DIODORE DE SICILE
Jules César, n'est qu'un compilateur. Jules César et ses continuateurs racontent la plupart du temps des événements dont ils furent témoins ou qu'ils connaissent par la relation des gens qui y ont assisté. Diodore de Sicile copie en les arrangeant, la plupart du temps, sans doute, en les abrégeant, les historiens qui l'ont précédé, et il doit toute sa valeur à ce que nous avons perdu le texte original de ces historiens. La « Bibliothèque » de Diodore de Sicile, divisée en quarante-trois livres, se termine juste au moment où, en l'année 58 avant J.-C, commence la guerre des Gaules, mais Diodore ne publia cet ouvrage qu'après la mort de Jules César, postérieurement à ra[)Othéose du conquérant romain; il l'appelle « celui qui à cause de ses exploits a été surnommé dieu, » ô oik xà; irpaÇetç
■rcpoi7aY<ipeuOelç 6eoç (1), à Stà rà; Trpàçôi; iTiovotxaaôstç 6eoç (2),
« celui qu'on a appelé Dieu » ô xlrfitk Oeoç (3). L'apothéose de Jules César parait avoir eu lieu l'an 712 de Rome, 42 avant J.-C. (4)
Croiset, t. V, p. 640-649; les textes concernant les Celtes ont été réunis par Cougnj-, t. II, p. 352-457; D. Bouquet, 1. 1, p. 301-318; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla historica brilannica, p. i-iii, cm, civ.
(1) Diodore, 1. I, c. 4, g 7; édition donnée chez Didot par C. MùUer, t. I, p. 5, 1. 10, 21; Cougny, t. Il, p. 352-.353 ; D. Bouquet, t. I, p. 301 D.
(2) Diodore, 1. V, c. 21, g 2-, édition C. Mùllcr, t. I, p. 2GG, 1. 36; Cougny, t. II, p. 3G4-365.
(3) Diodore, 1. V, c. 5, g 4; édition C. Mûlier, t. I, p. 2G9, 1. 3-5.
(4) Mommsen, Romisches Staatsrecht, 2° édition, p. 733, note 2.
206 § 50. cicÉROx.
Comme nous l'avons dil plus haut, c'est à Poseidonios que Diodore de Sicile doit avoir emprunté ce qu'il dit de plus intéressant sur les Gaulois.
Une partie des œuvres de Cicéron (1) est antérieure non seulement à Diodore, mais aux Commentaires de la guerre des Gaules. Nous ne dirons rien ici du plaidoyer pro P. Quinctio , où il est question d'une propriété située au delà des Alpes, mais chez un peuple dont le nom, Sebaginos, est trop incertain pour donner le droit d'en conclure quoi que ce soit (2).
C'est à l'année 69 avant J.-C, que remonte la plaidoirie jjro Fonteio (3). M. Fonteius avait été chargé du gouvernement de la province de Gaule pendant trois ans, de l'an 75 à l'an 73 avant J.-C. ou autrement de l'an 677 à l'an 679 de Rome. Environ quatre ans plus tard, Indutiomaros que Cicéron qualifie de « chef des AUobroges et des
(1) Sur Cicéron, voyez Teuffel-Schwabe, g 175-189 ; 1. 1, p. 310-367 ; Schanz, g 140-178; 1" partie, p. 243-256; D. Bouquet, t. I, p. 654- 663; Pétrie et Thomas Dufifus Hardy. Monumenta hislorica britannica, t. I, p. lxxxyu-lxxxviii.
(2) C. F. W. Millier, M. Tullii Ciceronis scripla quae manserunt omnia, Teubner, partie II, vol. I (1880), p. 26, 1. 3, Adnolalio cvilica, p. viii.
(3) Ibiilem, partie II, vol. II, p. 17-35. VAdnotalio critica se trouve aux pages v-ix. Ua extrait du texte a été donné par D. Bouquet, t. I, p. 655-656.
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autres Gaulois, » dux Allohrogum caeteronimque Gallorum^ porta plainte contre Fonteius à Rome pour cause de concussion. L'accusateur fut M. Plaetorius, Cicéron défendit l'accusé ; il avait l'année précédente dans le procès contre Verres pris le rôle opposé, celui d'accusateur. Il était avocat, rien ne prouve que Fonteius en Gaule se fût mieux conduit que Verres en Sicile.
Les renseignements que Cicéron nous donne dans ce discours peuvent se diviser en plusieurs catégories. Certains sont géographiques. Cicéron connaît les Volcae, dontlenomchezTite-Livedansle récit des événements de l'année 238 avant J.-C, 536 de Rome, doit être copié chez Fabius Pictor(l). Cicéron est, après Caton l'ancien, le premier auteur latin où ce nom de Volcae se rencontre. Il parle aussi le premier des Ruteni, c'est-à-dire des habitants du Rouergue et de Cahors. Ses adversaires, dit-il, aiment mieux défendre les finances des Ruteni que celles du peuple romain (2), Le nom des Allobroges avait été écrit AXXdSpiYe; par Polybe (3),
(1) Hannibal ceteris melu aul prelio pacatis,jam in Volcarum perveneral agrum genlis validae; colunt enim circa utramque ripam Rhodani. Tite-Live, 1. XXI, c. 20, g 6; édition donnée chez Teubner par Weissenborn (1863), t. II, p, 225; D. Bouquet, t. I, p. 336 B. Cf. Corpus inscriplionum latinarum, t. XII, p. 346.
