BRAN WEN, FILLE DE LLYR
alors : Givern gwngwch uiwch Vorddwyt Tyllion (1) ! Chacun alors se jeta sur ses armes. Bendigeit Vran maintint Branwen entre son écu et son épaule. Les Gwyddyl se mirent à allumer du feu sous le chaudron de résurrection. On jeta les cadavres dedans jusqu'à ce qu'il fut plein. Le lendemain , ils se levèrent redevenus guerriers aussi redoutables que jamais , sauf qu'ils ne pouvaient parler. Evnyssyen voyant sur le sol les corps privés de renaissance des hommes de l'île des Forts se dit en lui-même : « O Dieu, malheur à moi d'avoir été la cause de cette destruction des hommes de l'île des Forts. Honte à moi , si je ne trouve pas un moyen de salut. » Il s'introduisit au milieu des cadavres des Gwyddyl. Deux Gwyddyl aux pieds nus vinrent à lui et, le prenant pour un des leurs, le jetèrent dans le chaudron. Il se distendit luimême dans le chaudron au point que le chaudron éclata en quatre morceaux et que sa poitrine à lui se brisa. C'est à cela que les hommes de l'île durent tout le succès qu'ils obtinrent. Il se réduisit à ce que sept hommes purent s'échapper ; Bendigeit Vran fut blessé au pied d'un coup de lance empoisonnée. Voici les sept qui échappèrent : Pryderi , Manawyddan, Gliuieri Eil Taran (2) , Talyessin (3),
(1) V. les notes critiques.
(2) EU Taran, fils de Taran; taran, tonnerre; le dieu gaulois du tonnerre était Taranus.
(3) Taliessin ou Teleessin penbeirdd , Taliesin , chef des bardes. D'après Nennius , éd. Pétrie, Monum. hist, brit., p. 75, Ta-
^Q LES MABINOGION.
Ynawc , Grudyeu , fils de Muryel , Heilyii , fils de Gwyn Hen (le vieux). Bendigeit Vran ordonna qu'on lui coupât la tête. « Prenez ma tête , » leur dit-il; « portez-la à Gwynn Vryn (1) (la colline blanche) à Llundein et enterrez-la en cet endroit le visage tourné vers la France. Vous serez longtemps en route. A Harddlech vous resterez sept ans à table,
liesin aurait vécu au sixième siècle. On ne sait de sa vie rien de certain. Dans un curieux poème du Livre noir, où il converse avec Ygnach, il dit qu'il vient de Caer Seon, près Carnarvon, se battre avec Itewon, les Juifs ? et qu'il va à Caer Lew et Gwydyon. Ygnach l'appelle penhaw o'r gwyr, le premier des hommes (Skene, Four anc. hoohs, p. 56, xxxv). Dans les poèmes donnés sous son nom et qui sont peut-être , à certains égards , les plus curieux de la littérature galloise , il célébra surtout Urien , Elphin, Kynan, dont le premier au moins passe pour avoir été un roi des Bretons du nord. Il y est souvent question aussi de Gwydyon, roi de Gwynedd ou Nord-Galles , personnage mystérieux, plutôt mythologique que réel. Il n'est pas sans intérêt de remarquer qu'il célèbre un héros irlandais, Conroi, fils de Daere. Si tous les poèmes mis sous son nom lui appartiennent, il est sûr qu'il a vécu au milieu des Gaels, ce qui confirmerait la légende d'après laquelle il aurait été esclave en Irlande. Pour plus de détails, voir sa vie annexée par lady Guest aux Mabinogion, III. Taliesin est un nom propre connu aussi en Armorique {Petrus diclus Taliesin, Cart, de Quimper, bibl. nat., 9892, fol. 23 v% année 1325; Petrus Yvonis Talgesini, ibid., fol. 24 r», 1331; Talgesin, ibid., fol. 79 r% t. III, 14). V, p. 207, note 2.
(1) Brynn, colline; Armor., bren , et gwxinn , blanc; Arm. anc. ■win, auj. gwen. Le féminin gallois est gwen {gwynn = vindos; gwenn = vind.i , (Rhys, Lectures on welsh phonology , 2' éd., p. 115), D'après lady Guest, ce serait la Tour de Londres. Un poète de la fin du douzième siècle, Llywai-ch ab Llywelyn , plus connu sous le nom de Prydydd y Moch , en parle comme d'un lieu célèbre {Myv. arch., p. 200, col. 1).
BRANWEN , FILLE DE LLYR. 91
pendant que les oiseaux de Riannon chanteront pour vous. Ma tête sera pour vous une compagnie aussi agréable qu'aux meilleurs moments lorsqu'elle était sur mes épaules. A Gwales , en Penvro , vous passerez quatre-vingts ans. Jusqu'au moment où vous ouvrirez la porte qui donne sur Aber Henvelen (1) , vers Kernyw (2) , vous pourrez y séjourner et conserver la tête intacte. Mais ce sera impossible , dès que vous aurez ouvert la porte ; allez alors à Lundein enterrer la tête ; traversez droit devant vous. » Ils lui coupèrent la tête, et, l'emportant avec eux, partirent à travers le détroit tous les sept , sans compter Branwen.
Ils débarquèrent à Aber Alaw (3) en Talebolyon. Là ils s'assirent et se reposèrent. Branwen porta ses regards vers Iwerddon et sur l'île des Forts , sur ce qu'elle en pouvait apercevoir : « Hélas, fils de Dieu, » s'écria-t-elle « maudite soit ma naissance ! Deux îles si belles détruites à cause de moi ! » Elle poussa un grand soupir et son cœur se brisa. On lui fit une tombe carrée et on l'enterra en cet endroit sur le bord de l'Alaw. Les
(1), Aber, embouchure; au lieu de Henvelen, le texte porte Henveleu, mais un passage de Taliesin, qui se rapporte à ce passage de notre Mabinogi, donne Henvelen; la lecture est assurée par l'assonnance : « J'ai chanté devant les enfants de Llyr à Ebyr Henvelen» (Skene, Four anc. books of Wales, p. 153, v. 32.)
(2) Kernyw , nom gallois de la Cornouailles anglaise. C'est le nom aussi de notre Cornouailles armoricaine (Kerneo ; vieux celtique, Cornovia ou Carnovia).
(3) Aber Alaw, embouchure de l'Alaw, rivi<''re d'Auglesey.
92 LES MABINOGION.
sept hommes se dirigèrent vers Harddlech avec la tête. En chemin, ils rencontrèrent une troupe d'hommes et de femmes. « Avez-vous des nouvelles , )) dit Manavs^yddan ? — « Pas d'autres , » répondirent-ils , « sinon que Caswallav/n (1) fils de Beli a pris possession de l'île des Forts et qu'il est roi couronné à Lundein. » — « Qu'est-il arrivé, » dirent les sept, « à Caradawc, flls de Bran, et aux sept hommes qui ont été laissés avec lui dans cette île ? » — « Kaswallawn les a attaqués et en a tué six ; le cœur de Caradawc s'est brisé de chagrin lorsqu'il a vu l'épée tuer ses hommes sans savoir qui les frappait. C'était KasM^allawn qui avait revêtu un manteau enchanté, de sorte que personne ne le voyait les tuer :
(1) Caswallawn est identique comme forme au nom de l'époque romaine Cassivellaunus. Il est donné, dans les Triades, comme un des chefs luttant contre les Romains , comme un des chefs de guerre des Bretons; les deux autres sont Gweirydd, fils de Cynvelyn et Caradawc ab Bran iMyv. arch., p. 403 , 24). Il organise une expédition de soixante et un mille homme pour aller enlever Flur, la fille de Mynach Gorr, à Mwrchan, prince gaulois ; il passe en Llydaw (Armoriquc), bat les Romains, reprend Flur et reste en Gwasgwyn. où ses descendants sont encore {Myv. arch., p, 402, col. 1; cf. Brut Tysilio, ibid., p. 449 et suiv.; Gaufrei de Monmouth , Hist., Ill, 20; IV, 2, 3, 7, 9). C'est aussi un des trois amoureux de l'île; il est, lui, amoureux de Flur; les doux autres sont Trystan ab Tallwch , amant d'Essyllt, femme de March ab Meirchion, son oncle, et Kynon, amant de Morvudd fille d'Urien de Reged (Myu. arch., p. 392, 53). C'est encore un des trois eurgrydd ou cordonniers-orfèvres, v. la note à Manawyddan, p. 97. La forme Caswallon semble refaite d'après Catwallon, dont la terminaison est originairement différente. Le cheval de Caswallawn 8'appelle Melynlas (jaune pâle). Livre, noir, 10, v. 15.
BRANWEN, PILLE DE LLYR. 93
on n'apercevait que l'épée. Pour Caradawc , il ne voulait pas le tuer, parce que c'était son neveu, le fils de son cousin-germain. Ce fut un des trois hommes dont le cœur se brisa de chagrin. Pendaran Dyvet qui était jeune valet avec les sept hommes s'est échappé dans un bois. » Ils se rendirent à Harddlech et s'y installèrent. Ils commencèrent à se pourvoir en abondance de nourriture et de boisson, et se mirent à manger et à boire. Trois oiseaux vinrent leur chanter certain chant auprès duquel était sans charme tous ceux qu'ils avaient entendus. Les oiseaux se tenaient au loin au-dessus des flots et ils les voyaient cependant aussi distinctement que s'ils avaient été avec eux. Ce repas dura sept ans ; au bout de la septième année , ils partirent pour Gwales (1) en Penvro.
Ils V trouvèrent un endroit agréable, roval, au-dessus des flots, et une grande salle. Ils se rendirent à la salle. Deux des portes étaient ouvertes, mais la troi-
(1) Ce nom de Gwales représente l'anglo-saxon Wealas, Walas, nom sous lequel les Savons désignaient les Bretons avec lesquels ils étaient en lutte. Les Germains ont appliqué en général cette dénomination à toutes les peuplades soumises à l'empire romain. Elle dérive de Volca, nom d'une population gauloise qui semble avoir joué un rôle très important dans les rapports des Celtes avec les Germains (Vieux-haut ail. , Walah ■= Volca) ; de Wales nous avons fait Galles (V. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, I , p. 11 , d'après Gaston Paris). Ce nom semble avoir d'abord été appliqué spécialement au Pembrokeshire , oil des Normands s'établirent dès la fin du onzième siècle, et des Flamands, en assez grand nombre, au commencement du douzième.
94 LES MABINOGION.
sième était fermée , celle qui donnait sur Kernyw. « Voilà, » dit Manawyddan, « la porte que nous ne devons pas ouvrir. » Ils y passèrent la nuit au milieu de l'abondance et de la gaieté. Quoi qu'ils eussent vu, quoi qu'ils eussent entendu , ils ne se rappelèrent rien, non plus qu'aucun chagrin au monde. Ils y passèrent quatre-vingts années de telle sorte qu'ils ne se rappelaient pas avoir eu un meilleur temps ni plus agréable dans toute leur vie. Ils n'étaient pas plus fatigués; aucun d'eux ne s'apercevait que l'autre fût plus vieux de tout ce temps qu'au moment où ils y étaient venus. La compagnie de la tête ne leur était pas plus pénible que pendant que Bendigeit Vran était en vie. C'est à cause des quatrevingts années passées ainsi qu'on désigne ce temps sous le nom de Banquet de la tête sacrée. Le temps de l'expédition en Iwerddon s'appelle la réception de Brannwen et de Matholwch. Mais voici ce que fit un jour Heilyn, fils de Gwynn. « Honte sur ma barbe, « s'écria-t-il, « si je n'ouvre pas cette porte pour savoir si ce qu'on dit est vrai. » Il ouvrit la porte et jeta ses regards sur Kernyw et Aber Henvelen. Aussitôt qu'il eut regardé, toutes les pertes qu'ils avaient faites, la mort de leurs parents et de leurs compagnons, tout le mal qui leur était arrivé leur revint en mémoire aussi clairement que si tout fût survenu à ce moment même, mais, par dessus tout, la perte de leur seigneur. A partir de ce moment, ils n'eurent pas de repos et partirent pour Llundein avec la tête.
BRANWEN, FILLE DE LLYR. 95
Qu'elle qu'ait été la longueur de leur voyage, ils y arrivèrent et enterrèrent la tête dans Gwynn Vrynn. Ce fut, quand on l'enterra, la troisième bonne cachette , et , quand on la découvrit , la troisième mauvaise découverte : aucun fléau ne pouvait en effet venir dans cette île, tant que la tête aurait été cachée en cet endroit. Voilà ce que dit l'histoire de leur aventure. Ce furent là les hommes qui revinrent d'Iwerddon.
En Iwerddon, il ne resta de vivant que cinq femmes enceintes, dans une grotte, dans le désert. Il naquit à la même époque à ces cinq femmes cinq fils. Elles les élevèrent jusqu'à ce qu'ils furent de grands jeunes gens, qu'ils pensèrent aux femmes et qu'ils les désirèrent. Alors chacun d'eux coucha avec la mère de l'autre. Ils gouvernèrent le pays, le peuplèrent et le divisèrent entre eux cinq : c'est de ce partage entre cinq que viennent les cinq divisions actuelles d'Iwerddon (1). Ils examinèrent le terrain à l'endroit où avaient eu lieu les batailles ; ils y trouvèrent tant d'or et d'argent qu'ils devinrent riches. Voilà comment se termine cette branche du Mabinogi, traitant de la cause du soufflet donné à Branwen , le troisième des funestes soufflets donnés dans cette île ; de la réc^eption de Bran quand il alla en Iwerddon avec les troupes des cent
(1) L'Irlande , anoionneraent , a été divisée en cinq parties : Meath, Connacht , Ul^^tor, Leinster et Munster (O'Curry, 0)i Ihe manners, I, p. xcix).
96 LES MABINOaiON.
cinquante pays punir le soufflet de Branwen ; du souper à Harddlech pendant sept années ; du chant des oiseaux de Riannon, et du festin de la tête comprenant quatre-vingts ans.
MANAWYDDAN '^ fils de Llyr
Voici la troisième branche du Mabinogi.
Lorsque les sept hommes dont nous avons parlé
(1) C'est le même personnage que le Manannan, fils de Lir, des Irlandais (V. sur ce personnage O'Curry, On the msinners , II, p. 198). Son nom dérive de Manaw, nom gallois de l'île de Man, qui désigne aussi une portion du territoire des Otadini (Manaw Gwotodin). Dans les Triades, c'est un des trois princes Ueddv, obliques (?), ainsi appelés parce qu'ils ne recherchaient pas de domaines et qu'on ne pouvait cependant leur en refuser [Myv. arch., 304 , 20; 404, 38); les deux autres étaient Llywarch Hen ab Elidi'r Lydanwen, et Gwgawn Gwron ab Eleufer Gosgorddvawr. Des poèmes des lolo mss. (p. 263) lui attribuent la construction de la prison d'Oeth et Anoeth (v. Kulhwch et Ohven , note sur iïTaer Oeth). Dans le Livre Noir, il devient compagnon d'Arthur et on y vante la sagesse de ses conseils (Skene, Four ancient boohs, II, p. 51, 7). Comme dans ce Mabinogi, il est donné par les Triades comme un des trois eur-grydd ou cordonniers-orfèvres : « Les trois cordonniers-orfèvres sont : Caswallawn. fils de Beli, quand il alla chercher Flur à Rome; Manawyddan ab Llyr, pen- I- 7
98 LES MABINOGION.
plus haut eurent enterré dans le Gwynvryn à Llundein la tête de Bendigeit Vran, le visage tourné vers la France, Manawyddan, jetant les yeux sur la ville de Llundein et sur ses compagnons, poussa un grand soupir et fut pris de grande douleur et de grand regret. « Dieu tout-puissant , » s'écria-t-il , « malheur à moi ! Il n'y a personne qui n'ait un refuge cette nuit , excepté moi !» — « Seigneur , » dit Pryderi , « ne te laisse pas abattre ainsi. C'est ton cousin germain qui est roi de l'île des Forts. En supposant qu'il puisse avoir des torts vis-à-vis de toi , il faut reconnaître que tu n'as jamais réclamé terre ni possession ; tu es un des trois qui sont princes sans l'être. » — « Quoique cet homme soit mon cousin , » répondit Manawyddan , « il est toujours assez triste pour moi de voir qui que ce soit à la place de mon frère Bendigeit Vran. Je ne pourrai jamais être heureux dans la même demeure que lui. » — « Veux-tu suivre un conseil ? » — « J'en ai grand besoin ; quel est-il ce conseil ?» — « Sept cantrevs m'ont été laissés en héritage ; ma mère Riannon y demeure. Je te la donnerai et avec elle les sept cantrevs. Ne t'inquiète pas quand même tu n'aurais pas d'autres possessions ; il n'y en a pas au monde de meilleurs. Ma femme est Kicva , la fille
(lant l'enchantement jeté sur Dyved ; Llcw Llaw Gyflfes , quand il alla avec Gwydyon chercher un nom et des armes avec Aranrot, sa mère » {Triades Mabin., p. 308, 1. 14). Son nom paraît être associé à celui de Pryderi, sous la forme Manawyt, dans un poème de Talicsin (Skene, Four ancient Boohi^, p. 155, v. 9).
MANAWYDDAN, FILS DE LLYR. 99
de Gwynn Gohoyw. Les domaines seront à mon nom, mais vous en aurez la jouissance, toi et Riannon. Si tu désirais jamais des domaines en propre , tu pourrais prendre ceux-là. » — « Non jamais , seigneur , Dieu te rende ta confraternité ! » — « Si tu veux, toute l'amitié dont je suis capable sera pour toi. » — « J'accepte , mon âme , Dieu te le rende. Je vais aller avec toi voir Riannon et tes états. » — « Tu as raison; je ne crois pas que tu aies jamais entendu femme causant mieux qu'elle. A l'époque où elle était dans la fleur de la jeunesse, il n'y en avait pas de plus parfaite , et maintenant encore son visage ne te déplaira plus. »
Ils partirent aussitôt, et, quelle qu'ait été la longueur de leur voyage, ils arrivèrent en Dyvet. Ils trouvèrent un festin préparé à leur intention en arrivant à Arberth ; c'étaient Riannon et Kicva qui l'avaient organisé. Ils se mirent tous à table ensemble et Manawyddan et Riannon causèrent. Cet entretien lui inspira pour elle de tendres sentiments et il fut heureux de penser qu'il n'avait jamais vu de femme plus belle ni plus accomplie. « Pryderi , » dit-il, « je me conformerai à tes paroles. » — « Quelles paroles? » demanda Riannon. — « Princesse, » répondit Pryderi , « je t'ai donnée comme femme à Manawyddan fils de Llyr. » — « J'obéirai avec plaisir, » dit Riannon. — « Et moi aussi, » dit Manawyddan. « Dieu récompense celui qui me témoigne une amitié aussi solide. » Avant la fin du banquet, il coucha avec elle. « Jouissez , » dit Pryderi, « de
100 LES MABINOGION.
ce qui reste du festin. Moi , je m'en vais aller porter mon hommage à Kasswallawn, fils de Beli, en Lloegyr (1). » — « Seigneur, » répondit Riannon, « Kasswallawn est en Kent. Tu peux terminer ce banquet et attendre qu'il soit plus près. » — « Nous attendrons donc, » dit-il. Ils achevèrent le banquet et ils se mirent à faire leur tour de Dyvet, à chasser, à prendre leur plaisir. En circulant à travers le pays, ils constatèrent qu'ils n'avaient jamais vu pays plus habité , meilleur pays de chasse , mieux pourvu de miel et de poisson. Leur amitié à tous les quatre grandit ainsi à tel point qu'ils ne pouvaient se passer les uns des autres ni jour ni nuit.
Entre temps, Pryderi alla porter son hommage à Kasswallawn à Ryt-ychen (2). Il y reçut un excellent accueil et on lui fut reconnaissant de son hommage. Lorsqu'il fut de retour, Manawyddan et lui se remirent aux festins et au repos. Le festin commença à Arberth; c'était la principale cour et c'était toujours par elle que commençait toute cérémonie. Après le premier repas, ce soir-là, pendant que les serviteurs étaient en train de manger, ils sortirent tous les quatre et se rendirent avec leur suite à Gorsedd Arberth. Comme ils y
(1) Lloegr ou Lloegyr est le nom que les Gallois donnent à l'Angleterre proprement dite, au sud de l'Humber.
(2) Nom gallois d'Oxford. Le terme gallois signifie gicé des bœufs, ce qui ne veut pas dire que ce soit là le sens du nom anglais.
MANAWYDDAN , FILS DE LLYR. 101
étaient assis, un grand coup de tonnerre se fit entendre, suivi d*un nuage si épais qu'ils ne pouvaient s'apercevoir les uns les autres. La nuée se dissipa et tout s'éclaircit autour d'eux. Lorsqu'ils jetèrent les yeux sur cette campagne où auparavant on voyait troupeaux, richesses, habitations, tout avait disparu , maison , bétail , fumée , hommes , demeures ; il ne restait que les maisons de la cour, vides, sans une créature humaine, sans un animal. Leurs compagnons mêmes avaient disparu sans laisser de traces; il ne restait qu'eux quatre. « Oh! Seigneur Dieu! » s'écria Manawyddan, « où sont les gens de la cour? Où sont tous nos autres compagnons? Allons voir. )) Ils se rendirent à la salle : personne ; au château, aux chambres à coucher : personne ; à la cave à l'hydromel, à la cuisine; tout était désert. Ils se mirent tous les quatre à continuer le festin, à chasser, à prendre leur plaisir. Chacun d'eux parcourut le pays et les domaines pour voir s'ils trouveraient des maisons et des endroits habités, mais ils n'aperçurent rien que des animaux sauvages. Le festin et les provisions épuisées, ils commencèrent à se nourrir de gibier, de poisson, de miel sauvage. Ils passèrent ainsi joyeusement une première année, puis une deuxième, mais à la fin la nourriture commença à manquer. « Nous ne pouvons, en vérité, » dit Manawyddan, « rester ainsi. Allons en Lloegyr et cherchons un métier qui nous permette de vivre, »
Ils se rendirent en Lloegyr et s'arrêtèrent à Hen-
102 LES MABINOGION.
ffordd (Hereford). Ils se donnèrent comme selliers. Manawyddan se mit à façonner des arçons et à les colorer en bleu émaillé comme il l'avait vu faire à Llasar Llaesgygwyd. Il fabriqua comme lui l'émail bleu, qu'on a appelé calch lasar (1) du nom de son inventeur, Llasar Llaesgygwyd. Tant qu'on en trouvait chez Manawyddan , on n'achetait dans tout Henfordd à aucun sellier ni arçon ni selle. Les selliers s'aperçurent que leurs gains diminuaient beaucoup ; on ne leur achetait rien que quand on n'avait pas pu se fournir auprès de Manawyddan. Ils se réunirent tous et convinrent de tuer Manawyddan et son compagnon. Mais ceux-ci en furent avertis et délibérèrent de quitter la ville. « Par moi et Dieu, » dit Pryderi, « je ne suis pas d'avis de partir, mais bien de tuer ces vilains-là. » — « Non pas , )) répondit Manawyddan ; « si nous nous battions avec eux, nous nous ferions une mauvaise réputation et on nous emprisonnerait. Nous ferons mieux d'aller chercher notre subsistance dans une autre ville. »
Ils se rendirent alors tous les quatre à une autre cité. « Quel métier professerons-nous? » dit Pryderi. — « Faisons des boucliers, » répondit Manawyddan. — « Mais y connaissons-nous quelque chose? » — « Nous essaierons toujours. » Ils
(1) Calch lasar, émail. Calch signifie chaux, du latin calx , calcis, et aussi haubert (v. notes crit, ; cf. Myv. arch., p. 161, col. 2; 167, col. 2). L'ôtymologie donnée à lasar est une pure fantaisie.
MANAWYDDAN, FILS DE LLYR. ^^'^
se mirent à fabriquer des ecus; ils les façonnèrent sur le modèle des meilleurs qu'ils avaient vus et leur donnèrent la même couleur qu'aux selles. Ce travail leur réussit si bien qu'on n'achetait un ecu dans toute la ville que lorsqu'on n'en avait pas trouvé chez eux. Ils travaillaient vite; ils en firent une quantité énorme; ils continuèrent jusqu'à ce qu'ils firent tomber le commerce des ouvriers de la ville et que ceux-ci s'entendirent pour chercher à les tuer. Mais ils furent avertis; ils apprirent que ces gens avaient décidé leur mort. « Pryderi, » dit Manawyddan, « ces hommes veulent nous tuer. >> « Ne supportons point pareille chose, « repondit-il, « de ces vilains ; marchons contre eux et tuonsles )) — « Non point; Kaswallawn et ses hommes l'apprendraient; nous serions perdus. Allons dans
une autre ville. »
« A quel art nous mettrons-nous maintenant, » dit Manawyddan? » - « A celui que tu voudras de ceux que nous savons, « répondit Pryderi - « Non point; faisons de la cordonnerie. Des cordonniers n'auront jamais assez d'audace pour chercher à nous tuer ou à nous créer des obstacles. >> - ce Mais moi. je n'y connais rien. » - « Je my connais moi, et je t'apprendrai à coudre. Ne nous mêlons pas de préparer le cuir, achetons-le tout préparé et mettons-le en œuvre. » Il se mit a acheter le oordunl (1) le plus beau qu'il trouva
Cuir de Cordouc; envieux français cordouan.
dans la ville ; il n'achetait pas d'autre cuir excepté pour les semelles. Il s'associa avec le meilleur orfèvre de la ville ; il lui fît faire des boucles pour les souliers , dorer les boucles , et le regarda faire jusqu'à ce qu'il eût appris lui-même. C'est à cause de cela qu'on l'a surnommé un des trois cordonniers-orfèvres (i). Tant qu'on trouvait chez lui soulier ou chaussure , on n'en achetait pas chez aucun cordonnier dans toute la ville. Les cordonniers reconnurent qu'ils ne gagnaient plus rien. A mesure que Manawyddan façonnait, Pryderi cousait. Les cordonniers se réunirent et tinrent conseil; le résultat de la délibération fut qu'ils s'entendirent pour les tuer. « Pryderi, » dit Manawyddan, « ces gens veulent nous tuer. » — « Pourquoi supporter pareille chose , » répondit Pryderi , « de ces voleurs de vilains? Tuons-les tous. » — « Non pas, » dit Manawyddan; « nous ne nous battrons pas avec eux et nous ne resterons pas plus longtemps en Lloegyr. Dirigeons-nous vers Dyvet et allons examiner le pays. »
Quelque temps qu'ils aient été en route ils arrivèrent en Dyvet et se rendirent à Arberth. Ils y allumèrent du feu, et se mirent à se nourrir de gibier ; ils passèrent un mois ainsi. Ils rassemblèrent leurs chiens autour d'eux et vécurent ainsi
(1) L'usage de peindre, gaufrer, dorer le cuir est ancien. D'après Viollet-le-Duc , on en trouve des exemples dès les premiers siècles du moyen âge (Viollet-le-Duc, Diet. rais, du mob. fr., I). Pour les trois cordonniers-orfèvres, v. la note à Manawyddan.
MANAWYDDAN , FILS DE LLYR. 105
pendant une année. Un matin, Pryderi et Manawyddan se levèrent pour aller à la chasse ; ils préparèrent leurs chiens et sortirent de la cour. Certains de leurs chiens partirent devant et arrivèrent à un petit buisson qui se trouvait à côté d'eux. Mais à peine étaient-ils allés au buisson qu'ils reculèrent immédiatement, le poil hérissé et qu'ils retournèrent vers leurs maîtres. « Approchons du buisson , » dit Pryderi , « pour voir ce qu'il y a. » Ils se dirigèrent de ce côté, mais quand ils furent auprès , tout d'un coup un sanglier d'un blanc éclatant se leva du buisson. Les chiens excités par les hommes s'élancèrent sur lui. Il quitta le buisson et recula à une certaine distance des hommes. Tant que les hommes ne furent pas près de lui , il rendit les abois (1) aux chiens sans reculer devant eux. Lorsque les hommes le serrèrent de près, il recula une seconde fois et rompit les abois. Ils poursuivirent le sanglier jusqu'en vue d'un fort, très élevé , paraissant nouvellement bâti , dans, un endroit où ils n'avaient jamais vu ni pierre ni trace de travail. Le sanglier se dirigea rapidement vers le fort, les chiens à sa suite. Quand le sanglier et
(1) Les expressions galloises de vénerie sont en général des traductions du français. A chaque pause que fait le porc Trwyth dans Kulhwch et Olwen (v. trad, fr.), le texte dit rodes ar gyvarthva. Cette expression est inintelligible sans le secours des termes français de vénerie; c'est la traduction galloise de l'expression vpndre les abois, terme classique en usage quand le cerf ou le sanglier n'en peut plus et se repose (V. La Vénerie, par Jacques du Fouilloux, réimpression de 1844, Angers).
106 LES MABINOGION.
les chiens eurent disparu à l'intérieur, ils s'étonnèrent de trouver un fort, là où ils n'avaient jamais vu trace de construction. Du haut du tertre, ils regardèrent et écoutèrent mais ils eurent beau attendre, ils n'entendirent pas un seul chien et n'en virent pas trace. « Seigneur, » dit Pryderi , « je m'en vais au château chercher des nouvelles des chiens. » — ■ « Ce n'est pas une bonne idée , » répondit Manawyddan, « que d'aller dans un château que tu n'as jamais vu. Si tu veux m'écouter, tu n'iras pas. C'est le même. qui a jeté charme et enchantement sur le pays qui a fait paraître ce château en cet endroit. » — « Assurément, je n'abandonnerai pas mes chiens, » dit Pryderi. En dépit de tous les conseils de Manawyddan, il se rendit au château. Il entra et n'aperçut ni homme, ni animal, ni le sanglier, ni les chiens, ni maison, ni endroit habité. Sur le sol vers le milieu, il y avait une fontaine entourée de marbre, et sur le bord de la fontaine, reposant sur une dalle de marbre , une coupe d'or , attachée par des chaînes qui se dirigeaient en l'air et dont il ne voyait pas l'extrémité. Il fut tout transporté de l'éclat de l'or et de l'excellence du travail de la coupe. Il s'en approcha et la saisit. Au même instant, ses deux mains s'attachèrent à la coupe et ses deux pieds à la dalle de marbre qui la portait. Il perdit la voix et fut dans l'impossibilité de prononcer une parole. Il resta dans cette situation.
Manawyddan, lui, attendit jusque vers la fin du
MANAWYDDAN, FILS DE LLYR. 107
jour. Quand le temps de noues touchait à sa fin et qu'il fut bien sûr qu'il n'avait pas de nouvelles à attendre de Pryderi ni des chiens , il retourna à la cour. Quand il entra, Riannon le regarda : « Où est ton compagnon? » dit-elle. « Où sont les chiens ? » — « Voici l'aventure qui m'est arrivée, » répondit-il. Et il lui raconta tout. « Vraiment, » dit Riannon, » tu es un bien mauvais camarade et tu en as perdu un bien bon ! » En disant ces mots , elle sortit. Elle se dirigea vers la région où il lui avait dit que Pryderi et le fort se trouvaient. La porte était ouverte ; tout y était au grand jour. Elle entra. En entrant, elle aperçut Pryderi les mains sur la coupe. Elle alla à lui : « Oh ! Seigneur, » dit-elle; « que fais-tu là? » Et elle saisit la coupe. Aussitôt, ses deux mains s'attachèrent à la coupe , ses deux pieds à la dalle , et il lui fut impossible de proférer une parole. Ensuite, aussitôt qu'il fut nuit, un coup de tonnerre se fit entendre, suivi d'un épais nuage, et le fort et euxmêmes disparurent.
