‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 41 sur 108 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

26 avril 1901.

L'intérêt supérieur que présentent les grands historiens grecs nous a fait négliger jusqu'ici les auteurs latins contemporains de Polybe et de Poseidonios. M. Porcius Cato, dit ordinairement Caton le Censeur ou Caton l'Ancien, est le premier en date (1). Il naquit l'an 234 avant J.-C. , 520 de Rome et mourut l'an 149 avant J.-C, 605 de Rome. Il commença à écrire ses sept livres des Origines à l'âge d'environ soixante ans, vers l'an 174 avant J.-C. Il publia les trois premiers livres enl'année 166 avant J.-C, 586 de Rome, l'année où Polybe exilé arriva de Grèce à Rome ; le dernier, où il reproduit un discours prononcé par lui en l'année même où il mourut, date de cette année 149 avant J.-C,

(1) Sur Caton l'Ancien, voyez Teuffel-Schwabe, g 118-1Î2, t. I, p. 193-'200; Schanz, g 65-G9, 1" partie, p. 124-131 ; Hermann Peter, Historicorum romanorum velliquiae, t. I, p. cxxvii-CLXVil, 51-94; Historicorum romanorum fragmenta, p. 40-67.

190 § 43. CATON l'ancien.

605 de Rome ; ce livre septième des Origines a été écrit après le retour de Polybe en Grèce, 150 avant J.-C, 604 de Rome, et il est par conséquent aussi postérieur à la rédaction des trente premiers livres de l'historien grec, composés à Rome avant la fin de l'exil de Polybe. L'auteur grec et l'auteur latin contemporain ont en outre cela de commun, qu'ils ont chacun vécu très vieux, étant morts le Grec à quatre-vingt-deux ans, le Romain à quatre-vingt-cinq.

Au livre second des Origines, publié comme nous venons de le dire, en l'an 166 avant J.-C., Caton l'Ancien a écrit une phrase dont on a. fait depuis de nombreuses citations : « La plupart des Gaulois, » — c'est-à-dire des Gaulois Cisalpins — cultivent » avec ardeur et talent deux arts, l'un l'art de » la guerre, l'autre celui de parler habilement. » Pleraque Gallia duas res industriosissime persequitur : rem militarem et argute loqui (1). Gallia, dans ce texte, désigne la Gaule Cisalpine; en l'année 166 avant J.-C, il n'y avait pas d'autre province de Gaule (2) ; la province de Gaule transalpine a été créée quarante-cinq ans plus tard, vingt-huit ans

(1) Charisius, chez Keil, t. II, p. 181; H. Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. 61, n''34; Hisloricorum romanorum fragmenta, p. 48, n° 34.

(2) Sur le mot Gallia signifiant Gaule Cisalpine de l'an 218 à 171 av. J.-C, voir Tite-Live, 1. XXI, c. 17, § 7, 9; 1. XXII, c. 31, §9; c. 32, g 3; c 33, § 7; c. 35, g G; 1. XXXII, c. 27; I. XXXIV, c. 46, 54, 55; I. XXXV, c. 2; 1. XXXVI, c. 36; 1. XXXVIII, c. 36, 37; 1. XXXIX, c. 42; 1. XL, c. 18, 36; 1. XLI, c. 7, 14; 1. XLIII, c. 1.

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après la mort de Caton l'ancien ; elle date de l'année 121 avant J.-C, et la première guerre de conquête faite par les Romains dans cette région ne remonte qu'à l'année 125 avant J.-C. J'ai déjà fait observer que par conséquent ce passage de Galon ne concerne pas les Gaulois transalpins et que d'ailleurs il est un arrangement latin d'un vers homérique où il s'agit d'Ulysse (1).

Le même Caton nous apprend que les Lepontii habitant Domo d'Ossola (2) et les Salassi chez qui se trouvaient les villes d'Aoste et d'Ivrée (3), étaient de nation taurisque, tauriscae gentis^ et appartenaient par conséquent au groupe celtique (4).

Suivant cet auteur, les Cenomani, occupant dans l'Italie transpadane l'espace entre Bergame et Trente (5), sont un rameau des Volcae^ et, comme au temps de Caton l'ancien on ne connaissait à Rome d'autres Volcae que ceux des côtes françaises de la Méditerranée, à l'ouest de Marseille, c'est des environs de Marseille que le savant auteur latin fait venir les Cenomani ^ quand ils arrivent au sud des Alpes : Cenomanos juxta Massiliam

(1) Odyssée, II, 111; Cours de lillérature celtique, t. VI, p. 394.

