‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 27 sur 108 · CALLIMAQUE · texte numérisé non relu

CALLIMAQUE

se rencontre chez Callimaque, RaX^ayo? (1), en son hymne composée en l'honneur d'Apollon , honoré dans l'île de Délos. C'est l'hymne IV, à? AîiXov. Les Gaulois s'étaient jetés sur la Grèce en 279 ; plus tard, des mercenaires de la même nation se mirent au service de Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte, 285-247. Quatre mille d'entre eux se révoltèrent. Ptolémée réussit à les enfermer dans une île du Nil où ils périrent noyés. Callimaque, originaire de Cyrène, en Afrique, et bibliothécaire de Ptolémée Philadelphe, chanta ce succès dans l'hymne dont nous parlons,, où il rappelle d'abord l'alffaire de Delphes :

« Lorsqu'ayant levé sur les Hellènes l'épée bar- )) bare et le dieu celte de la guerre, les derniers-nés )) des Titans, venus de l'Occident extrême, se pré- )) cipiteront sur la Grèce semblables à des flocons

)) de neige ou aussi nombreux que les étoiles

» On verra près de mes trépieds des épées, des » ceinturons sacrilèges, des boucliers odieux qui » mettront une route funeste devant les Galates, )) race insensée (2). »

(1) Sur Callimaque, voy. Christ, g 349-352, p. 503-508; Croiset, t. V, p. 210-225.

(2) ôtîtiôt' àv ol (jièv èç' 'E),),r,vea(n (j.àyatpav

fJapêaptxrjv, xat Ke),tôv àvacrTïi<javTe; "ApYja

(SwffovTai

rjÔYi ôè Tiapà Tpiir6Ô£(7(7iv è|i£Ïo

çà^Yava xal ^axTt^pai; àvaiôéaç èx6o|X£vaç xe

C'est chez Jérôme de Cardie que pour la première fois on voit apparaître le nom du chef gaulois Brennos qu'on retrouve dans une glose sur Callimaque. Avant Tite-Live, Brennos est étranger à l'histoire romaine et désigne exclusivement le chef gaulois venu en Grèce au troisième siècle avant notre ère.

Après Jérôme de Cardie, dans la liste des historiens grecs, on peut, en suivant l'ordre chronologique, placer Timée, Tiixatoç. Cet écrivain, né en Sicile vers l'année 352, mourut à l'âge de quatrevingt-seize ans, vers l'année 25G, après avoir habité Athènes pendant cinquante ans, de l'année 310 à l'année 260 environ. Il écrivit une histoire qui va des origines à l'année 264 et qui était divisée en deux parties : la première intitulée : « Clioses d'Italie et de Sicile, » IxaXtxi xal2ixeXtxà; la seconde : « Choses de Sicile et de Grèce, » ItxeXixà xal 'EIMvixa ; la première divisée en quatorze livres , la seconde en trente-six (1).

àdittôa;, a; ra),âTij(7i xaxr]v ô5ov àçpovi çûXo)

Edition donnée chez Toubner par Otto Schneider, en 187U, t. I, p. 40; cf. la glose p. Vil et les notes p. 292-303; à cette dernière page les variantes xaT£x).uî;£ ou xaxexauue dont M. Schneider préfère la première. Cougny, t. VI, p. 108-113. (1) Ch. et Th. Mûllcr, Fragmenta historicorum gra«coritm, t. I,

Suivant Timée, les Celtes voisins de l'Océan ont pour dieux principaux les Dioscures (1), c'est-àdire Castor et Pollux, fameux par leur mutuelle affection. Castor, comme on le sait, est fils du mortel Tyndare et de Léda, également mortelle. Pollux est né de la même mère que Castor, mais son père est Zeus, le plus grand des dieux. La doctrine de Timée sur ce point est reproduite par Diodore de Sicile vers Tan 40 avant notre ère et elle est confirmée par l'autel gallo-romain du musée de Cluny oii sont représentés sur deux faces les deux personnages mythologiques de la tradition gréco-romaine, sur deux autres faces les équivalents celtiques des Dioscures, Cemwmos qui est le Castor des Celtes, Smertullos^ le doublet chez les Celtes du Pollux grec (2).

Le Cernunnos du musée de Cluny est le Conall Cernach de l'épopée irlandaise, fils d'un homme et d'une femme, d'Amergin et de Findchoem. Smertullos, aussi appelé Esus, est le Cùchulainn de la

p. L-Liv, 193-233. Christ, g 387, p. 550-554. Croiset, t. V, p. 109-115. Dans les Philologische UntersKchitngen herausgegcben von A. Kiessling und U. von Wilamowitz-Moellendorfï, M. Johannes Geffcken a public, en 1892, une treizième livraison intitulée Timaios' Geographic des weslens. Les p. 150-162 contiennent les textes concernant la Gaule, l'Espagne, la Bretagne.

