HUITIEME LEÇON
8 fémer 1901.
Nous avons vu, dans la [)r6ccdente leîcon, que Fabius Pictor a été le plus ancien historien romain. 11 parait avoir écrit vers la fin du troisième siècle avant J.-C.
A Rome, antérieurement à cette date, on ne possédait, en fait d'histoire locale, rien autre chose que les notices annuelles rédigées par le grand pontife, pontifex maœimus, et où étaient relatés les événements considérés par lui comme notables. Parmi ces événements notables il y en avait qui, dans nos idées modernes, ne le seraient guère, ou seraient considérés comme imaginaires. Par exemple en 214, des corbeaux avaient fait des nids à Lanuvium dans le temple de Junon Sospita, en Sicile un bœuf avait parlé, à Spolète une femme avait été 'changée en homme (Tite-Live, 1. XXIV, ch. 10). Il y était aussi question d'événements plus graves. Nous allons le voir plus bas.
no § 29. ANNALES MAXIMI.
On sait par Tite-Live, 1. VI, c. 1,^2 que lors de la prise de Rome par les Gaulois, en 390, les Commentarii pontificum périrent, et même, suivant l'historien romain Clodius Licinus, qui écrivait environ cent ans avant notre ère et qui est cité par Plutarque, Numa 1, les écrits, avaypa^at, antérieurs à cet événement périrent tous et les textes qu'on prétend faire remonter plus haut ont été fabriqués depuis pour flatter la vanité des familles (1). Quoi qu'il en soit, parmi les documents détruits, que chez Tite-Live les mots Commentarii pontificum désignent, se trouvaient les notices annuelles rédigées par le grand pontife, en même temps que d'autres textes, alors beaucoup plus utiles dans la pratique, les livres que dans la langue du clergé moderne on appelle rituels. On refit de mémoire les notices antérieures à l'incendie de 390, notamment celle où la date de la fondation de Rome était indiquée : ces notices refaites sont évidemment suspectes aux érudits. Denys d'Halicarnasse, dans son livre I, rapportant les dates diverses de la fondation de Rome chez les auteurs qui l'ont précédé, dit qu'il ne considérera pas comme seule autorité, comme autorité décisive la
(1) Hermann Peter, Ilisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. 176; cf. p. ccxxxv. Suivant le même érudit, Hisloricorinn romayiorum fragmenta, p. 108, l'historien cité par Plutarque est (Paulus) Clodius -qui a dû aussi écrire vers l'an cent avant .I.-C; cf. Touffel-Shwabe, § 155, 1, t. I, p. 258.
§ 29. ANNALES MAXIMI. Ill
table qui est chez les grands pontifes (1). Il a raison.
Dans ces tables, le grand pontife inscrivait les noms des magistrats, et les événements importants à ses yeux, d'abord les prodiges, puis les batailles, les éclipses, les épidémies et bien d'autres choses. Ces tables annuelles devenaient avec le temps fort encombrantes : le grand pontife Publius Mucius Scaevola qui fut consul l'an 133 avant J.-C. en fit un ouvrage tlivisé en quatre-vingt livres ; et par opposition aux autres chroniques ou annales qui existaient alors, cet ouvrage fut distingué par l'épithéte Maximi ; on disait Annales Maœimi^ « les très grandes annales » (5).
Cicérou, dans le livre premier de sa République, nous parle d'une éclipse de lune qui aurait eu lieu le 5 juin de l'année 351 de Rome, 403 avant J.-C. (la date réelle est le 20 juin 354 de Rome, 400 avant J.-C.)- Sur (juelle autorité Cicéron foude-t-il
(1) « Toù Tiapà Toï; àp/ispeùTi x£1[aî'vou Tttvaxoç. » H. Peter, Ilistoricoruin romanorum relliquiae, t. I, p. 3. Dans le Demjs d'IIalicarnasse do Didot, p. 54, 1. 43 : 'AYy.i(7£0<7i au lieu de àpj(iep£Oai; àYXKiev'ît est la notation des mss., corrigée par Nicbuhr. II. Peter, ibid., p. XXI, XXII. La leçon àp^tepeùai est celle qu'a adoptée Adolphe Kiessling dans l'édition de Denys d'Halicarnasse qu'il a donnée chez Teubner, t. I (I860), p. 91, 1. 23.
("2) Sur les Annales viaxirni, voyez Hermann Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. iii-xxvii, 3-4; Ilisloricorum romanorum fragmenta, p. 3-5; Teuffel-Schwabe, § 70, p. 120- 122; Schanz, 1" partie, g 14, p. 23-26; article de M. Klebs dans Paulijs Realencyciopaedie, édition Wissowa, t. I, col. 2248-2255.