(2) Ptoléméc, 1. III, c. 34; éd. C. Mûller, t. I, p. 343, 1. 3-4; Cougny, t. I, p. 286-287; D. Bouquet, t. I, p. 84 C.

(3) Ptolèmée. 1. III, c. 30; éd. C. Mûller, t. I, p. 341, 1. 5-8.

(4) Pline, 1. III, g 134; édition de C. Jan , t. I , p. 150, 1. 21-22; H. Peter, Historicorum romanorum relliquiae, t. I, p. 62; Historicorum romanorum fragmenta, p. 49.

(5) Ptolèmée, 1. III, c. 27; éd. C. Mûller, 1. 1, p. 338-340; Cougny, t. I, p. 284-285; D. Bouquet, t. I, p. 84 AB.

192 § 43. CATON l'ancien.

habitasse in Voids (1). Mais quand au commencement du quatrième siècle, vers l'année 396 avant J.-C, les Cenomani vinrent s'établir en Italie, les Volcae n'étaient point encore parvenus sur les côtes de la Méditerranée, où, vers l'année 356 avant J.-C. , le périple de Scylax ne connaît encore que des Ibères, des Ligures et des Grecs. Les Volcae^ au commencement du quatrième siècle avant J.-C, étaient voisins des Germains au centre de l'Allemagne moderne. C'est de là que les Cenomani d'Italie sont venus au commencement de ce siècle fonder en Italie la ville de Trente, Tridente (2) ou Tridentum, tandis que peut-être vers le même temps était créé par les Aulerci Cenomanni de Gaule Transalpine le village de Trans (Mayenne) au Moyen-Age Tridentum à l'accusatif, Tredento et Tredendo à l'ablatif. J'ai cru longtemps qu'il y avait à se préoccuper de la différence d'orthographe entre le nom des Cenomani d'Italie et celui des Cenomanni de France. L'identité des noms antiques de Trans, Mayenne, et de Trente, Tyrol me fait aujourd'hui douter de la valeur de ma critique.

Novare, suivant Caton était une ville ligure.

(1) Pline, 1. III, g 130; éd. C. Jan, t. I, p. 149. I. 26-27; D. Bouquet, t. I , p. 55 C; Hermann Peter, Ilisloricorum romanorum relliqidae, 1. 1, p. 63, 1. 5; Historicorum romanorum fragmenta, p. 40, 1. 26.

(2) Ptolémée, 1. III, c. 27; éd. C. MûUer, t. I, p. 339, 1. 9; Cougny, t. I, p. 184-185; D. Bouquet, t. I, p. 84 B.

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Pline soutient qu'elle était gauloise : Novaria ex VertamacoriSj Vocontiorum hodie que pago^ non, ut Cato eœislimat, Lùjurum^V). Les deux auteurs ont chacun raison. La province de Novare contient vingtneuf localités qui portent des noms terminés par le sufBxe -asco,-asca,-asche, et par conséquent ligures (2). Mais auprès de Novare, dans le circondario ou arrondissement de cette ville, il y a : un bourg appelé Tornaco (3), dont le nom est identique à celui de la ville de Tournai, Turnacus; un village appelé Cavanago (4), le même nom que celui de treize villages de France : trois Cliavenat (Charente, Haute- Vienne), quatre Chavenay (Eure-et-Loir, Marne, Seine-et-Oise , Vienne), six Cabanac (Ariège , Haute-Garonne, Gironde, Lot, Hautes-Pyrénées), un Cavanac (Aude). Il est bien dillicile de contester qu'il y ait eu dans la province de Novare un établissement celtique, comme le dit Piine, et ce fait ne contredit pas la doctrine de Caton que Novare était ligure : les Ligures y avaient précédé les Celtes, et lesCeltes conquérants n'avaient pas chassé les Ligures, ils se contentaient de les dominer. On sait également par Caton l'ancien que les

(1) Pline, 1. III, g 124; éd. de C. Jan, t. I, p. 148, 1. 12-13, D. Bouquet, t. I, p. 55 B; Hermann Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. 82, I. 12-13; Historicorum romanorum fragmenta, p. 49, 1. 15-lG.

(2) Revue Celtique, t. XI, p. 157.

(3) Revue Celtique, t. XI, p. 165.

(4) Revue Celtique, t. XI, p. 164.

194 § 44. SEMPRONIUS ASELLIO.

Boii, qui avaient occupé la plus grande partie de la Gaule Cispadane, entre le Pô et le Rubicon (1), étaient divisés en cent douze tribus (2).