Kicva, fille de Gwyn Gohoyw, voyant qu'il ne restait plus dans la cour que Manawyddan et elle, en conçut tant de douleur que la mort lui semblait préférable à la vie. Ce que voyant, Manawyddan lui dit : « Tu as tort, assurément, si c'est par peur de moi que tu es si affectée ; je te donne Dieu comme caution que je serai pour toi le compagnon le plus sûr que tu aies jamais vu, tant qu'il plaira à Dieu de prolonger pour toi cette situation. Par moi et
108 LES MABINOGION.
Dieu, je serais au début de la jeunesse que je garderais ma fidélité envers Pryderi. Je la ga'rderai aussi pour toi. N'aie pas la moindre crainte. Ma société sera telle que tu voudras , autant qu'il sera en mon pouvoir, tant qu'il plaira à Dieu de nous laisser dans cette situation pénible et cette affliction. )) — « Dieu te le rende, » répondit-elle; « c'est bien ce que je supposais. » La jeune femme en conçut joie et assurance. « Vraiment, » dit Manawyddan , « ce n'est pas le moment pour nous de rester ici : nous avons perdu nos biens, il nous est impossible d'avoir notre subsistance. Allons en Lloeger, nous trouverons à y vivre plus facilement. » — « Volontiers, seigneur, » répondit-elle; « suivons ton idée. »
Ils marchèrent jusqu'en Lloegyr. « Quel métier professeras-tu, seigneur? » dit-elle. « Prends-en un propre. » — « Je n'en prendrai pas d'autre, » répondit-il, « que la cordonnerie, comme je l'ai fait auparavant. » — « Seigneur, ce n'est pas un métier assez propre pour un homme aussi habile, d'aussi haute condition que toi. » — « C'est cependant à celui-là que je me mettrai. » Il se mit à exercer sa profession; il se servit pour son travail du cordwal le plus beau qu'il trouva dans la ville. Puis, comme ils l'avaient fait ailleurs, ils fermèrent les souliers avec des boucles dorées ; si bien que le travail des cordonniers de la ville était inutile ou de peu de valeur auprès du sien. Tant qu'on trouvait chez lui chaussure ou bottes, on
MANAWYDDAN , FILS DE LLYR. 109
n'achetait rien aux autres. Au bout d'une année de cette existence, les cordonniers furent animés de jalousie et de mauvais desseins contre lui ; mais il fut averti et informé que les cordonniers s'étaient entendus pour le tuer : « Seigneur, » dit Kicva, « pourquoi supporter pareille chose de ces vilains.? » — « Laissons. » répondit Manawyddan , « et retournons en Dyvet. » Ils partirent pour Dyvet. En partant, Manawyddan emporta avec lui un faix de froment. Il se rendit à Arberth et s'y fixa. Il n'avait pas de plus grand plaisir que de voir Arberth et les lieux où il avait été chasser en compagnie de Pryderi et de Riannon. Il s'habitua à prendre le poisson et les bétes sauvages dans leur gîte. Ensuite il se mit à travailler; il ensemença un clos, puis un second, puis un troisième. Il vit bientôt se lever le froment le meilleur du monde et le blé de ses trois clos grandir de même façon : il était impossible de voir plus beau froment. Les diverses saisons de l'année passèrent; l'automne arriva. Il alla voir un de ses clos : il était mûr. « Je moissonnerai celui-là demain, » dit-il. Il retourna passer la nuit à Arberth, et, au petit jour, il partit pour moissonner son clos. En arrivant, il ne trouva que la paille nue; tout était arraché à partir de l'endroit où la tige se développe en épi ; l'épi était entièrement enlevé, il ne restait que le chaume. Il fut grandement étonné et alla voir un autre clos : celui-là aussi était mûr. « Assurément, » dit-il, « je viendrai moissonner celui-ci
no LES MABINOGION.
demain. » Le lendemain, il revint avec l'intention d'y faire la moisson : en arrivant, il ne trouva que le chaume nu. « Seigneur Dieu, » s'écria-t-il, « qui donc est ainsi à consommer ma perte? Je le devine : c'est celui qui a commencé qui achève et ma perte et celle du pays. » Il alla voir le troisième clos; il était impossible de voir plus beau froment, et celui-là aussi était mur. « Honte à moi , » dit-il, « si je ne veille cette nuit. Celui qui a enlevé l'autre blé viendra enlever aussi celui-ci; je saurai qui c'est. » Il prit ses armes et se mit à surveiller le clos. Il avertit Kicva. « Qu'as-tu l'intention de faire? » dit-elle. — « Surveiller ce clos cette nuit, » répondit-il. Il y alla.
Vers minuit , il entendit le plus grand bruit du monde. Il regarda : c'était une troupe de souris, la plus grande du monde , qui arrivait ; il était impossible de les compter ni d'en évaluer le nombre. Avant qu'il ne pût s'en rendre compte, elles se précipitèrent dans le clos ; chacune grimpa le long d'une tige, l'abaissa avec elle, cassa l'épi et s'élança avec lui dehors, laissant le chaume nu. Il ne voyait pas une tige qui ne fut attaquée par une souris et dont elles n'emportassent l'épi avec elles. Entraîné par la fureur et le dépit, il se mit à frapper au milieu des souris, mais il n'en atteignait aucune , comme s'il avait eu affaire à des moucherons ou à des oiseaux dans l'air. Il en avisa une d'apparence très lourde, au point qu'elle paraissait incapable de marcher. Il se mit à sa pour-
MANAWYDDAN, fILS DE LLYR. HI
suite, la saisit, la mit dans son gant, dont il lia les extrémités avec une ficelle, et se rendit avec le gant à la cour.
Il entra dans la chambre où se trouvait Kicva. alluma du feu et suspendit le gant par la ficelle à un support. « Qu'y a-t-il là, seigneur? » dit Kicva. — « Un voleur, » répondit-il, « que j'ai surpris en train de me voler. » — « Quelle espèce de voleur, seigneur, pourrais-tu bien mettre ainsi dans ton gant? » — « Voici toute l'histoire. » Et il lui raconta comment on lui avait gâté et ruiné ses clos, et comment les souris avaient envahi le dernier en sa présence. « Une d'entre elles, » ajouta-t-il, « était très lourde : c'est celle que j'ai attrapée et qui est dans le gant. Je la pendrai demain, et, j'en prends Dieu à témoin, je les pendrais toutes, si je les tenais. » — « Seigneur, je le comprends. Mais ce n'est pas beau de voir un homme aussi élevé, d'aussi haute noblesse que toi pendre un vil animal comme celui-là. Tu ferais bien de ne pas y toucher et de le laisser aller. » — « Honte à moi , si je ne les pendais pas toutes, si je les tenais. Je pendrai toujours celle que j'ai prise. » — « Seigneur, je n'ai aucune raison de venir en aide à cet animal; je voulais seulement t'éviter une action peu noble. Fais ta volonté , seigneur. » — « Si je savais que tu eusses le moindre sujet de lui venir en aide, princesse, je suivrais ton conseil, mais, comme je n'en vois pas, je suis décidé à le tuer. » — « Volontiers, fais-le. »
112 LES MABINOGIOiN.
Il se rendit à Gorsedd Arberth avec la souris et planta deux fourches à l'endroit le plus élevé du tertre. A ce moment , il vit venir de son côté un clerc revêtu de vieux habits de peu de valeur, pauvres. Il y avait sept ans que Manawyddan n'avait vu ni homme ni bête, à l'exception des personnes avec lesquelles il avait vécu, lui quatrième, jusqu'au moment où deux d'entre elles encore avaient disparu. « Seigneur, » dit le clerc, « bonjour à toi. » — « Dieu te donne bien, » répondit-il, « sois le bienvenu. D'où viens-tu, clerc? » — « Je viens de Lloegyr, où j'ai été chanter. Pourquoi me le demandes-tu? »
— « Parce que, depuis sept ans, je n'ai vu que quatre personnes isolées, et toi en ce moment. »
— « Eh bien, Seigneur, moi je me rends maintenant , à travers cette contrée , dans mon propre pays. A quoi es-tu donc occupé, seigneur ? » — « A pendre un voleur que j'ai surpris me volant. » — « Quelle espèce de voleur ? Je vois dans ta main quelque chose comme une souris. Il n'est guère convenable, pour un homme de ton rang, de manier un pareil animal; lâche-le. » — « Je ne le lâcherai point, par moi et Dieu. Je l'ai surpris en train de me voler; je lui appliquerai la loi des voleurs. )) — « Seigneur, plutôt que de voir un homme de ton rang accomplir pareille besogne, je te donnerai une livre que j'ai recueillie en mendiant ; donne la liberté à cet animal. » — « Je n'en ferai rien, et je ne le vendrai pas. » — « Comme tu voudras, seigneur ; si ce n'était pour ne pas voir
MANAWYDDAN, FILS DE LLYR. 113
un homme de ton rang manier un pareil animal, cela me serait indifférent. » Et le clerc s'éloigna. Au moment où il mettait la traverse sur les fourches, il vit venir à lui un prêtre monté sur un cheval harnaché. « Seigneur, » dit le prêtre, « bonjour à toi. » — « Dieu te donne bien, » répondit Manawyddan : « ta bénédiction ? » — « Dieu te bénisse. Et que fais-tu là, seigneur? » — « Je pends un voleur que j'ai pris en train de me voler. » — « Quelle espèce de voleur est celui-là, seigneur ? »
— « C'est un animal, une espèce de souris; il m'a volé ; il aura la mort des voleurs. » — « Seigneur, plutôt que de te voir manier pareil animal, je te l'achète ; lâche-le. » — « J'en atteste Dieu : je ne le vendrai ni ne le lâcherai. » — « Il est juste de reconnaître, seigneur, qu'il n'a aucune valeur. Mais, pour ne pas te voir te salir au contact de cette bête, je te donnerai trois livres ; lâche-le. »
— « Je ne veux, par moi et' Dieu, pour lui aucune compensation autre que celle à laquelle il a droit : la pendaison. » — « C'est bien, seigneur, fais à ta tête. » Le prêtre prit le large.
Manawyddan enroula la ficelle autour du cou de la souris. Comme il se mettait à l'élever en l'air, il aperçut un train d'évéque avec ses bagages et sa suite. L'évêque se dirigeait vers lui. Il s'arrêta dans son œuvre. « Seigneur évêque, » dit-il , « ta bénédiction ?» — Dieu te donne sa bénédiction, » répondit-il. — « Que fais-tu donc là? » ~ « Je pends un voleur que j'ai pris en train de I- 8
114 LES MABINOGION.
me voler. » — « N'est-ce pas une souris que je vois daus ta main ? » — « Oui , et elle m'a volé. » — « Puisque je surviens au moment où elle va périr, je te l'achète ; je te donnerai pour elle sept livres. Je ne veux pas voir un homme de ton rang détruire un animal aussi insignifiant que celui-là ; lâche-lè donc, et la somme est à toi. » — « Je ne le lâcherai pas, par moi et Dieu. » — « Puisque tu ne veux pas le relâcher à ce prix, je t'offre vingt-quatre livres d'argent comptant. » — « Je ne le lâcherais pas, j'en prends Dieu à témoin, pour le double. » — « Puisque tu ne veux pas le lâcher à ce prix, je te donne tout ce que tu vois de chevaux dans ce champ, les sept charges et les sept chevaux qui les trainent. »
— « Je refuse, par moi et Dieu. » — « Puisque tu n'en veux pas, fais ton prix toi-même. » — « Je veux la liberté de Riannon et de Pryderi. » — « Tu l'auras. » — v Ce n'est pas assez, par moi et Dieu. »
— « Que veux-tu donc ?» — « Que tu fasses disparaître le charme et l'enchantement de dessus les sept cantrevs. » — « Je te l'accorde ; relâche la souris. » — « Je ne la lâcherai pas avant d'avoir su qui elle est. » — « C'est ma femme, et si cela n'était, je n'essaierais pas de la faire relâcher (1). »
— « Pourquoi est-elle ainsi venue à moi ?» — « Pour piller. Je suis Llwyt, fils de Kilcoet (2). C'est moi
(1) V. notes critiques.
(2) Ce personnage paraît avoir été assez célèbre. Dafydd ab Gwilym, voulant vanter un brave, le compare à Llwyd, fils de Celcoet.
MANAWYDDAN , FILS DE LLYR. 115
qui ai jeté le charme sur les sept cantrevs de Dyvet, et cela par amitié pour Gwawl, fils de Glut, pour punir sur Pryderi le jeu du Blaireau dans le sac que Pwyll, chef d'Annwn, avait fait subir à Gwawl dans la cour d'Eveydd Hen , par une mauvaise inspiration. Ayant appris que tu étais venu habiter le pays, les gens de ma famille vinrent me trouver, et me demandèrent de les changer en souris pour détruire ton blé. La première nuit, il n'y eut que mes gens à y aller; la deuxième nuit, de même, et ils détruisirent les deux clos. La troisième nuit, ma femme et les dames de la cour me prièrent de les métamorphoser aussi. Je le fis. Elle était enceinte ; sans cela tu ne l'aurais pas atteinte. Puisqu'il en est ainsi, et que tu la tiens, je te rendrai Pryderi et Riannon ; je débarrasserai Dyvet du charme et de l'enchantement. Je t'ai révélé qui elle était; làche-la maintenant. » — « Je ne le ferai point, par moi et Dieu. » — « Que veux-tu donc? »
— « Voici ce que je veux : qu'il n'y ait jamais d'enchantement, et qu'on ne puisse jeter de charme sur Dyvet. » — « Je l'accorde ; lâche-la. » — « Je n'en ferai rien, par ma foi. » — « Que veux-tu donc encore? » — « Qu'on ne tire jamais vengeance de ceci sur Pryderi, Riannon et moi. » — « Tout cela, tu l'auras, et tu as été vraiment bien inspiré ; sans cela, tous les malheurs retombaient sur toi. » — « Oui, et c'est pour l'éviter que j'ai ainsi précisé. »
— « Mets ma femme en liberté maintenant. » — « Je ne la délivrerai pas, par moi et Dieu, avant
116 LES MABINOGION.
d'avoir vu Pryderi et Riannon libres ici avec moi. » — « Les voici qui viennent. » A ce moment parurent Pryderi et Riannon.
Manawyddan alla à leur rencontre , les salua , et ils s'assirent ensemble. « Seigneur, » dit l'évéque, « délivre maintenant ma femme ; n'as-tu pas eu tout ce que tu as indiqué ?» — « Avec plaisir. » Et il la mit en liberté. L'évéque la frappa de sa baguette enchantée, et elle redevint une jeune femme, la plus belle qu'on eût jamais vue. « Regarde le pays autour de toi, » dit-il, « et tu verras les maisons et les habitations en aussi bon état que jamais. » Il se leva et regarda. Tout le pays était habité, jpourvu de ses richesses et de toutes ses maisons. « A quel service ont été occupés Pryderi et Riannon ? » dit Manawyddan. — « Pryderi portait au cou les marteaux de la porte de ma cour. Riannon avait au cou, elle, les licous des ânes après qu'ils avaient été porter le foin. Voilà quelle a été leur captivité. » C'est à cause de cela qu'on a appelé cette histoire le Mabinogi de Mynnweir et de Mynordd (1). Ainsi se termine cette branche du Mahinogi.
(1) Mijnioeir, collier pour les bétes de somme; Mynordd , d'après le Mabinogi, est composé de myn = mwn, « cou, » avec la dégradation vocalique habituelle , parce que l'accent est sur le second terme, et de ordd, actuellement donné sous la forme govdd, marteau, dans les dictionnaires. Un autre personnage a porté le surnom de Mynweir, d'après ce passage de Taliessin : bum Mynawc Mynweir, a j'ai été Mynawc Mynweir » (Skene, Four ancient boohs, 156, v. 22).
MATH, fils de Mathonwy
Voici la quatrième branche du Mabinogi.
Math (1), fils de Mathonwy, était maître de Gwy-
(1) Math. « Les trois premières magies, » disent les Triades, « sont : celle de Math, fils de Mathonwy, qu'il apprit à Gwydyon, fils de Don, celle d'Uthur Pendragon, qu'il apprit à Menw, fils de Teirgwaedd, celle de Rudlwm Gorr, qu'il apprit à CoU, fils de Collvrewi son neveu {Triades M ab. , p. 302, 1. 10; cf. Skene, Four anc. books, append. II, p. 460 : Rudlwm est remplacé par Gwidolwyn Gorr). Taliesin [parle de la baguette enchantée de Mathonwy (Skene, Four anc. books ^ p. 947, 25), et fait aussi une allusion à la magie de Math {ibid., p. 200, v, 1), « J'ai été, » dit aussi un poète du Livre Rouge, « avec des hommes artificieux, avec le vieux Math et Govannon (Skene, Four ancient books, p. 303, v. 20; le texte donne gon Vathheu, il faut lire gan Vath hen). » Dafydd ab Gwilym nomme, comme les trois maîtres en magie, Menw, Eiddilic Gorr le Gael, et Maeth {sic), sans qu'il soit possible de supposer une erreur de l'éditeur pour Math (p. 143). M. Rhys en fait une sorte de Plutus ou Pluton gallois {Lectia-es on Welsh phonology, 2' edit., p. 413, 414). Il est évident que les trois noms de Math, Mathonwy, Matholwch dérivent de la même racine.
nedd (1), et Pryderi, fils de Pwyll, des vingt et un cantrevs du Sud, c'est-à-dire des sept cantrevs de Dyvet, des sept cantrevs de Morganhwc (Glamorgan), des quatre de Keredigyawn (Cardigan) et des trois d'Ystrat Tywi (Carmarthen) (2). A cette époque, Math, fils de Mathonwy, ne pouvait vivre qu'à la condition que ses deux pieds reposassent dans
(1) Gwynedd. Cette expression désigne tout le nord du pays de Galles compris entre la mer, depuis la Dee à Basingwerk jusqu'à Aber Dyfi, au nord et à l'ouest; la Dyfi au sud-ouest; au sud et à l'est , les limites sont moins naturelles ; Gwynedd est séparé de Powys en remontant jusqu'à la Dee tantôt par des montagnes, tantôt par des rivières. Gwynedd comprenait donc Anglesey , le Carnarvonshire, le Merionethshire, une partie du Flintshire et du Denbighshire. Suivant M. Rhys, Gwynedd, à une certaine époque, aurait désigné spécialement la partie comprenant la vallée de la Clwyd et le district à l'est de cette vallée et au nord de la Mawddach. Gwynedd est identique à l'irlandais Fine, « tribu » (Zeuss, Gra.mma.iica. celtica, 2' édit. , viii , note *). Le nom des Veneti, aujourd'hui Gwenet en breton armoricain, appartient peut-être à la même racine, mais n'a pas le même suffixe (Sur les autres formes de ce nom, voy. Rhys, Lectures, p. 369-370).
(2) Voy. la note à Dyved, Pwyll, p. 1. Ce qui est digne de remarque, c'est que le m.abinogi attribue sept cantrevs à Morgannwc qui n'en comptait, au treizième siècle, que quatre {Myv. arch. , p. 737). C'est exactement l'étendue du royaume de lestin ab Gwrgan, roi de Glamorgan de 1043 à 1091 {lolo mss., p. 22). Le Liber Landavensis , d'après un document disparu mais d'accord en principe avec les lolo mss. , nous donne également sept cantrevs pour Morgannwc. Outre Gwent, les deux documents donnent à Morgannwc Ytrad Yw, dans le Brecknockshire, et Euyas dans le Herefordshire. Ces deux districts auraient été adjugés par le roi Edgar à Morgan Hen contre Howell Dda {Liber Land., p. 512-513; cf. Myv. arch., p. 739, col. 2). Il est probable que c'est Owain, fils de Morgan, qui a eu ce différend avec Howell.
le giron d'une vierge, à moins toutefois que le tumulte de la guerre ne s'y opposât (1). La vierge qui vivait ainsi avec lui était Goewin , fille de Pebin, de Dol Pebin (2) en Arvon. C'était bien, à la connaissance des gens du pays, la plus belle jeune fille de son temps. Math résidait toujours à Caer Dathyl (3) en Arvon ; il ne pouvait faire le tour du pays, mais Gilvaethwy , fils de Don (4) et
(1) Parmi les fonctionnaires de la cour, figure, dans les Lois, le Troedia-wc ou porte-pied. Son office consiste à tenir le pied du roi dans son giron, depuis le moment où il s'asseoit à table jusqu'au moment où il va se coucher ; il doit gratter le ro, , et défendre le roi tout ce temps contre tout accident. Il a sa terre libre, sa toile et son drap, du roi, et un cheval aux frais du roi. Il mange au même plat que le roi, le dos tourné au feu. Son sarliaet « compensation pour outrage, . est de cent vingt vaches payées en argent. Sa valeur personnelle est de cent vingt-six vaches, avec augmentation possible. Il peut protéger un coupable en le faisant sortir depuis le moment où le roi met le pied dans son giron jusqu'au moment où il se retire dans sa chambre {Ancient Laws, I, p. 622, 660: 668).
(2) Dol, pré ou vallon fertile, souvent sur les bords d'une rivière.
(3) Caer Dathl, ou, avec une voyelle irrationnelle ou euphonique, Caer Dathyl et Datlial , est encore un nom de lieu du Carnarvonshire. Le caer ou fort se trouvait sur une eminence près de Llanrwst (Lady Guest, d'après le Cambro-Briton , II, p. 3). Il en est souvent question dans les Mab. et ailleurs {Myv. arch., p. 151, col. 2; Llewis Glyn Cothi, IV, 1, 7).
(4) Les enfants de Don sont Amaethon, Gilvaethwy, Govannon» Heveydd, Gwydyon et Âranrot. Ce mabinogi fait de Don leur mère. Suivant les loin mss., il y a eu un Don roi de Llychlyn (Scandinavie) et de Dulyn (Dublin) qui, vers 267 après J.-G., amena les Gaels en Gwynedd. Ils y restèrent pendant cent vingtneuf ans, jusqu'à l'èpor,ue où ils furent chassés par les fils de
120 LES MABINOGION.
Eveydd (1), fils de Don, ainsi que les gens de sa famille, le faisaient à sa place. Or, Gilvaethwy tourna ses pensées vers la jeune fille et se mit à l'aimer au point qu'il ne savait que faire à cause d'elle. Tel était son amour qu'il commença à dépérir, couleur, physionomie, aspect extérieur : c'est à peine si on l'aurait reconnu. Gwydyon (2), son
Cunedda, venant du nord de l'Angleterre (p. 81). Il y a eu encore ici probablement confusion entre un personnage mythologique et un personnage réel. Chez les Irlandais, il y a aussi un Don, l'ainé des fils de Milet, personnage mythologique, et un Don Dess, roi de Leinster, dont les fils ravagèrent, avec un roi des Bretons, la plus grande partie des côtes de Bretagne (O'Curry, On the manners, II, 189; III, 136, 137).
(1) Eveidd, appelé Euuidd chez Taliesin (Skene, p. 200, v. 1).
(2) Gw^ydyon est le plus célèbre des fils de Don, et un personnage des plus fameux dans la légende galloise. Suivant les lolo mss. , il était roi de Mon et de Gwjaiedd. Ce serait lui qui , le premier, aurait appi'is la lecture et les sciences des livres aux Gaels de Mon et d'Irlande. Il aurait appelé auprès de lui Maelgyn Hir, barde de Landaf, qui aurait emporté tous les prix et aurait péri victime de la jalousie des Gaels (77, 78). Dans les Triades, c'est un des trois astrologues avec Idris Gam et Gwynn ab Nudd {Myv. arch., p. 409, col. 1); c'est un grand magicien ; il apprend la magie de Math (voy. la note à Math) ; c'est par sa magie qu'il gouverne Gwynedd, aidé en cela des conseils de Mor ap Morien {lolo mss., p. 263, 20). C'est un des trois grands bergers de l'île ; il garde son troupeau de deux mille vaches à lait en Gwynedd , au-dessus de Conwy ; les deux autres sont Benren, qui garde les troupeaux de Caradawc ab Bran et Llawfrodedd Varvawc , qui garde les troupeaux de Nudd Hael. Le Livre A'oir mentionne Caer Lew et Gwydyon (Skene, Four ancienl books, II , p. 57, 3). Taliesin le mentionne souvent (Skene, Four ancient boohs, II, p. 138, 29 ; 154, 25 : « J'ai été au combat de Goddeu avec Llew et Gwydyon »). Un de ses poèmes est, à ce sujet, particulièrement
frère, le regarda un jour attentivement. « Jeune homme, » lui dit-il, « que t'est-il arrivé? » — « Pourquoi cette question? » répondit-il. « Que remarques-tu en moi? » — « Je vois que tu as perdu ton air et tes couleurs : qu'as-tu? » — « Seigneur frère , je ne serai pas plus avancé de confesser à qui que ce soit ce qui m'est arrivé. » — « Qu'est-ce, mon âme? » — « Tu connais le privilège de Math, fils de Mathonwy : la moindre conversation entre deux personnes , chuchottée aussi bas que possible, si le vent l'atteint (1), il la sait. » — « C'est bien, n'en dis pas plus long, je connais ta pensée : tu aimes Goewin. »
En voyant que son frère connaissait sa pensée, Gilvaethwy poussa un soupir le plus profond du monde. « Cesse de soupirer, mon âme, » dit Gwy-
interessant : « L'homme le plus habile dont j'aie entendu parler est Gwydyon ap Don, aux forces terribles — je lis dygynnertheu au lieu de dygijnuertheu ; on pourrait supposer aussi cUjgynwyrtheu, « aux prodiges terribles », — qui a tiré par magie une femme des fleurs, qui emmena les porcs du Sud ; car c'est lui qui avait la plus grande science {Kan bu idaw disgoreu, « leg. Kan bu idaw disg goreu)... qui forma du sol (?) de la cour des coursiers et des selles remarquables » (Skene, p. 158, vers 13-21), Plus loin, le poète nous dit qu'il a vu, le dimanche, une lutte terrible dans laquelle était engagé Gwydyon à Nant Ffrangcon (près de Carnarvon) ; le jeudi ils vont à Mon {ibid., v. 27). Le Livre Rouge vante aussi l'habileté de Llew et Gwydyon (Skene, U, p. 302, v. 8). Llewis Glyn Cothi fait allusion à Caer Gwydyon qui, d'après les éditeurs, serait la voie lactée (p. 254, vers. 1). Gilvaethwy n'est guère connu.
(1) V. le mabinogi de Lludd et Llcuelys : les Corranieii^ race étrangère, avaient ce privilège.
122 LES MABINOGION.
dyon ; « ce n'est pas ainsi que l'on vient à bout d'une entreprise. Je ferai soulever, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen, Gwynedd, Powys (1) et le Sud (2) pour pouvoir aller chercher la jeune fille. Sois joyeux ; je ferai cela pour toi. »
Ils se rendirent aussitôt auprès de Math, fils de Mathonwy. « Seigneur, » dit Gwydyon, « j'ai appris qu'il était arrivé en Dyvet une espèce d'animaux comme il n'y en a jamais eu dans cette île. » — « Comment les appelle-t-on? » répondit Math. — « Des hob (3) (cochons), seigneur. » — « Quel genre d'animaux sont ceux-là? » — « Ce sont de petites bêtes, mais dont la chair est meilleure que celle des bœufs. Ils sont de petite taille. Ils sont en train de changer de nom. On les appelle moch (porcs),
(1) Une des trois grandes divisions du pays de Galles. Powys, à l'époque de sa plus grande étendue , était borné à l'ouest et au nord-ouest, par Gwynedd; au sud, par le Cardiganshire et la Wye, et à l'est, par les marches d'Angleterre, depuis Chester jusqu'à la Wye , un peu au-dessus d'Hereford. La capitale avait d'abord été Pengwern, aujourd'hui Shrewsbury, appelée par les Gallois maintenant Amwythic. Les empiétements des Saxons firent transporter la c;ipitalo de Pengwern plus à l'intérieur, à Mathraval. Suivant PowcU , ce transfert aurait eu lieu en 796, après l'achèvement du fossé d'Offa; mais les lolo mss, , p. 30, donnent encore Pengwern comme capitale du temps de Rhodri le Grand qui mourut on 877.
(2) Le Sud (Deheubarth) , formant le royaume de Dynevawr, comprenait tout le reste du pays de Galles, c'est-à-dire tout l'ancien pays des Demelae et des Silures représentés par les deux évéchés de Saint-David et de Llandaf.
(3) Hob. Ce mot n'est plus usité. Il a été conservé dans une chanson très populaire dont la ritournelle est hob y deri da,ndo.
maintenant. » — « A qui appartiennent-ils? » — « Ils ont été envoyés d'Annwn à Pryderi, fils de Pwyll, par Arawn, roi d'Annwn (on a gardé un souvenir de ce nom : on les appelle Hannerhwch^ Hannerhob) (1). » — « Eh bien! de quelle façon pourrait-on les avoir de lui? » — « J'irai, seigneur, moi douzième, avec des compagnons déguisés en bardes, demander les cochons. Mon imagination n'est pas mauvaise : je ne reviendrai pas sans les porcs. » — « Volontiers, pars. » Il alla, avec Gilvaethwy et dix autres compagnons, jusqu'en Keredigyawn, à l'endroit qu'on appelle maintenant Ruddlan Teivi (2), où se se trouvait la cour de Pryderi. Ils entrèrent sous l'aspect de bardes. On leur fit bon visage. Ce soir-là, Gwydyon fut placé à côté de Pryderi. « Nous serions heureux, » dit Pryderi, (( d'entendre un récit de ces jeunes gens là-bas: » — « Notre coutume, » répondit Gwydyon, « le premier soir que nous nous rendons auprès d'un personnage important, c'est que le Pennkerdd (3)
(1) Le texte de ce passage n'est pas certain. Il semble qu'on soit ici en présence d'une glose du copiste du quatorzième siècle, à en juger par le dictionnaire de Davies au mot hoh ; après avoir renvoyé à ce passage de notre mabinogi, Davies ajoute : « hinc usitatum hannerhob. » Hannerhwch = hanner « moitié ; » /nvc/i « truie. »
(2) Rhuddlan Teivi. Rhuddlan, sur les bords de la Teivi, pour le distinguer d'autres Rhuddlan (plus anciennement Ruddglan , « la rive rouge »). C'est peut-être Glan Teivj% d'après lady Guest, à un mille et demi de Cardigan Bridge. Il y a des villages de Rularin en Bretagne armoricaine aussi.
