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HOMMAGE RESPECTUEUX J LOTH

On entend par Mablnogion un certain nombre de récits en prose, merveilleux ou romanesques, de nature et d'origine diverses. La collection la plus importante de ces Mahinogion se trouve dans le célèbre manuscrit connu sous le nom de Livre Rouge à cause de la couleur de sa couverture. Ce manuscrit , aujourd'hui la propriété du collège de Jésus , à Oxford, est une sorte de corpus de la littérature galloise. 11 se compose de 362 folios de parchemin, à deux colonnes, et remonte, en grande partie, à la fin du quatorzième siècle. Lady Charlotte Guest a publié, pour la pi-emière fois (1), en entier, en 1838,

(1) Le célèbre Owen Pughe, auteur d'un dictionnaire galloisanglais , encore indispensable à consulter , malgré ses défauts , avait préparé une édition complète des Mabinogion, avec notes explicatives. Son travail devait même commencer à paraître en 1831, comme il ressort d'une lettre de son fils Ancurin Owen, publiée dans VArcluieologia Cambrensis , IV. 3" série, p. 210. Il serait intéressant de savoir ce que ce travail est devenu. Les Mabinogion ont été mis en gallois moderne , mais il est visible que l'auteur a suivi la traduction anglaise <le lady Guest.

le texte et la traduction de ces Mahinogion , avec des notes explicatives, en laissant de côté ceux qui n'étaient que des traductions de romans français. Quelques-uns avaient déjà été publiés séparément. Le Mahinogi de Pwyll avait paru avec une traduction dans le Cambrian register. I|. p. 177 (1795 et 1796) ; le texte et la traduction avaient été reproduits dans le Cambro'Briton, II, p. '271 et suiv. ^,1821). Il est assez curieux de constater que les mêmes passages ont été supprimés dans cette traduction et dans celle de lady Guest. Le Mabinogi de Math, fils de Mathonwy . avait paru avec traduction dans la Cambrian Quarterly Jady Guest , Mab. , III , p. 253). Le Greal avait donné seulement le texte du songe de Maxen Wledic en 1806. p. 289. L'aventure de Lludd et Llevelys se trouvait déjà insérée dans le Brut Tysilio et le Brut &ruffydd ab Arthur , publiés par la Myvyrian Archaeology of Wales. Une version du même récit avait aussi paru dans le Greal , provenant d'une source différente d'après lady Guest. Le rév. Peter Roberts en avait donné une traduction dans The Chronicle of the Kings of Britain. Le texte gallois sur lequel repose la traduction de lady Guest est une copie du texte des Mabinogion du Livre Rouge faite par un littérateur gallois, John Jones, plus connu, comme la plupart de ses compatriotes, par son pseudonyme de Tegid. La traduction de lady Guest est une œuvre remarquabh'. faite avec une grande conscience, témoignant d'iuic rare pénétration d'esprit ; mais l'auteur

a eu à lutter non seulement contre les obscurités du texte, mais encore contre les défectuosités de la copie qu'elle avait sous les yeux. Il est visible en maint endroit que l'auteur ne se sent pas sur un terrain bien sur ; l'expression parfois est flottante et le même mot traduit dilïéremment suivant le contexte. Là où les dictionnaires hésitent ou ne lui fournissent aucune lumière , lady Guest n'a pas toujours été bien inspirée. Il eût fallu sur le texte un travail critique préparatoire qui lui a forcément manqué. La traduction corrige néanmoins le texte en maint endroit ; le commentaire qui l'accompagne est précieux pour l'intelligence des traditions galloises; en somme, c'est une œuvre dont l'apparition marque une ère nouvelle dans l'histoire de la littérature galloise et l'étude des traditions bretonnes.

Outre un certain nombre d'erreurs et d'inexactitudes dues au texte et à l'état imparfait des dictionnaires, la traduction de lady Guest présente des inexactitudes et des lacunes volontaires. Elle a supprimé les passages qui lui paraissaient scabreux ou choquants , et singulièrement atténué des crudités de langage et des brutalités de mœurs qui sont cependant loin d'être sans intérêt et sans importance pour l'histoire et la critique. Ces scrupules sont d'autant plus excusables que lady Guest considérait les Mahinogion comme destinés à l'amusement et à l'édification de la jeunesse , en particulier de ses deux enfants auxquels sa traduction est dédiée , mais il n'en est pas moins résulté que le caractère

véritable des récits gallois en a été, dans une certaine mesure, sérieusement altéré.