(1) Toù; irapà tov 'Ozeavov xaxo'.xoOvxaç Ké),Ta; c-e66|i.£vouç [liliata. Twv 6e(3v Toy; AioTxoupou;. Diodore, 1. IV, c. 56, § 4 ; édition donnée chez Didot par Ch. Mûllcr, t. I, p. 230, 1. 15-17; Fragmenta hisloricorum graecorum, t. I, p. 194, fragment 6; Cougny, t. II, p. 358-359; D. Bouquet, t. I, p. 302 DE.

(2) Corpris inscripdonnm latinarum, t. XIII, p. 467, n" 3026 c.

même épopée ; il est né de l'union d'une femme, Dechtere, avec le grand dieu Lugus, comme Pollux de Léda et de Zeus. Il a été élevé par la mère de Conall Cernacli , Findchoem , qui partage avec Dechtere le rôle de Léda (1). Après des exploits merveilleux, Cûcliulainn-Pollux est tué ; le Castor des Celtes, Conall Cernach, son frère de lait, exécutant un engagement réciproque des deux héros, venge sa mort (2). Dans la légende grecque, c'est Castor qui est tué (3) ; mais, grâce à la faveur de Zeus, Pollux obtient que Castor partage son immortalité ; dans la légende celtique, quoique tué, Cûchulainn-Pollux est encore vivant ; on le voit et on l'entend chanter (4),

Comme Aristote, Timée connaît les montagnes du centre de l'Europe d'où coulent des fleuves qui se dirigent vers le Nord. Aristote avait dit que ces montagnes s'ap[)e]aient Arcynia ^ 'Apxuvta (5). Timée ne les nomme pas, mais il ajoute qu'elles sont situées dans la Celtique, KeXtixvi, et que de

(1) Compert Concidainn chez Windisch, Irischc Text(^, t. I, p. 140-14'2. L. Duvau, Revue cellique, t. IX, p. 7-9.

(2) Whitley Stokes dans la Reuite celtique, t. III, p. 175; cf. Ancient Laws of Ireland, t. Ill, p. 84; Cours de littérature celtique, t. V, p. 347-353.

(3) Pindare, Xemeonica, X, vers 59 ou 109-110, édition donnée chez Toubner en 1882 par W. Christ, p. 174.

(4) Whitlej' Stokes. Revue celtique, t. III, p. 185; Glossaire de Cormac, au mot art ; Three irish Glossaries, p. 2. Cf. Cours de liltérature celtique, t. V, p. 253-254.

(5) Meleorologica, 1. I, c. 13, g 20; édit. Didot, t. III, 1. 47-49

ces montagnes descendent des fleuves qui se jettent dans l'océan Atlantique (1). Dans l'océan Atlantique , il comprend la Manche et la mer du Nord. Il a évidemment entendu parler du Rhin, découvert par Pylhéas. De là cette idée que les Argonautes, s'étant embarqués sur le Tanaïs, c'est-àdire sur le Don, ont été gagner par terre un autre fleuve, évidemment le Rhin, s'y sont embarqués de nouveau , ont atteint l'Océan, puis, naviguant dans la direction de l'Ouest, ayant la terre à gauche, sont arrivés près de Cadix et enfin sont entrés dans la Méditerranée (2).

Timée, qui parle de la Celtique, Kekzixri^ connaît aussi le synonyme grec de ce nom. Galatie, Talmiu. Ce second nom vient, dit-il, de Galatès , fils du Cyclope, c'est-à-dire de Polyphème, et de Galatée (3). Polyphème et Galatée ont été chantés tous les deux par Théocrite (4), sicilien comme Timée

(1) TtfAaio; Toù; £(A6â).)iOVTa; TtoxajAOÙ; cîç Tr)v 'AT).avTtxr)v ôià t^; KeXiiy.fiz ôpeivrjç akià-at. Plutarque, De placitis philosophorum, 1. III, ch. 17, § 4 ; Moralia, édition donnée chez Didot par Frédéric Dûbner, t. II, p. 1095, 1. 12-13; Ch. et Th. MûUer, Fragmenta historicorum graecorum , t. I, p. 200, fragment 36; Cougny, t. III, p. 356-357.