Sempronius Asellio prit part comme tribun militaire au siège de Numance, 134 et 133 avant J.-C, années de Rome 620 et 621, quinze ans après la mort de Caton l'ancien. Dans le quatorzième livre de ses Res gestae, le dernier dont on ait une citation avec renvoi au numéro du livre , il racontait la mort de Livius Drusus, événement qui date de l'an 91 avant J.-C, 663 de Rome. Il semble avoir, dans un livre postérieur, parlé d'un événement de l'année 83 avant J.-C, 671 de Rome (3). Son ouvrage est donc à peu près contemporain de celui de Poseidonios dont les 'IffTopiat, en cinquante deux livres, prennent fln en l'année 82 avant J.-C, soixante-sept ans après l'année où se terminent les Origines de Caton l'ancien. Sempronius Asellio nous apprend que de son temps on mettait en

(1) Ptoléméc, 1. III, c. 1, g 20; éd. C. Mûller, t. I, p. 334, I. 4-9; Cougny, t. I, p. 284-285.

(2) Pline, 1. III, g 116; édition C. Jan, t. I, p. 146, 1. 30; D. Bouquet, t. I, p. 55 B ; H. Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. 63; Hisloricorum. romanorum fragmenta, p. 50.

(3) Sur Sempronius Asellio, voyez Teuffel-Schwabc, g 142, 5, t.I, p. 234; Schanz, g 72 (1" partie, p. 131-135); Hermann Peter, Hisloricorum. romanorum relliquiae, t. I, p. CCXLVIU-CCLI , 178-184.

§ 44. SEMPRONIUS ASELLIO. 195

Gaule, in Gallia (1), cette ville, Noreia des Taur/5c« (2) ou iVoricz, près de laquelle, en 1 13 avant J. -C, 641 de Rome, le consul Gnaeus Papirius Carbo fut batlu parles Cimbres (3), et que plus tard, antérieurement à l'année 58 avant J.-C, les Boii assiégèrent en vain (4); c'est aujourd'hui Neumarkt dans l'empire d'Autriche, en Slyrie.

Une conséquence de celte doctrine apparaît chez Denys d'Halicarnasse : dans son ouvrage terminé en l'an 8 avant J.-C, 744 de Rome, il dit que la Celtique, KeXTtxvi, touche aux Scythes et aux Thraces, qu'elle est partagée par le Rhin en deux parties égales (5) et que la Germanie est une section de la partie orientale. Mais Denys ne semble pas comprendre dans la Celtique Noreia et le Noriciim qui sont situés au sud du Danube, car il parait donner à la Celtique le Danube pour limite méridionale. En effet, quand il publia ses « Antiquités romaines, » le Noricum payait tribut aux Romains depuis environ six ans, trente-trois ans avant l'an 10 de notre ère, date où Strabon ler-

(1) H. Peter, Historicorum romanorum relliquiae, t. I, p. 183, 1. 1-3; Ilisloricorum romanorum fragmenta, p. 111, 1. 9-10.

(2) Pline, 1. III, g 131; éd. C. Jan, t. I, p. 149, 1. 132.

(3) Stiaijon, 1. Y, c. 1, g 8; éd. C. MùUer et Dubner, p. 178, 1. 43-45; Cougny. t. I, p. 184-185; D. Bouquet, t. I, p. 99 B ; Tite-Live, l'eriochœ, 1. LXIII.

(4) De Dello Gallico, 1. I, c. 5, g 4.

(5) « Ix'sSTat (lécï) iroxafjicp Pi^vw. » Denys d'Halicarnasse, I. XIV, c. 1 ; édition donnée chez Didot par A. Kiessling et V. Prou, p. 701, 1. 3; Cougny, t. II, p. 480-481.

196 § 45. CLAUDIUS QUADRIGARIUS.

mina son grand ouvrage, et le royaume de Norique, Noricum regnum, vassal des empereurs, semblait former en quelque sorte une personne morale à part, déjà parfaitement distincte de la Celtique (1).

Sempronius Asellio écrivait plus d'un demi-siècle après la mort de Caton l'ancien. Arrivent ensuite trois annalistes romains qui ont rédigé leur composition historique à une date très rapprochée de celle où Sempronius Asellio a mis les siennes par écrit. Ce sont Quintus Claudius Quadrigarius, Valerius Antias et Cornelius Sisenna.

Q. Claudius Quadrigarius paraît avoir composé ses annales entre les années 80 avant J.-C, 674 de Rome, et 70 avant J.-C, 684 de Rome.