Si ces raisons, sans parler du prix élevé de l'ouvrage de lady Guest , ne suffisaient pas à justifier un nouvel essai de traduction , l'apparition , en 1887 , d'une nouvelle édition (1) du texte gallois des Mahinogion ^ œuvre de MM. John Rhys et J. Gwenogfryn Evans, en démontrerait l'opportunité, et, jusqu'à un certain point, la nécessité. Nous possédons désormais un texte sûr, une reproduction exacte des Mabinogion du Livre Rouge , jusque dans les plus petits détails et dans leurs moindres défauts. La tâche du traducteur n'en reste pas moins singulièrement lourde ; c'est , en effet , une édition diplomatique des Mabinogion et non une édition critique. Or, à part quelques fragments, la source des Mabinogion , jusqu'ici édités (2) , est uni-

(1) The text of the Muljinogion from the Red Book of Hergest, by John Rhys and J. Gwenogfryn Ewans, Oxford. J. Gwenogfryu Evans, 7 Clarendon Villas. — C'est le premier volume d'une coHoction annoncée sous le titre general de Old welsh Texts. Les auteurs ont ajouté aux Mabinogion, des Triades tirées du Livre Rouge , et un index des noms propres. Ils ont laissé de côté la Hanes Taliessin, ou Histoire de Taliessin, qui ne regarde pas le Lii^re Rouge, et que lady Guest avait insérée dans son œuvre.

(2) Les éditeurs des Old welsh Texts annoncent la publication de fragments importants du Songe de Maxen; de Manuwyddan; des Romans de Gereint et Enid ; de Peredur , etc. , d'après un qianuscrit écrit entre 1225 et 1275. Leur édition critique des Mabinogion sera fondée en grande partie sur le Livre Blanc de Rhydderch , conservé dans la bibliothèque de M. Wynne, à Peniarth, Merionetiistnre. Une partie importante du Roman de

que ; on n'a pas la ressom-ce des variantes. Ayant d'entreprendre ma traduction . j'ai dû , en quelque sorte . taire pour mon usage une edition critique du texte gallois. La méthode que j'ai employee est celle qui a renouvelé l'intelligence des textes latins et grecs ; je me suis appliqué à éclairer les Mabmogion par eux-mêmes, chaque expression ou terme obscur ou douteux, autant que possible, par les passages correspondants soit des Mabinogion, soit des textes en prose et même en vers de la même époque. Des notes critiques, que l'on trouvera a la fin de cet ouvrage, renvoyant à la page et à la ligne du texte gallois de Rhys-Evans, et à la page de ma traduction , indiquent les corrections au texte ou mes hésitations, avec les différences qui me separent de lady Guest. Pour la traduction , j ai voulu la rendre aussi lisible que possible , sans rien sacrifier de l'exactitude que l'on est e^n d™'' d« ^«■ mander avant tout à un traducteur. En tait de traduction . UUiral n'est pas synonyme deœac. Tiaduire, par exemple , myned a. orug par aller ,i fit serait aussi peu exact que de décomposer donner^ en ai à donner. Ce qu'on a appelé la naweU ou la simplicité des conteurs gallois ne ma guère préoccupé non plus. Outre que n'est pas nmf qui

Oe.ein, e, E„«. a 6.é publiée ..'apr.s - -anuserU de Hengw« source que le Livre Rowje.

veut, ce serait prêter aux auteurs ou arrangeurs de ces récits une qualité à laquelle ils n'avaient aucun droit et, vraisemblement, aucune prétention.

Il ne faut pas regarder en effet les Mabinogion comme des récits écrits sous la dictée d'un homme du peuple. Si leur source a été, jusque dans une certaine mesure, populaire ou pour mieux dire nationale, ce sont, tels qu'ils nous sont parvenus, des œuvres de lettrés, écrites ou mises en ordre, comme je le montre plus bas, pour la classe des lettrés. Ce qu'on a pris pour de la naïveté est une certaine négligence et familiarité de style qui s'explique facilement par la provenance orale de ces récits et surtout par le fait qu'à l'époque de la rédaction des Mabinogion la langue de la littérature était surtout la poésie. Poétique et remarquablement imagée dans l'expression , la langue des Mabinogion est d'une trame un peu lâche dans la contexture du récit ; les répétitions ne sont pas rares , surtout , il est vrai , dans les romans de Gereint et Enid , d'Owein et Lunet , et de Peredur ; la période par juxtaposition se présente à chaque instant. Cette prose des J/aôznogion avec ses brillantes qualités poétiques et ses gaucheries de construction est loin assurément de la perfection qu'elle atteindra au dix-huitiéme siècle avec le Bardd Cwsg d'Elis Wynn (1) , dont la

(1) On peut citer encore dans notre siècle, comme un exemple de ce que peut donner la langue galloise entre des mains habiles, les Brutusiana de David Owen (Brutus), le Cicéron gallois.

IMTRODUGTION. 7

langue a la vivacité d'allures , l'iiilensité d'images de la meilleure poésie , et la netteté de la meilleure prose. Elle n*a pas non plus la précision philosophique et la structure nerveuse de la langue des Lois et surtout peut-être des Lois de Gwynedd ou Nord-Galles dans leur manuscrit le plus ancien, qu'Aneurin Owen, dans son édition d'ailleurs si recommandable, a maladroitement alourdi par de prétendues variantes complémentaires introduites dans le texte et qui ne font que défigurer la plupart du temps l'œuvre primitive (1). S'il y a une impression que ne donne pas la littérature galloise du moyen âge , c'est bien la naïveté et la simplicité : la langue des poètes gallois, par exemple, témoigne d'une culture raffinée ; elle est aussi intraduisible en français que du Pindare.