(2) Diodore de Sicile, 1. IV, c. 56, g 3: édit. Ch. Mùller, t. I, p. 230, 1. 3-15. Ch. et Th. Millier, Fragmenta historicorum graecorum, t. I, p. 194, fragment 36. Cougny, t. II, p. 358-359.

(3) Ch. et Th. Millier, Fragmenta historicorum graecorum, t. I, p. 200, fragment 37.

(4) Théocrite, idylle VI; édition donnée chez Didot par Ch. Fr. Ameis, p. 14. Théocrite vécut de 310 à 345 environ : Christ, g 362, p. 519; cf. Croiset, t. V, p. 181, 183.

et son contemporain; c'est en Sicile que la légende de Polyphème est localisée. Pour un Sicilien comme Timée, donner aux Gaulois la Sicile comme lieu d'origine était une thèse séduisante que nous ne sommes quant a nous aucunement forcés d'adopter.

Timée était contemporain de Callimaque, bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée II Philadelphe (283-247). A Callimaque succéda Eratosthène, 'EpaTOCTûsvviç, qui exerça la même fonction sous Ptolémée III Evergéte (247-222) et vécut dé 275 environ à 195. Il est l'uuteur d'un ouvrage en trois livres, intitulé TewYpacpixâ , qu'on peut traduire par « questions géographiques (1). » Cet ouvrage est perdu. M. Hugo Berger en a réuni les fragments épars chez divers auteurs dont les écrits ont été mieux conservés, notamment chez Strabon. Le livre de M. H. Berger est intitulé : Die geographischen Fragmente des Eratosthenes. Les débris du premier livre, histoire de la géographie, se trouvent aux pages 1-79 ; ceux du second livre, forme et mesure de la terre, aux pages 79-169; ceux du troisième livre, description de la terre, aux pages 179-382.

Eratosthène travaillait avec des livres sur des pays qu'il ne connaissait pas : de là cette contradiction que nous avons signalée déjà; il constate

(1) Christ, g 'm, p. 595-598. Croiset, t V, p. 120-124,245, 247.

que les Galates ou Gaulois occupent la partie occidentale de la péninsule ibérique, jusqu'auprès de Cadix, ce qui était vrai au temps où il écrivait, puis, copiant sans en avertir la description des côtes de l'Espagne, rédigée vers l'année 500 par Himilcon, il n'y fait aucune mention des Gaulois (1).

Il a cru à l'exactitude des récits de Pythéas (2). Sur ce point, il est, quoi qu'en dise Strabon, beaucoup moins sujet à critique. Il a par conséquent parlé des Ostimii (3), de l'île Uxisama (4), des îles Britanniques (5) ; le tout conformément au compte rendu donné par Pythéas de son curieux voyage.

Il a, comme Aristote, entendu parler des montagnes de l'Europe centrale et il les appelle forêt Orcynie (6). Il paraît certain qu'une erreur courante dans le monde grec à cette époque au sujet du fleuve principal, qui prend sa source dans ces montagnes, a pénétré dans ses écrits. On croyait que le Danube , Istros , avait deux bras versant leurs eaux l'un dans le Pont-Euxin , que nous appelons mer Noire, l'autre dans l'Adriatique. C'était, au siècle précédent, la doctrine du périple de Scylax,

(1) strabon, 1. II, ch. 4, g4; édit. G. MùUer et F. Dûbner, p. 88, 1. 23-29. Hugo Berger, p. 364. Cf. ci-dessus, p. 35.

(2) Strabon, 1. III, ch. 2, § 11; édit. G. Miiiler et F. Dûbner, p. 123, 1. 10-21. Hugo Berger, p. 3G4.

(3) Hugo Berger, p. 364, 365, 370. Gf. ci-dessus, p. 67. (i) Hugo Berger, p. 370, 371. Gf. ci-dessus, p. 68.

(5) Hugo Berger, p. 372-381.

(6) César, De bplln gallico, 1. VI, c. 24. Hugo Berger, p. 361.

d'Aristote et de Théopompe. Eratosthène n'était pas assez instruit pour la rejeter (1). Quoi qu'il en soit, Eratosthène est un des plus illustres géographes de l'antiquité.

(1) Geographi Graeci minores, t. I, p. 26, g 20. Aristote, Hisloria. animalium, 1. VIII, c. 13. Strabon, 1. VII, c. 5, g 9, édition C. Millier ot F. Dûbner, p. 263, 1. 22-33; cf. 1. I , c. 3, § 1, 2, p. 39-40. Hugo Berger, p. 347-350.

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