(3) Penkerdd, « chef du chant ou des musiciens. » Le pencerdd est , à l'époque où les lois de Gwynedd et de Dyved ont été
124 LES MABINOGION.
prenne la parole. Je te raconterai volontiers une histoire. » Gwydyon était le meilleur conteur qu'il y eût au monde. Cette nuit-là, il amusa si bien la cour par des discours récréatifs et des récits que tout le monde fut charmé de lui et que Pryderi prit plaisir à causer avec lui. En finissant, Gwydyon dit : « Seigneur, quelqu'un pourrait-il mieux remplir ma mission auprès de toi que moi-même? » — « Oh! non, » répondit-il; « c'est une langue pleine de ressources que la tienne. » — « Voici quelle est ma mission, seigneur : j'ai à te demander les animaux qui t'ont été envoyés d'Annwvyn. » — « Ce serait la chose du monde la plus facile sans la convention qui existe à leur sujet entre le pays et moi ; il est convenu que je ne m'en dessaisirai pas avant que leur nombre ici n'ait doublé. » — « Je puis, seigneur, te libérer de ta parole. Voici comment : ne me les donne pas ce soir, mais ne me les refuse pas non plus. Demain, je te propo-
écrites, le même personnage que le barde à chaire; cela est dit expressément dans les lois de Dyved {Ancient laws, I, p. 382, 9). Le huitième personnage de la cour est le barde de la famille. Il a sa terre libre , son cheval aux frais du roi son habit de toile de la reine et son habit de laine du roi. Il s'assied auprès du Penteulu, ou chef de la maison royale, aux trois principales fêtes de l'année et celui-ci lui met la harpe en main. Quand on désire de la musique, c'est au barde A chaire ou au chef des bardes, comme dans notre mabinogi, à commencer. Il a droit à une vache et à un bœuf sur le butin fait par le clan dans une contrée voisine , après que le tiers a été donné au roi; pendant le partage des dépouilles, il chante Unbeynyaeth Prydyn, « monarchie de Bretagne. M Sa valeur est de 126 vaches {Ancient laws, I, p. 33-34).
serai des objets d'échange à leur place. » Cette nuit même, Gwydyon et ses compagnons se rendirent à leur logis pour se concerter. « Hommes, » dit-il, « nous n'obtiendrons point les porcs en les demandant. » — « Assurément, » répondirent-ils. « Par quel artifice pourrons-nous les avoir? » — « J'y arriverai, » dit Gwydyon.
Il eut recours alors à ses artifices et commença à montrer sa puissance magique. Il fit paraître douze étalons, douze chiens de chasse noirs ayant chacun le poitrail blanc , avec leurs douze colliers et leurs douze laisses que tout le monde eût pris pour de l'or. Les douze chevaux portaient douze selles, et partout le fer était remplacé par de l'or ; les brides étaient en rapport avec les selles. H se rendit auprès de Pryderi avec les chevaux et les chiens. « Bon jour à toi, seigneur, » dit-il. — « Dieu te donne bien , » répondit Pryderi ; « sois le bienvenu. » — « Seigneur, je t'apporte un moyen de te libérer de la parole que tu as donnée, disais-tu hier soir, au sujet des porcs , à savoir que tu ne les donnerais ni ne les vendrais. Tu peux les échanger pour quelque chose de mieux. Je t'ofi're ces douze chevaux avec leur équipement, tel que tu le vois, leurs selles et leurs brides, ces douze chiens de chasse avec ces colliers et ces laisses, ainsi que ces douze boucliers dorés. » Ces ecus c'étaient des champignons qu'il avait transformés (1).
(1) Voir plus haut la note à Gwydyon,
126 LES MABINOGION.
« Eh bien, » dit Pryderi, « nous allons tenir conseil. » Ils décidèrent de donner les porcs à Gwydyon, en échange des chevaux, des chiens et des ecus. Les gens du Nord prirent congé, et se mirent en route avec les porcs. « Compagnons, » dit Gwydyon, « il nous faut marcher en toute hâte. Le charme ne dure que d'une période d'un jour à l'autre. » Cette même nuit ils marchèrent jusqu'à la partie la plus élevée de Keredigyawn, à l'endroit qu'on appelle encore, pour ce motif, Mochdref [la, ville aux porcs) (1). Le lendemain, ils se mirent en route, traversèrent Elenit (2), et, à la nuit, se trouvèrent entre Keri et Arwystli (3), dans la ville qu'on appelle aussi, depuis , Mochtref. Ils reprirent leur marche, et arrivèrent, à la nuit, dans un kymmiot de Powys, qu'on appelle, pour cette raison, Mochnant (4). Puis ils atteignirent le cantrev de
(1) Moch, « porcs; » trev , « habitation, ville. » Ce nom se retrouve très vraisemblablement en Armorique dans Motreff , près Carhaix , Finistère.
(2) Elenit. Lady Guest suppose que c'est une erreur pour Melenid , montagne entre Llan Ddewi et Enni dans le Radnorshire. On pourrait supposer aussi Mevenydd , dans le comté de Cardigan.
(3) Keri était un cymmwd du cantrev de Melienydd, relevant de Mathraval, et faisant partie de Pow^ys. Arwystli était un cantrev de Meirionydd. Ceri et Arwystli sont actuellement dans le comté de Montgomery.
(4) Mochnavt, « le ravin ou le ruisseau aux porcs » (Cf. armoricain ant, la fosse entre deux sillons : an ant pour an nant. Cf. an env pour an nenu). Il y avait deux cymmwd de Mochnant en Powys ; Mochnant uch Raiadyr , dans le cantrev de Y Vyrnwy,
Ros (1), et passèrent la nuit dans la ville connue encore sous le nom de Mochtrcf. « Hommes, » dit Gwydyon, « réfugions-nous, avec ces animaux, au cœur de Gwynedd; on lève des armées à notre poursuite. » Ils se rendirent à la ville plus élevée d'Arllechwedd (2), et y construisirent des écuries pour les porcs , ce qui a valu à la ville le nom de Creuwyryon (3). Les écuries faites, ils se rendirent auprès de Math, fils de Mathonwy, à Kaer Dathyl. Lorsqu'ils y arrivèrent, on était en train d'appeler le pays aux armes. « Qu'y a-t-il de nouveau, » dit Gwydyon? — « Pryderi. » lui fut-il répondu, « est en train de réunir les gens de ses vingt et un cantrevs pour vous poursuivre. Nous avons été étonnés de la lenteur de votre marche. Où sont les animaux que vous avez été chercher? » — « Ils sont, » dit Gwydyon , « dans l'autre cantrev , là-bas , où nous leur avons fait des écuries. » A ce moment, ils entendirent les trompettes appelant les gens du
et Mochnant Is Raiadyr dans le cantrev de Raiadyr (V. Powel , History of Wales; Myv. arc, p. 736). On trouve dans .cette région aussi un Castell y Moch.
(1) Ros. Ce cantrev était en Gwynedd , dans la région appelée y Berveddwlad, « le milieu du pays. » Il fait partie actuellement du Denbighshire. Le Mochdrev de Ros est actuellement un village entre Conway et Abergele.
(2) Arllechwedd était un cymmwd d'Arvon, divisé en deux parties : uchav et isav, le plus haut et le plus bas. On les appelle maintenant simplement Uchav et Isav, dit lady Guest. Ils faisaient partie du cantrev d'Aber.
(3) Creuwyryon. L'auteur voit dans ce mot une forme ou un dérivé de craw, « toit à porcs ; » armor., cj'aou, « étable, écurie. »
128 LES MABINOGION.
pays aux armes. Ils s'armèrent et marchèrent jusqu'à Pennardd (1), en Arvon. Gwydyon, fils de Don, avec Gilvaethwy, son frère, se rendit, lui, à Kaer Dathyl; il fit coucher Gilvaethwy avec Goewin, dans le lit de Math, fils de Mathonwy, après avoir jeté dehors outrageusement les autres pucelles. Gilvaethwy coucha avec elle cette nuit-là malgré elle. Le lendemain, dès qu'ils virent poindre le jour, ils se rendirent auprès de Math, fils de Mathonwy et ses troupes. On allait justement tenir conseil pour savoir de quel côté on attendrait Pryderi et les hommes du Sud. Ils prirent part à la délibération. Il fut décidé qu'on attendrait au cœur de Gwynedd. Ils attendirent, en effet, juste au milieu des deux maenawr (2) de Pennardd et de Coet Alun (3). Pryderi vint les y attaquer.
La bataille s'engagea ; le massacre fut grand des deux côtés, les hommes du Sud furent forcés à la retraite. Ils reculèrent jusqu'à l'endroit qu'on appelle
(1) Pennardd , à l'ouest de la rivière Seiont, en face Caernarvon. Cet endroit a eu une certaine célébrité (Y. Ancient laws, I, p. 103). D'après les lois , Pennard était la principale cynghellawrdref ou villa de chayicelier de tout le pays de Galles {Ancient laws, II, p. 584). Il y a une commune de Pennars près Quimper.
(2) Maenawr ou maynawl , subdivision du cymmwd. D'après les Lois, il y aurait eu d'abord deux maenaw7' et deux trevs dans chaque cymmwd {Ancient laws, I, 90, 7-13).
(3) Coet Alun ou le bois d'Alun, transformé aujourd'hui, par de malencontreux archéologues, en Coet Helen ou le bois d'Hélène, l'impératrice , près de la ville de Caernarvon, de l'autre côté de la rivière.
encore, aujourd'hui, Nantcall (1). poursuivis par leurs adversaires. Là il y eut un carnage indescriptible. Ils battirent en retraite jusqu'à Dol Penmaen (2) , où ils se concentrèrent et demandèrent la paix. Pryderi donna des otages ; les otages étaient Gwrgi Gwastra (3) et vingt-trois autres fils de chefs. Ils s'avancèrent ensuite en paix jusqu'à Traeth Mawr (4) ; mais , quand ils se trouvèrent réunis à Melenryt (5), on ne put empêcher les gens de pied de se lancer des flèches. Pryderi envoya des messagers demander à Math d'arrêter ses gens , et de laisser l'affaire se vider entre lui et Gwydyon, fils de Don, l'auteur de tout ce qui se passait. Quand Math, fils de Mathonwy, eut entendu son message, il dit : « Par moi et Dieu, si Gwydyon,
(1) Nantcall est actuellement, d'après lady Guest, un ruisseau qui traverse la route de Dolpenraaen et de Caernarvon, à neuf milles de cette dernière ville.
(2) Dol Penmaen {penmaen, tète de pierre), dans l'ancien cantvev de Dunodig, aujourd'hui dans le district d'Eivionydd.
(3) Il y a plusieurs Gwrgi ; le plus célèbre est le frère de Peredur et le fils d'Eliffer Gosgorddvawr (Afyu. arch., p. 392, col. 1 ; v. la note à Peredur, dans le Mab. de ce nom). Il y a un Gwrgi Garwlwyd qui ne mangeait que de la chair humaine; il était allié d'Edeffled, roi des Saxons; il fut tué par Diffedell , fils de Dysgyvedawg (Myv. arch,, p. 405, 45, 46).
(4) Traeth mawr ou le grand Traeth. Traeth indique proprement une étendue sablonneuse de rivage couverte par les flots à la haute mer seulement (arm. treaz , sable, rivage sablonneux). Le Traeth mawr est une sorte d'estuaire sur les confins d'Arvon et de Merioneth. Le Traeth bach ou petit Traeth est un peu plus bas en Merioneth.
(5) Melenryt. Sa situation m'est inconnue; ryt signifie gué.
130 LES MABINOGION.
fils de Don, le trouve bon, je le permets volontiers; je ne forcerai personne à combattre au lieu de faire nous-mêmes de notre mieux, » — « Pryderi trouve qu'il serait bien, à l'homme qui lui a fait pareil tort, d'opposer son corps à son corps, et de laisser en paix sa famille. » — « J'en atteste Dieu, » dit Gwydyon, « je ne demande pas aux hommes de Gwynedd de se battre pour moi , lorsque je puis lutter seul à seul avec Pryderi. J'opposerai mon corps au sien volontiers. » La réponse fut rapportée à Pryderi. « Je ne demande, » dit-il, « le redressement de mes torts à personne autre qu'à moi-même. » On les laissa seuls à l'écart; ils s'armèrent et se battirent. Par l'effet de ses privilèges naturels, de sa magie et de ses enchantements, Gwydyon l'emporta, et Pryderi fut tué. Il fut enterré à Maentyvyawc (i) , au-dessus de Melenryt ; c'est là qu'est sa tombe.
Les gens du Sud se dirigèrent vers leur pays en faisant entendre des chants funèbres ; ce qui n'avait rien de surprenant : ils avaient perdu leur seigneur, leurs nobles, leurs chevaux et leurs armes en grande partie. Les hommes de Gwynedd s'en retournèrent pleins de joie et d'enthousiasme. « Seigneur, » dit Gwydyon à Math, « ne ferionsnous pas un acte de justice en rendant aux gens (hi Sud les otages qu'ils nous ont livrés pour la
(1) Lady Guest a lu Maen Tyryawc , qu'elle identifie avec le Mnenlwrog actuel, Merionethshire.
paix? Nous n'avons pas le droit de les tenir en captivité. » — « Qu'on les mette en liberté, » répondit Math. On laissa Gwrgi et les autres otages aller rejoindre les hommes du Sud. Math se rendit à Kaer Dathyl, tandis que Gilvaethwy, fils de Don , et tous les gens de la famille qui' l'accompagnaient auparavant se mirent à faire, comme d'habitude, le circuit de Gwynedd, en laissant de côté la cour. Arrivé dans sa chambre, Math fit préparer un endroit où il pût s'accouder et reposer ses pieds dans le giron de la pucelle. « Seigneur, « dit Goewin, « cherche une vierge pour supporter tes pieds maintenant : moi, je suis femme. « — « Qu'est-ce que cela veut dire, » répondit-il? — « On m'a assaillie , seigneur , et cela en cachette'. Je ne suis pas restée silencieuse : il n'y a personne à la cour qui ne l'ait su. L'attaque est venue de tes neveux, des fils de ta sœur, Gwydyon et Gilvaethwy, fils de Don. Ils m'ont fait, à moi violence, et à toi honte. On a couché avec moi, et cela dans ta chambre et dans ton propre lit. » — « Eh bien, » répondit-il, « je ferai de mon mieux. Je te ferai tout d'abord avoir satisfaction, et je chercherai ensuite celle qui m'est due. Je te prendrai comme femme, je remettrai entre tes mains la propriété de mes Etats. » Cependant, les deux fils de Don ne se rapprochaient pas de la cour; ils continuaient à circuler à travers le pays ; ils se tinrent à ^l'écart de lui jusqu'au moment où il fut interdit de leur donner nourriture et boisson.
\S-> LES MABINOGION.
Alors, seulement, ils se rendirent auprès de lui. « Seigneur, » dirent-ils, (f bon jour à toi. » — « Oui, » dit-il, « est-ce pour me donner satisfaction que vous êtes venus? » — « Seigneur, » répondirent-ils, « nous sommes prêts à faire ta volonté. » — « S'il en avait toujours été ainsi , je n'aurais pas tant perdu d'hommes et de chevaux ; ma honte, vous ne pouvez me la réparer, sans parler de la mort de Pryderi. Puisque vous êtes venus vous mettre à ma disposition, votre châtiment va commencer. » Il prit sa baguette enchantée, et, d'un coup, transforma Gilvaethwy en une biche de bonne taille; l'autre voulut s'enfuir, mais il le prévint en le frappant de la même baguette, et en fît un cerf. « Comme vous êtes maintenant enchaînés, » dit Math, « vous marcherez ensemble, vous formerez un couple, et vous aurez les instincts des animaux dont vous avez la forme. Vous aurez un petit à l'époque accoutumée pour eux. Dans un an, vous reviendrez auprès de moi. » Au bout d'un an, jour pour jour, on entendit un grand bruit contre les parois de la chambre, ce qui excita aussitôt les aboiements des chiens. « Allez voir, » dit Math , « ce qu'il y a dehors. » — « Seigneur, » dit quelqu'un, « je viens d'aller voir : il y a là un cerf, une biche et un faon. » Il se leva aussitôt et sortit; il aperçut, en effet, trois bêtes : un cerf, une biche et un faon. 11 leva sa baguette en disant : « Que celui d'entre vous qui a été biche l'année dernière soit sanglier cette année , et
que le cerf soit une tr.uie. » Et il les frappa de sa baguette. « Le petit, je le prends, » ajouta-t-il; « je le ferai élever et baptiser. » On lui donna le nom de Hyddwn (1). « Allez, » dit-il; « vous serez l'un sanglier mâle , l'autre femelle , et vous aurez les mêmes instincts que les porcs des bois. Dans un an, trouvez-vous sous les murs de cette maison avec votre petit. » Au bout de l'année, les aboiements des chiens se firent entendre sous les murs de la chambre , et toute la cour accourut de ce côté. Il se leva lui-même et sortit. Dehors, il aperçut trois bêtes : un sanglier mâle, un sanglier femelle et un petit très fort pour l'âge qu'il paraissait. « Celui-ci, » dit-il, « je le garde, et je le ferai baptiser. » Et, d'un coup de sa baguette, il en fit un bel adolescent brun et fort. On l'appela Hychtwn (2). « Que celui d'entre vous, » ajoutat-il, « qui a été sanglier mâle l'année dernière, soit louve cette année, et que la truie soit loup. » En disant ces mots , il les frappa de sa baguette et ils devinrent loup et louve. « Ayez, » dit-il, « les instincts des animaux dont vous avez la forme. Soyez ici, sous ces murs, dans un an aujourd'hui. » Un an après, jour pour jour, il entendit un grand tumulte, des aboiements de chiens sous les murs de sa chambre. Il se leva et sortit. Dehors, il
(1) Hyddwn ; l'auteur le fait dériver de hydd , « cerf, » armorie, heiz.
(2) Hijchlwn. Hycti- = hwchy a porc, truie, » arm. houch.
134 LES MABINOGION.
aperçut un loup, une louve et, avec eux, un fort louveteau. « Celui-ci, » dit-il, « je le prends et je le ferai baptiser. Son nom est tout trouvé : ce sera Bleiddwn (1). Vous avez trois fils, dont voici les noms : les trois fils de Gilvaethwy le traître, trois impétueux et fidèles guerriers, sont Bleiddwn, Hyddwn, Hychdwn Hir (le Long). » Et, d'un coup de sa baguette ,' ils se trouvèrent dans leur propre chair. « Hommes, » dit Math, « si vous m'avez fait tort, vous avez assez souffert et vous avez eu la grande honte d'avoir des enfants l'un de l'autre. Donnez à ces hommes un bain, faites-leur laver la tête et donner des habits. » On exécuta ces ordres. Quand ils furent équipés, ils revinrent auprès de lui. « Hommes, » dit Math. « la paix, vous l'avez eue, l'afi'ection, vous l'aurez aussi ; conseillez-moi : quelle pucelle prendrai-je? » — « Seigneur, « répondit Gwydyon, « rien de plus facile : Aranrot (2), fille de Don, ta nièce, la fille de ta sœur. »
On alla la lui chercher : La jeune fille entra. « Jeune fille, » dit Math, « es-tu vierge? » — « Pas
(1) Bleiddwn , dérivé de bleidd, arm. bleiz, « loup. »
(2) Aranrot ou Arianrhod : « Les trois aimables ou heureuses dames de l'île sont Creirwy, fille de Ceritwen; Arianrhod, fille de Don, et Gwenn, fille de Cywryd ap Crydon » {Myv. arch., 392, 73; cf. ibid., 410, col 2). Taliesin célèbre aussi l'illustration d'Aranrot (Skene, II , p. 159, v. 2. Sur ce nom, v. Rhys, Lectures, p. 374, 426). Il y a aussi une Aryanrot, fille de Beli {Triades, Mab., p. 298). Arianrod est le nom de la constellation Corona Borealis, de même que Cassiope porte le nom de Llys Don, la cour de Don, suivant lady Guest,
autre chose, seigneur, » répondit-elle, « à ma connaissance. » Alors, il prit sa baguette et la courba. « Passe par-dessus, » dit-il, « et, si tu es vierge, je le reconnaîtrai. » Elle fit un pas par-dessus la baguette enchantée et, en même temps, elle laissa après elle un enfant blond et fort. Aux cris de l'enfant, elle chercha la porte, et aussitôt elle laissa encore après elle un enfant semblable ; mais, avant que personne ne pût l'apercevoir une seconde fois, Gwydyon saisit l'enfant, l'enroula dans un manteau de paile et le cacha au fond d'un coffre , au pied de son lit. « Eh bien, » dit Math, fils de Mathonwy, en parlant de l'enfant blond, « je vais faire baptiser celui-ci, et je le ferai nommer Dylan. » On le baptisa. A peine fut-il baptisé qu'il se dirigea vers la mer. Aussitôt qu'il y entra, il en prit la nature et devint aussi bon nageur que le plus rapide des poissons. Aussi l'appela-t-on Dylan Eil Ton (1) (Dylan, fils de la vague). Jamais vague ne se brisa sous lui. Le coup qui causa sa mort partit de la main de Govannon (2), son oncle, et ce fut un des trois coups funestes.
{\)DylcLn, « fils de la vague » : « c'est le bruit des vagues contre le rivage voulant venger Dylan, » dit Taliesin (Skene, 145, 8), Un autre passage du même poète a trait à cet épisode de notre mabinogi : « Je suis né avec Dylan Eil Mor (fils de la mer) , au milieu d'une assemblée? entre les genoux des princes (Skene, II, 142, V. 30).
(2) Govannon, un des enfants de Don, a donné son nom à Kaer Govannon. Taliesin dit qu'il est resté un an à Kaer Ovannon (Skene, II, p. 108, 3). Son nom est associé à celui de Math,
13Ô LES MABINOGION.
Comme Gwydyon était un jour au lit mais éveillé, il entendit des cris dans le coffre qui était au pied de son lit; ils étaient tout juste assez forts pour être entendus de lui. 11 se leva précipitamment et ouvrit le coffre. Il aperçut un petit garçon remuant les bras du milieu du manteau et le rejetant. Il prit l'enfant dans ses bras se rendit avec lui en ville, dans un endroit où il savait trouver une femme pouvant donner le sein et fit marché avec elle pour nourrir l'enfant. On le nourrit une année. Au bout de l'année, il était d'une taille qui eût paru forte même pour un enfant de deux ans. Au bout de la seconde année , c'était un grand enfant capable d'aller tout seul à la cour. Quand il fut à la cour, Gwydyon veilla sur lui ; l'enfant se familiarisa avec lui et l'aima plus que personne. Il fut élevé à la cour ainsi jusqu'à l'âge de quatre ans ; il eût été bien assez développé pour un enfant de huit ans. Un jour, il alla se promener au dehors à la suite de Gwydyon. Celui-ci se rendit avec lui à Kaer Aranrot. En le voyant entrer, Aranrot se leva pour aller à sa rencontre , lui souhaiter la bienvenue et le saluer. « Dieu te donne bien, » dit-il. — « Quel est donc, » dit-elle, « cet enfant qui te suit? » — « Cet enfant c'est ton flls, » répondit Gwydyon? — « Homme, » s'écria-t-elle , « quelle
fils de Mathonwy, dans un poème de Llywarch Hen (Skene, II, p. 303). Il est question de lui dans le Mab. de Kulhwch et Olwen.
idée t'a pris de m'outrager ainsi , de poursuivre et de maintenir aussi longtemps mon déshonneur? »
— « Si tu n'as pas d'autre déshonneur que celui de nourrir un enfant aussi beau que celui-ci, ce sera peu de chose. » — « Quel est le nom de ton fils? » — « Il n'en a pas encore, en vérité. » — « Eh bien, je jure qu'il aura cette destinée qu'il n'aura pas de nom avant d'en avoir reçu un de moi. »
— « J'en atteste Dieu ; tu es une femme de rien ; l'enfant aura un nom quand même tu le trouverais mauvais , et toi , tu ne retrouveras plus jamais celui que tu es si furieuse d'avoir perdu, celui de pu" celle. )) En disant ces mots, il sortit furieux et retourna à Kaer Dathyl où il passa la nuit.
Le lendemain il se leva, prit l'enfant avec lui et alla se promener sur les bords de la mer. entre l'Océan et Aber Menei. Il fît paraître par enchantement un navire à l'endroit où il aperçut des algues et du varech ; ils transforma les algues et le goémon en cordwal en grande quantité ; il lui donna diverses couleurs au point qu'on ne pouvait voir de plus beau cuir. Il mit à la voile et se rendit lui et l'enfant à la porte de l'entrée de Kaer Aranrot. Puis il se mit à façonner des souliers et à les coudre. On le remarqua du fort. Aussitôt qu'il s'en aperçut, il changea ses traits et ceux de l'enfant pour qu'on ne put les reconnaître. « Quels hommes sont à bord de ce navire? » dit Aranrot. — « Ce sont des cordonniers, » lui fut-il répondu. — « Allez voir quelle espèce de cuir ils ont et com-
138 LES MABINOGION.
ment ils travaillent. » On se rendit auprès d'eux, et on trouva Gwydyon en train de colorer le cuir : il le dorait. Les messagers allèrent le rapporter à Aranrot. « Eh bien, » dit-elle, « portez la mesure de mon pied à ce cordonnier et dites-lui de me faire des souliers. « Il façonna les souliers, mais non d'après sa mesure : il les fît plus grands. On apporta les souliers : ils étaient trop grands. « Ils sont trop grands, » dit-elle; « je les lui paierai, mais qu'il en fasse une paire de plus petits. » Que fit-il? Il lui en façonna une paire beaucoup trop petite pour son pied et la lui envoya. « Dites-lui, » dit-elle, « que ceux-ci ne me vont pas non plus. » On lui rapporta ces paroles. « Eh. bien, » s'écriat-il, « je ne lui ferai pas de souliers avant d'avoir vu son pied. » On alla le lui dire. « Eh bien, » s'écria-t-elle, « je vais aller jusqu'à lui. » Elle se rendit au navire : il était en train de tailler et le jeune garçon de coudre. « Princesse, » dit-il, « bon jour à toi. » — « Dieu te donne bien, » réponditelle. « Je suis étonnée que tu ne puisses arriver à me faire des souliers sur mesure. » — « C'est vrai, mais je le pourrai maintenant. » A ce moment, un . roitelet se dressa sur le pont du navire. L'enfant lui lança un coup et l'atteignit entre le nerf de la jambe et l'os. Elle se mit à rire. « En vérité, » s'écria-t-elle, « c'est d'une main bien sûre que le petit lion l'a atteint. » — « Eh bien, » dit Gwydyon, « il a un nom, sans que nous ayons à prier Dieu de t'en récompenser, et le nom n'est pas
mauvais : désormais, il s'appellera Llew Llaw Oyffes (1). » Aussitôt, tout ce qu'il avait fait se transforma en algue et en goémon , et il ne continua pas plus longtemps ce travail, qui lui valut d'être appelé un des trois eurgrydd (cordonniers-orfèvres) (2). « En vérité, » dit-elle, « tu ne te trouveras pas mieux de te montrer aussi méchant envers moi. » — « Je ne l'ai pas été, » répondit-il. Et il rendit à l'enfant ses traits. « Eh bien, » dit-elle , « je jure que l'enfant aura pour destinée de n'avoir pas d'armure avant que je ne l'en revête moimême. » — « Par moi et Dieu, » dit Gwydyon , « tu peux être aussi perverse que tu voudras, il aura des armes. »
Ils se rendirent à Dinas Dinllev (3). Il y éleva
(1) Llew Llaw Gyffes , Llew (lion) a la main prompte ou forte (v. notes critiques). C'est un des trois eurgrydd ou cordonniers orfèvres (v. plus haut la note à Gwydyon). C'est aussi un des trois ruddvoawc ou ruddvaawc, ainsi nommés parce que là où ils passaient, pendant une année entière, il ne poussait ni herbe ni plante; les deux autres étaient Run, fils de Beli, et Morgan Mwynvawr (sur Run Ruddvoawg, cf. Myv. arch., p. 2Î4, col. 1, XIII) ; Arthur l'était encore plus qu'eux : rien ne poussait après lui pendant sept ans {Triades Mab., 30.3, 5; cf. Skene, II, app., p. 458 : ici Llew est supprimé et remplacé par Arthur). Le Livre Noir mentionne sa tombe : « La tombe de Llew Llawgyffes est sous un havre (ou lieu protégé près de la mer), là où a été son... (y (jywnes?) : c'était un homme qui ne donna jamais justice à personne (Skene, II. p. 31, 23).
(2) V. p. 56, note.
(3) Dinas Dinllev ou la forteresse ou ville forte de Dinllev, aujourd'hui Dinas Dinlle, à trois milles environ au sud-ouest de la ville de Caernarvon, sur la côte, dans la paroisse de Llandwrog,
140 LES MABINOGION.
l'enfant jusqu'à ce qu'il fût en état de monter n'importe quel cheval et qu'il eût atteint tout son développement comme visage , taille et corpulence. Gwydyon s'aperçut qu'il était humilié de n'avoir pas de cheval ni d'armes, il l'appela auprès de lui : « Garçon, » lui dit-il, « nous irons en expédition demain toi et moi : sois donc plus joyeux que cela. » — « Je le serai , » répondit le jeune homme. Le lendemain, ils se levèrent dans la jeunesse du jour et remontèrent la côte jusqu'à Brynn Aryen (1). Arrivés au haut de Kevyn Çlutno (2), ils s'équipèrent eux et leurs chevaux et se dirigèrent vers Kaer Aranrot. Ils changèrent leurs traits et se rendirent à l'entrée sous l'aspect de deux jeunes gens, Gwydyon ayant pris toutefois un visage plus grave que son compagnon. « Portier, » dit-il, « rentre et dis qu'il y a ici des bardes de Morgannwc. » Le portier obéit. « Qu'ils soient les bienvenus au nom de Dieu, » dit-elle; « laisseles entrer. » On leur fît le meilleur accueil. La salle fut préparée et ils se mirent à table. Quand on eut fini de manger, elle causa avec Gwydyon
Il y a encore des restes très visibles de la forteresse. Dînas est
dérivé de din , « citadelle, » irlandais dun, vieux celtique diinos
(cf. les noms gaulois en dnnum. Dinastet, dans le diet, vannetais
de l'Armerye, traduit palais et suppose un singulier dinas ; cf.
DinAn).
. {{) Brynn Aryen ou la colline d'Aryen,
(1) Cevyn Clutno, le promontoire, ou la colline arrondie de Clutno. Cevyn signifie proprement dos (arm. kein).
de contes et d'histoires. Gwj^dyon était bon conteur. Quand ce fut le moment de cesser de boire, on leur prépara une chambre et ils allèrent se coucher. G-SN^dyon se leva de grand matin et appela à lui sa magie et son pouvoir. Un grand mouvement de navires et un grand bruit de trompettes auxquels répondirent de grands cris dans la campagne , se firent entendre. Quand le jour vint, ils entendirent frapper à la porte de la chambre, et Aranrot demander qu'on lui ouvrit. Le jeune homme se leva et ouvrit. Elle entra suivie d'une pucelle (1). « Gentilshommes , » dit-elle , « nous sommes dans une mauvaise situation. » — « Oui, » répondirent-ils; « nous entendons le son des trompettes et les cris ; que t'en semble? » — « En vérité, » dit-elle, « il est impossible de voir les flots, tellement les navires sont serrés les uns contre les autres. Ils se dirigent vers la terre de toute leur vitesse. Que faire? » — « Princesse, il n'y a pas autre chose à faire que de nous renfermer dans le fort et le défendre du mieux que nous pourrons. » — « Dieu vous le rende. Défendez-le; vous trouverez ici des armes en abondance. »
Elle alla leur chercher des armes. Elle revint avec deux pucelles. apportant chacune une armure. « Princesse, » dit Gwydyon, « revêts son armure à ce jeune homme; moi, je revêtirai l'au-
(1) Pucelle. J'emploie ce mot dans ma traduction avec les sens qu'il avait an moyen âge, de femme non mariée et de suivante.