Ce qui a le plus contribué à donner aux Mabinogion un vernis de naïveté, sans parler de l'étran- ^eté et du merveilleux des récits , c'est le titre luimême de Mahinogion auquel on a attribué le sens de contes d'enfants. Le mot dérive en effet de m«6, fils , mais mah s'applique aussi bien à un jeune

(1) Au point de vue intellectuel, les Lois sont le plus grand titre de gloire des Gallois. L'éminent jurisconsulte allemand Ferd. Walter, constate qu'à ce point de vue les Gallois ont laissé bien loin derrière eux les autres peuples du moyen âge (Das at/e Wales, p 3Ô4). Elles prouvent chez eux une singulière précision et finesse d'esprit, et une grande aptitude à la spéculation philosophique. Les Bretons, quoi qu'on en ait dit, étaient capables de goûter autres chose que la guerre, l'hydromel et la musique.

homme qu'à un enfant. D'ailleurs mabinogi est dérivé immédiatement de mabinog. terme qui désigne, comme l'a très justement remarqué M. Rhys dans sa préface aux Mabinog io)i , un appreîiti littérateur, un étudiant de la section de poésie, un aspirant barde. Le barde qui avait ses grades, dont la science avait été reconnue officiellement , devait prendre avec lui trois disciples ou mabinogion ou mebinogion : avant de pouvoir se présenter aux concours poétiques qui leur donnaient, après trois victoires , le titre de barde à chaire, ils avaient à passer par trois degrés dont les noms nous sont connus et pour chacun desquels il fallait des connaissances spéciales. Les études du mabinog comprenaient : l'étude approfondie de la langue galloise : orthographe, syntaxe , formation et dérivation ; la connaissance des mètres gallois : allitération , consonnance , pieds , strophes , avec des compositions originales ; l'étude des généalogies, des droits, des coutumes et de l'histoire des Gallois. Après avoir gagné le })rix de poésie dans trois concours publics , le mabinog devenait ba7-de à chaire et pouvait enseigner à son tour et prendre avec lui des mabinogion ^1). Les récits

(1) lolo mss. , p. '211. Taliessin se vante de connaissances bardiques qui se rapportent tout justement à certaines traditions conservées dans nos Mabinogion , et parle avec dédain de ceux qui les ignorent (Skene, Four ancient books of wales, II, p. 181, 182). Dans un autre passage des loin mas. , il est défendu aux bardes de s'occuper de récits mensongers comme ceux qui concernent Arthur et le chevalier du Llwyn Glas (du buisson vert,

portant le nom de mabinogion formaient donc une partie importante du bagage littéraire du mabinog ou mebinog.

Il n'y a, dans la collection que je traduis que quatre récits qui portent le titre de Mabinogion dans le texte gallois : ce sont les romans de Pwylly prince de Dyvet (le moins original des quatre), de Manawyddan, fils de Llyr , de Branwen , fille de Llyr, de Math, fils de Mathonwy. Ces quatre récits appartiennent au cycle gallois le plus ancien et sont sans doute un reste du patrimoine commun aux Gaels et aux Bretons. Arthur n'y parait pas. Le songe de Ronawby , le songe de Maœen Wledic , sont des compositions purement littéraires , qui ne manquent pas d'originalité , la première surtout : l'auteur ou le héros du récit s'endort et, en rêve, il est transporté au temps d'Arthur ; il assiste au défilé des troupes du héros dont il dépeint l'aspect et l'équipement avec une remarquable richesse et précision de détails : le cadre est habilement choisi et l'idée maîtresse véritablement originale. L'aventure de Lludd et Llevelys paraît appartenir au passé légendaire des Bretons ; c'est une sorte de triade développée. Les traducteurs gallois de Gaufrei de Monmouth, dans le Brut Tysylio et le Brut Gruffydd ab Arthur (nom gallois de Gaufrei), l'ont insérée dans leur histoire , et il est assez singulier qu'elle

sans doute le Vert chevalier). Ce texte est évidemment relativement récent.

manque clans l'œuvre de Gaufrei. Kulhwch et 01wen me semblent occuper une place à part dans les Mabinogion. C'est une œuvre de transition , dans la mise en œuvre des matériaux comme dans l'esprit qui l'anime. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la préoccupation constante de l'auteur de faire partout dominer la ligure du héros national des Bretons d'Angleterre et de France , Arthur. Il fait apparaître aussi à sa cour beaucoup de personnages qui appartiennent à d'autres cycles , par exemple , Manawyddan, Gwydion ab (1) Don, Lludd Llaw Ereint , Gwynn ab Nudd , etc. Les chiens qui doivent tuer le monstre Yskithyrwynn Penbeidd sont ceux de Glythmyr : l'auteur fait accomplir cet exploit par le chien d'Arthur , Cavall. Arthur apparaît partout, tout se fait par lui ou par Kei. Si ce n'est pas encore le roi de la Table Ronde , il a à côté de lui des compagnons frottés de civilisation française. Ils sont choqués à la pensée qu'il va se colleter avec la sorcière : ce ne serait pas convenable. Ils trouvent aussi, qu'il est au-dessous de lui d'aller à la recherche de certains objets de trop mince importance, et le renvoient poliment à sa cour de Kelliwic, en Kernyw (Cornouailles). Ses officiers commencent à rougir de certains emplois qui leur paraissent compromettants pour eux et de nature à faire tort à la réputation de générosité