Un rhéteur romain du deuxième siècle de notre ère, M. Cornelius Fronto, comparant entre eux quelques-uns des premiers annalistes romains, présente Claudius Quadrigarius comme celui qui procurait le plus de plaisir à ses lecteurs : « Fabius Pictor est confus, Claudius Quadrigarius agréable à lire, Valerius Antias sans élégance, Cornelius Sisenna trop long. » : Scripsere... Pictor incondite, Claudius lepide, Antias inuenuste, Seisenna longinque, dit Fronto (2), dans une lettre adressée

(1) Strabon, 1. IV, c. 6, g 9; éd. C. MûUer et F. Dûbner, p. 172, 1. 9-12; cf. Corpus inscriptionum latinarum, t. Ill, p. 588.

(2) Hermann Peter, Ilistoricorum romanorum relliquiae , t. I,

§ 45. CLAUDIUS QUADRIGARIUS. 197

à rempereur Lucius Verus, qui régna de l'an 161 à l'an 169 de notre ère. Claudius Quadrigarius devait probablement le mérite littéraire de ses livres aux jolies fables qu'il tirait des éloges funèbres composés pour flatter la vanité des grands seigneurs romains de son temps.

Le premier livre de ses annales racontait la bataille de l'Allia, perdue par les Romains en l'an 390 avant J.-C, 364 de Rome, et les événements suivants au moins jusqu'à l'année 320 avant J.-C, 434 de Rome, c'est-à-dire pendant soixante-dix ans. C'est dans ce livre que Tite-Live, 1. V, c. 46, § 8, a probablement pris l'idée du voyage hardi de Pontius Cominius allant de Veii au Capitole romain, puis retournant du Capitole à Veil, traversant ainsi deux fois l'armée gauloise assiégeante pour établir une entente entre les assiégés et les Romains.

Le but de ce récit était de plaire en même temps à la geiis Pontia et à la gens Cominia. A la ge7is Pontia appartenait L. Pontius, contemporain (lu célèbre Sylla (1), qui mourut en l'an 78 avant J.-C. Quatre ans plus tard, les chevaliers Publius

p. CCLXXXVii. Sur Claudius Quadrigarius, voyez Teuffel-Schwabe, g 155, 1 ; t. I, p. 257-258; Schaiu , g 112, 1; 1" partie, p. 192-19.3; Paiilys Realencrjclopaedie, éd. Wissowa, t. III, col. 2858-2861, article de M. Niese ; Hermann Peter, llistoricorum romanorum relliquiae, t. I, p. cCLXXXvii-ccciv, 205-23G; llistoricorum romanorum fragmenta, p. 136-151.

(1) Pauly, Realencyclopaedie, t. V, p. 1892.

198 § 45. CLAUDIUS QUADRIGARIUS.

Cominius et Lucius Cominius accusèrent C. Aelius Psetus Staienus (1). Claudius Quadrigarius connaissait probablement L. Pontius et les deux Cominius (2) et il a été bien aise de leur être agréable en mettant leur nom dans ses annales.

De même chez Tite-Live l'exploit de M. Manlius Capitolinus repoussant les Gaulois qui allaient pénétrer par escalade au Capitole, la seconde dictature de M. Furius Camillus et sa victoire sur les Gaulois en 390 semblent des emprunts à Claudius Quadrigarius (3). On peut en dire autant du combat singulier de Publius Manlius Torquatus avec le Gaulois auquel il prend son torques en 367 avant J.-C, l'an 387 de Rome, sous une cinquième dictature de M, Furius Camillus (4). Les Furius Camillus étaient des personnages importants à Rome au premier siècle avant notre ère (5) : un d'eux fut ami de Cicéron. Les Manlius Torquatus,

(1) De- Vit, Tolius latinilalis onomasticon, t. II, p. 389.

(■2) Hermann Peter, Hisloricorum roinanorum relliqiiiae, t. I, p. Î05, fragment 4, a mis en note, au-dessous du passage de Claudius Quadrigarius conservé par Aulu-Gelle, celui de Tite- Live, 1. V, c. 48, g 8. Le premier de ces auteurs parle d'une conversation du Romain avec les Gaulois; le second n'en dit rien.

(3) Hermann Peter, Ilistoricorum romanoriim relliqidae, fragment 7, t. I, p. '20C; Hisioricorum romanorum fragmenta, p. 136-

(4) Hermann Peter, Hisloricorum romanorum. relliquiae, t. I, fragment 10, p. 207-210; Hisloricorum romanorum fragmenta, p. 137-139; D. Bouquet, t. I, p. G90-69I.

(5) Pauly, Realencyclopaedie, t. Ill, p. 556; De-Vit, Tolius lalinitatis onomasticon , t. III, p. 173; cf. t. I, p. 475.

§ 45. CLAUDIUS QUADRIGARIUS. 199

qui sont une branche des Manlius Capitolinus, tenaient une place honorable dans l'aristocratie romaine au même temps. Un d'eux, L. Manlius Torquatus, fut consul en l'année 65 avant J.-C, de Rome, 689 (1).