142 LES MABINOftION.
tre avec le secours des deux pucelles. J'entends le tumulte de gens qui arrivent. » — « Volontiers, » répondit-elle. Elle le revêtit avec empressement d'une armure complète. « As-tu fini, » dit Gwydyon à Aranrot, « d'armer ce jeune homme? » — « C'est fait, )) répondit-elle. — « J'ai fini moi aussi. Tirons maintenant nos armures ; nous n'en avons plus besoin. » — « Oh! pourquoi? Voici la flotte autour de la maison. » — « Non, femme, il n'y a pas la moindre flotte. » — « Que signifiait donc toute cette levée? » — « C'était pour rompre le sort que tu as jeté sur ce jeune homme et lui procurer des armes, et il en a eu sans que tu aies droit à des remerciements. » — « Par moi et Dieu, tu es un méchant homme. Il se pourrait que bien des jeunes gens perdissent la vie à cause de la levée que tu as occasionnée dans ce cantrev aujourd'hui. Je jure que ce jeune homme aura pour destinée de n*avoir jamais une femme de la race qui peuple cette terre en ce moment. » — « En vérité, » dit-il, « tu as toujours été une femme de rien, que personne ne devrait soutenir. Il aura une femme quand môme. »
Ils se rendirent auprès de Math, fils de Mathonwy, et se plaignirent d'Aranrot avec la plus grande insistance. Gwydyon lui apprit comment il avait procuré une armure au jeune homme. « Eh bien, » dit Math, « cherchons, au moyen de notre magie et de nos charmes à tous les deux, à lui faire sortir une femme des fleurs. » Il avait alors
la stature d'un homme et c'était bien le jeune homme le plus accompli qu'on eût jamais vu. Ils réunirent alors les fleurs du chêne, celles du genêt et de la reine des prés, et, par leurs charmes, ils en formèrent la pucelle la plus belle et la [plus parfaite du monde. On la baptisa suivant les rites d'alors et on la nomma Blodeuwedd (aspect, visage de fleurs) (1). Lorsqu'ils eurent couché ensemble, pendant le festin Gwydyon dit : « Il n'est pas facile de s'entretenir sans domaines. » — « Eh bien, « répondit Math, « je lui donnerai le meilleur cantrev qu'un jeune homme puisse avoir. » — « Quel cantrev, seigneur? » — « Celui de Dinodig. » (Ce cantrev porte aujourd'hui les noms d'Eiwynydd et Ardudwy) (2). On lui bâtit une cour à l'endroit qu'on appelle Mur y Castell (3), sur
(1) Blodeuwedd, v. la note à la page 161.
(2) Cette phrase paraît une glose introduite dans le texte. Au treizième siècle encore , parmi les cantrevs de l'Arvon, on donne le cantrev de Dunodig avec les deux kymmwd d'Eivionydd et d'Ardudwy. Après la conquête définitive du pays de Galles et sa réorganisation par le roi Edouard I", il n'est plus question du cantrev de Dunodig; Eivionydd reste au contraire un des cymmwd dépendant du vicomte de Caernarvon; le cymmwd d'Ardudvt^y est sous la main du vicomte de Meirionydd (V. Statuts de Rothelan, Ancient laws, II, p. 708; les statuts de Rothelan, ou mieux Rhuddlan, ont été promulgués en 1284).
(3) Mur y Castell, « le mur ou rempart du Château, » appelé aussi Tomen y Mur, sur les confins d'Ardudwy, est, d'après lady Guest, à deux milles au sud de la Cynvael ou rivière de Festiniog, et à trois milles de Llyn y Morwynion, ou lac des jeunes filles, oii les pucelles de Blodeuwedd se noyèrent.
144 LES MABINOGION.
les confins d'Ardudwy. C'est là qu'il habita et régna. Tout le monde fut content et accepta avec plaisir sa domination.
Un jour, il se rendit à Kaer Dathyl pour faire visite à Math, fils de Mathonwy. Ce jour-là, Blodeuwedd se mit à se promener dans l'enceinte de la cour. Le son d'un cor se fit entendre, et aussitôt elle vit passer un cerf fatigué poursuivi par les chiens et les chasseurs. Après les chiens et les chasseurs venait toute une troupe de gens à pied. « Envoyez un valet, » dit-elle, « savoir à qui est cette troupe-là. » Un valet sortit et demanda qui ils étaient. — « La troupe de Gronw Pebyr (1), seigneur de Penllynn (2), » répondirentils. Le valet revint le lui dire. Pour Gronw, il continua à poursuivre le cerf, l'atteignit sur les bords de la rivière Kynvael et le tua. Il fut occupé à l'écorcher et à donner la curée aux chiens jusqu'à la tombée de la nuit.
Quand il vit le jour s'en aller et la nuit approcher, il se rendit à l'entrée de la cour. « Il est bien sûr, » dit Blodeuwedd, « que nous ferons mal parler de nous par ce seigneur, si nous le laissons, à une pareille heure, aller à un autre endroit sans l'inviter. » — « Assurément, princesse, » répondi-
(1) Gronw le Fort, v. p. 151 et 152, note.
(2) Penllynn était un cantrev de Meirionydd (Afyu. arch., p. 735), qui devint, par le statut de Rothelan , un cymmwd sous l'autorité du vicomte de Meirionydd {Ancient laws, II, p. 908).
rent ses gens, « il vaut mieux l'inviter. » Des messagers allèrent lui porter l'invitation. Il accepta avec plaisir et se rendit à la cour. Elle alla au devant de lui pour lui souhaiter la bienvenue et le saluer. « Princesse, » dit-il, « Dieu te récompense de ton bon accueil. » Il se désarma et ils s'assirent. Blodeuwedd le regarda et, à partir de ce moment, il n'y eut pas une place dans tout son être qui ne fut pénétrée de son amour. Il jeta lui aussi les yeux sur elle et il fut envahi par les mêmes sentiments. Il ne put lui cacher qu'il l'aimait; il le lui dit. Elle en fut toute réjouie. L'amour qu'ils avaient conçu l'un jiour l'autre fut l'unique sujet de leur entretien ce soir-là. Ils ne tardèrent guère à s'unir : cette nuit même ils couchèrent ensemble. Le lendemain, il voulut partir. « Non, assurément, » dit-elle, <( tu ne t'en iras pas d'auprès de moi cette nuit. » Ils passèrent la nuit ensemble et se concertèrent pour savoir comment ils pourraient vivre réunis. « Il n'y a qu'un moyen, » dit-il, « il faut que tu cherches à savoir de lui comment on peut lui donner la mort, et cela sous couleur de sollicitude pour lui. » Le lendemain il voulut partir. « Vraiment, » dit-elle, « je ne suis pas d'avis que tu t'en ailles d'auprès de moi aujourd'hui. » — « Puisque tel est ton avis, je ne m'en irai pas, » répondit-il, « je te ferai seulement remarquer qu'il est à craindre que le seigneur de cette cour ne revienne à la maison. » — Eh bien, demain, je te permettrai de t'en aller. » Le lende- I. 10
146 LES MABINOGION.
main , il voulut partir, et elle ne s'y opposa pas. « Rappelle-toi, » dit-il, « ce que j'ai dit; presse-le de questions, et cela, comme en plaisantant, par tendresse ; applique-toi à savoir de lui comment la mort pourrait lui venir. »
Llew Llaw Gyffes revint chez lui ce soir-là. Ils passèrent le temps en causeries , musique , festin , et, dans la nuit, allèrent coucher ensemble. Il lui adressa la parole une fois, puis une seconde, sans obtenir de réponse. « Quas-tu, » lui dit-il, « tu n'es pas bien? » — « Je réfléchis, » répondit-elle, « à une chose qui ne te viendrait jamais à l'esprit à mon sujet : je suis soucieuse en pensant à ta mort, au cas où tu t'en irais avant moi. » — « Dieu te récompense de ta ' sollicitude ; mais si Dieu lui-même ne s'en mêle, il n'est pas facile de me tuer. » — « Voudrais-tu, pour l'amour de Dieu et de moi , m'indiquer de quelle façon on pourrait le tuer? Je me souviendrai mieux que toi des précautions à prendre. » — « Volontiers. Il n'est pas facile de me tuer en me frappant : il faudrait passer une année à faire le javelot dont on se servirait et n'y travailler que pendant la messe le dimanche. » — « Est-ce sûr? » — « Bien sûr. On ne peut me tuer dans une maison , on ne le peut dehors ; on ne peut me tuer, si je suis à cheval ; on ne le peut, si je suis à pied. » — « Eh bien, de quelle façon peut-on donc te tuer? » — « Je vais te le dire : il faut me préparer un bain sur le bord d'une rivière, établir au-dessus de la cuve une claie , et ensuite
la couvrir hermétiquement, amener un bouc, le placer à côté de la cuve ; il faudrait que je misse un pied sur le dos du bouc et l'autre sur le bord de la cuve : quiconque m'atteindrait dans ces conditions , me donnerait la mort. » — « J'en rends grâces à Dieu, c'est là une chose facile à éviter. » Elle n'eut pas plutôt obtenu cette révélation qu'elle la fit parvenir à Gronw Pebyr. Gronw s'occupa de la fabrication de la lance, et, au bout de l'année, jour pour jour, elle fut prête. Il le fît savoir le jour même à Blodeuwedd. « Seigneur, » dit celle-ci à Llew, « je me demande comment pourrait se réaliser ce que tu m'as dit. Voudrais-tu |me montrer comment tu te tiendrais sur le bord de la cuve et sur le bouc, après que j'aurais moi-même préparé le bain? » — « Je te le montrerai, » répondit-il. Elle envoya vers Gronw et l'avertit de se tenir à l'abri de la colline qu'on appelle maintenant Brynn Kyvergyr (i) sur les bords de la rivière de Kynvael. Elle fît rassembler tout ce qu'elle trouva de chèA^es dans le cantrev et les amena de l'autre côté de la rivière, en face de Brynn Kyvergyr.
Le lendemain, elle dit à Llew : « Seigneur, j'ai fait préparer la claie et le bain : ils sont prêts. » — « C'est bien, » répondit-il, « allons voir. » Ils allèrent voir le bain. « Veux-tu aller dans le bain, seigneur, » dit-elle? — « Volontiers, » répondit-il. Il y alla et prit son bain. « Seigneur, » dit-elle,
(1) Brynn Kyvergyr ou la colline de la rencontre, du combat.
148 LES MABINOGION.
(( voici les animaux que tu as dit s'appeler boucs. » — « Eh bien, » répondit-il, « fais en prendre un et fais-le amener ici. » On amena le bouc. Llew sortit du bain , mit ses chausses et posa un pied sur le bord de la cuve, et l'autre sur le dos du bouc. Gronw se leva alors, à l'abri de la colline qu'on appelle Brynn Kyvergyr, et, appuyé sur un genou; il le frappa de la lance empoisonnée, et l'atteignit si violemment dans le flanc, que la hampe sauta, et que le fer resta dans le corps. Llew s'envola sous la forme d'un oiseau en jetant un cri effrayant, et on ne le revit plus.
Aussitôt qu'il eut disparu, ils se rendirent, eux, à la cour, et, cette nuit même, couchèrent ensemble. Le lendemain, Gronw se leva et prit possession d'Ardudwy. Après s'en être rendu maître, il le gouverna et devint seigneur d'Ardudwy et de Penllyn. L'histoire parvint aux oreilles de Math, fils de Mathonwy. Math en conçut profonde douleur et grand chagrin, et Gwydyon beaucoup plus encore. « Seigneur, » dit Gwydyon, « je ne prendrai jamais de repos avant d'avoir eu des nouvelles de mon neveu. » — « Bien, » dit Math, « Dieu te soit en aide. » Il partit et se mit à parcourir le pays; il erra à travers Gwynedd et Powys d'un bout à l'autre. Ensuite il se rendit en Arvon, et arriva à la maison d'un serf qui habitait le maenanyr de Pennardd. Il descendit chez lui et y passa la nuit. Le maître de la maison et les gens de sa famille rentrèrent. Le porcher arriva le dernier. Le
maître lui dit : « Valet, ta truie est-elle rentrée ce soir? » — « Oui, » répondit-il; « en ce moment elle est venue rejoindre les porcs. » — « Quel trajet fait donc cette truie , » demanda Gwydyon? — « Tous les jours, aussitôt qu'on ouvre l'écurie, elle sort et on ne la voit plus ; on ne sait quel chemin elle a pris, pas plus que si elle allait sous terre! » — « Voudrais-tu, » reprit Gwydyon, « me faire le plaisir de ne pas ouvrir la porte de l'écurie avant que je ne sois avec toi à côté? » — « Volontiers. » Ils allèrent se coucher.
Au point du jour, le porcher se leva et réveilla Gwydyon. Il se leva, s'habilla, alla avec le porcher, et se tint auprès de l'écurie. Le porcher ouvrit la porte; au même moment, la truie s'élança dehors et se mit à marcher d'une allure vigoureuse. Gwydyon la suivit. Elle prit sa course en remontant le cours de la rivière, se dirigea vers le vallon qu'on appelle maintenant Nant y Llew (le ravin de Llew ou du Lion) ; là, elle s'arrêta et se mit à paître. Gwydyon vint sous l'arbre et regarda ce que mangeait la truie. Il vit que c'étaient de la chair pourrie et des vers. Il leva les yeux vers le haut de l'arbre et aperçut un aigle au sommet. A chaque fois que l'aigle se secouait, il laissait tomber des vers et de la chair en décomposition que mangeait la truie. Gwydyon pensa que l'aigle n'était pas autre que Llew, et chanta cet englyn :
Chêne qui pousse entre deux glens , l'air et le vallon sont
sombres et agités : si je ne me trompe, ces débris décomposés sont ceux de Llew (1).
L'aigle se laissa aller jusqu'au milieu de l'arbre. Gwydyon chanta un second englyn :
Chêne qui pousse sur cette terre élevée , que la pluie ne peut plus mouiller, qui ne s'amollit plus, qui a supporté cent quatrevingts tempêtes : à son sommet est Llew Llaw Gyffes.
L'aigle se laissa aller jusque sur la branche la plus basse de l'arbre. Gwydyon chanta un troisième englyn :
Chêne qui pousse sur la pente ; si je ne me trompe, Lew viendra dans mon giron.
L'aigle se laissa tomber sur les genoux de Gwydyon. D'un coup de sa baguette enchantée, Gwydyon lui rendit sa forme naturelle. On n'avait jamais vu quelqu'un présentant plus triste aspect : il n'avait que la peau et les os.
Gwydyon se rendit avec lui à Kaer Dathyl. On amena, pour le soigner, tout ce qu'on put trouver de bons médecins en Gwynedd. Avant la fln de l'année , il était complètement rétabli. « Seigneur, » dit-il alors à Math, fils de Mathonwy, « il est temps que j'aie satisfaction de l'homme dont j'ai eu souffrance. » — « Assurément, » répondit Math, « il ne peut se maintenir sans te ren-
(1) V. notes critiques.
dre satisfaction. » — « Le plus tôt que j'obtiendrai satisfaction sera le mieux pour moi. »
Ils levèrent les troupes de Gwynedd et marchèrent sur Ardudw^'. Gwydyon, qui était à leur tête, se dirigea sur Mur y Castell. Blodeuwedd, à la nouvelle de leur approche, prit ses suivantes avec elle, et se dirigea , à travers la rivière de Kynvael, vers une cour située sur la montagne. Leur terreur était telle qu'elles ne pouvaient marcher qu'à reculons; elles tombèrent ainsi dans l'eau sans le savoir, et se noyèrent toutes à l'exception de Blodeuwedd. Gwydyon l'atteignit alors, et lui dit : « Je ne te tuerai pas, je ferai pis. Je te laisserai aller sous la forme d'un oiseau. Pour te punir de la honte que tu as faite à Llew Llaw Gyjïes , tu n'oseras jamais montrer ta face à la lumière du jour , par crainte de tous les autres oiseaux. Leur instinct les poussera à te frapper, à te traiter avec mépris partout où ils te trouveront. Tu ne perdras pas ton nom, on t'appellera toujours Blodeuwedd. » On appelle en effet le hibou Blodeuwedd , aujourd'hui encore (1). C'est ainsi que le hibou est devenu un objet de haine pour tous les oiseaux.
(1) Cette tradition fait le sujet d'un poème de Dafydd ab Gwilym , connu sous le titre de Achau y Dylluan , ou la généalogie du hibou. Le poète lui demande son nom ; l'oiseau lui répond qu'on l'a appelée Blodeuwedd , et qu'elle était fille d'un seigneur de Mon. « Qui t'a métamorphosée ? » reprend le poète. — « C'est Gwydyon, fils de Don, des abords de Gonwy, qui , avec sa baguette magique , — il n'y en a plus eu de son espèce, — m'a
152 LES MABINOGION.
Gronw Pebyr, lui, retourna à Penliynn, d'où il envoya une ambassade à Llew Llaw Gyffes pour lui demander s'il voulait, pour prix de son outrage, terre, domaines, or ou argent. « Je n'accepte pas, » répondit-il, « j'en atteste Dieu. Le moins que je puisse accepter de lui , c'est qu'il se rende à l'endroit où je me trouvais quand il me donna le coup de lance , tandis que moi je serai à la même place que lui, et qu'il me laisse le frapper d'un coup de lance. C'est la moindre satisfaction que je puisse accepter. » On en informa Gronw Pebyr. « Eh bien, » dit-il, « je suis bien forcé de le faire. Nobles fidèles, gens de ma famille, mes frères de lait, y a-t-il quelqu'un de vous qui veuille recevoir le coup à ma place? » — « Non pas, » répondirent-ils. C'est à cause de cela, parce qu'ils ont refusé de souffrir un coup à la place de leur seigneur, qu'on n'a cessé de les appeler depuis, la troisième famille déloyale (1). « Eh bien , » dit-il , « c'est donc moi qui le supporterai. » -
fait passer de ma beauté dans le triste état où tu me vois, m'accusant d'avoir aimé, soleil éclatant d'une race brillante, Goronwy, le jeune homme vigoureux (Pefr, peut-être le fils vigoureux de Gronw Hir, le texte n'est pas sûr à ce vers), le seigneur de Penliynn, le beau, le grand » (2° éd., p. 258.)
(1) Les trois principales familles ou tribus déloyales de l'île de Bretagne sont : la famille de Gronw Pevyr de Penliynn, dont les hommes refusèrent à leur seigneur de le remplacer en face de la lance empoisonnée de Llew Llavrgyffes; la tribu de Gwrgi et de Peredur, qui abandonna ses seigneurs à Kaer Greu , lorsqu'ils avaient rendez-vous de combat le lendemain avec Edin Glingawr
Ils se rendirent tous les deux sur les bords de la rivière de Kynvael. Gronw se tint à l'endroit où était Llew Llaw Gyffes quand il le frappa, tandis que Llew occupait sa place. Gronw Pebyr dit alors à Llew : « Seigneur comme c'est par les artifices pervers d'une femme que j'ai été amené à ce que j'ai fait, je te prie, au nom de Dieu, de me laisser mettre entre moi et le coup, cette pierre plate que j'aperçois sur le bord de la rivière. » — « Je ne refuserai pas cela, assurément, » répondit Llew. — « Dieu te le rende. » Gronw^ prit la pierre et la tint entre lui et le coup. Llew darda sa lance, traversa la pierre de part en part , et Gronw lui-même, au point qu'il lui rompit le dos. Ainsi fut tué Gronw Pebyr. Il y a encore là, sur le bord de la rivière de Kynvael , une pierre percée d'un trou ; et , en souvenir de ce fait, on l'appelle encore aujourd'hui
(ou au genou de géant) : ils furent tués tous les deux; la troisième, la tribu d'Alan Fergan , qui abandonna en secret son seigneur sur la route de Camlan ; le nombre des combattants de chaque famille était de cent vingt hommes {Triades Mab., p. 305 , 1. 13). Les Triades de Skene (II, p. 461) mentionnent que Llew se trouvait à Lechoronwy, ou la pierre de Goronwy, à Blaenn Kynvael, ou au sommet, vers la source de la Cynvael. On y lit aussi Alan Fyrgan; les Triades de Rhys-Evans ont Ar lan Fergan, faute évidente du scribe pour Alan Fergan. Dans le mabinogi de Kulhv(rch, il est fait mention d'un Isperyn, fils de Fergan, roi du Llydaw ou Bretagne armoricaine. Alain Fergant ou Fergent est Alain VI, qui régna en Bretagne de 1084 à 1119. Parmi les Alan de Bretagne , les plus célèbres sont Alain le Grand (877-907) et Alain Barbe-Torte, qui revint de Grande-Bretagne pour écraser définitivement les Normands (937-952).
154 LES MABINOaiON.
Llech Gronw (1). Llew Llaw Gyffes reprit possession du pays, et le gouverna heureusement. D'après ce que dit le récit, il devint ensuite seigneur de Gwynedd. Ainsi se termine cette branche du Mabinogi.
(1) Llech Gronw ou « la pierre plate de Gronw. »
Le songe de Maxen
Voici le songe de Maxen Wledic, Maxen Wledic (1) était empereur à Ruvein (Rome)
(1) Le Maxen de ce récit est un personnage imaginaire; mais sa physionomie est formée de traits empruntés à des personnages historiques. Ce nom est un souvenir littéraire mais non populaire de Maxentius, l'adversaire de Constantin le Grand, tué en 313. Il y a peut-être aussi un vague ressouvenir de Magnentius, qui aspira à l'empire et périt en 353 ; il était Breton par son père (Zonaras, XIII, 6, d'ap. Pétrie, Mon. hist. brit.). Le mariage avec Hélène est un trait de la vie de Constance, père de Constantin. L'expédition des troupes bretonnes , leur établissement dans le Llydaw sont le fait du Maxime de Nennius (XXIII) et du Maximianus de Gaufrei de Monmouth (V, 5, 9, 10, 11, \1, 13, 15, 16 ; VI, 2, 4 ; IX, 16; XII, 5).
Les traits du Maxime de l'histoire ne sont pas du tout ceux du personnage de la légende. Il est d'origine espagnole, repousse en Bretagne une attaque des Pietés et des Scots, est proclamé empereur par les légions, passe en Gaule, prend et tue Gratien à Lyon et est défait et tué par Valentinien et Théodose à Aquilée, 483-488 (v. Aurélius Victor, c. 47, 48; Zosime, III, 35; Paul Grose, VII, 34.
156 LES MABINOGION.
C'était le plus beau et le plus sage des hommes, le mieux fait pour la dignité d'empereur de tous
35; Sozomène, Vil, 13; Prosper d'Aquitaine, aux années 383, 388 ; Prosper Tyron, à l'année 382). Paul Orose est le seul qui fasse son éloge. Gildas (X) le traite de tyran, et ajoute une remarque importante, c'est que la Bretagne, privée de soldats et de chefs par son expédition, devient par là, pour les Pietés et les Scots, une proie facile (XI). Nennius (XXII, XXIII) ajoute au récit de Gildas l'établissement des soldats bretons en Litaw (Armorique); ils tuent les hommes et conservent les femmes , après leur avoir coupé la langue , pour que leurs descendants n'aient pas d'autre langage que le leur; d'où le nom de Letewicion, semi-tacentes , donné aux Armoricains , parce qu'ils parlent confusément. Nennius décompose le mot en Let-tewicion , « qui se taisent à demi, » étymologie des plus fantaisistes (v. J. Loth, De vocis aremoricse forma atque signiflcatione. Picard, Paris, 1883). Gaufrei ajoute l'épisode de Conan Meriadec, reproduit depuis par tous les écrivains bretons armoricains (v. J. Loth, Vémigration bretonne en Armorique du cinquième au septième siècle de notre ère, Paris, Picard, 1883, Introduction, v-vii), et beaucoup de détails romanesques. Ainsi Helen, fille du roi Coel, duc de Colchester, se marie à Constance, père de Constantin. Après le départ de Constantin, Octavius, duc des Wissei (Essex), enlève le gouvernement aux princes à qui il l'avait confié. Sa fille, dont le nom n'est pas donné , est mariée à un sénateur romain , Maxen Wledic, qui était de race bretonne, étant fils de Llewelyn (Leoninus pour Leolinus), oncle d'Helen. Il est combattu par le neveu d'Octavius, Kynan Meiriadawc. La paix se fait entre eux. Kynan accompagne Maxen, et est récompensé par la royauté du Llydav?. Maxen tue Valentinien, détrône Gratien, mais est tué luimême à Rome. Ses nombreuses troupes se dispersent, et une bonne partie se réfugient en Armorique avec Kynan Meiriadawc (Cf. Brut Tysilio, Myv. arch., p. 454 et suiv.). On voit que les traits principaux du songe, malgré de notables differences , se retrouvent dans Gaufrei. Les Triades sont d'accord avec le songe : la troisième grande expédition a été emmenée de cette île par Elen Lluyddawg et Kynan son frère , seigneur de Meiria-
LE SONiJE DE MAXEN. 157
ceux qui avaient régné avant lui. Un jour qu'il tenait une conférence de rois, il dit à ses intimes : « J'ai l'intention demain d'aller à la chasse. » Le lendemain matin, il partit avec sa suite et atteignit la vallée d'une rivière qui arrive à Rome. Il chassa dans la vallée jusqu'au milieu du jour accompagné de trente-deux rois, tous portant couronne et ses vassaux. Ce n'était pas par plaisir qu'il chassait aussi longtemps ; il voulait se conduire comme un homme qui est le seigneur de tant de rois. Le soleil était haut dans le ciel au-dessus de leurs têtes, la chaleur était grande ; il fut pris de sommeil. Ses serviteurs s'arrêtèrent et dressèrent en cercle autour de lui leurs ecus en les plaçant sur la hampe de leurs lances pour le défendre du soleil. Ils lui mirent sous la tête un bouclier émaillé d'or. Ainsi dormit Maxen.
dawc jusqu'au Llydaw, où ils obtinrent des terres et des domaines de l'empereur Maxen Wledig, pour l'avoir aidé contre les Romains. Ces guerriers étaient originaires de la terre de Meiriadawc , de Seisyllwg , de Gwyr et de Gorwennydd. Pas un ne revint ; ils restèrent en Llydaw et à Ystre Gyfaelwg , oii ils dominèrent. A la suite de cette grande levée, il manqua d'hommes d'armes en Cymry, de façon que les Gwyddyl Pietés opprimèrent le pays. Gwrtheyrn Gwrthenau fut obligé d'appeler les Saxons contre eux ; mais ceux-ci , voyant la faiblesse des Cymry , s'entendirent avec les Gwyddyl Pietés et les traîtres, et enlevèrent aux Cymry leur terre et leur suprématie {Myv. arch., p. 401, 14; cf. ibid., p. 395, 5). Le nom de Maxen n'est point populaire chez les poètes gallois ; son nom est une création de lettré , ainsi que les principaux traits de sa légende. Cependant Llewis Glyn Cothi compare Davydd ab Sion à Macsen , et sa femme Gwenllian à Elen, fille d'Eudav (p. 120, v. 50).
Pendant son sommeil , il eut une vision. Il lui sembla qu'il remontait la vallée du fleuve jusqu'à sa source, puis qu'il arrivait à la montagne la plus haute du monde : elle lui paraissait aussi haute que le ciel. La montagne franchie, il traversait, de l'autre côté, les contrées les plus belles et les plus unies qu'on eût jamais vues. Il apercevait de grands fleuves se dirigeant de la montagne vers la mer. Il marchait le long des rivières vers leur embouchure. Quelque temps qu'il eût mis à voyager ainsi, il arrivait à l'embouchure d'un grand fleuve, la plus grande que l'on pût voir. Il y avait à l'embouchure une grande ville et dans la ville une grande forteresse surmontée de grandes tours en grand nombre et de différentes couleurs. Une flotte se trouvait à l'embouchure de la rivière, c'était bien la plus grande qu'on eût jamais vue. Au milieu, il vit un navire beaucoup plus beau que tous les autres. Tout ce qu'il en apercevait au-dessus des flots était composé alternativement de panneaux dorés et argentés ; un pont d'os de cétacés était jeté du navire à terre. Il traversa le pont et entra dans le navire. Les voiles s'élevèrent et le navire partit à travers la mer et les flots.
Il arriva à une île, la plus belle du monde. Après avoir traversé l'île d'une mer à l'autre et être arrivé à l'extrémité la plus éloignée, il aperçut des vallons encaissés, des précipices, des rochers élevés et très abrupts, arrosés, tels qu'il n'en avait jamais vus de pareils. De là, il aperçut dans la mer, en
face de cette terre sillonnée de ruisseaux, une île, et entre l'île et lui un pays dont la plaine était aussi longue que la (mer qui le bordait , la montagne s'étendait autant que les bois. De la montagne il voyait une rivière traverser le pays et se diriger vers la mer. A son embouchure était une grande forteresse, la plus belle qu'on eût jamais vue. La porte était ouverte ; il entra. Il aperçut une belle salle. Le toit lui parut être en or, les murs, formant cercle, en pierres précieuses étincelantes, les portes tout entières en or massif. Il y aperçut des couches (1) dorées et des tables d'argent. Sur la couche, en face de lui, étaient deux jeunes gens bruns jouant aux échecs (2). L'échiquier était en argent et les cavaliers en or; les jeunes gens étaient vêtus de paile tout noir; leur chevelure était retenue par des bandeaux d'or rouge , rehaussés de pierres précieuses étincelantes ; les rubis et les gemmes y alternaient,
(1) Couche, dans le sens qu'on lui attribuait au moyen âge; ce mot désigne quelque chose comme un divan ou canapé (Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde, IV, app.),
(2) Gwyddbwyll. C'est un jeu celtique, ressemblant beaucoup à nos échecs avec lesquels on aurait cependant tort de le confondre. Ce jeu est mentionné parmi les vingt-quatre exercices des Cymry (Myv. arch., p. 872). Chez les Irlandais, c'était aussi un jeu national (O'Curry, On the manners, II, 359; III, 165, 360, 366). Les échecs ont été connus en France aussi de bonne heure! On a un jeu d'échecs d'ivoire du temps de Charlemagne et qui passe même pour lui avoir appartenu (Viollet-le-Duc, Diet, raisonné du mob. français, II, p. 462). Le jeu d'échecs faisait partie de l'enseignement chez les anciens Irlandais (O'Curry, On the manners, II, p. 79).
loO LES MABINOGION.
sans parler des pierres impériales. Leurs pieds étaient chaussés de brodequins de cordwal neuf, fermés par des lames d'or rouge. Au pied d'une des colonnes, un homme aux cheveux blancs était assis dans une chaire (1) d'os d'éléphant ornée de deux aigles d'or rouge. Il portait aux bras des bracelets d'or, aux doigts de nombreuses bagues, au cou un collier d'or ; un bandeau d'or retenait ses cheveux : son air était imposant. Il avait devant lui un échiquier d'or avec ses cavaliers ; il tenait à la main une verge d'or et des haches d'acier avec lesquelles il taillait les cavaliers du jeu d'échecs. En face de lui était assise une jeune fille dans une chaire d'or rouge. Elle était si belle qu'il n'était pas plus facile de la regarder que le soleil dans tout son éclat. Elle portait des chemises de soie blanche fermées sur la poitrine par des agrafes d'or rouge, un surcot (2) de paile dorée, autour de la
(1) Pris dans le sens qu'il avait au moyen âge de chaise avec bras.