(1) Ap ou a5 a le sens de fils de. — Ab entre encore en composition <\p beaucoup de noms propres de notre pays de Léon.

d'Arthur : Glewlwyt fait remarquer qu'il veut bien faire les fonctions de portier au premier de l'an , mais que le reste de l'année ce sont ses subordonnés qui remplissent ce rôle : trait de mœurs remarquable qui se retrouve dans le récit d'Owen et Lunet ; Glewlwyt fait l'office de portier ou plutôt d'introducteur des étrangers , mais de portier en réilité, il n'y en avait point. Il semble bien en ressortir que le remaniement de Kulhwch est contemporain de celui d'Owein et Lunet , par conséquent du douzième siècle. Dans un curieux poème du Livre Noir de Caermarthen, document de la fin du douzième siècle, Glewlwyt se présente au contraire nettement comme portier. Kei a encore les traits du guerrier redoutable , de l'être fabuleux que nous présentent le Livre Noir et certaines poésies de la Myvyrian Archaeology of Wales., mais il a déjà une tendance à gaber qui se développera pour son malheur dans les romans français.

Avec certains personnages et certains traits de mœurs , nous sommes en revanche brusquement ramenés au plus lointain passé des Bretons et des Gaels, comme on le verra par les notes. Le narrateur semble avoir voulu concilier les traditions payennes avec l'esprit chrétien : Nynniaw et Pebiaw ont été transformés en bœufs pour leurs péchés. Le porc Trwyth est un prince que Dieu a puni en le mettant sous cette forme. Le conteur a été visiblement embarrassé pour Gwynn ab Nudd. Gwynn , comme son père Nudd , est un ancien dieu

des Bretons et des Gaels (v. plus loin la note sur ce personnage). Les prêtres chrétiens en avaient fait un démon. Le peuple s'obstinait à le regarder comme un roi puissant et riche , le souverain des êtres surnaturels. Notre auteur a eu une idée originale ; il l'a laissé en enfer où le christianisme l'avait fait définitivement descendre pendant que son père Nudd conservait une place honorable dans l'Olympe chrétien , mais pour un motif des plus flatteurs pour lui : Dieu lui a donné la force des démons pour les dominer et les empêcher de détruire les hommes de ce monde : il est indispensable là-bas. On surprend d'ailleurs parfois chez l'auteur, notamment dans les épithètes, une pointe de malice. Les dieux ou héros qui ne s'étaient pas trop compromis dans l'Olympe payen ou qu'il eût été inutile et dangereux de noircir dans l'esprit des populations bretonnes christianisées , ont en général été convertis et ont passé , en Galles , au rang des saints. Aussi la liste en est-elle interminable. Pout tout abréger, on les a divisés en trois grandes catégories : ils descendent tous , soit de Kaw d'Ecosse , soit de Cunedda, soit de Brychan. Notre conteur donne lui aussi l'énumération des fils de Kaw qu'il a introduits à la cour d'Arthur ; parmi eux nous trouvons Neb , fils de Kaw , c'est-à-dire Quelqu'un ou mieux N'importe qui , fils de Kaw ! Le récit présente des incohérences , des lacunes , en un mot des traces irrécusables de remaniement.

Les trois romans d'Owein et Lunet, de Gereint

et Enid, de Peredur ab Evrawc nous transportent dans un monde tout différent : mœurs, langage, culture, tout porte la marque de la civilisation française. La géographie de ces romans est vague ; on sent qu'on n'a plus affaire à des Gallois parlant des traditions de leurs pays. Ces Mabinogion, pour employer un terme peu exact mais commode , remontent à la même source que les trois romans français correspondants du Chevalier au Lion , à'Erec et Enid et de Perceval le Gallois, œuvres de Chrétien de Troves qui florissait au milieu du douzième siècle. VIvain ou le Chevalier au Lion, de Chrétien, a été publié, d'après un seul manuscrit de la Bibliothèque nationale, par lady Guest à la suite du Mahinogi d'Owein et Lunet, mais d'une façon tellement défectueuse que le poème est presque illisible. Il a été publié deux fois depuis par M. Holland (Hanovre, 1861 et 1880) (1). L'imitation allemande d'Hartmann d'Aue a été souvent imprimée. Le poème de Chrétien a été traduit en anglais et publié par Ritson {Ancient Engleish metrical romances, 1, p. 1-169) sous le titre d'Ywain et Gawain. Il y en a une version Scandinave intéressante qui a servi de base à un poème suédois. Elle a été

(1) J'emprunte ces renseignements sur les trois romans français et les imitations étrangères à l'étude de M. Gaston Paris, sur les Romans en vers de la Table Ronde, dans le t. XXX de YHisloire lilléraire de la. France (p. 1-270). L'Ivain, formant le tome deuxième de l'édition de Chrétien de Troyes de M. W. Forster, vient de paraître.

