÔME DE CARDIE.

Un an après, les Gaulois passaient en Asie Mineure, d'où la mort tragique de trois jeunes filles de Milet qui se tuèrent elles-mêmes, craignant de tomber entre les mains de ces guerriers barbares. Un poète contemporain leur composa une épitaphe célèbre où Celte et Galate sont employés comme synonymes : « Nous sommes parties pour toujours, » ô Milet, chère patrie ! nous échappons ainsi à » l'immorale passion de ces Galates qui ne res- )) pectent aucune loi. Nous étions trois, vierges » et citoyennes, auxquelles le violent dieu de la )) guerre, que les Celtes adorent, imposa cette )) destinée ; nous n'avons attendu ni un embras- )) sèment honteux, ni le mariage ; pour fiancé et » pour protecteur, nous avons trouvé le dieu de » la mort (1). »

En 274, Pyrrhus, roi d'Epire, ayant vaincu le roi de Macédoine, Antigone Gonatas, qui avait à son service des Gaulois , consacra les boucliers de ces Gaulois à la déesse Athêna d'Itône, en Thessalie : « Ces boucliers sont offerts comme don à la déesse

dorf, p. 520, 1. ie-19. Cougny, t. IV, p. 176-177. D. Bouquet, t. I, p. 472 D.

(1) 'Qy ô[i.£6', w Mî),yiT£, çUv) Traxpî, twv àâ£(AÎ(TTa)v -ràv (£vo(Aov raXarâv xuitptv àvaivôfievat, TrapOevtxai xpiadat Tio).<.r\xtbt<i, a: ô ptaTà; KeXtwv el; TaOTr,v [loïpav ëipeij/ev "Aprj;. Où yàp è(xeiva[xev â\i.\La tô Sucraeêèç oùô' Ofiiévaiov, vU[A<pîov àXX' 'AiÔTjv Y.ri8t\L6'/' eùp6|A£0a.

Anthologia palatina, 1. VII, ép. 492; édition donnée chez Didot par F. Dùbncr, t. I, p. 368. Cougny, t. VI, p. 114-115.

§ 23. CALUMAQUE. 85

» Athêna d'Itône. Dans son temple, le molosse » Pyrrhus les a suspendus après les avoir enlevés » aux braves Galates. Il a détruit toute l'armée » d'Antigone ; ce n'est pas un grand prodige : au- » jourd'liui, les descendants d'Ajax valent comme » guerriers ce qu'ils ont valu jadis (1). » • Le récit de l'invasion celtique en Grèce, écrit par Pausanias dans le courant du deuxième siècle de notre ère au 1. X, cli. 19-53 de sa description de la Grèce, n£ûiïiYri<Ti<; t^î 'EXXoISoç, paraît être toute entière copiée sur Jérôme de Cardie. Les mots Celles, KeXxoi, et Galales, TaXarat, y sont employés comme synonymes ; j'y ai compté onze exemples du mot KeXxot contre vingt et un du mot raXatai (2). Dans le fragment de Diodore de Sicile qui rapporte la même invasion ot où Jérôme de Cardie est de même abrégé, on lit Galate ; Celte manque (3).

Jt 23.-

Mais, vers l'époque où écrivait Jérôme de Cardie, l'alternance de Galates, TaXatat, et de Celtes, KeXtoi,

(1) Pausanias, 1. I, c. 14, g 3; édition donnée chez Didot par L. Dindorf, p. 18, 1. 3-6. Cougny, t. II, p. 430, 437. Plutarque, Vie de Pyrrhus, c. 2fi, g 8; édition des Vies donnée chez Didot par Théodore Dochner, 1. 1, p. 477, 1. 42-45. Cougny, t. III, p. 132.

(2) Pausanias, édition L. Dindorf, p. 515-52.5. Cougny, t. IV, p. 158-197. D. Bouquet, t. I, p. 467-478.

(3) Diodore de Sicile,!. XXII, c. 9; édition donnée chez Didot par Charles Mùller, t. II, p. 437-438.

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