(2) Avant le treizième siècle, la chemise ou chainse est une tunique de dessous; celle de dessus s'appelait bliaud; mais, au treizième siècle, la chainse devient une véritable chemise. Elle a pour équivalent une première robe appelée cotte ; la robe de dessus s'appelle surcot (Quicherat, Le costume en France, pages 138, 180). Le surcot était aussi un vêtement qu'on passait sur la robe quand on voulait sortir de chez soi. Le surcot ouvert remplaçait, pour le repas, nos serviettes ; on le passait sur la tunique avant de s'asseoir à table et de se laver. Il était ordinairement fourni par le maître de la maison (Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde, IV, page 214), Surcot a ici le premier sens.
LK SO.NTtE de MAXEX. |qj
tele un bandeau d'oi- rouge rehaussé de rubis, de gemmes alternant avec des perles, et de pierres impériales; sa ceinture était d'or rouge. Il n'y avait pas une créature offrant un plus beau coupld'œil La jeune fille se leva de sa chaire à son approche Il lui jeta les bras autour du cou ,1), et ils s'assi rent tous les deux dans la chaire dor qui ne parut pas plus étroite pour eux que pour la pucelle toute seule ; il avait les bras autour du cou de la jeune fille et sa joue contre la sienne, quand il fut tiré de son sommeil : les chiens faisaient rage contre leurs laisses, les ecus se heurtaient, les hampes des lances s'entrechoquaient, les chevaux hennissaient et piaffaient.
Une fois réveillé, l'empereur n'eut plus ni vie 111 repos au souvenir de la pucelle qu'il avait vue en songe. Il n'y avait pas en lui une jointure dos, un point à l'intérieur d'un ongle, et à plus forte raison endroit plus considérable, qui ne fut entièrement pénétré de l'amour de la jeune fille. Les gens de sa maison lui dirent : « Seigneur, il est plus que temps pour toi de manger. ,, L'empereur remonta alors sur son palefroi et se dirigea vers Rome, plus triste que jamais homme ne l'avait paru. Il resta ainsi toute la semaine ; si les oens de sa maison allaient boire vin et hydromel dans
(1) C'était , semble-t-il , la façon d'embrasser des Celtes. C'est ams. que s embrassent les deux héros irlandais Ferdiaidh et Cuchulain (0 Curry, On the manners, I, p. 305)
162 LES MABINOGION.
des vases d'or, il restait à lecart ; allaient-ils écouter de la musique ou des récits amusants, il ne les accompagnait point. Il n'aimait qu'une seule chose, dormir. Aussi souvent qu'il s'endormait, il voyait en songe la femme qu'il aimait le plus. Quand il était éveillé, il n'y avait pas trace d'elle : il ne savait au monde où elle était.
Le valet attaché à la chambre lui dit un jour : « Seigneur, tous tes hommes se plaignent de toi. » — « Pourquoi donc, » répondit l'empereur. — « Parce qu'ils n'obtiennent de toi ni mission ni réponse , comme les vassaux ont l'habitude d'en avoir de leur seigneur. Voilà la cause des plaintes qui s'élèvent contre toi. » — « Eh bien! valet, » dit l'empereur. (( amène autour de moi les sages de Rome et je dirai pourquoi je suis triste. » On réunit les sages de Rome autour de l'empereur. Il leur dit : « Sages de Romes , j'ai eu un songe, et dans ce songe, j'ai vu une jeune fille. Je n'ai plus ni vie ni repos à cause d'elle. » — « Seigneur, » repondirent-ils, « puisque tu as jugé à propos de nous consulter, nous allons te donner un conseil. Nous sommes d'avis que tu envoies des messagers pendant trois ans dans les trois parties du monde pour chercher l'objet de ton songe. Comme tu ne sais ni quel jour ni quelle nuit tu recevras des nouvelles, tu seras toujours soutenu par cet espoir. >)
Les messagers se mirent à errer à travers le monde et à chercher des nouvelles de la jeune
fille pendant toute une année. Quand ils revinrent au bout de l'année, ils ne savaient rien de plus que le jour où ils étaient partis. L'empereur s'attrista en pensant que, vraisemblablement, il n'aurait jamais de nouvelles de la femme qu'il aimait le plus. Le roi de Romani dit alors à l'empereur : « Seigneur, va chasser dans la direction où il t'a semblé aller; vois si c'est à l'orient ou à l'occident. » L'empereur partit pour la chasse et arriva sur les bords de la rivière. « Voici, » dit-il, « où j'étais quand j'eus cette vision. Je marchais en remontant la rivière vers l'occident. » Aussitôt treize hommes se mirent en route comme messagers de l'empereur.
Devant [eux, ils aperçurent une grande montagne qui leur semblait s'élever jusqu'au ciel. Voici dans quel attirail marchaient les messagers : chacun d'eux portait sur sa cape , par devant , une manche (1), comme insigne d'ambassadeurs, pour qu'on ne les inquiétât pas dans les pays en guerre qu'ils auraient à traverser. Après avoir franchi cette montagne , ils eurent devant les yeux de grandes contrées au terrain uni , traversées par de grands fleuves. « Voilà, » dirent-ils, « le pays qu'a traversé notre seigneur. » Ils se dirigèrent le long
(1) La manche, à cette époque, était cette longue bande de soie qui pendait en ccharpe au bras des dames de haut rang. Lancelot, dans le roman qui porte son nom, attache la manche de la reine sur son heaume en forme d'aigrette (Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde, V, p. 334).
164 LES MABINOGION.
des rivières , vers leur embouchure , jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à un grand fleuve qu'ils voyaient couler vers la mer ; une grande ville était à l'embouchure du fleuve, et dans la ville une grande forteresse surmontée de grandes tours de couleurs variées. A l'embouchure était une flotte, la plus grande du monde , et , au milieu , un navire plus grand que tous les autres. « Voilà bien , encore, » dirent-ils, « ce que notre seigneur a vu en songe. » Ils traversèrent la mer sur ce grand navire et arrivèrent dans l'île de Bretagne. Ils la traversèrent jusqu'à l'Eryri (1). « Voici bien encore, » direntils , « la terre sillonnée d'eau qu'a vue notre seigneur en rêve. »
Ils s'avancèrent jusqu'à ce qu'ils aperçurent Mon (Anglesey) en face et qu'ils eurent aussi sous les yeux Arvon. « Voici bien, » dirent-ils, « la terre qu'a vue en songe notre seigneur. » Aber Sein (2) leur apparut ainsi que le fort à l'embouchure de la rivière. La porte du fort était ouverte; ils entrèrent, et, à l'intérieur , ils virent une salle. « Voilà bif'u, » dirent-ils, « la salle qu'il a vue en songe. »
(1) Erijri , nom que l'on donne aujourd'hui encore à la chaîne de montagnes dont le plus haut sommet est connu sous le nom anglais de Snowdon, en gallois, Y Wyddva, « tumulus funéraire ou endroit en vue. » Ce nom Eryri se trouve, pour la première fois, dans Nennius {In montibus Heriri, id est, Snaudun anglice Hist., XLI).
(2) Aber Sein, l'embouchure de la Seint, rivière de Caernarvon. V. la note .3 à la page 80.
Ils entrèrent: les deuxjeunesgensjouaient aux échecs assis sur une couche d'or; l'homme aux cheveux blancs était assis au pied de la colonne , dans une chaire d'or, en train de tailler les cavaliers du jeu d'échecs; la jeune fille était assise dans sa chaire d'or rouge. Les envoyés tombèrent à genoux devant elle. « Impératrice de Rome, » dirent-ils, « salut! » — « Seigneurs, » répondit la jeune fllle, « vous avez l'aspect de gens de marque et des insignes d'ambassadeurs : que signifie cette moquerie à mon adresse? » — « Il n'y a pas là, princesse, la moindre moquerie. L'empereur de Rome t'a vue en songe. Il n'a depuis, à cause de toi, ni vie, ni repos. Nous te laissons donc le choix, princesse : ou tu viendras avec nous pour qu'on te fasse impératrice à Rome, ou l'empereur viendra ici lui-même te prendre pour femme. » — « Gentilshommes, je ne veux pas mettre en doute ce que vous me dites , ni y ajouter trop de foi non plus. Seulement, si l'empereur m'aime, qu'il vienne me chercher ici. »
Les messagers s'en retournèrent en marchant nuit et jour. Lorsque les chevaux faiblissaient , ils en achetaient d'autres. En arrivant à Rome, ils allèrent saluer l'empereur en demandant leur récompense. Ils eurent ce qu'ils demandèrent. « Nous te guiderons, seigneur, » dirent-ils, « par mer et par terre, jusqu'à l'endroit où se trouve la femme que tu aimes le plus. Nous savons son nom, ses attaches de famille et son extraction. » L'em-
J6H LES MABINOGION.
pereur partit immédiatement avec ses troupes, avec ces hommes pour guides. Ils se rendirent dans l'ile de Bretagne à travers la mer et les flots. Il conquit l'île sur Beli , fils de Manogan , et sur ses fils. Il les envoya par mer et s'avança, lui, jusqu'en Arvon. L'empereur reconnut le pays en le voyant. En apercevant le fort d'Aber Sein : « Voilà, » dit-il, « le fort où j'ai vu la femme que j'aime le plus. » Il marcha droit au fort et à la salle il). Il y vit Kynan (2). fils d'Eudav, et Adeon, fils d'Eudav, jouant aux échecs; Eudav. fils de Karadawc, assis dans une chaire d'ivoire, en train de tailler les cavaliers du jeu d'échecs. La pucelle qu'il avait vue en songe était assise dans une chaire d'or. « Impératrice de Rome, » dit-il, « salut ! » L'empereur lui jeta les bras autour du cou, et, cette nuit-là même, il coucha avec elle.
Le lendemain, la jeune fille lui demanda son présent conjugal [Agweddï] (3) en retour de sa virginité. Il lui demanda ce Qu'elle désirait. Elle demanda l'île
(1) Comme dans les romans français, dans les Mabinogion , la salle est destinée aux réunions , aux réceptions publiques ; la chambre ou ystavell à la vie intime (V. Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde, V, 61).
(2) Kynan, armor. Cunan, Conan , v. la note à Maxen, p. 155. Les chroniqueurs gallois n'ont pas manqué de faire d'Eudav, Octavius , ce qui est phonétiquement et de tous points impossible.
(3) Agweddi n'a pas ordinairement ce sens ; il a plutôt le sens de dot (Ancient laws, I, p. '223, 73; 254, 16; dans les Leges wallU cae le mot est glosé par dos. Ancient laws , II, p. 791 , 41). V. la note 2 à la page 73, et le Mab. de Kulhwch.
de Bretagne pour son père depuis la mer Rudd (la Manche^ (1) jusqu'à la mer d'Iwerddon , et les trois principales lies adjacentes (2) pour les tenir sous l'empereur de Rome, et trois forteresses à bâtir, à son gré, dans l'endroit qu'elle choisirait. Elle choisit un emplacement pour sa première forteresse la plus élevée en Arvon (3). On y apporta de la terre de Rome pour qu'il fût plus sain pour l'empereur d'y dormir, de s'y asseoir et de s'y promener. Ensuite on lui bâtit deux autres forteresses, l'une à Kaer Llion (4). l'autre à Kaer Vyrd-
(1) Mor Rudd , habituellement mor Udd . la Manche : 0 for ud hyd for Iwerdon , depuis la mer Udd jusqu'à la mer d'Irlande (Cyndelw, XII" s.), Myv arch., p. 153, col. 2); O for Udd i for Iwerddon, Myv. arch., p. 318, col. 2; mor Udd, Llewis Glyn Cothi, p. ill, 22). Cette mer porte, en irlandais, le nom de Muir n-icht, qui n'est pas réductible au nom gallois. En revanche, Icht peut faire supposer que le Porlus Ittius pourrait bien être Ictius, comme l'a conjecturé avec raison M. Rhys {Celtic Bintain, 2* éd., p. 299).
(2) D'après Nennius. , Hint. . II, ce sont Wight, Man et Ore (Orcania insula); cf. Triades Mab., 309, 7). Une Triade nous fournit à ce sujet des explications ; Anglesey (Mon) se serait détachée plus tard du continent ; Ore se serait brisée en plusieurs îles et aurait créé ainsi l'archipel des Orcades [Myv. arch. , 407, col. 2).
(3) Caernarvon signifie le fort ou la citadelle en Arvon.
(4) Caer Llion vient de Castra Legionum; il s'agit de Caerlleon sur Wysc ou Usk, et non de Caerlleon du Nord ou Chester, appelée encore aujourd'hui par les Gallois Caer (Castra). Sur le séjour dos légions sur ces deux points, v. Hûbner, hiscript. Brit. ia/., XVII, XII, et son travail : Das rômische heer in Britannien. Berlin, 1881, paru dans VHermes, t. XVI.
168 LES MABINOCtION.
din (1). Un j(3ui' l'empereur s'en alla chasser à Kaervyrddin et s'avança jusqu'au sommet de Brevi Vawr i2). Là, l'empereur fit tendre son pavillon , et l'endroit porte encore aujourd'hui le nom de Kadeir Vaxen (chaire de Maxen) (3). Kaervyrddin est ainsi appelée parce qu'elle a été bâtie par une myriade d'hommes. Alors Elen eut l'idée de faire faire des grandes routes de chaque ville forte à l'autre à travers l'île de Bretagne. Les routes furent faites et on les appelle les chemins d'Elen Lluyddawc (la conductrice d'armées) (4) , parce qu'elle
(1) Mijrddin vient do Maridunum, ville des Demetee (Ptolémée, II, 3). Le narrateur le fait dériver du gallois myrdd, myriade.
(2) Brevi vawr, ou le grand Brevi, aujourd'hui Llanddewi Brevi , dans le Cardiganshire. Llanddewi Vach , ou le petit Llanddewi, ou Dewstow, est , dans le Monmouthshire , à quatre milles et demi de Chepstow.
(3) Kadeir Vaxen ou la chaire de Maxen. Plusieurs autres lieux élevés portent ce nom de Cadeir ; il y a aussi des collines en Armorique ainsi désignées [Cador ou vannelais Cadoer).
(4) Lluyddawc, dérive de llu, « armée, troupe. « Les voies romaines portent en Galles, par endroits , le nom de Sam Elen ou chaussée, chemin ferré d'Elen. V. la note à Maxen plus haut. Une Triade assez singulière , et probablement altérée , l'envoie à la tète d'une armée, avec Maxen, en Scandinavie, d'où ils ne reviennent pas [Triades Mab. , p. 298 , 9). Dafydd ab Gwilym et Llewis Glyn Cothi font des allusions à Elen. Lluyddawc pourrait bien être une traduction galloise d'itnpératrice, de chef d'année. Hélène, mère de Constantin, parait avoir été originaire de Bretagne; mais elle aurait été d'obscure naissance d'après Eutrope {Brev. hisl. Rom., X, 2). Bède, Hist. eccL, I, 8, dit que Constance a eu son fils Constantin e.x concubinu Helena, en Bretagne. C'est Gaufrei de Monmouth qui, le premier, l'a faite fille de Coel , roi de Colchester, car Henri de Huntindon ne le dit sans doute que
était originaire de Tile de Bretagne et que les gens de Tile ne se seraient jamais assemblés en pareil nombre pour personne autre qu'elle.
Les gens de Rome avaient, à cette époque, cette coutume, que, fout empereur qui séjournait en pays étranger plus de sept années de suite , par ce séjour se détrônait lui-même, et ne pouvait retourner à Rome. Ils créèrent donc un nouvel empereur. Celui-ci écrivit une lettre de menaces à Maxen. Elle ne contenait que ces mots : « Si tu viens, oui, si tu viens jamais à Rome... » La lettre et les nouvelles furent portées à Maxen , à Kaer Llion. Il envoya alors, lui aussi, une lettre à celui qui se disait empereur de Rome. Il n'y avait non plus, dans cette lettre, que les mots : « Si je vais jamais à Rome, oui, si j'y vais... » Maxen se mit alors en marche avec ses troupes vers Rome. II soumit la France , la Bourgogne , toutes les contrées sur son passage jusqu'à Rome . et vint assiéger la ville. Il l'assiégea pendant un an, sans
d'après lui {Historia Anglorum , I , p. 702, clans les Mon. hist, bril.). Le nom de Cuslennin ou Constantin a été très commun chez les Bretons. On le trouve même dans le Cart, de Redon, dans une charte de 869, sous la forme armoricaine Cuslentin. Elen et Macsen sont la souche d'une famille de saints , comme tous les personnages en vue de la légende galloise : Owain Vinddu, Ednyved, Peblic, Cystenin sont leurs enfants (lolo mss., p. 113). Trait assez curieux : une généalogie donne à Maxen , comme fils , Gwytliyv, qui paraît bien être la forme galloise de Virlor; or, Maxime avait un fils du nom de Victor {lolo mss,, p. 138).
170 LES MABINOGION.
être plus près de la prendre que le premier jour. Les frères d'Elen Lluyddawc vinrent le rejoindre avec une armée peu nombreuse, mais composée de tels guerriers, qu'elle valait mieux qu'une armée double de soldats romains. On avertit l'empereur lorsqu'on vit cette troupe s'arrêter à côté de son armée , et tendre ses pavillons. On n'avait jamais vu une armée plus belle, mieux équipée , ni pourvue d'étendards plus brillants , pour son nombre. Elen vint voir l'armée, et reconnut les étendards de ses frères. Alors, Kynan et Adeon, fils d'Eudaf, allèrent faire visite à l'empereur, qui leur fit bon accueil et les embrassa. Ils allèrent voir les Romains livrer assaut aux remparts , et Kynan dit à son frère : « Nous allons essayer de lutter contre Rome d'une façon plus habile que cela. » Ils mesurèrent, pendant la nuit, la hauteur des remparts, et envoyèrent leurs charpentiers dans les bois. Ils leur firent faire des échelles, une par quatre hommes. Elles furent prêtes. Chaque jour, à midi, les deux empereurs prenaient leur repas, et le combat cessait des deux côtés, jusqu'à ce que chacun eût fini de manger. Or, les hommes de l'île de Bretagne prirent leur repas le matin, et burent jusqu'à être échauffés de boisson. Au moment où les deux empereurs étaient allés manger, les Bretons s'avancèrent contre les remparts , y appliquèrent leurs échelles, et, en un instant, pénétrèrent, par dessus, dans l'intérieur. Avant que le nouvel empereur eût eu le temps de s'armer, ils le surprirent et le tué-
rent, ainsi que beaucoup d'autres. Ils passèrent trois jours et trois nuits à soumettre les hommes qui se trouvaient dans la forteresse, et à s'emparer du château. Une partie d'entre eux étaient occupés à défendre l'accès des remparts contre tout soldat de l'armée de Maxen, jusqu'à ce qu'ils eussent fini de soumettre tout le monde à leur gré.
Maxen dit alors à Elen Lhuyddawc : « Je suis fort étonné que ce ne soit pas pour moi que tes frères ont conquis cette ville. » — « Seigneur empereur, » répondit-elle, « mes frères sont les hommes les plus sages du monde. Va-t-en toi-même réclamer la ville. Si ce sont eux qui l'ont en leur pouvoir, ils te la donneront volontiers. » L'empereur et Elen allèrent demander la ville. Les deux frères dirent alors à l'empereur qu'il ne devait la conquête de la ville et sa reddition qu'aux hommes de l'île de Bretagne. Aussitôt s'ouvrirent les portes de la ville de Rome. L'empereur alla s'asseoir sur son trône, et tous les Romains lui prêtèrent hommage.
L'empereur dit alors à Kynan et à Adeon : « Seigneurs, j'ai recouvré entièrement mon empire. Cette armée-ci, je vous la donne pour soumettre avec elle la partie du monde que vous voudrez. » Ils se mirent en marche, et soumirent des pays, des châteaux-forts et des cités fortifiées. Ils tuaient les honnnes, mais laissaient vivre les femmes. Ils continuèrent jusqu'à ce que les jeunes gens qui étaient venus avec eux fussent des hommes à cheveux
172 LES MABIiNOGION.
gris , tant ils avaient passé de temps à ces conquêtes ! Kynan dit alors à Adeon son frère : « Que préfères-tu? Rester dans ce pays, ou retourner dans ta patrie? » Il préféra retourner dans sa patrie, et beaucoup d'autres avec lui, Kynan resta dans le pays avec les autres et s'y fixa. Ils décidèrent de couper la langue à toutes les femmes pour éviter de corrompre leur langage. C'est parce que les femmes cessèrent de parler qu'on appela le pays de Brytaen (1), Llydaw. C'est alors que le langage de ce pays vint en grande partie de l'île de Bretagne, et qu'il en vient encore. Ce récit s'appelle le Songe de Maxen Wledic, empereur de Rome. C'est ici qu'il se termine.
(1) Le texte porte : c'est parce que les femmes... qu'on appelle les hommes du Llydaw Brytaen, ce qui est absurde. C'est un souvenir de Nennius; v. la note à la page 156, et la note critique.
LLUDD et LLEVELYS
Voici l'aventure de Lludd et Llevelys.
Beli le Grand , fils de Manogan , eut trois fils : Lludd, Kasswallawn et Nynnyaw (1) ; suivant l'histoire (2), il en eut même un quatrième, Llevelys.
(1) Voir la note sur Bran, p, 65, note 2; sur Llyr, p, 67, n. 2; sur Beli, p. 68, note 2 ; sur Caswallawn, p. 92, note 1. V. aussi la note à Lludd Llaw Ereint, dans le mab. de Kulhwch et Olwen, plus bas. Nynniaw est moins connu. D'après Gaufrei de Monmouth , il a eu une querelle avec son frère Lludd. Un poète du treizième siècle, Llywelj^n, fait allusion aux relations amicales de Lludd et Llevelys {Myv. arch., p. 247, col. 1). Taliesin mentionne aussi l'Ymarwar de Lludd et Llevelys (Skene II, p. 214, V. 9). La légende n'est pas d'accord avec Gaufrei sur le nombre des enfants de Beli; Taliesin parle de sept fils (Skene, II, p. 202, V. 9 et 10).
(2) L'historia est ici le Brut Tysilio ou le Brut Gruffydd ab Arthur; le Brut Tysilio lui donne nettement quatre fils ; le Brut Gr. ab Arthur est moins net; après avoir nommé Llud, Caswallawn et Nynnyaw, il ajoute : et, comme le disent certains historiens, il
174 LES MABINOGION.
Après la mort de Beli, le royaume de Bretagne revint à Lludd , son fils aîné. Il le gouverna d'une façon prospère, renouvela les murailles de Llundein et les entoura de tours innombrables. Puis il ordonna à tous les citoyens d'y bâtir des maisons telles qu'il n'y en eût pas d'aussi hautes dans les autres royaumes. C'était aussi un bon guerrier ; il était généreux, distribuant largement nourriture et boisson à tous ceux qui en demandaient. Quoiqu'il possédât beaucoup de villes et de cités fortifiées, c'était celle-là qu'il préférait ; il y passait la plus grande partie de l'année. C'est pourquoi on l'a appelée Kaer Ludd (1); à la fin, elle s'est appelée Kaer Lundein ; c'est après qu'elle eut été envahie par une nation étrangère qu'elle prit ce nom de Llundein ou de Llwndrys. Celui de tous ses frères qu'il aimait le mieux c'était Llevelys , parce que c'était un homme prudent et sage.
Llevelys ayant appris que le roi de France était mort sans autre héritier qu'une fille et qu'il avait laissé tous ses domaines entre ses mains , vint trouver son frère Lludd pour lui demander conseil et appui ; il songeait moins à son propre intérêt qu'à l'accroissement d'honneur, d'élévation et de dignité qui en résulterait pour leur race s'il pou-
en eut un quatrième Llevelys. Gaufrei ne lui en donne que trois : Lud, Cassivellaunus et Nennius (Hist., Ill, 20).
(1) Caer Ludd se trouve pour la première fois chez Gaufrei de Monmouth. Depuis, ce terme a été souvent employé par ies écrivains gallois.
LLUDD ET LLEVELYS. 175
vait aller au royaume de France demander comme femme cette jeune héritière. Son frère tomba d'accord avec lui sur-le-champ et approuva son projet. Immédiatement des navires furent équipés et remplis de chevaliers armés, et Llevelys partit pour la France. Aussitôt débarqués, ils envoyèrent des messagers aux nobles de France pour leur exposer l'objet de leur expédition. Après délibération, d'un commun accord, les nobles et les chefs du pays donnèrent à Llevelys la jeune fille avec la couronne de France. Il ne cessa depuis de gouverner ses Etats avec prudence , sagesse et bonheur jusqu'à la fin de sa vie.
Un certain temps s'était déjà écoulé lorsque trois fléaux s'abattirent sur l'ile de Bretagne, tels qu'on n'en avail jamais vu de pareils (1). Le premier
(1) Ces trois fléaux sont souvent mentionnés dans les Triades. Parmi les trois bonnes cactielles figurent les dragons cachés par Lludd , fils de Bell , à l>inas Emreis ou Dinas Pharaon dans les monts Eryri {Triades Mab. , 300, 9; Skene, II, app. 464; Myv. arch., 406, 5.3. V. la note à Bran, plus haut, p. 65). Parmi les trois gormedd ou oppressions d'envahisseurs, figure colle des Corannieit; contrairement à notre récit, d'après deux triades , ils restent dans l'ilo (Myv. arch., p. 391, 41). D'après la deuxième {Myv. arch., p. 401 , 7), ils viennent du pays de Pwyl (?) et s'établissent sur les bords de l'Humber et de la mer du Nord ; ils se fondent avec les Saxons. La série de Triades à laquelle celle-ci appartient mentionne également trois usurpations ou fléaux étrangers, qui disparaissent , mais les Corranieit sont remplacés par March Malaen ou le fléau du premier de mai ; le second est le dragon de Bretagne; lo troisième, l'homme à la magie ou aux transformations magique^ {Myv. arc/i. , p. 401, 11). Pour les dragons, leur
176 LES MABIiNOGION.
était une race particulière qu'on appelait les Corannieit : tel était leur saA'^oir qu'il ne se tenait pas une conversation sur toute la surface de l'île , si bas que l'on parlât, qu'ils ne connussent, si le vent venait à la surprendre ; de sorte qu'on ne pouvait leur nuire. Le second fléau, c'était un grand cri qui se faisait entendre chaque nuit de premier mai au-dessus de chaque foyer dans l'Ile de Bretagne ; il traversait le cœur des humains et leur causait une telle frayeur que les hommes en perdaient leurs couleurs et leurs forces ; les femmes , les enfants dans leur sein ; les jeunes gens et les jeunes filles, leur raison. Animaux, arbres, terre, eaux, tout restait stérile. Voici en quoi consistait le troisième fléau : on avait beau réunir des provisions dans les cours du roi, y aurait-il eu pour un an de nourriture et de boisson , on n'en avait que ce qui se consommait la première nuit. Le premier fléau s'étalait au grand jour, mais il n'y avait personne à connaître la cause des deux autres , aussi y avait-il plus d'espoir de se débarrasser du premier que du second ou du troisième. Le roi Lludd en conçut beaucoup de souci et d'inquiétude , ne sachant comment il pourrait s'en débarrasser. Il fit venir tous les nobles de ses domaines
combat rappelle celui des dragons de Nennius, dont Gaufrai s'est visiblement inspiré (Nennius, Hist., XL-XLV) ; voyez plus bas. Les lolo mss. font chasser les Coranieid par Greidiawl Gallovydd; une partie s'en serait allée en Alban (Ecosse) , l'autre en Irlande rp. 203, 13).
LLCTDD ET LLEVELYS. 177
et leur demanda leur avis au sujet des mesures à prendre contre ces fléaux. Sur l'avis unanime de ses nobles, Lludd, fils de Beli, se décida à se rendre auprès de Llevelys , roi de France , qui était connu pour l'excellence de ses conseils et sa sagesse, afin de lui demander avis.
Ils préparèrent une flotte, et cela en secret, sans bruit , de peur que le motif de leur expédition ne fût connu des envahisseurs, ou de qui que ce fût, à l'exception du roi et des conseillers. Quand ils furent prêts, Lludd et ceux qu'il avait choisis s'embarquèrent et commencèrent à sillonner les flots dans la direction de la France. En apprenant l'approche de cette flotte, Llevelys, qui ne savait pas la cause de l'expédition de son frère , s'avança du rivage opposé à sa rencontre avec une flotte très considérable. Ce que voyant, Lludd laissa tous ses navires au large , excepté un sur lequel il monta pour venir à la rencontre de son frère. Celui-ci vint aussi au-devant de lui avec un seul navire. Aussitôt réunis , ils s'embrassèrent et se saluèrent avec une tendresse toute fraternelle. Lludd exposa à son frère le motif de son expédition; Llevelys lui répondit qu'il connaissait les raisons de son voyage dans ce pays. Ils se concertèrent pour trouver un autre mode de conversation au sujet de leurs affaires, de façon que le vent ne pût arriver à [leurs paroles et que les Corannyeit ne pussent savoir ce qu'ils diraient. Llevelys fit faire, en conséquence , une grande corne de cuivre , et c'est à I. 12
178 LES MABINOGIONa
travers cette corne qu'ils s'entretinrent. Mais quoi que pût dire l'un d'eux à l'autre , elle ne lui rapportait que des propos désagréables et de sens tout opposé. Llevelys voyant que le diable se mettait en travers et causait du trouble à travers la corne, fit verser du vin à l'intérieur , la lava et en chassa le diable par la vertu du vin.
Lorsqu'ils purent causer sans obstacle, Llevelys dit à son frère qu'il lui donnerait certains insectes dont il garderait une partie en vie afin d'en perpétuer la race pour le cas où le même fléau surviendrait une seconde fois, et dont il broierait le reste dans de l'eau. Il lui assura que c'était un bon moyen pour détruire la race des Coranyeit, voici comment :
Aussitôt arrivé dans son royaume , il réunirait dans un même plaid tout son peuple à lui, et la nation des Coranyeit, sous prétexte de faire la paix entre eux. Quand ils seraient tous réunis, il pren- (irait cette eau merveilleuse et la jetterait sur tous indistinctement. Llewelys assurait que cette eau empoisonnerait la race des Corannyeit, mais qu'elle ne tuerait, ne ferait de mal à personne de sa nation à lui. « Quant au second fléau de tes Etats, » ajouta-t-il, « c'est un dragon. Un dragon de race étrangère se bat avec lui, et cherche à le vaincre. C'est pourquoi votre dragon (i) à vous pousse un
(1) Dans le récit de Nennius , le dragon rouge représente les Bretons et le dragon blanc les Saxons. Henri VII, prince d'ori-
LLUDD ET LLEVELYS. 179
cri effrayant. Voici comment tu pourras le savoir. De retour chez toi, fais mesurer cette île de long en large : à l'endroit où tu trouveras exactement le point ce'ntral de l'île, fais creuser 'un trou, fais-y déposer une cuve pleine de l'hydromel le meilleur que l'on puisse faire, et recouvrir la cuve d'un manteau de paile. Cela fait , veille toi-même , en personne , et tu verras les dragons se battre sous la forme d'animaux effrayants. Ils finiront par appapaître dans l'air sous la forme de dragons, et, en dernier lieu, quand ils seront épuisés à la suite d'un combat effrayant et terrible, ils tomberont sur le manteau sous la forme de deux pourceaux ; ils s'enfonceront avec le manteau, et le tireront avec eux jusqu'au fond de la cuve. Alors, replie le manteau tout autour d'eux, fais-les enterrer enfermés dans un coffre de pierre, à l'endroit le plus fort de tes Etats, et cache-les bien dans la terre. Tant qu'ils seront en ce lieu fort, aucune invasion ne viendra d'ailleurs dans l'île de Bretagne. Voici la cause du troisième fléau. C'est un magicien puissant qui enlève ta nourriture , ta boisson et tes
gine galloise, portait l'étendard au dragon rouge à la bataille de Bosworth que les Gallois considèrent comme une victoire nationale pour eux et à laquelle ils ont en tout cas pris une part glorieuse. Par une singulière méprise , Brizeux a pris le dragon rouge pour l'étendard des Saxons. « Voici le dragon rouge annoncé par Merlin, » dit-il, en parlant des chemins de fer, personnifiant l'invasion de la Bretagne par la civilisation étrangère et moderne.