publiée et comparée avec le poème français par M. E. Kôlbing {Riddarasôgur, p. v-xxxvii, 73-136) (1). Erec et Enid a été publié par Imm. Bekker dans le tome X de la Zeitschrift fur Deutsches Alter thum, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale. Il y en a une version souvent imprimée d'Hartman d'Aue. La Saga norvégienne d'Erec a été publiée et comparée avec l'original français par M. Cederschiôld [Erec Saga) (2). Un érudit belge, M. Potvin, a publié à Mons, en six volumes, de 1866 à 1871, le poème laissé inachevé par Chrétien , trois des continuations successives, l'analyse avec de nombreux extraits d'une quatrième, enfin un roman en prose inachevé (3). Le Parzival de Wolfram d'Eschenbach est la plus célèbre des imitations de ce roman ; l'auteur n'a connu que l'œuvre de Chrétien. Le Perceval, borné à l'œuvre de Chrétien, a été traduit en norvégien. Cette saga a été publiée par M. E. Kôlbing [Riddarasôgur, i-iv, 1-71). Un poème anglais, publié par Ritson, Sir Parcevell, et, en 1844, par M. Halliwell, nous présente, suivant la remarque de M. Gaston Paris (4), un récit plus simple,

(1) Voir une analyse du Chevalier au Lion dans VHistoire littéraire de la France, XV, p. 235-234.

(2) Voir l'analyse du poème français dans ïHisl. litt, , XV, p. 197-209.

(3) Analyse du Parceval , de Chrétien, dans VHist. litt.yXV. p. 246-254.

(4) liist. litt., XXX , p. 29; voy. p. 254, une analyse de cette version; cf. plus bas, note 1 de ma traduction française de Peredur.

moins altéré et plus ancien , sans doute , que le Mabinogi de Peredur et le poème de Chrétien. Les trois Mablnogion ne sont pas plus traduits de Chrétien que les poèmes de Chrétien ne sont traduits ou imités d'eux. Ils remontent tous à une source commune, c'est-à-dire à des romans français écrits en Angleterre et reposant sur des légendes bretonnes ; les originaux ont disparu et nous n'en avons conservé que des imitations mutilées (1). Ce serait peut-être s'avancer trop que d'afiSrmer que les trois Mabinogion sont traduits littéralement du français, mais il est bien évident qu'ils serrent de prés une source française. Quant au fonds primitif de ces récits, on admet généralement qu'il est d'origine celtique (2"!. Les légendes celtiques du pays de Galles ont été de bonne heure connues par les Normands après la conquête anglaise. Dès la fin du onzième siècle, ils avaient pris possession d'une partie du sud. Sur les marches , à l'est , ils ont été , dès leur installation en Angleterre, en contact avec les Gallois. L'aristo-

(1) Voy. sur l'origine des Romans de la Table Ronde, les études toujours si précieuses à consulter de M. Paulin Paris, Les Romans de la Table Ronde, surtout l'introduction; cf. Gaston Paris, Romania, X , p. 465 et suiv. ; Ibid., XII , p. 459 et suiv. ; Histoire liltéraire de la France, XXX, p. 1-270.

(2) Il y a même dans Peredur des traits de mœurs celtiques; voyez p. 208 du texte gallois. Il est assez remarquable aussi que les noms bretons, dans ces trois Mab., ont une forme purement galloise. Ce n'est pas le cas dans les versions galloises ilu SeinI Great.

cratie française recherchait fort les alliances avec les Gallois encore à peu près indépendants, tandis que les Saxons étaient courbés sous le joug , principalement peut-être à cause de l'auréole de noblesse et d'ancienneté qui s'attachait , dans les légendes , à la race bretonne. David, fils d'Owain de Gwynedd, épouse une sœur du roi Henri II ; Llewelyn ab lorwerth, roi de Gwynedd, épouse Jeanne, sœur du roi Jean ; Gerald de Windsor , épouse Nest , fille de Rhys ab Tewdwr ; Bernard de Newmarch épouse Nest, fille de Trahearn ab Caradoc; Robert Fitzhamon, Nest, fille de lestin ab Gwrgant; John de Breos, Margaret, fille de Llewelyn ab lorwerth; Reynold de Bruce, une autre des filles de ce chef; Gruffydd, fils de Rhys, se marie à Matilda, fille de William de Breos ; son frère , Rhys Gryg , à une fille du comte de Clare ; Kadwaladr ab Gruffydd ab Kynan , à une fille de Gilbert , comte de Clare (1), etc. Une autre source de transmission des légendes bretonnes a été la Bretagne armoricaine. Sans parler de la communauté d'origine et des incessantes relations des émigrés bretons avec rile mère, notamment avec la Cornouaille anglaise, il y avait eu une nouvelle émigration de Bretons ■ armoricains en Angleterre au commencement du dixième siècle, émigration considérable, mais qui, jiour beaucoup des emigrants, ne fut pas défini-