La légende de M. Valerius Corvus ou Corvinus et du corbeau qui lui vient en aide dans son combat contre un Gaulois en l'année 349 avant J.-C, 405 de Rome (2), a une origine analogue, et avant d'apparaître chez Tite-Live, 1. VII, c. 26, elle a été racontée par Claudius Quadrigarius en son livre I. Claudius Quadrigarius a dû être contemporain du père de M. Valerius Messala Corvinus, né en 64 avant J.-C, l'an 690 de Rome et qui eut comme orateur une grande célébrité.

On ne peut nier avec une certitude rigoureuse aue ce soit de Claudius Quadrigarius que parle Plutarque au début de sa Vie de Nnma, où il cite un certain Clôdios, auteur d'un livre de chronologie critique. Suivant ce Clôdios, les anciens monuments écrits de Rome ont péri, lors de la prise de cette ville par les Celtes (3). Mais il est proba-

(l) De- Vit, Tolius lalinitatis onomaslicon, t. IV, p. 310; Corpus inscriptiomim latinarum, t. I, 2° édition, p. 15G.

(2j II. Peter, Historicorum romanoi-um relliqiiiac, t. I, p. 211- 212; Historicorum rornanorum fragmenta, p. 138, 139; D. Bouquet, t. I, p. 690.

(3) Plutarque, Numa, c. 1 ; Vies, édition donnée chez Didot par Th. Doehner, t. I, p. 71; II. Peter, Historicorum rornanorum. relliquiae, t. I , p. 176; Historicorum romanorum fragmenta, p. 271.

200 § 46. VALERIUS ANTIAS.

ble que ce Clôdios est identique au Clôdius qui combattit comme tribun militaire au siège de Numance sous Scipion Emilien, 134, 133 avant J.-C, l'an de Rome 620, 621 (1).

Les annales de Valerius Antias (2) ont été écrites peu de temps après celles de Claudius Quadrigarius.

Tite-Live lui reproche l'exagération des chiffres. Ainsi dans une bataille livrée près de Come aux Gaulois Insubres, l'an 196 avant J.-C, 558 de Rome, par le consul M. Claudius Marcellus, les Romains auraient tué quarante mille ennemis, pris quatre-vingt-sept enseignes et sept cents chariots de bagages, carpenta. L'année suivante, dans la Péninsule ibérique, sous les murs d'Iliturgis, les Romains commandés par Appius Claudius auraient, suivant le même auteur, tué douze mille hommes aux Celtibères (3).

(1) H. Peter, Historicormn romanorum relliquiae, t. I, p.cCïLV, CCCii; Pauly's Realencyclopaedie, éd. WissoAva, t. IV, col. 77-79; Teuffcl-Schwabc, g 259, G; t. I, p. 608.

(^) Sur Valerius Antias, voyez Teuffol-Scliwabc, g 155, 2, 3; t. I, p. 258-260; Schanz, g 112, 2; Impartie, p. 192-193.

(3) Hermann Peter, Historicorum romanorum relliquiae, t. I, p. 253-254; Historicorum romanorum fragmenta, p. 160.

§ 47. CORNELIUS SISENNA. 201

Cornelius Siseniia qui fut préteur en l'an 78 avant J.-C, 676 de Rome, et qui mourut en 67 avant J.-C, 687 de Rome, nous donne dans ses Hisloriœ le nom d'une lance gauloise appelée materis (1). C'est chez lui qu'on voit pour la première fois apparaître le nom de Brennus dans l'histoire de la prise de Rome par les Gaulois, en 390 (2).

Les historiens latins contemporains de Polybe et de Poseidonios n'ont à aucun point de vue la valeur de ces deux écrivains grecs, mais il serait injuste de les dédaigner, et les historiens modernes doivent de la reconnaissance aux auteurs de l'antiquité qui, par des citations de ces vieux annalistes, nous ont conservé des fragments de leurs livres.

(1) Hermann Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae, t. I, p. cccxxir, 282, 288; Hisloricorum romanorum fragmenta, p. 180, 183. Sur Cornelius Siscnna, voyez Teuffel-Schwabe, g 156, 1, 2, 3; t. I, p. 260-262; Schanz, § 113; 1" partie, p. 198-199; PaulyS lieal-encyclopaedie, t. IV, p. 1512-1513, article de Nicse.

(2) Hermann Peter, Hisloricorum romanorum relliquiae , t. I, p. 296, fr. 133; Hisloricorum romanorum fragmenta, p. 188, fr. 133.

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