180 LES MABINOGION.
provisions ; par sa magie et ses charmes il fait dormir tout le monde. Aussi il te faudra veiller en personne sur les mets de tes banquets et de tes fêtes. Pour qu'il ne puisse réussir à t'endormir, aies une cuve pleine d'eau à côté de toi. Quand tu sentiras que le sommeil s'empare de toi , jette-toi dans la cuve. »
Lludd s'en retourna alors dans son pays. Aussitôt il invita à se réunir auprès de lui tout son peuple et celui des Corannieit. Suivant les instructions de Llevelys, il broya les insectes dans de l'eau, et jeta l'eau indistinctement sur tous. Immédiatement toute la tribu des Corannieit fut détruite, sans qu'aucun des Bretons éprouvât le moindre mal. Quelque temps après, Lludd fit mesurer l'île de Bretagne en long et en large. Il trouva le point central à Rytychen (Oxford). Il y fit creuser un trou, et déposer dans le trou une cuve pleine du meilleur hydromel qu'il fût possible de faire, avec un manteau de paile par dessus. Il veilla luimême en personne cette nuit-là. Pendant qu'il était ainsi aux aguets , il vit les dragons se battre. Quand ils furent fatigués et qu'ils n'en purent plus, ils descendirent sur le manteau et l'entraînèrent avec eux jusqu'au fond de la cuve. Après avoir fini de boire l'hydromel, ils s'endormirent. Pendant leur sommeil, Lludd replia le manteau autour d'eux et les enterra , enfermés dans un coffre de pierre , à l'endroit le plus sûr qu'il trouva dans les montagnes d'Eryri. On appela depuis cet endroit Diuas
LLUDD ET LLEVELYS. 181
Emreis (1); auparavant, on l'appelait Dinas Ffaraon Dandde (2). Ainsi cessa ce cri violent qui troublait tout le royaume.
Cela fait, le roi Lludd fit préparer un énorme festin. Quand tout fut prêt, il fit placer à côté de lui une cuve pleine d'eau froide , et il veilla en
(1) Dinas Emreis est une petite colline isolée au milieu des vallées du Snowdon , entre Beddgelert et Capel Curig, dans le Carnarvonshire, d'après lady Guest. « Au bout des montagnes du Snowdon , non loin de la source de la Conway , qui coule à travers cette région vers le nord , se trouve Dinas Emrys , c'est-àdire le promontoire d'Ambrosius, où Merlin, assis sur un roc, prophétisait à Vortigern » (Girald. Cambr, d'après lady Guest). Giraldus Cambr. s'inspire ici de Gaufrei de Monmouth. En effet, dans Nennius , l'enfant qui prophétise à Vortigern n'est nullement Ambrosius Merlinus ou Merlin, mais Embreis Guletic, c'estdire Ambrosius le roi ou Vimperator. Cet Ambrosius est un personnage réel, né en Bretagne, d'une famille romaine ayant porté la pourpre ; il s'appelait Ambrosius Aurelianus ou Aurelius , et lutta victorieusement contre les Saxons dans la seconde moitié du cinquième siècle (Gildas, De Excidio Brit., XXV). Nennius, qui ajoute à l'histoire la légende de l'enfant prophète , le fait aussi descendre de parents romains. Le nom d'Aurelius ou d'Aurelianus a été souvent porté après par des Bretons. Un des rois des Bretons du temps de Gildas s'appelle Aurelius Conanus. Le premier évêque de notre pays de Léon porte le nom de Paulus Aurelianus. Une commune auprès de Vannes s'appelle Mangolerian et s'appelait autrefois Macoer Aurilian ou la muraille d'Aurélien. Une villa près de Redon , au neuvième siècle , portait le nom de Ran Macoer Aurilian.
(2) Dinas Emreïs porte en effet ce nom dans certaines Triades. Voy. p. 175, note. Ici se place une phrase qui semble interpolée : El ce fui le troisième dont le cœur se brisa de douleur. Si elle a un sens, elle se rapporte à Ffaraon Dandde. Pour les autres , dont le cœur se brise, voyez p. 93. Le Brut Tysilio et le Brut Gruffydd ab Arthur n'ont pas cette phrase.
182 LES MABINOaiON.
personne à côté. Pendant qu'il était ainsi, armé de toutes pièces , vers la troisième veille de la nuit, il entendit beaucoup de récits charmants et extraordinaires, une musique variée, et il sentit qu'il ne pouvait résister au sommeil. Plutôt que de se laisser arrêter dans son projet et vaincre par le sommeil, il se jeta à plusieurs reprises à l'eau. A la fin , un homme de très grande taille , couvert d'armes lourdes et solides, entra, portant un panier, et se mit à y entasser, comme il en avait l'habitude, toutes les provisions de nourriture et de boisson. Puis il se mit en devoir de sortir avec le tout. Ce qui étonnait Lludd le plus, c'est que tant de choses pussent tenir dans le panier. Lludd se lança à sa poursuite, et lui dit : « Attends, attends. Si tu m'as fait bien des affronts et causé beaucoup de pertes, désormais tu ne le feras plus, à moins que les armes ne décident que tu es i>lus fort et plus vaillant que moi. » L'homme déposa immédiatement le panier à terre et l'attendit. Un furieux combat s'engagea entre eux : les étincelles jaillissaient de leurs armes. A la lui, Lludd le saisit; le sort voulut que la victoire lui restât ; il renversa sous lui l'oppresseur sur le sol. Vaincu par la force et la vaillance de Lludd, celui-ci lui demanda merci. « Comment, » dit le roi, « pourrais-je te donner merci, après toutes les pertes v\ les atfronts que j'ai éprouvés de ta p;u't. » — u Tout ce que je t'ai fait perdre, » répondit-il, « je saurai t'en dédommager complètement. Je ne ferai plus rien de pa-
LLUDD ET LLEVELY8. 183
reil; et je serai désormais pour toi un fidèle vassal. » Le roi accepta. C'est ainsi que Lludd débarrassa l'ile de Bretagne de ces trois fléaux. A partir de là jusqu'à la fin de sa vie, Lludd , fils de Beli, gouverna l'île de Bretagne en paix et d'une façon prospère. Ce récit est connu sous le nom de l'Aventure de Lludd et Llevelys. C'est ainsi qu'elle se termine.
KULHWCH et OLWEN
Kilydd , fils du prince Kelyddon , voulut une femme pour partager sa vie, et son choix tomba sur Goleuddydd (1), fille du prince Anllawdd (2).
(1) Goleuddydd , « jour brillant; » cf. breton gouloudeiz. Elle a été mise, par les hagiographes gallois, au nombre des saintes, et il y avait une église sous son nom à Llanysgin, en Gwent {lolo mss., p. 120).
(2) Dans les Achau saint ynys Prydain (Myu., p. 431, col. 2) ou Généalogies des saints de l'île de Bretagne, Amlawdd Wiedic est donné comme le père de Tywanwedd ou Dwywanwedd, qui fut mère de plusieurs saints, notamment de Tyvrydoc, honoré à Llandyvrydoc en Mon (Anglesey). Tyvrydoc a donné son nom, en Armorique, à Saint-Evarzec, arrondissement de Quimper, au douzième siècle Sent-Defridec , au quatorzième Saint-Tcffredeuc et Saint-Effredeuc. Le Brut Tysilio a fait de Eigr, l'Igerna de Gaufrei de Montmouth, et, d'après lui, la mère d'Arthur, une fille tVAmlawd Wiedic {Myv. arch., 2* éd., p. 461, col. 1). Ce détail ne se trouve point dans Gaufrei; il est reproduit par un ma-
186 LES MABINOGIOiN.
Quand ils furent sous le môme toit, le pays se mit à prier pour qu'ils eussent un héritier, et, grâce à ses prières, un fils leur naquit. Mais du moment où elle conçut, elle devint folle et fuit toute habitation. Quand arriva le temps de la délivrance, son bon sens lui revint. Comme elle arrivait à l'endroit où le porcher gardait un troupeau de porcs , par peur de ces animaux, elle accoucha. Le porcher prit l'enfant et le porta à la cour. On le baptisa et on lui donna le nom de Kulhwch (1) parce qu'on l'avait trouvé dans la bauge d'une truie. L'enfant cependant était de noble souche et cousin d'Arthur (2). On l'envoya à la nourrice. A la suite de
nuscrit que la Myv. déclare vieux de cinq cents ans, p. 587, et qui est une version galloise de Gaufrei (Eigyr verch Amlawd wledic ; ce manuscrit donne aussi Gorloes , forme plus correcte et plus comique que Gwrlais).
(1) Kulhwch. C'est une de ces etymologies fantaisistes, comme on en rencontre de temps en temps dans les Mabinogion , et , en général, au moyen âge. L'auteur, décomposant le mot en hul et en hwch, a vu dans hul le mot cil, « cachette, retraite, coin, ou cul étroit, » et dans hwch le mot hwch, aujourd'hui truie, mais autrefois porc en général (cf. arm., houch, « porc »).
(2) Arthur. Le nom d'Arthur n'est prononcé ni par Gildas, ni par Bède. Il figure pour la première fois chez Nennius. Suivant l'auteur de VHistoria Britonum, Arthur était chef des guerres contre les Saxons à la fin du cinquième siècle; il aurait remporté sur eux douze victoires. Dans un autre passage qui n'appartient peut-être pas à l'œuvre primitive, il est fait mention d'une chasse au monstre appelé porcum Troit, par lui et son chien Cavall. h'Historia, dans ses parties originales, date du neuvième siècle (Voir Arthur de la Borderie, Vllistoria Britonum, attribuée à Nennius. Paris, 1883; Heeger Die Trojanersage der Britten. Munich, 1887). Les
KULHWCH ET OLWEN. 187
l'événement, la mère de l'enfant, Goleuddydd , fille du prince Anllawd, tomba malade. Elle fit ve-
Annales Cambriae, dans la partie la plus ancienne, dont la rédaetion parait être du neuvième siècle , disent qu'Arthur porta la croix trois jours et trois nuits sur ses épaules , à la bataille du mont Badon, dont il est aussi question dans Gildas , et qui paraît avoir été une défaite très grave pour les Saxons. D'après ces mêmes annales , Arthur aurait péri avec son neveu et adversaire Medraut, en 537, à la bataille de Camlann. Dans VHistoria regum Britanniae de Gaufrei de Monmouth , l'histoire d'Arthur paraît singulièrement grossie : il est fils d'Uther, roi des Bretons, et d'Igerna, femme du duc de Cornouailles Gorlois ; il bat non seulement les Saxons, mais les Irlandais et les Romains; il conquiert une bonne partie de l'Europe. Son neveu Modred s'empare , en son absence, de son trône et de sa femme. Arthur réussit à le battre malgré son alliance avec les Saxons; mais il est mortellement blessé et se fait porter à l'île d'Avallon pour soigner ses blessures. C'est de là que les Bretons d'Angleterre et de France ont longtemps attendu sa venue. L'histoire de la naissance d'Arthur, des amours d'Igerna et d'Uter, renouvelées d'Ovide, coràme l'a très justement fait remarquer M. Paulin Paris (Les Romans de la Table Ronde, I, p, 48), sont dues à l'imagination de Gaufrei; sa querelle avec Medraut. sa blessure et sa retraite à Avallon appartiennent aux traditions bretonnes. Gaufrei, pour le faire fils d'Uther, a glosé peut-être le passage de Nennius, où il est dit que les Bretons l'avaient, à cause de sa passion pour la guerre, appelé Mab Uter id est tilius horribilis. Dans les Traditions galloises, les poésies, c'est un personnage souvent surnaturel; les propriétés de son épée, de son manteau , rappellent celles de certains héros de l'épopée irlandaise. Il faudrait un volume pour réunir tout ce qu'on trouve dans la littérature galloise seule sur ce héros de la race bretonne. S'il a réellement existé (ce doute eût coûté la vie, au moyen âge, en pays breton), la légende lui a, à coup sûr, attribué les traits de héros ou de demi-dieux plus anciens. (Pour plus de renseignements sur la légende d'Arthur, cf. Gaston, Paris, Hist, litt,, XXX, p. 3 et suiv. ; San-Marte, Die Arthursage. Quedlinhurg, 1842; sur les nombreuses localités qui ont porté le
188 LES MABINOGION.
nir son mari et lui dit : « Je mourrai de cette maladie, et tu voudras une autre femme. Or, les femmes sont maintenant les arbitres des largesses. Ce serait cependant mal à toi que de ruiner ton fils ; aussi je te demande de ne pas te remarier que tu n'aies vu une ronce à deux têtes sur ma tombe. » Il le lui promit. Elle appela alors son précepteur (1) et lui demanda d'arranger sa tombe tous les ans de façon que rien ne pût croître dessus.
La reine mourut. Le roi envoya chaque jour un serviteur pour voir s'il poussait quelque chose sur la tombe. Au bout de sept ans, le précepteur négligea ce qu'il avait promis de faire. Un jour de chasse, le roi se rendit au cimetière ; il voulait voir la tombe lui-même parce qu'il songeait à se remarier : la ronce avait poussé dessus ! Aussitôt, il tint conseil pour savoir où il trouverait une femme. Un
nom d'Arthur, v. Stuart Glennie, Arthurian Localities, Edinburgh, 1869). On dit encore dans la Bretagne française : fort comme un Arlu.
(1) Athraw ou Athro. La coutume chez les anciens Gallois était d'avoir un athraw pour la famille : « Il y a trois choses qu'un Gallois, possesseur de terres, doit garder et entretenir : une femme légitime, un homme armé, s'il ne peut lui-même porter les armes , et un professeur domestique {Ath^-aw teuluaidd). Ancient laws, II, p. 514, 81). Le bardd remplissait souvent ce rôle, c'était lui, en particulier, qui tenait les généalogies. Athro désigne peut-être ici le confesseur, ou plutôt un de ces clercs familiers qui, en France, au treizième siècle, cumulaient , sous le nom de latiniers, les fonctions d'interprète, de rédacteur et de chapelain. (V. Lecoy de la Marche, La Société au XIII' siècle, p. 191.)
KULHWCH ET OLWEN. 189
de ses conseillers lui dit : « Je sais une femme qui te conviendrait bien : c'est celle du roi Doged (1). » Ils décidèrent d'aller la prendre. Ils tuèrent le roi, enlevèrent sa femme et sa fille unique et s'emparèrent de ses Etats.
Un jour , la reine alla se promener. Elle se rendit à la ville chez une vieille sorcière (2) à qui il ne restait plus une dent dans la bouche : « Vieille, » lui dit-elle, « veux-tu me dire, au nom de Dieu, ce que je vais te demander? Où sont les enfants de celui qui m'a enlevée par violence? » — « Il n'en a pas, » dit la vieille. — « Que je suis malheureuse, » s'écria la reine, « d'être tombée entre les mains d'un homme sans enfants ! » — « Inutile de gémir, » repartit la vieille : « il est prédit qu'il aura un héritier de toi, quand même il n'en aurait pas d'une autre. D'ailleurs, console-toi : il a un fils. » La princesse retourna joyeuse à la maison, et dit à son mari : « Pourquoi caches-tu tes enfants de moi? » — « Je ne le ferai pas plus longtemps, » dit le roi. On envoya chercha le fils et on l'amena à la cour. Sa belle-mère lui dit : « Tu ferais bien
(1) D'après Rees Welsh SaintSf p. 209 (voy. Lady Guest, Mab,, II, p. 320), il y aurait eu un roi Doged , fils de Cedig ab Ceredig ab Cunedda Wledig, frère de l'évéque Avan, fondateur de Llan- Avan en Breconshire, Il a été mis au nombre des saints, et a donné son nom à Llan-Ddoged, dans le Denbigshire. Il aurait vécu de 500 à 542.
(2) Vieille sorcière dans le sens figuré du mot (cf. vieille fée). Le mot breton groac'h a tous les sens du gallois gwracli.
190 LES MABINOGION.
de prendre une femme. J'ai justement une fille qui conviendrait à n'importe quel noble au monde. » — « Je n'ai pas encore l'âge de me marier (1). » répondit-il. Alors elle s'écria : « Je jure que tu auras cette destinée que ton flanc ne se choquera jamais à celui d'une femme que tu n'aies eu Olwen, la fille d'Yspaddaden Penkawr. » Le jeune homme rougit (2) et l'amour de la jeune fille le pénétra dans tous ses membres, quoiqu'il ne l'eût jamais vue. « Mon fils, » lui dit son père, « pourquoi changes-tu de couleur? Qu'est-ce qui t'afflige? » — « Ma belle-mère m'a juré qu.e je n'aurais de femme que si j'obtenais Olwen (3), la fille d'Yspaddaden Penkawr. » — « C'est pour toi chose facile. Arthur est ton cousin. Va le trouver pour qu'il arrange ta chevelure (4) : demande-le lui comme présent. »
(1) D'après la plus ancienne rédaction des lois galloises, celle de Gwynedd ou ]Nord-Galles, à douze ans on pouvait marier les filles (les donner à un mari : rody y wr). L'âge, pour le garçon, devait être quatorze ans révolus, car, à partir de cet âge, il est maître de ses actes , il possède en propre , son père n'a plus sur lui droit de correction (Ancient laws, I, p. 202, 8; Wi, 3). Il va sans dire que, Uns la réponse de Kulhwch, il ne s'agit pas de l'âge fixé par la loi.
(2) Voir la nnte à honneur, à la page 73.
(3) Dafydd ;ib Gwilym, chantant, une femme l'appelle fain Olwen, « mince, svelte Olwen » (p. 162); on trouve une comparaison sembla^'le, lolo mss,, p. 239.
(4) D'après la Cxjclopnedia de Rees, citée par lady Guest, au huitième siècle, c'était la coutume, dans les familles de marque, de faire couper , la première fois , les cheveux de leurs enfants par des personnes qu'elles avaient en estime particulière : ces personnes devenaient comme les pères spirituels ou parrains des
KULHWCH ET OLWEN. 191
Le jeune homme partit sur un coursier à la tête gris-pommelée, vieux de quatre hivers, aux cuisses puissamment articulées, au sabot brillant comme un coquillage , une bride aux chaînons d'or articulés à la bouche, avec une selle d'or d'un grand prix. Il portait deux javelots d'argent bien aiguisés, un glaive recourbé (1), d'une bonne coudée jusqu'à la pointe, en prenant pour mesure le coude d'un homme de forte corpulence, capable d'atteindre le vent et de lui tirer du sang : il était plus prompt que la chute de la première goutte de rosée de la pointe du roseau sur le sol au moment où elle est le plus abondante, au mois de juin. A sa hanche pendait une épée à poignée d'or, à lame d'or, à la
enfants. Constantin envoie au pape les cheveux de son fils Héraclius, comme un gage qu'il désire faire de lui, pour Héraclius, un père adoptif. Il y en a un exemple beaucoup plus frappant qu'elle aurait pu citer. Guortigorn ayant eu un fils de sa fille, la poussa à aller porter l'enfant à Germain, l'évêque , en disant qu'il était son père. Germain dit à l'enfant : « Pater tibi ero , nec te permittam nisi mihi novacula cum forcipe et pectine detur , et ad patrem tuum carnatem tibi dare liceat. » L'enfant va droit à Guortigern, et lui dit : « Pater meus es tu, caput meum tonde, et comam capitis mei pecte. » {Hist. , XXXIX.) Le mot diwyn (v. notes critiques) indique ici donc l'action de mettre en ordre, couper et peigner la chevelure. Il semble aussi, d'après ce passage, que cette opération ne soit pas destinée à faire d'un enfant un fils spirituel, mais qu'elle soit réservée au père ou aux parents. (1) V. notes critiques. Le ^iei/" gallois indique une arme recourbée. Il a aussi le sens de serpe. Serait-ce quelque chose comme le fîar-lann irlandais? (O'Curry, On the manners,, H, p. 240; voy. I, p. 437 des spécimens de ces armes). Le glaive, au moyen âge, dans nos romans français, est une lance.
192 LES MABINOGION.
croix émaillée d'or et de la couleur de l'éclair du ciel ; son cor de guerre était d'ivoire (1). Devant lui s'ébattaient deux lévriers au poitrail blanc , à la peau tachetée, portant chacun au cou un collier de rubis allant de la jointure de l'épaule à l'oreille. Celui de gauche passait à droite, celui de droite à gauche, jouant ainsi autour de lui comme deux hirondelles de mer. Les quatre sabots de son coursier faisaient voler quatre mottes de gazon, comme quatre hirondelles en l'air, par dessus sa tête, tantôt plus haut, tantôt plus bas. Il avait autour de lui un manteau de pourpre à quatre angles, une pomme d'or à chaque extrémité de la valeur de cent vaches chacune (2). Sur ses chausses et ses
(1) Le texte gallois porte lugorn olifant yndi (et une lugorn d'ivoire en elle). Traduisant lugorn par cor de guerre, je considère yndi, en elle, comme une faute du scribe ; l'expression se retrouve, en effet, une ligne plus haut. Ce sens, pour lugorn , est . il faut l'avouer, très rare ; habituellement ce mot a le sens de lanterne ; il ne serait pas impossible qu'il l'eût ici , et qu'il s'agît d'une lanterne dans la croix ou le pommeau de l'épée. Lanterne désignait quelquefois , au moyen âge , un joyau renfermant des boules de senteur; d'après Littré, on donne encore ce nom à la partie de la croix d'un évêque, ou du bâton d'un chantre, qui est à jour. Les pommeaux d'épée, au moyen âge, étaient souvent à jour; souvent ils renfermaient, sous un chaton, des reliques sur lesquelles on jurait (Voy. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier français, V, p. 378).
(2) Chez les anciens Bretons , comme chez les Irlandais , la valeur commerciale était appréciée en têtes de bétail. C'est encore la façon de compter, dans les lois d'Howell Da, rédigées au dixième siècle, mais dont le plus ancien manuscrit remonte au douzième siècle. C'est un souvenir de l'époque oii la richesse consistait surtout en troupeaux.
• KULHWCH ET OLWEN. 193
étriers, depuis le haut de la cuisse jusqu'au bout de son orteil , il y avait de l'or pour une valeur de trois cents vaches. Pas un brin d'herbe ne pliait sous lui. si léger était le trot du coursier qui le portait à la cour d'Arthur.
Le jeune homme dit : « Y a-t-il un portier? »
— « Oui. » — « Et toi"? Que ta langue ne reste pas silencieuse : ton salut est bien bref. » — « Moi . je fais le portier pour Arthur tous les premiers de l'an ; tout le reste de l'année , ce sont mes lieutenants : Huandaw (1), Gogigwc, Llaeskenym , et Pennpingyon qui marche sur la tête pour épargner ses pieds , non pas dans la direction du ciel ni de la terre , mais comme une pierre roulante sur le sol de la cour. » — « Ouvre la porte? »
— « Je ne l'ouvrirai pas. » — « Pourquoi? « — « Le couteau est dans la viande , la boisson dans la corne (2). On s'ébat dans la salle d'Arthur. On ne laisse entrer que les fils de roi d'un royaume
(1) Huandaw , « qui entend bien; » Gogiywc est probablement une faute du copiste pour Gogihwc, épithète qu'on trouve dans le Gododin d'Aneurin (Skene, Four ancient books of Wales, p. 90, vers 1.3), mais dont le sens n'est pas certain; Llaesgenym est peut-être altéré aussi; le premier terme, /Lies, vient du latin laxus; Owen Pughe donne à Pennpingion le sens de lête branchue, en rapprochant pingion do pingc.
(2) Le mot gallois indique que la corne à boire était laite primitivement et ordinairement aussi, sans doute, de corne de buffle ou bœuf sauvage. D'après les lois galloises, la corne à boire du roi, la corne qu'il portait dans ses expéditions , et la corne du chef des chasseurs, devaient être do bœuf sauvage {Ancien! laws, I , p. 294).
194 LES MABINOGION.
reconnu ou l'artiste qui apporte son art (1). On donnera à manger à tes chiens et à tes chevaux; à toi on offrira des tranches de viandes cuites et poivrées (2), du vin à pleins bords et une musique agréable. On t'apportera la nourriture de trente hommes au logis des hôtes , là où mangent les gens de pays lointains et ceux qui n'auront pas réussi à entrer dans la cour d'Arthur ; ils ne seront pas plus mal là qu'avec Arthur lui-même. On t'offrira une femme pour coucher avec elle, et les plaisirs de la musique. Demain, dans la matinée, lorsque le portail s'ouvrira devant la compagnie qui est venue ici aujourd'hui , c'est toi qui passeras le premier et tu pourras choisir ta place où tu voudras dans la cour d'Arthur du haut en bas. » — « Je n'en ferai rien, » dit le jeune homme; « si tu ouvres la porte . c'est bien ; si tu ne l'ouvres pas , je répandrai honte à ton maître, à toi déconsidération, et je pousserai trois cris (3) tels à cette porte
(1) Le même trait de mœurs se retrouve chez les anciens Irlandais. Quand Lug, fils d'Eithlenn, sorte de Mercure irlandais, se présente au palais royal de Tara, le portier refuse de le laisser entrer à moins qu'il ne soit maître en quelque art ou profession (O'Curry, On the manners, III, p. 42).
(2) Le dystein ou intendant du roi devait fournir au cuisinier certaines herbes; la seule qui soit spécifiée, c'est le poivre {Ancient laws, I, p. 48). Les viandes poivrées sont en honneur aussi dans nos romans de chevalerie : « poons rostis et bons cisyies {cygnes) pevreis, » vers 15G(), dans Raoul de Cambrai, édition de la Société des anciens textes français.
(3) Le cri perçant {diaspad) était un moyen légal de protestation d'après les lois. Il était encore en usage , d'après le code de
KULHWCH ET OLWEN. i%
qu'il n'y en aura jamais eu de plus mortels depuis Pengwaed (1) , en Kernyw (2) (Cornouailles anglaise) , jusqu'au fond de Din Sol , dans le Nord (3) ,
Gwynedd, dans le cas où un descendant au neuvième degré venait réclamer une terre comme lui appartenant : on l'appelait diaspat uwch annwvyn ou cri plus haut que l'abîme {Ancient laws, I, 173, 174, 2). D'après le code de Gwent, le diaspat egwan ou cri de détresse, était légal au Gallois à qui on refusait l'aide de la loi dans la cour du roi ou devant le juge, au sujet de son patrimoine, ou aux descendants au neuvième degré, pour protester contre une déchéance de propriété {Ancient laws, I, p. 774, 7). Sur la clameur chez les Français comme protestation contre un décret du souverain, v. Paulin Paris, Romans de la Table Ronde, IV, notes.
(1) Dans les Lois , I, p. 184, on a Penryn Penwaed y Kernyw. Ce serait, d'après l'éditeur, aujourd'hui Penwith en Cornwall. Au lieu de Pen Blathaon yn y Goglcd , les lois portent Penryn Blathaon ym Prydeyn, c'est-à-dire en Ecosse; on suppose que c'est Caithness. D'après les Lois, Dyvynwal Moelmut aurait fait mesurer l'île de Bretagne et aurait trouvé, de Penryn Blathaon à Penryn Penwaed, 900 milles, et de Crygyll en Anglesey jusqu'à la Manche, 500 milles. Din Sol et Esgeir Oervel sont inconnus.
(2) Kevniiw est le nom gallois de la Cornouailles anglaise , le même que celui de la Cornouailles armoricaine : Kernéo et Kerné. Le Kernyw a compris le Devon breton et la Cornouailles ou plutôt on a donné ce nom a tout le territoire des anciens Domnonii, la deuxième grande tribu émigrée en Armorique à la suite des invasions saxonnes. Ce n'est pas sans surprise que j'ai trouvé, dans un poète gallois du douzième siècle, Llywarch ab LlyAvelyn à propos de Penwaed, Dijvneint, nom gallois du Devon à la place de Kernyw : OPennwaed Dyvneint hyd pentir Gafran{Myv. urch., p. 200, col. 1); de même dans un poème anonyme fort curieux, la table d'Arthur est mise en Dyvneint {Myv. arch., p. 130, col. 1).
(3) Dans les Mabinogion, le Nord est le pays des Bretons du nord de l'Angleterre , depuis le Cumberland jusqu'à la Clyde ; voir la note à Kymry, p. 79.
196 LES MABINOGION.
et à Esgeir Oervel, en Iwerddon (Irlande) : tout ce qu'il y a de femmes enceintes dans cette île avortera ; les autres seront accablées d'un tel malaise que leur sein se retournera et qu'elles ne concevront jamais plus. » Glewlwyt Gavaelvawr (1) lui répondit : « Tu auras beau crier contre les lois de la cour d'Arthur , on ne te laissera pas entrer que je n'aie tout d'abord été en parler à Arthur. »
Glewlwyt se rendit à la salle : « Y a-t-il du nouveau à la porte? » dit Arthur. — « Les deux tiers de ma vie sont passés ainsi que les deux tiers de la tienne. J'ai été à Kaer Se et Asse , à Sach et Salach, à Lotor et Fotor ; j'ai été à la grande Inde et à la petite ; j'étais à la bataille des deux Ynyr (2) quand les douze otages furent amenés de Llychlyn (do Scandinavie); j'ai été en Europe (Egrop) , en Afrique, dans les iles de la Corse (Corsica), à Kaer Brythwch, Brythach et Nerthach ; j'étais là lorsque tu tuas la famille de Cleis , fils de Merin ; lorsque tu tuas Mil Du , fils de Ducum ; j'étais avec toi
(1) Glewlwyt à la. forte étreinte. On le trouve déjà dans le Livre noir, remplissant ses fonctions de portier, mais non, à ce qu'il semble, celles de portier d'Arthur (Skene, II, p. 50, v. 24),
(2) La légende galloise distingue deux Ynyr : Ynyr Gwent et Ynyr Llydaw ou Ynyr d'Armorique. Ynyr Gwent serait, d'après le Liber Landavensis, p. 111, le père d'un prince Idon, contemporain de saint Teliaw. L'Ynyr armoricain serait fils du roi Alan, et neveu de Cadwaladr (Gaufrci de Monmouth, éd. San-Marte, XII, ly, écrit Iny ; Brut Tysilio , p. 475, col. 2). Talicsin célèbre les exploits d'un Ynyr (Skene, II, p. 167, v. 25; p. 168, v. 8 et suivants; au vers 25 le poète parle des gwystlon ou otages d'Ynyr).