(1) Voy. Archaeologie cambr., XIV, 3° série, p. 147; cf. Stelihons, Littérature of the Cymry, p. 413.

live (1). Le clief gallois Rhys ab Tewdwr, forcé de s'exiler, séjourna eu Armorique, et même, suivant une tradition sur raiicienneté de laquelle on n'est pas fixé, eu aurait ia[»|iorté le système bardique de la Table Ronde ,;2l Les trois Mabinogion d'Owein et Lunet, de Percdur ab Evrawc , de Gereint et Enid ont été traduits en allemand par Schulz (San- Marte) et en français par M. de la Villemarqué ; mais, comme l'a 1res justement remarqué Stephens (^3), M. de la Villemarqué n'a fait que traduire la traduction anglaise de lady Guest, et il a complètement oublié den avertir le lecteur (4).

Quelle est la date de la rédaction des Mabinogion? Ont-ils été mis sous la forme que nous leur connaiss(jns, au quatorzième siècle seulement, c'est-à-dire à l'époque où a été écrit le Livre Rouge ^ ou les copistes avaient -ils sous les yeux des manuscrits plus anciens?

Il est sûr , par certaines fautes des copistes {u pour î6>, y, u : t = dd^ etc.) , qu'ils copiaient un manuscrit |»lus ancien que la seconde moitié du

(1) Voy. J. hoih, L'Einiyralion bretonne en Armorique, p. 193. Les Bretons ont pris aussi une grande part à la conquête de l'Angleterre par les Normands. Des membres de la famille ducale de Bretagne se sont même établis en Angleterre à la suite de la conquête, ainsi que beaucoup de seigneurs.

(2) lolo rnss., p, G.'îD.

(3) Stephens, Lillcr. of the Cyinry, p. iUO.

(4) Les Romans de lu inl)le Ronde, Paris, 18G1. Pour être juste, je dois faire remarquer que M. tie la Villemarc[ac n'a pas toujours compris la triidnction imglaiso de lady Guest.

quatorzième siècle , probablement de la même époque que le Liber Landavensis , ou plutôt le manuscrit le plus ancien des lois de Gwynedd, un manuscrit , par conséquent, de la fin du douzième, ou du commencement du treizième siècle. On rencontre aussi, çà et là, des archaïsmes que les copistes du quatorzième siècle n'ont évidemment pas compris. D'ailleurs, les Gallois possèdent, dans des manuscrits du treizième siècle, des fragments considérables des Mahinogion. Dans l'ensemble , les Mabinogion me paraissent avoir été écrits à la fin du douzième siècle. Le Songe de Bhonabwy ne peut être antérieur au milieu du douzième siècle, l'aventure se passant du temps de Madawc ab Maredudd, prince de Powys , qui mourut en 1159. Il paraît avoir été bientôt populaire, car Madawc Dwygraig (1260-1340) dit qu'il n'est qu'un rêveur comme Ronabwy [Myv. arch, p. 322, col. i). Dans Kulhwch et Olwen il est fait mention d'Alan Fergan, évidemment Alain Fergent, duc de Bretagne de 1084 à 1119. Le terme de Gwales en Pembroke, dans le Mabinogi de Branwen , ne peut être antérieur au commencement du douzième siècle. La version du Livre Rouge de Lludd et Llevelys se rattache étroitement à celle qui se trouve dans le Brut de Gruifydd ab Arthur, et est incontestablement postérieure , dans sa rédaction , à l'œuvre de Gaufrei de Monmouth (v. plus loin, note 2 de ma traduction française de Lludd et Llevelys). Le Songe de Maxen porte des Iraces irrécusables

INTRODUCTION. Iï9

de l'influence de Gaufrei (1). D'un autre côte, la géographie politique des Mahinogion ne nous permet pas de mettre la composition de ces récits plus tard que le treizième siècle. C'est ainsi que les Etats de Pwyll ne comprennent que sept cantrevs; or si Dyvet n'en avait que sept au douzième siècle, comme le dit Girald. Cambr. [Itiner.^ I, 12), au treizième , il en comptait huit au témoignage de la Myv. arch. (2' éd., p. 737). Le Mahinogi de Math ab Mathonwy attribue sept cantrevs à Morganhwc, auquel la Myv. arch, n'en donne que quatre [Myv.^ p. 737). Or c'est là exactement l'étendue du royaume de lestin ab Gwrgan , qui régna de 1083 à 1091 (v. plus loin, note 3 de ma traduction française de Math). Math donne à Llew Llaw Gyffes le cantrev de Dinodic, et l'auteur ajoute que cette division porte de son temps les noms d'Eiwynydd et d'Ardudwy (traduction française). La rédaction que glose le copiste du quatorzième siècle nous reporte donc avant les statuts de Rothelan, par lesquels Edouard I" remania, en 1284, les divisions administratives du pays de Galles. Avant cette époque , Dinodig était un cantrev subdivisé en deux Kijmmwd , Eivionydd et Ardudwy. Dans les statuts , le cantrev de Dinodig est supprimé , et il est , au contraire , établi deux Kymmwd : celui d'Eivionydd , passant sous la domination du vicomte de Caernarvon , celui d'Ar-