(2) Edition donnée chez Iloltze par Nobbe (18G9), c. 1, § 4, p. 350; chez Teubner par C. F. W. Millier, partie II, vol. II (1885), c. 3, § 4, p. 20, 1. 14-15.
(3) Polybe, 1. III, c. 49, g 13; c. 50, g 2, 3; éd. Didot, 1. 1, p. 152; Cougny, t. II, p. 158-159; D. Bouquet, t. I, p. 281 AB.
208 § 50. cicÉRON.
probablement d'après Fabius Pictor et AÀXoêpuysç par Apollodore (1). C'est chez Cicéroii Pro Fonteio que, pour la première fois, apparaît la bonne leçon du nom des Aliobroges (2) : « Craindriez-vous, » dit-il aux juges , « de refuser créance aux témoignages des Volcae et des Aliobroges? »
Un paragraphe du Pro Fonteio (3) est surtout à signaler ; il est très intéressant par les notions géographiques qu'il contient. On y trouve la plus ancienne mention que nous connaissions du nom de Toulouse, Tolosa, et du nom gaulois romanisé de Narbonne, Narbo,-o)iis, au temps d'Hécatée de Milet vers Tan 500 avant J.-C, I\arba..l\ ne faut pas, comme l'a fait le savant épigraphiste, M. Otto Hirscheld, reproduire l'erreur de Charles et Théodore Millier qui, dans le tome I" des Fragmenta historicorum graecorum , t. I, p. 2, fr. 19, attribuant à Hécatée un passage de Strabon, font dire au géographe de Milet que Narbonne, Nafewv, est
(1) Etienne de Byzance au mot 'AV/M^vys;; cf. Holder, AUceliischer Sprachschatz , t. I, col. 95; Cougny, t. I, p. o60-3Gl; D. Bouquet, t. I, p. 114.
(2) G. 8, g 26 de l'Oratto pro il. Fonteio dans l'édition de Cicéron donnée par Nobbe chez Holtze (1869), p. 352; cf. C. F. W. Mûller chez Teubner (18S5), M. Tullii Ciceronis scripla quae manserunt omnia, partie II, vol. II (1885), p. 26, 1. 30-32; c. 12, g 26 du mémo discours ; D. Bouquet, t. I, p. 656 A.
(3) C. 5, § 9 de ce discours dans l'édition de Cicéron donnée par Nobbe, p. 351; C. F. W. Millier, c. 9, g 19, M. Tullii Ciceronis scripla quae manserunt omnia, partie II, vol. II, p. 24, 1. 11- 20; D. Bouquet, t. I, p. 656 A.
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un marché et une ville celtique, Ip-iroptov xal -kôIh; KeXxtxïi (1). Etienne de Byzance, d'après lequel on cite Hécatée de Milet, n'a pas commis cette erreur. Narbonne n'est devenu celtique que vers l'an 300 avant J.-C. ; Hécatée de Milet écrivait prés de deux siècles plus tôt (2).
Fonteius avait exigé pour le vin le payement de contributions indirectes, portoria. Cicéron nomme cinq agents chargés par Fonteius de la perception. Ils faisaient payer par amphore : à Toulouse, quatre deniers, soit 3 fr. 20, c'est-à-dire 12 francs par hectolitre ; à Crodunum que l'on a corrigé en Segodunum (3), aujourd'hui Rodez, trois deniers, soit par amphore 2 fr. 40, c'est-à-dire près de 9 francs par hectolitre; à Vulcalo deux deniers et un ^;^c^onafws ou demi-denier, soit 20 centimes, par amphore, c'est-à-dire, un peu plus de 7 francs par hectolitre. A Cobiomachus , entre Toulouse et Narbonne, les voituriers qui, venant de Narbonne, quittaient la route de Toulouse et gagnaient la Gaule indé-
(1) Corpus inscriptionum latinarum, t. XII, p. 521.
(1) Cougnjr, t. I, p. 368-369; D. Bouquet, 1. 1, p. 117 A.
(3) C. F. W. Mùller, Adnotatio crilica, p. Vii ; notes sur la page 24, 1. 13-18. Cette leçon, proposée en 1854 par M. Th. Momrasen dans l'édition Ilalm, t. II, première partie, p. 468, 477, a été reproduite en 1884 par J. Marquardt, Handbuchder rômischen Allerlhûmcr, t. V, 2" édition, p. 272, note 2. Segodunum pouvait être dans la province romaine, bien qu'une partie des liuteni fussent restes indépendants : De bello gallico, 1. I, c. 45, 'i 2; cf. 1. VII, c. 5, g 1, etc.; Holder, t. I, col. 1252-1253 de l'AllceUisc)iev Sprachschatz.