KULHWGH ET OLWEN. 197
quand tu conquis la Grèce en Orient ; j'ai été à Kaer Oeth et Anoeth (1) ; j'ai été à Kaer Nevenhyr : nous avons vu là neuf rois puissants, de beaux hommes ; eh bien ! je n'ai jamais vu personne d'aussi noble que celui qui est à la porte d'entrée en ce moment! » — « Si tu es venu au pas , dit Arthur , retourne en courant. Que tous ceux qui voient la lumière, qui ouvrent les yeux et les ferment, soient ses esclaves ; que les uns le servent avec des cornes montées en or, que les autres lui présentent des tranches de viandes cuites et poivrées, en attendant que sa nourriture et sa
(1) Au lieu de Kaer Oeth ac Anoeth , on trouve généralement Carchar (prison) Oeth ac Anoeth. D'après les lolo mss., p. 187, après la destruction complète des envahisseurs romains par les Bretons gouvernés par Caradawc ab Bran, Manawyddan , fils du roi Llyr, fit rassembler de toutes parts leurs ossements, et en mêlant la chaux aux os, il fit une immense prison destinée à enfermer les étrangers qui envahiraient l'île , et les traîtres à la cause de la patrie. La prison était ronde ; les os les plus gros étaient en dehors; avec les plus petits, qui étaient en dedans, il ménagea différents cachots ; il y en eut aussi sous terre spécialement destinés aux traîtres. Oeth et anoeth peuvent être traduits avec vraisemblance par visible et invisible. La terre oeth est une terre cultivée et boisée, la terre anoeth une terre inculte {lolo mss. , p. 185) ; cf. Silvan Evans , Welsh Diet. Le Livre noir fait mention de la famille d'Octh et Anoeth (Skene, 31, 8). Dapr.ès les Triades du Livre rouçie (Mab. , p. 300, 1 ; 306, 9) , Arthur aurait été trois nuits dans cette prison avec Llyr Lledyeith, Mabon, fils de Modron, et Gcir, fils de Geiryocd ; il aurait été délivré par Goreu, fils de Kustennin, son cousin. Nous retrouvons plusieurs de ces personnages dans notre mabinngi. Les noms des prisonniers diffèrent, p. 306 (v. plus bas à propos de Modron).
198 LES MABINOGION.
boisson soient prêtes. C'est pitié de laisser sous la pluie et le vent un homme comme celui dont tu parles. » — « Par la main de mon ami , » s'écria Kei (1), « si on suivait mon conseil, on ne viole-
(1) KeA est un des personnages les plus connus des légendes galloises. Dans les mabinogion qui ont subi l'influence française, et dans les romans français il est brave, mais bavard, gabeur, et il n'est pas toujours heureux dans ses luttes. Dans ce mabinogi il a ses véritables traits ; il commence déjà cependant à gaber. he Livre noir le présente comme un compagnon d'Arthur, et un terrible guerrier a quand il buvait, il buvait contre quatre , quand il allait au combat , il se battait contre cent » (Skene , p. 50, XXXII; 52, v. 5, v. 17 et suiv.). D'après les Triades (Mab., 303, 3), c'est un des trois taleithawc ou chefs portant sur le casque une large couronne d'or, avec Gweir, fils de Gwystyl, et Drystan, fils de Tallwch, Les poètes gallois du moyen âge (Gogynveirdd), du douzième au quinzième siècle, font de fréquentes allusions à Kei : Myv. arch. , 278, col. 2 : Mae xjn gyveill grymus val Kei gwynn (il est un ami fort comme Kei béni) ; ibid., p. 328, col. 2 : Wryd Cai (la vaillance de Kei); ibid., p. 329, col. 1 : Cai boneddigaidd (noble comme Kei); ibid., p. 332, col. 1 : Pwyll Cai (la raison, le sens de Kei); Davydd ab Gwilym , p. 323 (éd. de 1873), contre Rhys Meigen : Nid gwrol Gai hir , ce n'est pas un brave comme Cai le long; Llewis Glyn Cothi , p. 309, 15, cite aussi Kai hir (Kai le long). Il est fils de Kynyr , mais il semble bien, d'après une phrase de notre mabinogi et un poème des plus singuliers de la Myv. arch., qu'il y ait eu des divergences d'opinion ou des doutes sur ce point. Dans ce poème, qui est un dialogue entre Gwenhwyvar et Arthur qu'elle n'a pas reconnu, il est appelé fils de Sevyn. Gwenhwyvar le vante comme un guerrier incomparable ; elle déclare à Arthur qu'à en juger par son apparence, il ne tiendrait pas Cai, lui centième; à quoi Arthur répond quo, quoiqu'il soil petit, il en tiendrait bien cent tout seul {Myv. arch. , p. 130, col. 2). Pour les qualités merveilleuses de Kei, voir plus bas. Gaufrei de Monmouth le donne comme dapifer d'Arthur (IX, 11 , 12, 13; X, 3, 6, 9, 13); il a, en effet, les fonctions propres au dys-
KULHWCH ET OLWEN. 199
rait pas les lois de la cour pour lui. » — « Tu es dans le faux , cher Kei , dit Arthur ; nous sommes des hommes de marque à proportion qu'on a recours à nous ; plus grande sera notre générosité, plus grandes seront notre noblesse , notre gloire et notre considération. »
Glewlwyt se rendit à l'entrée et ouvrit la porte au jeune homme. Quoique tout le monde descendit à l'entrée sur le montoir de pierre, Kulhwch, lui , ne mit pas pied à terre et entra à cheval. « Salut ! s'écria-t-il , chef suprême de cette île ; salut aussi bien en haut qu'en bas de cette maison, à tes hôtes , à ta suite , à tes capitaines ; que chacun reçoive ce salut aussi complet que je l'ai adressé à toi-même (1). Puissent ta prospérité, ta gloire et ta considération être au comble par toute cette île. » — « Salut aussi à toi , dit Arthur ; assieds-toi entre deux de mes guerriers; on t'offrira les distractions de la musique et tu seras traité comme un prince , futur héritier d'un trône, tant que tu seras ici. Quand je partagerai mes dons entre mes hôtes et les gens de loin, c'est dans ta main que je commencerai, dans cette cour, à les
tein dans le rnabinogi d'Owen et Liinet. La forme de son nom, dans les romans français, Keu , est bien galloise (prononcez Keî). D'après notre rnabinogi , il aurait été tué par Gwyddawc ab Menestyr (149).
(1) I^ne formule de salut aussi développée et analogue se retrouve dans un poème de la Myv. arch., p. 248, col. 2, attribué à Elidyr Sais (XII-XIII, s.).
200 LES MABINOGION.
déposer. » — « Je ne suis pas venu ici . dit le jeune homme , pour gaspiller nourriture et boisson. Si j'obtiens le présent que je désire, je saurai le reconnaitre et le célébrer; sinon, je porterai ton déshonneur aussi loin qu'est allée ta renommée , aux quatre coins du monde. » — « Puisque tu ne veux pas séjourner ici, dit alors Arthur, tu auras le présent qu'indiqueront ta tète et la langue , aussi loin que sèche le vent, que mouille la pluie, que tourne le soleil, qu'étreint la mer, que sétend la terre, à l'exception de Kaledvwlch (i), mon épée, de Rongomyant, ma lance ; de Gwyneb Gwrthucher, mon bouclier (2) ; de Karnwenhan (3), mon couteau, et de Gwenhwyvar (4), ma femme; j'en prends
(1) Caledvwlch, de calet a dur, » et de bwlch « entaille, brèche » : « dur à entailler ? » ou « qui entaille durement. » Une épée célèbre dans l'épopée irlandaise, l'épée de Leité, qui lui venait d'une demeure de fées, porte un nom analogue, quoique le sens du second terme paraisse tout différent : Calad-bolg , qu'O'Curry traduit par « hard-bulging » (O'Curry, On the manners, II, p. 320;.
(2) Gwyneb Gwrthucher; gwyneb, « visage, » gwrthucher « soir » (Cf. corniquc gwrlhvher. Vocab. comique, Zeuss, Gr. Celt, app.).
(3) Karnwenhan; le premier terme, cam, signifie « manche; » gwe7ian a, dans les dictionnaires, le sens de ampoule ou pustule sous la peau ; il est plus probable qu'on a affaire ici à un diminutif de gwen « blanche » : hyllell, « couteau, » est féminin : Karnwenhan « à manche-blanc ou à peu près blanc. »
(4) GM'enhwyvar, la Gvanhumara de Gaufrei de Monmouth, et le Genièvre des romans français. Suivant Gauffrei, IX, 9, elle serait de race romaine, et élevée par Cador, duc de Cornouailles. Les traditions galloises lui donnent toutes, comme père , Gogrvan ou Gogvran Gawr, même le Brut Tysilio, Myv. , p. 464, col. 1 ;
KULHWCH ET OLWEN. 201
Dieu à témoin, je te le donnerai avec plaisir. Indique ce que tu voudras. » — « Je veux que tu mettes en ordre ma chevelure. » — « Je le ferai. » Arthur prit un peigne d'or, des ciseaux aux anneaux d'argent, et lui peigna la tète. Il lui demanda ensuite qui il était : « Je sens que mon cœur s'épanouit vis-à-vis de toi ; je sais que tu es de mon sang : dis-moi qui tu es. » — « Je suis Kulhwch, répondit le jeune homme, le fils de Kilydd, fils du prince Kelyddon, par Goleuddydd, ma mère, fille du prince Anllawdd. » — « C'est donc vrai , tu es mon cousin. Indique tout ce que
Triades du Livre rouge, Mabin., p. 302, 10 (cf. Myv. arch., p. 396, 16) : Trois principales dames d'Arthur : Gwenhwyvar, la fille de Gwryt Gwent, Gwenhwyvar, la fille de [Gwythyr], fils de Greidiawl, et Gwenhwyvar, la fille de Ocurvan Gawr {Myv. : Ocurvran Gawr). Il y a un Caer Ogrvan à un mille au nord d'Oswestry , d'après les éditeurs de Llewis Glyn Cothi, p. 307, vers 28 : le poète (XV° s.) mentionne Kaer Ogyrvan. D'après les Triades, le soufflet que lui donne Gwenhwyvach est la cause de la bataille de Camlan, où périt Arthur; elle aurait été également arrachée de sa chaise royale à Kelli Wic , en Kernyw, par Medrawt, neveu d'Arthur, et souffletée par lui (Triades Mab. , 301 , 18, 24, 25; Myv. arch., p. 398, col. 2) ; une triade ajoute qu'il aurait eu des rapports criminels avec elle {Myv., p. 406, col. 1). On sait que Gaufrei la fait enlever par Medrawt; à l'arrivée d'Arthur elle entre dans un monastère. Les romans français en font l'amante de Lancelot du Lac. Un proverbe gallois a conservé le souvenir de Gwenhwyvar :
G-wenhwyvar mercli Ogyrvan Gawr Drwg yn vechan, waeth yn vawr.
« Gwenhwyvar, la fille de Gogyrvan Gawr, mauvaise petite, pire devenue grande {Myv. arch., p. 863, col. 1). »
202 LES MABINOGION.
tu voudras et tu l'auras ; tout ce qu'indiqueront ta tête et ta langue, sur la vérité de Dieu et les droits de ton royaume, je te le donnerai volontiers. »
« Je demande que tu me fasses avoir Olwen , la fille d'Yspaddaden Penkawr, et je la réclamerai aussi à tes guerriers. » Voici ceux à qui il réclama son présent : Kei ; Bedwyr (1); Greidawl Galltovydd (2) ; Gwythyr , fils de Greidawl (3) ; Greit , fils d'Eri (4); Kynddelic Kyvarwydd (5); Tathal Tywyll Goleu (6); Maelwys, fils de Baeddan (7); Knychwr, fils de Nés; Kubert, fils de Daere (8);
(1) Voir p. 226.
(2) Un des trois Gallovydd ou maître es machines , de l'île de Bretagne, avec Drystan, fils de Tallwch et Gwgon, fils de Gwron {Triades Mab., p. 304, 24). D'après d'autres triades, il est fils d'Envael Adran (Skene, II, app., p. 458 : au lieu de Gwgon Gwron, Gweir Gwrhyt vawr). Suivant les lolo mss., p. 6, n» 29, il battit une population étrangère , les Corraniaid , dont une partie passa en Alban (Ecosse), et l'autre en Irlande. D'après une autre tradition, ce serait un possesseur de flottes, un roi de la mer {lolo mss., p. 263, 13).
(3) V. plus bas.
(4) V. plus bas.
{b) Dans le poème sur les tombes, Livre noir, éd. Skene, p. 32, la tombe d'un Kindilic, fils de Corknud , est mentionnée comme une tombe à'alltud ou étranger. C'est aussi le nom d'un fils de Llywarch Hen {Livre noir, p. 48, 34; 61, 25).
(6) Tywyll Goleu, « sombre-clair. » V. notes critiques.
(7) L'auteur a vu un rapport entre le second terme xi-ys , dans Maelwys, et Baeddan : Gwys , cf. breton gwes , « truie; » Baeddan, diminutif de baedd, porc ou sanglier mâle.
(8) Kubert est, sans doute, une faute du copiste ou de plusieurs copistes successifs. Il y a un fils de Daere bien connu, c'est Convoi ou Curai. Curoi, roi de West Munster, fut tué traîtreuse-
KULHWCH ET OLWEN. 203
Percos , fils de Poch ; Lluber Beuthach ; Korvil Bervach; Gw^nn, fils d'Esni; Gwynn, fils de Nwyvre; Gwynn, fils de Nudd (1); Edern, fils de Nudd (2) ; Garwy (3) , fils de Gereint ; le prince
ment par le plus grand héros de l'épopée irlandaise, Cuchulain, qui emmena Blanait , la femme de Curoi , avec lui en Ulster. Le fidèle barde et harpiste de Curoi, Ferceirtné, se rendit à la cour de Cuchulain; un jour où les chefs étaient assemblés à Rinn Chin Bearraidhe, sur une colline à pic, il se rapprocha de Blanait, en causant l'amena sur le bord du précipice , et, lui jetant les bras autour du corps, il se précipita avec elle du haut de la colline. On trouve, parmi les poèmes attribués à Taliesin, une élégie sur la mort de Corroi mab Dayry ; le nom de Cuchulain s'y trouve mentionné (Cocholyn). Le poème n'a pas été compris par Stephens, comme le fait remarquer Skene, qui ne l'a pas d'ailleurs bien traduit non plus. Sur Conroi, v. O'Curry, On the manners, II, p. 9, 10, 97, 199, 358; III, 15, 75; etc.
(1) V. plus bas.
(2) Edern, qui joue un rôle important dans le rnabinogi de Geraint ab Erbin, est devenu, comme beaucoup d'autres héros, un saint. Il a donné son nom à Bod-Edern, en Anglesey, et à Lann- Edern, arrond. de Chàteaulin, Finistère (v. Myv. arch., p. 4'24 , col. 1). Il est fait mention de lui chez les poètes : Edern llil, « la colère d'Edern, » Myv. arch., p. 282, col. 1; Ochain Edern « soupir comme celui d'Edern » [Myv. arch., p. 302, col XIII- XIV" s.).
(3) Le ms. porte Adwy : c'est une faute pour Arwy, qui est luimême pour Garwy. Garwy, fils de Geraint, est un des personnages les plus souvent cités ; Myv. arch., p. 411, col. 1 , c'est un des trois chevaliers amoureux et généreux de la cour d'Arthur, avec Gwalchmei et Cadeir, fils de Seithin Saidi ; un poète cite sa vaillance {Myv., p. 293, col. 2; 323 , col. 1), un autre sa générosité {Myv., p. 328, col. 2), cf. Llew.-Glyn Colhi, p. 161, v. 21 : Gwryd Garwy, « la vaillance de Garwy; » Daf. ab Gwil. , p. 191 ; c'est l'amant de Creirwy : le poète Hywel ab Einiawn Llygliw (1330- 1370) compare une femme à Creirwy la belle, qui l'a ensorcelé comme Garwy {Myv. arch., p. 339, col. 1),
204 LES MABINOGION.
Flewddur Flam (l); Ruawn Pebyr, fils de Dorath (2) ; Bratwen , fils du prince Moren Mynawc ; Moren Myiiawc lui-même; Dalldav, fils de Kimin Cov (3); [Run ou Dyvyr], fils d'Alun Dyved (4) [Kas], fils de Saidi; [Kadwri] , fils de Gwryon Uchtrut Arddwyat Kat (5); Kynwas Kurvagyl Gwrhyr Gwarthegvras ; Isperyr Ewingath (6)
(1) Un des trois unbenn (prince, chef) de la cour d'Arthur, avec Goronwy, fils d'Echel , et Kadyrieith {Triades Mab., 303, 13; cf. Triades, Skene, II, p, 456).
(2) Un des trois Gwyndeyrn (beaux rois ou rois bénis) de l'ile de Bretagne, avec Owein, fils d'Uryen, et Run, fils de Maelgwn, Le nom de son père est tantôt Dorarth, tantôt Deorath ; il faut prob. lire Dewrarth? {Triades Mab., 303, 8; cf. Triades, Skene, II, p. 456). Il y a un autre Ruvavvn, fils de Gwyddno, plus connu. La forme préférable de ce nom parait être Ruvawn = Rômânus.
(3) Avec Ryhawt , fils de Morgant, et Drystan , fils de March, c'est un des trois pairs de la cour d'Arthur {Myv. arch., p. 393, 89). Son cheval. Fer-las (cheville bleue), est un des trois Gordderch varch (cheval d'amoureux) de l'île {Triades Mab., 307, 3). Au lieu de Kimin, on trouve aussi Kunin,
(4) Le texte ne porte que : fils d'Alun Dyvet. Livre noir, 30, 26, 27 : Bel Run mab Alun Diwed, « la tombe de Run, fils d'Alun Dyved ; la tombe d'Alun est également mentionnée comme celle d'un vaillant guerrier. Il y a un Dyvyr , donné aussi comme fils d'Alun Dyved {Mab., 159, 30; 265, 17).
(5) Il est fait mention d'un Ychtryt vab Etwin dans le Brut y Tywysogyon, Myv. arch., p. 612, col. 2; un canton du Carmarthenshire portait le nom de Uchtryd; le texte porte ardywat; il faut probablement lire arddwyat cal, « directeur, régulateur du combat. »
(6) Il est mentionné dans les Chwedlau y Doethion. (Propos des sages) : « As-tu entendu ce que chante Ysperir s'entretenant avec Menw le Long : l'ami véritable se reconnaît dans le danger. » (lolo mss., p. 254, 49.)
KULHWCH ET OLWEN. 205
Gallcoyt Govynyat ; Duach, Grathach et Nerthach, lils de Gwawrddur Kyrvach : ils étaient originaires des abords de l'enfer; Kilydd Kanhastyr; Kanhastyr Kanllaw (i); Kors Kantewin (2~^; Esgeir Culhwcli Govynkawn ; Drustwrn Hayarn ; Glewlwyd Gavaelvawr ; Loch Lawwynnyawc (3); Annwas Adeinawc (4) ; Sinnoch , fils de Seithvet (5) ; Gwennwynwyn , fils de Nav (6) ; Bedyw , fils de
(1) Kanllaw, « aide, support; » Kanhastyr ou Kanastr est traduit par Owen Pughe, par « cent liaisons, cent recours; » le mot indique, en tout cas, quelque chose de fort embarrassé ; il forme opposition avec Kanllaw (cf. Tywyll Goleu et Rwydd Dyrys). Ce terme apparaît dans les Lois : Cyhyryn canhastyr se dit de « la viande volée qui arriverait à la centième main; » y aurait-il eu cent hommes participant au vol , celui sur lequel on en saisit un morceau est passible d'une amende (Richards , Welsh Did. . d'après Wotton).
(2) On trouve aussi Kwrs ; Kors est préférable; on trouve un Kors, fils d'Erbig, et un autre, fils de Gafran, dans le Liber Land., p. 466, 487. Kant ewin « aux cent ongles. »
(3) Il est fait mention de Lloch Lla^vwynnawc « à la main blanche, » dans le Livre noir, 51, 14. parmi les compagnons d'Arthur (Lluch Llawynnauc). Lloch paraît être le Loth ou Lot des Romans de la Table Ronde.
(4) Mentionné à côté de Llwch Llawwj^nnyawc dans le Livre noù- (51 , 15); adeinawc « l'ailé. » C'est probablement le même personnage donné sous le nom d'Edenawc, comme un des trois vaillants qui ne revenaient jamais du combat que sur une civière : Grudnei, Henpen et Edenawc, fils de Gleissiar du Nord (Triades, Skene, II, p. 458; Triades Mab. , 304, 15, Aedenawc).
(5) On trouve aussi Seitwet {Triades Mab., 302, 16), mais c'est peut-être un personnage différent.
(6) Texte, Naw : Gwennwynwyn est un des trois chefs de Hotte de Bretagne, avec Geraint ab Erbin et March ab Meirchion ; chacun possédait cent vingt navires, montés chacun par cent vingt
206 LES MABINOGION.
Seithvet; Gobrwy, fils de Echel Vorddwyt twll (1); Echel Vorddwyt twll lui-même ; Mael , fils de Roycol; Dallweir Dallpenn (2); Garwyli, fils de Gwythawc Gwyr ; Gwythawc Gwyr lui-même ; Gormant, fils de Ricca ; Menw, fils de Teirgwaedd (3) ; Digon, fils de Alar; Selyf, fils de Sinoit ; Gusc, fils d'Atheu; Nerth, fils de Kadarn (4); Drutwas, fils de Tryffîn (5); Twrch, fils de Perif; Twrch,
hommes {Myv^arch., p. 407, 68). Un des trois chefs-d'œuvros de l'île est le navire de Nefydd Naf Neifion, qui porta un mâle et une femelle de chaque espèce d'animaux quand se rompit l'étang de Llion {Myv. arch,, p. 409, col. 97). Neifion serait venu, en nageant, de Troie à l'ile d'Anglesey, d'après un passage de Daf. ah Gwil, p. 73 : « Nofîad a wnaeth hen Neifion o Droia vawr draws i Fon. » — Il est fait allusion à un Naf Eidin par un poète du treizième-quatorzième siècle, Myv. arch., p. 290, col. 2.
(1) Echel est identifié par les poètes gallois avec le nom d'Achille. Morddwyt Twll (à la cuisse trouée).
(2) Le texte porte Datweir, mais la forme Dallweir so trouve plus loin et dans d'autres textes. Ce Dallweir Dallbcnn avait pour porcher un des trois grands porchers de l'île, Coll, fils de CoUfrewi. Voir la note sur Coll et les porcs de Dallweir à Twrch Trwylh, plus bas.
(3) Voir plus bas.
(4) Nerth, « force »; Kadarn, « fort ». Texte : Kedarn.
(5) Drutwas ab Tryffxn aurait reçu de sa femme trois oiseaux merveilleux connus sous le nom d'Adar Llwch Gwin ou oiseaux de Lwch Gwin ; ils faisaient tout ce que leur maître voulait. Il défia un jour Arthur. Il envoya avant lui ses oiseaux sur le lieu du rendez-vous avec ordre de tuer le premier qui se présenterait. Il ne se rendit au lieu du combat qu'assez tard après l'heure fixée, espérant bien trouver Arthur mort. Mais celui-ci avait été retenu à dessein par la soeur de Drutwas, qui l'aimait. Drutwas , arrivé le premier , lut mis en pièces par ses oiseaux [lolo mss. , p. 188). D'après une lettre écrite par Robert Vaughan à Meredith
KULHWCH ET OLWEN. 207
fils d'Annwas; lona, roi de France; Sel, fils de Selgi ; Teregut, fils de laen ; Sulyen, fils de laen;' Bratwen , fils de laen ; Moren , fils de laen ; Siawn , fils de laen; Cradawc, fils de laen : c'étaient des hommes de Kaer Dathal (1), de la famille d'Arthur lui-même, du côté de son père; Dirmyc, fils de Kaw (2); lustic, fils de Kaw; Etmyc, fils de Kaw ; Angawd , fils de Kaw ; Ovan , fils de Kaw ; Kelin , fils de Kaw^ ; Konnyn, fils de Kaw; Mabsant, fils de Kaw ; Gwyngat, fils de Kaw ; Llwybyr, fils de Kaw ; Koch , fils de Kaw ; Meilic , fils de Kaw ; Kynwas , fils de Kaw; Ardwyat, fils de Kaw; Ergyryat, fils de Kaw; Neb, fils de Kaw; Gilda, fils de Kaw; Kalcas,
Llwyd, le 24 juillet 1655, publiée par le Cambrian Register, III, p. 311 , et reproduite par lady Guest, on jouait encore, de son temps, un air connu sous le nom de Caniad Adar Llwch Gwin , le chant des oiseaux de Llwch Gwin. Une Triade donne Drudwas ab Tryphin comme un des trois aurdafodogion ou hommes à la langue d'or, de la cour d'Arthur, avec Gwalchmai et Madawc ab Uthur (A/yu., p. 410, 121).
(1) Kaer Dathl, voir p. 119, n. 3.
(2) Kaw de Prydyn (Ecosse), seigneur de Cwm Cawlwyd, aurait été chassé de son pays par les Pietés et se serait réfugié en Galles, où Aithur et Maelgwn lui auraient donné des terres. Certaines généalogies lui donnent dix-sept enfants tous saints {lolo mss., p. lO'J), d'autres vingt et un également saints {lolo mss., p. 117). 11 y a une intention satirique évidente dans Neb, lils de Kaw, mot à mot, (luelqu'un, n'importe qui, fils de Kaw! Le plus connu des fils est Gildas, auquel une généalogie attribue aussi quatre enfants , quatre saints. Les noms diffèrent beaucoup dans les différentes généalogies. Au lieu de Dirmyc on trouve généralement Dirinic; au lieu de lustic on a Ustic ; Meilic est cité à côté de Nonn par Llevvis Glyn Cothi, p. 108, vers. 24.
208 LES MABINOGION.
fils de Kaw^; Hueil (1), fils de Kaw, qui ne prêta jamais hommage à aucun seigneur ; Samson Vinsych ; Teleessin Pennbeirdd (2) ; Manawyddan, fils de Llyr (3); Llary, fils de Kasnar Wledic; Ysperin, fils de Flergant (4), roi du Llydaw ; Saranhon, fils de Glythwyr ; Llawr, fils d'Erw (5) ; Annyannawc. fils de Menw fils de Teirgwaedd ; Gwynn , fils de Nwyvre; Flam, fils de Nwyvre; Gereint, fils d'Erbin (6); Ermit, fils d'Erbin ; Dyvel , fils d'Erbin ; Gwynn, fils d'Ermit; Kyndrwyn , fils d'Ermit; Hyveidd Unllenn (7); Eiddon Vawrvrydic (8); Reidwn Arwy; Gormant, fils de Ricca, frère
(1) D'après une tradition mentionnée par Tegid [Llew. Glyn Cothi, p. 199, V. 24), Hueil aurait été décapité à Rhuthyn , dans le Denbigshire, sur l'ordre d'Arthur. Lady Guest la rapporte tout au long d'après Jones, Welsh Bards , p. 22. Hueil aurait eu l'imprudence de courtiser la même femme qu'Arthur , d'où un duel dans lequel Arthur fut grièvement blessé à la cuisse. Il guérit, mais resta très légèrement boiteux. Arthur avait fait promettre à Hueil de ne jamais en souffler mot sous peine de mort. Quelque temps après , Arthur devint amoureux d'une dame de Rhuthyn. Il se déguisa en femme pour l'aller voir. Un jour qu'il dansait avec elle et des amis, Hueil le surprit, le reconnut et s'écria : « La danse irait très bien , n'était la cuisse. » Arthur lui fit trancher la tète sur une pierre qui porte le nom de Maen Hueil. Son nom revient assez souvent chez les poètes (Myv. arch. , p. 284, col. 2).
(2) Taliessin pennbeird, ou chef des bardes. Voy. p. 189, n. .3.
(3) Voir le mabinogi qui porte son nom.
(4) Voir p. 152, notes.
(5) Llawr, « sol; » Erw, « sillon. »
(6) Voir le mabinogi qui porte son nom.
(7) Hyveidd Unllen, « à un seul manteau. » Voir trad., p. 43. (8j Mawrvrydic, « magnanime. »
KULHWCH ET OLWEN. 209
d'Arthin' rlu côté de sa mère : Pennhynev Kernyw (1) était son père; Llawnroddet Varvawc (2); Noddawl Varyv Twrch (3); Berth, fils de Kado (4^' Reidwii, fds de Beli; Iscovan Hael; Iscawin, fils de Panon; Morvran (5\ fils de Tegit (personne ne
(1) Pennhynev, « le chef des vieillards. » Il manque un nom propre. Il s'agit, sans doute, de Kadwr , comte de Cornouailles D après des Triades (Skene, II, p. 456), il y a un p e nnhy neif cUns chacune des cours d'Arthur : à Mynyw, c'est Maelgwn Gwynedd • a Kelhwic, en Kernyw, c'est Karadawc Vreichvras; à Pen Rionydd, dans le Nord, c'est Gwrthmwl Wledic.
(2) Ce personnage se confond souvent avec un autre : Llawfrodedd, également surnommé Varuaxvc, « le barbu » (Myv arch 166, col. 2; 148, col. 1; 303, col. 1). D'après une Triade, ^'ost un' des trois bergers de Bretagne ; il garde les bœufs de Nudd Hael {Myv. arch., p. 408, 85) ; il y avait, dans ce troupeau, 20,001 vaches a lait. Dans la liste des treize merveilles de Bretagne donnée par lady Guest, d'après un vieux manuscrit, dit-elle son couteau est au sixième rang; il servait à manger à vingt-quatre honimes a la même table {Mab., III, p. 354). (Allusions à Llawnroddet, Myv. arch., p. 297, col. 2; 299, col. 2, Llawrodded.) Dans le Songe de Rhonabwy, p. 159, on trouve un Llawvroded Varvvawc.
(3) Baryv Twrch, « barbe de sanglier. »
(4) Plus bas, il est donné comme un puissant chef d'Ecosse D après les Triades, Kado est un des trois qui eurent la sagesse
297, 6). Il n est pas difficile de reconnaître dans celui-ci Cato « le vieux Caton. » On l'appelle même CaUo hen, « le vieux. » Le saint Kado d Armorique est différent même comme nom. On prononce en vannetais, liadaw ou KaUew {= *Catavos).