(1) La civilisation matérielle est celle des Lois; j'excepte naturellement les récits d'origine française.

dudwy, sous celle du vicomte de Merioneth {Ancient laws, II, p. 908). Le Livre Noir , qui est de la fin du douzième siècle , les poèmes de la Myv. du douzième et du treizième siècle , le Livre de Taliesin, qui est du treizième, présentent des passages qui paraissent inspirés des Mabinogion de source purement galloise. Si la rédaction des Mabinogion est du douzième siècle, dans son ensemble, avec un certain nombre d'interpolations du quatorzième, il ne s'ensuit pas naturellement que les légendes qui en font l'objet ne soient pas antérieures à cette époque. -Elles plongent, au contraire , dans le plus lointain passé de l'histoire des Celtes , en partie jusqu'à la période même de l'unité des Gaels et des Bretons. L'épisode de la chasse du porc Trwyth se trouve déjà dans Nennius , dans une partie, il est vrai, de l'œuvre mise sous ce nom, qui n'appartient probablement pas au noyau primitif de la compilation (1).

Le dialecte des Mabinogion est celui du sud du pays de Galles (2). On ne connaît avec sûreté le nom d'aucun auteur des Mabinogion. Les lolo mss. (3) donnent bien un certain leuan ap y Diwlitli comme un auteur de mabinogion, mais il est probable qu'il ne vivait pas à la lin du douzième

(1) On trouvera dans mes notes beaucoup de détails qui pourront aider le lecteur à se faire une opinion sur ces différents points.

(2) Silvan Evans, Llyiliyraeth y Cymry, p. 7. (.'{) lolo mss., p. 47!t.

siècle, comme le prétendent les biographes gallois ; il était, en effet, fils de Rhys ah Rhiccert qui vivait vraisemblablement au quatorzième siècle. Stephens (1) croit, avec raison, qu'il llorissait vers 1380. Un personnage beaucoup plus important, c'est le Bledhericus de Giraldus Cambrensis : famosus ille Bledhericus fabulator qui tempora nostra paulo praevenit. Thomas, qui écrivait en Angleterre vers 1170, auteur d'un roman de Tristan , dont il nous reste un fragment considérable, embarrassé par la variété des récits que colportaient les conteurs, fait appel pour appuyer la version qu'il choisit, peut-être qu'il invente, à l'autorité de Bleri (Bledri) :

Seigneurs, cest cunte est mult divers...

Entre cels qui soient cunter

E del cunte Tristran parler,

Il en cuntent diversement,

Oï en ai de plusur gent;

Asez sait que chescun en dit,

Et ço qu'il unt mis en escrit.

Mes sulum ço que j'ai oï

Nel dient pas solum Breri,

Ky soit les gestes é les cuntes

De toz les reis, de toz les cuntes

Ki orent esté en Bretaingne (2).

(1) Litterat., p. 408. Stephens, se fondant sur la description exacte , à ce qu'il paraît , de Cardiff dans Gereint et Enid , suppose qu'il est l'auteur de Gereint et Enid. Il n'en serait, en tout cas, d'après ce que nous venons de dire, que l'arrange^ix ou le traducteur gallois.

(2) J'emprunte ces détails sur Thomas et sur Breri , ainsi que la citation, à M. Gaston Paris, Hist. Wt., XXX, p. 10.

Il y a eu un Bledri nommé évêque de Llandaf en 983 (1), célèbre par son savoir et son zèle pour l'instruction. Il semble que ce personnage ait été confondu avec deux autres fort différents : Blegobred ou Blegabred , personnage fabuleux , roi des chanteurs et des poètes dont parle Gaufrei de Monmouth [Hist., Ill, 19), et Blegywryd, archidiacre de Llandaf, jurisconsulte et savant eminent, qui fut chargé par Howel Da de la rédaction du code de lois qui portent son nom (2). Les lolo mss. le qualifient de mehydd (3) de Llandaf.

Le commentaire naturel des Mahinogion se trouve surtout dans les Triades, sortes de mementos du passé mythologico-historique des Bretons, ha. Triade est un lit de Procuste, oîi les lettrés ont fait entrer de force , trois par trois , les personnages et les choses du passé. Nul doute que cette méthode n'ait beaucoup contribué à fausser les traditions bretonnes, mais elle a eu l'avantage d'aider la mémoire. Les Triades servaient sans doute , comme les Mahinogion, à l'enseignement bardique : tous les poètes gallois du douzième au seizième siècle en sont litil) Liber Land., p. 517-518.

(2) Ancient laws, I, p. 343.

(3) Mebydd me parait signifier professeur, et non pas célibataire, comme le traduisent les dictionnaires, et devoir être rapproché de mabinog, disciple. Les Triades {Myv., p. 409, 93) donnent en effet trois Cyn-vebydd, ou anciens, ou premiers mebydd : Tydcin Tadawen, Menyw Hen et Gwrhir, barde de Teilaw, à Llandaf. Le nom de Blegywryd est le même que celui de Blegovred.

téralement nourris ; les noms qui y figurent leur sont aussi familiers qu'aux poètes grecs les noms des dieux et des héros de l'épopée homérique. On possède plusieurs versions des Triades, mais elles paraissent remonter en somme à trois sources : de l'une dérivent les Triades du Livre Rouge , celles d'un manuscrit de Hengwrt , du treizième-quatorzième siècle, publiées dans le Cymmrodor^ VII , part. II, p. 99. p. 126, par M. Egerton Phillimore , et celles de la Myv. arch., p. 395-399, jusqu'au n" 60 ; la seconde a donné les Triades imprimées par Skene, eu appendice, dans le tome II, p. 456 de ses Four ancient books of Wales , d'après un manuscrit du quatorzième siècle, et celles de la Myv. arch. ^ p. 388; une troisième a produit les Triades imprimées dans ce même recueil de la Myv. arch, de la page 400 à la page 417; il y en a 126 sur les 300 que contenait l'œuvre primitive ; l'extrait de la Myv. arch, a été fait en 1601 sur le livre de Jeuan Brechva., qui est mort vers 1500 environ, et sur un autre manuscrit appelé très improprement le livre de Caradoc de Lancarvan., plus récent, probablement, que le premier. Ce sont donc les plus récentes de toutes ; ce sont elles qui ont aussi subi le plus de remaniements. En revanche elles sont moins laconiques que les autres, et en forment parfois comme le commentaire. Malgré des additions et des arrangements postérieurs , les Triades doivent dater . dans l'ensemble , de la fin du douzième siècle. Elles sont d'accord avec les

Mabinugion et les citations des poètes de cette époque. Le fragment des Triades des chevoMx du Livre Noir est de la même source que les Triades des chevaux du Livî^e Rouge , et celles-ci n'en sont pas une copie. Si les Triades ont une valeur historique des plus contestables . quoiqu'on y trouve l'écho d'événements certains sur lesquels l'histoire est muette , elles n'en sont pas moins très précieuses au point de vue de la mise en œuvre par les lettrés des légendes et traditions des Bretons, précisément à l'époque où s'écrivaient les Mabi?iogio7i ^ ce qui, pour nous, en double le prix. Les lolo mss. (1), au point de vue légendaire , sont intéressants aussi à consulter. Pour l'histoire du Glamorgan , les divisions territoriales des pays bretons d'Angleterre, ils ont même une valeur historique sérieuse. J'ai dépouillé aussi la partie la plus considérable des poésies galloises jusqu'au quinzième siècle. Les documents purement historiques ne peuvent pas être d'un grand secours pour l'interprétation de compositions purement romanesques ou légendaires. Je n'ai pas cependant négligé de les consulter à l'occasion. L'influence de Gaufrei de Monmouth se lait sentir dans un certain nombre de triades, mais, en somme, assez peu dans les Mabinogion. A l'occasion, j'ai renvoyé à ses écrits. On

{\) lohi manuscrits, a selection of uiicienl wclf^li ynanuscripts, made, by the late Edward Williams {lolo Morgan'wg), with english translation and notes, by his son, Taliesin Williams, Llandovery, 1848.

trouvera aussi en note quelques comparaisons avec les mœurs et les personnages de l'épopée irlandaise ; lorsqu'elle sera mieux connue, il se pourraitqu'elle nous livrât la clef d'une partie des origines de la légende bretonne, ou qu'elle nous servit grandement à en reconnaître et fixer les traits primitifs.

Pour les noms propres , suivant l'exemple de MM. Rhys et Evans, j'ai adopté un compromis entre l'orthographe des Mabinogion et l'orthographe moderne. La spirante dentale sonore (à peu près le th doux anglais) est exprimée dans les Mabinogion par d; je lui ai substitué partout le dd moderne, afin qu'on ne la confondît pas avec d. J'ai adopté aussi partout v au lieu de /" = v que donnent les Mabinogion à la fin des mots, et qui est exclusivement en toute position en usage aujourd'hui. Les autres signes orthographiques sont ceux du gallois moderne : w ^ ou français, comme consonne = w anglais ; u exprime un son intermédiaire entre u et i français ; y dans les monosyllabes accentués , et la dernière syllabe des polysyllabes = i; ailleurs, il est, en général, équivalent à notre e muet français ; cA a la valeur du ch breton (spirante gutturale sourde) ; th , spirante dentale sourde, est analogue au th dur anglais; r. au commencement des mots , est une sourde , les Gallois l'expriment maintenant par rh ; Il est une sourde aussi : on peut prononcer ce son en pressant la langue contre le palais, au-dessus des dents, et en

expirant fortement l'air des deux côtés , mais plus du côté droit. J'ai donné les épithètes, même quand le sens en était certain , en gallois, quitte à les traduire en note : l'épithète est souvent plus significative et plus tenace que le nom. La forme galloise des noms peut servir parfois d'indice et de point de repère dans l'étude de l'évolution des traditions bretonnes chez les autres peuples du moyen âge.

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