(5) Morvran, « corbeau de mer. „ D'après la vie de Taliesin il serait fils de Tegid Voel, « le Chauve, « et de Ceridwen. C'est un des trois ysfnimydd arreic ou esgemydd aereu {esyemr,dd, d'après E. Lhwyd, avait le sens de banc Cf. islomid dans le cart de Redon, a corriger en iscomid = ysyynujdd) ■ les autres étaient Gilbert, fils de Catgyflfro et Gwynn Cleddyfrudd (Skene, II, p. 458;
210 LES MABINOGION.
le frappa de son arme à la bataille de Kamlan (1), à cause de sa laideur : tous voyaient en lui un démon auxiliaire ; il était couvert de poils semblables à ceux d'un cerf); Sandde Bryd-angel : (personne ne le frappa de son arme à la bataille de Kamlan, à cause de sa beauté : tous voyaient en lui un ange auxiliaire) ; Kynnwyl Sant : ce fut lui qui se sépara le dernier d'Arthur sur son cheval Hengroen (2) ;
Triades Mab., 304, 25); ils ne revenaient du combat que sur leurs civières, lorsqu'ils ne pouvaient remuer ni doigt ni langue {Myv. arch., p. 404, 33). Le troisième, échappé de Kamlan, est Glewlwyd Gav. (Myv., p. 392, 85),
(1) Les Anniles Cambriae portent , à l'année 537, la mention : « Gueith Camlann, la bataille de Camlann, où Arthur et Medraut tombèrent ; il y eut grande mortalité en Bretagne et en Irlande. » D'après les Triades, ce serait un des trois overgad ou combats superflus , frivoles; il aurait été causé par le soufflet que donna Gwenhwyach ou Gwenhwyvach à Gwenhwyvar, la femme d'Arthur [Triades Mab., p. 301, 18; Myv. arch., 391, col. 2). D'après Gaufrei de Monmouth, la bataille aurait été livrée par Arthur à Medrawt, son neveu, qui avait enlevé Gwenhwyvar et usurpé la couronne de Bretagne. Arthur aurait été vainqueur, mais grièvement blessé. Il fut transporté à l'île d'Avallach, d'où les Bretons attendent son retour. D'après une Triade du Livre Bouge , il y aurait été enterré {Mab., 299, 30). Llewis Gl. Coth. appelle cette bataille la bataille d'Avallach, p. 348, v. 3. Gaufrei appelle cette île Avallon. Voir, sur cette bataille, le Songe de Rhonabwy. Le nom de cette bataille revient souvent chez les poètes {Myv. nrch., p. 269, col. 1; Daf. ab Gwil, p. 295). D'après les lois de Gwent {Ancient laws, I, p. G78), quand la reine désirait un chant, le barde devait choisir le chant sur la bataille de Kamlan. Medrawt y aurait eu pour alliés les Saxons et les Irlandais. Les Triades donnent à Morvran et à Sandde le même rôle que le mahiiioyi de Kulhwch {Myv. arch., p. 393, col. 2).
(2) Ilen-groen, « vieille peau ».
KULHWCH ET OLWEN. 211
Uchtryt fils d'Erim; Eus fils d'Erim ; Henwas (1) Adeinawc fils d'Erim , Henbedestyr (2) fils d'Erim, Sgilti Ysgawndroet (3) fils d'Erim (ces trois hommes avaient chacun une qualité caractéristique : Henbedestyr ne rencontra jamais personne qui pût le suivre ni à cheval ni à pied ; Hemvas Adeinawc, jamais quadrupède ne put l'accompagner la longueur d'un sillon et à plus forte raison plus loin ; Sgilti Ysgawndroet, quand il était bien en train de marcher pour une mission de son seigneur, ne s'inquiétait jamais de savoir par où aller : s'il était dans un bois , il marchait sur l'extrémité des branches des arbres ; jamais , une fois dans sa vie , un brin d'herbe, je ne dis pas ne cassa, mais même ne plia sous son pied, tellement il était léger) ; Teithi Hen . le fils de Gwynhan dont les domaines furent submergés par la mer et qui , ayant échappé luimême à grand peine , se rendit auprès d'Arthur : son couteau avait cette particularité qu'il ne supporta jamais aucun manche pendant tout son séjour à la cour , ce qui fit naître chez Teithi Hen un malaise et une langueur qui ne le quittèrent plus et dont il mourut.; Karnedyr fils de Govynyon Hen ; Gwenwenwyn fils de Nav Gyssevin (4), cham-
(1) Cf. plus haut Anwas adeinawc.
('2) Ilen-bedestyr, « vieux piéton. »
(:)) Ysgavndroet, « au pied léger. »
(4) ^av Gyssevin y « Naf, le premier, » Voir la note p. 205, à Gwenwynwyn. C'est le Noé gallois.
212 LES MABINOGION.
pion d'Arthur; Llygatrudd Emys (1) et Gwrbothu Hen , oncles d'Arthur , frères de sa mère , Kulvanawyd (2) fils de Gwryon ; Llenlleawc (3) le Gwyddel (le Gael) du promontoire de Ganion (4) ; Dyvynwal Moel (5); Dunart (6) roi du Nord; Teirnon
(1) Llygad-rudd, « œil rouge ; » emys, « étalon. »
(2) Ce Kulvanawyd ou Kulvynawyd {mynawyd , arm, menaoued, « alêne; » cul, « étroit ») est le père des trois femmes impudiques de Bretagne : Essyllt Fynwen, l'amante de Trystan ; Penarwcn, femme d'Owen ab Urien; Bun, femme de Flamddwyn (Ida, porte-brandon). Il est de Prydein (Myu. arch., p. 392, col. 1).
(3) Ce nom est aussi écrit Llenvleawc ; il paraît altéré dans les deux cas.
(4) Le texte porte Gamon ; Ganion semble préférable. D'après le Dictionnaire de Richards, il y aurait eu un promontoire de ce nom en Irlande. M. Rhys {Celtic Britain, p. 298) prétend que Ptolémée donne un promontoire des Gangani qu'il faudrait placer dans le Carnarvonshire : Ganion égalerait Gangnones. Or, la lecture adoptée par Mûller dans la nouvelle édition de Ptolémée donnée par Didot est le promontoire des Ceangani (Ptol. , III , 'i 2). Les variantes sont diverses sur ce nom dans les mss. , mais la leçon Ceangani est certaine. On a trouvé à Chester et aux bouches de la Mersey des plombs portant , l'un Ceangi{s) , le second Cea , le troisième Ceang (Hùbner, Inscr. Brit. lai. , 1204, 1205, 1206). La supposition de M. Rhys n'est donc pas fondée. Tacite, Ann., 12, 31, mentionne des Cangos ; l'anonyme de Ravenne des Ceganges.
(5) Plus connue sous le nom de Dyvynwal Moelraut. D'après les Triades, c'est un des trois post-cenedl, « piliers de race », de l'île de Bretagne, et le grand législateur {Myv. arch., p. 400, col. 2). Les lois donnent sur ce personnage plus ou moins légendaire et son oeuvre de curieux détails {Ancient laws, I, p. 183- 184). Gaufrei de Monmouth l'appelle Dunvallo Molmutius et le fait fils de Cloten, roi de Cornouailles (II, p. 17). Dyvynwal ou Dyvnwal (arm. Dumnwal, et, plus tard, Donwal) est souvent cité comme législateur {loto mss,, p. 263, 9).
(6) Peut-être Dyvnarth.
KULHWCH ET OLWEN. 213
Twryv Bliant ; Tecvan Gloff (1); Tegyr Talgellawc; Gwrdivalfllsd'Ebrei; Morgant Hael (2) ; Gwystyi (3) fils de Run fils de Nwythoii ; Llwyddeu fils de Nwython ; Gwydre fils de Llwyddeu par Gwenabwy fille de Kaw, sa mère : Hueil, son oncle, le frappa, et c'est à cause de cette blessure qu'il y eut inimitié entre Hueil et Arthur ; Drem (4) fils de Dremidyt , qui voyait de Kelliwic en Kernyw jusqu'à Pen Blatliaon en Prydyn ^^5) (Ecosse) le mouche-
(1) Cloff, « le boiteux. »
(2) Paraît le même que Morgan Mwynvawr. C'est un des trois Ruddvoawc (peut être ruddvaawc) , qui font le sol rouge, avec Run, fils de Beli et Llcw Llawgyffes ; rien ne poussait, ni herbe ni plante, là oh ils passaient, pendant une année; Arthur était plus ruddvaawc qu'eux : rien ne poussait après lui pendant sept ans {Tr. Mab., p. 303, 5; cf. Myv. arch., p. 405, col. 1).
(3) Son fils Gweir est plus connu. C'est un des trois Taleithawc (porte-bandeaux) de la cour d'Arthur {Tr. Mab., 303, 4); les poètes en parlent : « Estimé comme Gweir, fils de Gwestyl » {Myv. arch., p. 233, col. 1 ; cf. ibid., 300, col. 2; 294, col. 1).
(4) Drem, « vue, aspect » ; dremidydd, « celui qui voit. » Il en est question dans les Englynion y Clyweid et chez un poète du quinzième siècle, lolo Goch (Lady Guest, II, p. 341).
(5) Prydyn. C'est le nom donné à l'Ecosse par les Bretons. Il répond à Gruithni, nom qui désignait les Pietés (le p breton répond à un ancien q vieux-celtique). D'après un auteur irlandais, cité par Todd dans une note sur la version irlandaise de Nennius, le mot viendrait de crulh (gallois, pryd), « forme »; Cruithni indiquerait un peuple qui peint sur sa figure et sur son corps des formes de bètcs. d'oiseaux et de poissons {Rhys Celt. Brit., p. 240). On trouve fréquemment aussi Prydein au lieu de Prj'dyn ; Prydein est même usité pour Brydain, la Bretagne insulaire. D'ailleurs, au lieu de Britannia, on a, chez les géographes anciens , Prettannia. Au témoignage de Stéphane de Byzance, c'était l'or-
214 LES MABINOGION.
ron se lever avec le soleil; Eidyol (1), fils de Ner ; Glwyddyn Saer (2) qui fit Ehangwen (3) la salle d'Arthur ; Kynyr Keinvarvawc (4) (Kei passait pour son fils ; il avait dit à sa femme : « si ton fils , jeune femme , tient de moi , jamais son cœur ne sera chaud ; jamais il n'y aura de chaleur dans ses mains ; il aura une autre particularité : si c'est mon fils, il sera têtu (5); autre trait particulier : lors-
thographe de Marcianus d'Héraclée et de Ptolémée. Dindorf, dans une note aux Geographici minores de Didot, p. 517, a constaté que, d'après les meilleurs manuscrits, c'était la forme correcte et pour Ptolémée et pour Strabon. Les noms ethniques des Bretons sont, pour leur pays, Brittia, d'où Breiz, vannetais, Breh ; pour le peuple Brittones , d'où le gallois Brytlion, et l'armoricain Brezonec, Brehonec ou la langue bretonne.
(1) Eidyol. Ce nom existe (V, lolo mss., p. 161, le conte d'Eidiol et d'Eidwyl), mais il faut probablement lire ici Eidoel , voir plus bas. Eidiol le fort tua , lors de la trahison de Caersallawg , six cent soixante Saxons avec une quenouille de cormier {Myv. arch., p. 407, 60).
(2) Saer, ouvrier, travaillant la pierre ou le bois , ici charpentier. Sur le saer, voir Trioedd Doethineb beirdd, Les Triades de la sagesse des bardes, Myv. arch. , p. 927, col. 1; Brut Tysilio , ibid,, p. 459, col. 2; lolo mss., p. 95, le poète Daf. ab Gwilym est appelé saer cerddi. En irlandais , le saer est aussi charpentier, maçon, architecte (O'Curry, On Ihe inanners, III, p. 40-42; vocabulaire comique, sair).
(3) Ehangwen, « large et blanche. »
(4) Voir la note à Kei. Un poète du quatorzième siècle , Madav?c Dwygraig, chantant GruËfudd ab Madav^c, dit que les hommes do la terre de Kynyr le pleurent. Or, Madawc est de Ystrad Llechwcdd , c'est-à-dire du pays entre Bangor et Conwy [Myv. arch., p. 21 , col. 1). Certaines Triades donnent Kynyr Kynvarvawc (Skene, II, p. 458).
(5) Ce n'était pas cependant le plus têtu des Bretons. Les trois
KULHWCH ET OLWEN. 215
qu'il portera un fardeau, grand ou petit, on ne l'apercevra jamais ni par devant lui ni par derrière; autre trait caractéristique : personne ne supportera l'eau et le feu aussi longtemps que lui ; autre chose encore : il, n'y aura pas un serviteur ni un officier comme lui; » Henwas, Henvi^yneb et Hen Gedymdeith (1) [serviteurs] d'Arthur; Gwallgoyc autre serviteur : ^dans la ville où il allait, aurait-elle eu cent maisons , s'il venait à lui manquer quelque chose, il ne laissait pas, tant qu'il y était, le sommeil clore les paupières d'une seule personne) ; Berwyn fils de Cerenhir (2) ; Paris , roi de France , d'où le nom de Kaer Baris (la ville de ParisJ; Osla Gyllellvawr (3) qui portait un poignard court et large (quand Arthur et ses troupes arrivaient de-
tétus dans les Triades sont : Eiddilic Gorr, Trystan ab Tallwch et Gweirwcrydd Vawr. On ne pouvait jamais leur faire changer de résolution (Myv. arch., p. 408, 78).
(1) Henwas, « vieux serviteur; » cf. Anwas ; Hen wijneb, « vieux visage ; » Hen gedymdeith, « vieux compagnon. »
(2) Le texte porte Gerenhir. D'après les lolo mss. , Berwyn serait le père de Geraint Veddw, « l'ivrogne. » Oeraint est le premier qui ait fait la bière convenablement. Il venait de faire bouillir le malt avec des fleurs des champs et du miel quand survint un sanglier qui en but et y laissa tomber son écume , ce qui fit fermenter la bière. Geraint s'adonna à la boisson et en mourut.
(.3) Osla, « au grand couteau ». Dans le Songe de Rhonabwy, Arthur doit se battre avec lui à Kaer Vaddon (Batli). Son nom est aussi écrit une fois Ossa , ce qui mènerait sans difficulté à Offa, nom bien connu des Gallois. Dans le récit irlandais connu sous le nom de Bruighean Daderga, on voit figurer, à la cour de Daderg, trois princes saxons dont l'un porte le nom d'Osalt (O'Curry, On the manners, III, p. 146).
216 LES MABINOGION.
vaut un torrent, on cherchait un endroit resserré; on jetait par dessus le couteau dans sa gaine , et on avait ainsi un pont suffisant pour l'armée des trois îles de Bretagne, des trois iles adjacentes et leur butin) ; Gwyddawc, fils de Menestyr, qui tua Kei et qu'Arthur tua ainsi que ses frères pour venger Kei ; Garanwyn, fils de Kei ; Amren , fils de Bedvyr ; Ely ; Myr (Ij ; Reu Rwydd Dyrys (2); Run Ruddwern; Ely et Trachmyr chefs chasseurs d'Arthur ; Llwyddeu, fils de Kelcoet (3); Hunabwy, fils de Gwryon ; Gwynn Gotyvron (4) ; Gweir Dathar Wennidawc ; Gweir, fils de Kadellin Talaryant; Gweir Gwrhyt Ennwir, et Gweir (5) Baladyr Hir, oncles d'Arthur, frères de sa mère, fils de Llwch Llawwynnyawc de l'autre côté de la mer Terwyn ; Llenlleawc le Gwyddel, prince de Prydein ; Cas, fils de
(1) Peut-être une faute du copiste povir Ely et Trachmyr dont il est question une ligne plus bas.
(î) Reu est probablement pour Rew, « gelée; » rwydd, « facile, libre ; » dyrys, « embarrassé. »
(3) Ce fils (le Kelcoet est appelé Llwyd par Dafydd ab Gwilym» p. 144.
(4) Gwynn Gotyvron apparaît dans le Livre Noir, dans le dialogue entre Arthur et Glewlvvyd Gavaelvawr. Il est donné comme serviteur d'Arthur, p. 51, vers 4 : Guin Godybrion; il faut probablement lire Godybron.
(5) Gvi'eir , fils de Gwestyl, eat plus célèbre ((uc ces Gweir. Voir la note sur ce personnage plus haut, p. 213. 11 y a un autre Gweir, fils de Ruvawn , qui aurait composé un livre de lois {Ancient laws, I, p. 218). Talaryant , « front d'argent; » paladyr hir , « à la longue lance. » Pour Llwch, voir plus haut, à Lloch.
KULHWCH ET OLWEN. 217
Saidi (1); Gwrvan Gwallt Avwyn (2); Gwillennhin, roi de France ; Gwittard , fils d'Oedd, roi d'lwerddoii ; Garselit le Gwyddel ; Panawr Penbagat ; Flendor fils de Nav; Gwynnhyvar maire (3) de Kernyw et de Dyvneint, un des neuf qui tramèrent la bataille de Kamlan ; Keli et Kueli ; Gilla Goeshydd (4' : il sautait trois sillons d'un bond : c'était le chef des sauteurs d'Iwerddon ; Sol , Gwadyn Ossol et Gwadyn Odyeith (5) Sol pouvait se tenir tout un jour sur le môme pied; la montagne la plus haute du globe serait devenue sous les pieds de Gwadyn Ossol une vallée unie ; Gwadyn Odyeith faisait jaillir de la plante de ses pieds autant d'étin-
(1) Cas, « objet de haine, haïssable; » c'est probablement Seithynin, fils de Seithyn Saidi, roi de Dyvet, un des trois ivrognes endurcis de l'île de Bretagne, qui, dans un jour d'ivresse, lâcha la mer sur le pays appelé Cantrev y Gwaolod {Myv. arch. , p. 404 , col. 2; cf. Livre Noir, p. 59). Llcwei , fille de Seithwedd Saidi , est une des trois amazones {gwrvorwyn , « hommefemme ») de Bretagne.
(2) Gwallt, « cheveux; » avwiin, « rênes, » du latin ahrna (habena).
(3) Le maer était un personnage important; c'était lui qui avait la haute surveillance des tenures serviles et qui procédait au partage des terres qui en dépendaient. Maer vient du latin major. Il y avait aussi à la cour un maer (Voir Ancient laws , I, passim. Pour Kamlan, voir p. 210).
('i) Coes hydd, « à la jambe de cerf. »
(5) Gwadyn ou gwadn , signifie « la plante du pied. » Odiaeth a le sens de « rare, extraordinaii-e. » Pour sol, on attendrait plutôt sawdl, « talon » (breton-moyen, seuzl, auj. seul). Il est possible que le scribe ait eu sodl sous les yeux ou une forme gaélique, sàl.
218 LES MABINOGION.
celles que le métal chauffé à blanc quand on le retire de la forge , lorsqu'il se heurtait à des corps durs; c'est lui qui débarrassait la route de tout obstacle devant Arthur) ; Hir Erwm et Hir Atrwm (1) (le jour où ils allaient loger quelque part, on faisait main-basse à leur intention sur trois cantrevs : ils mangeaient jusqu'à nones et buvaient jusqu'à la nuit , jusqu'au moment où ils allaient se coucher; alors la faim les poussait à dévorer la tête de la vermine, comme s'ils n'avaient jamais rien mangé ; ils ne laissaient chez leurs hôtes rien après eux, ni épais ni mince, ni froid ni chaud, ni aigre ni doux , ni frais ni salé , ni bouilli ni cru) ; Huarwar fils d'Avlawn (2) qui demanda à Arthur comme présent de lui donner son content (quand on le lui fournit , ce fut le troisième des fléaux intolérables de Kernyw : jamais on ne pouvait obtenir de lui un sourire de satisfaction que quand il était plein) ; Gware Gwallt Euryn (3) ; les deux petits de Gast Rymi (4) ; G^^ddawc et Gwydneu As-
(Ij Ces deux singuliers personnages sont mentionnés ensemble dans un poème de la Myv. arch., p. 129, col. 1 (Englynion y Klyweit). Le nom du premier est maltraité : Llucrum ; mais l'assonnance montre qu'il faut corriger cruin en crwm. Hircrwm, « le long courbé, » paraît préférable , d'après le mètre , k Hir Erwm.
(2) Av]Rwn, « non plein ; » Hna.r-wai\ « facile à apaiser. »
(3) Probablement Gwri Wallt Euryn. « Gwri aux cheveux d'or », plus connu sous le nom de Pryderi. Voyez le mabinogi de Pwyll, p. 56, 61, et celui de Math, fils de Mathonwy. Dafydd ab Gwilym fait mention de Gwri Gwallt Euryn.
(4) Gnst, « chienne >\ Rymi : il y a un fleuve Rymni en Gla-
KULHWCH ET OLWEN. 219
trus (i;; Sugyn, fils de Sucnedydd (2), qui pompait un estuaire à contenir trois cents navires au point de n'y laisser que du sable sec : il avait un estomac de pierre rouge; Kacymwri , serviteur d'Arthur : on pouvait lui montrer la grange qu'on voulait : aurait-on pu y manœuvrer trente charrues , il vous la battait si bien avec un fléau de fer que les poutres, les chevrons et les lattes n'étaient pas en meilleur état que les menus grains d'avoine au fond du tas de blé sur le sol ; Dygyvlwng ; Anoeth Veiddawc (3) ; Hir Eiddyl et Hir Amren (4) , tous deux serviteurs d'Arthur ; Gwevyl ^5) fils de Gwestat : quand il était triste , il laissait tomber une de ses lèvres jusqu'à son nombril et l'autre lui faisait comme un capuchon sur la tête ; Ychdryt Vai7vdraws (6;; qui projetait sa barbe rouge hérissée par dessus les quarante-huit poutres de la salle d'Ar-
rnorgan, lolo mss., p. 18. Rymi, écrit aussi Rymhi, est peut-être pour Rymni.
(1) Astrus, « enchevêtré. »
(2) Sugyn, « action de sucer; » sugnedydd, « qui suce, qui pompe » (Cf. sugno, « sucer, teter ; armor., suno , seuno ou cheuno).
(3) Beiddiawc, « hardi. »
(4) Hir, « long, n eiddil, « mince. »
(5) Gwevyl ou Gwevl, « lèvres. »
(6) Baryvdraws, « barbe de travers on peut-être par-dessus; » traws a aussi le sens de dur, violent. La maison roj^ale, qui était en bois , n'avait, d'après les Lois, que six colonnes. II en était de même de celles des nobles et même de celles des vilains {Ancient laws, I, p. 292).
220 LES MABINOGION.
thur ; Elidyr Gyvarwydd (1) ; Yskyrdav et Yscudydd (2), serviteurs de Gwenhwyvar, aux pieds aussi rapides que leurs pensées dans l'accomplissement de leurs missions ; Brys , fils de Bryssethach , de Tal y Redynawc Du (3) en Prydein ; Gruddlwyn Gorr (4) ; Bwlch , Divwlch , Sevwlch , petit-fils de Cleddyv Kyvwlch (5) (d'une blancheur éclatante était le blanc de leurs boucliers ; c'étaient trois perceurs que les pointes de leurs trois lances; trois trancheurs que les tranchants de leurs trois épées ; Glas, Gleissic et Gleissat (6) : Kall, Kuall et
(1) Kyvarwydd, « guide, celui qui renseigne et, aussi, habile. » Kyva.7^wyddon a quelquefois le sens d'enchantements, sortilèges (V, Campeu Charlymaen dans les Selections from Hengwrt mss., XVII; cf. dargnid, Gloses d'Orléans, gallois moyen derwyddon, « devins, prophètes »).
(2) Yscvdydd de ysgud, « qui tourne; » ysgudo, « courir précipitamment. ))
(3) Tsl, « le bout, le front; redynawc , de redyn, « fougère, » = armor., radenec, « fougeraie; » du, « noir ».
(4) Corr, a nain. »
(5) Kyvwlch. Ce nom apparaît dans l'extrait du Codex Lichf'., donné en appendice dans le Liber Landau, p. 273 : Arthan filius Cimulcli. Or, dans le Livre Noir, à propos de la tombe d'Eiddiwlch, il semble bien qu'il y ait un jeu de mots sur ce nom : mab Arthan gywlavan gyvwlch (Skene, 31, v. 22). Bwlch signifie « entaille. » Le texte porte Kyvwlch au lieu de Divwlch après Bwlch; mais il est certain, d'après un autre passage, qu'il y a transposition de noms. Cleddyv, « épée ».
(G) Il semble bien qu'il manque ici quelque chose. Lorsque le dieu Lug se présente au palais royal de Tara, entre autres talents qu'il énumère afin d'y pénétrer, il indique celui de porte-coupe ; on lui répond qu'il y en a et on cite Glei, Glan, Gleisi, noms différents de ceux-ci, mais inventés d'après les mêmes procédés
KULHWCH ET OLWEN. 221
Kavall 1) étaient leurs trois chiens; Hwyrdyddwe , Drwcdyddwc (2) et Llwyrdyddwc leurs trois chevaux ; Och , Garym et Diaspat (3) leurs trois femmes ; Lluchet , Nevet et Eissiwet (4) , leurs trois petits-fils; Drwc , Gwaeth et Gwaethav 011 (5), leurs trois filles; Eheubryd , fille de Kyvwlch, Gorascwrn , fille de Nerth , et Gwaeddan , fille de Kynvelyn Keudawt (6) Pwyll Hanner Dyn (7)) ; Dwnn
(O'Curry, On the manners, III , p. 43). Gias signifie verdàtre ou blanchâtre; gleissic, gleissat en sont des dérivés.
(1) Kall, « fin; » Kuall, « cruel, sauvage; » Kavall est le nom du chien d'Arthur, d'après Nennius et les Mab. (Nennius, éd. Pétrie, Mon. hist, brit., 79); pour Kavall v. plus bas.
(2) Dyddwc, « qui porte; » hwyr, « tard, » du latin serus; drwc, « mauvais; » Hwyr, « complet. »
(3) Och , « exclamation de douleur, gémissement; garym. ou garam, avec une voyelle euphonique ou irrationnelle pour garm, « cri »; diaspat, « cri perçant. »
(4) Lluchet, « éclair; » Eisiwed, « indigence. »
(5) Drwc, « mauvais, » gwaetli, « pire; » gwaethav oil, v le pii'e de tous. »
(6) Il est fort possible qu'il faille séparer Keudawt de Kynvelin.
(7) Hanner dyn, « moitié d'homme; » suivant Lady Guest, il existerait une fable galloise, d'après laquelle Arthur aurait vu, un jour, venir à lui une sorte de lutin qui , de loin, avait une forme indistincte, et en approchant paraissait se développer peu à peu; arrivé près de lui, c'était un derni-homme. Le demi-homme le provoque. Arthur remet la lutte par mépris , si bien que le demi-homme grandit et qu'Arthur, en fin de compte, a besoin de toutes ses forces pour venir à bout de lui. Ce serait, d'après lady Guest, une allégorie destinée à montrer le pouvoir de l'exercice et de l'habitude. Les lulo mss., p. 164, donnent cette fable; mais il est aisé de voir qu'elle a été remaniée par un arrangeur maladroit.
Diessic Unbenn (1) ; Eiladyr, fils de Pen Llorcan (2); Kyvedyr Wyllt (3), fils de Hettwn Talaryant ; Sawyl Bennuchel (4) ; Gwalchmei, fils de Gwyar (5) ; Gwalhavet, fils de Gwyar ; Gwrhyr Gwalstawt leithoedd (6) : il savait toutes les langues ; Kethtrwm Offeirat (le Prêtre) ; Klust , fils de Klustveinat (7) : l'enterrait-on cent coudées sous terre , il entendait la fourmi le matin quand elle quittait son lit ; Medyr, fils de Methredydd, qui, de Kelliwic à Esgeir Oervel en Iwerddon , traversait , en un clin d'œil , les deux pattes du roitelet ; Gwiawn Llygat Catli (8), qui, d'un coup, enlevait une tache de dessus l'œil du moucheron sans lui faire de mal ; 01 ,
(1) Unbenn, prince et même simplement seigneur , primitivement monarque.
(2) Le texte porte llarcan ; un autre passage donne un Pennllorau ; il faut prob. lire llorcan : pennllorcan, « à la tète de pivert. » Llcrcan est aussi le nom d'un roi de Munster (O'Curry, On (hc manners, II, p. 98).
{?>) Kyvedyr, ailleurs Kyledyr et même Kynedyr ; gwylll, « sauvage, fou ».
(4) Samuel à la tète haute, un des trois orgueilleux de Bretagne {Triad. Mab., 304, 17; Triad., Skene, II, p. 458). Gaufrei de Monmouth parle d'un roi Samuil Pennissel , ou Samuel à la tète basse {Ilisi., Ill, 19).
(5) Voir p. 227.
(6) Voir p. 227.
(7) Clust , 0 oreille »; Clustveinad, « à l'oreille fine »; d'après Owen Pughc, « qui dresse l'oreille, qui écoute attentivement. »
(8) Llygat calh , « à l'œil de chat. » Il y a un Gwiawn qui ne porte pas ce surnom et qui est plus connu; il est qualifié de dewin, « devin, » par Gwilym Ddu, poète du treizième-quatorzième siècle {Myv. arch., p. 277, col. 1; cf. Taliesin chez Skene, II, p. 130, 9; 153, 23).
KULHWGH ET OLWEN. 223
fils d'Olwydd (1) (sept années avant sa naissance, on avait enlevé les cochons de son père ; devenu homme , il retrouva leur piste et les ramena en sept troupeaux) ; Bedwini (2), l'évêque qui bénissait la nourriture et la boisson d'Arthur.
Kulhwch fit en outre sa demande pour l'amour de femmes de cette île portant des colliers d'or : à Gwenhwyvar, la reine des dames de Bretagne; Gwenhwyvach, sa sœur; Rathtyeu, fille unique de Clememhill ; Rhelemon , fille de Kei ; Tannwen , fille de Gweir Dathar Wennidawc ; Gwennalarch (3), fille de Kynnwyl Kanhwch ; Eurneid, fille de Clydno Eiddin (4) ; Enevawc , fille de Bedwyr (5) ;
(1) 01, « trace, action de suivre (armor.,, heul); Olwydd, « qui suit les traces ».
(2) Dafydd ab Gwilym fait allusion au manteau de Bedwini, p. 122. Les Triades le font chef des évéques à la cour d'Arthur à Kelli Wic, en Kernyw (Triades, Skene, II, p. 456). Il est aussi question de lui dans le Songe de Rhonabwy.
(3) Gwenn, « blanche; » alarcli, « cygne. »
(4) Chef du Nord, probablement, d'après son surnom , du pays d'Edimbourg. D'après les lois, il serait venu dans le pays de Galles avec Nudd liael et d'autres pour venger la mort d'Elidyr le généreux, tué en Arvon; les Gallois avaient pour chef Run , fils de Maelgwn {Ancient laws, I, p. 104). La vaillance déployée par les hommes d'Arvon contre lui aurait été l'origine de leurs privilèges, que les lois énumèrent à cet endroit. D'après les Triades sur la noblesse des Bretons du Nord, il serait fils de Kynnwyd Kynnwydyon et de la grande tribu de Coel {Triades, Skene, II, p. 454). Les poètes gallois parlent souvent de la gloire de Clydno, dot Clydno, épithète amenée par l'allitération et la ressemblance des formes {Myv. arch., p. 24fi, col. 2 ; 290, col. 1 ; 293, col. 2).
(5) Voir p. 226.
224 l-ES MABIiNOfilON.
Enrydrec , lille de Tutuathar ; Gwennwledyr , fille de Gwaleddur Kyrvach; Erdutvul, fille de Tryffin; Eurolwen, fille de Gwiddolwyn Gorr; Teleri , fille de Peul; Morvudd (1), fille d'Uryen Reget ; Gwenllian Dec (2) , la majestueuse jeune fille ; Kreiddylat (3), fille de Lludd Llaw Ereint , la jeune fille la plus brillante qu'il y ait eu dans l'île des Forts , et les trois îles adjacentes : c'est à cause d'elle que Gwythyr, fils de Greidiawl et Gwynn, fils de Nudd, se battent et se battront, chaque premier jour de mai, jusqu'au jour du jugement; Ellylw, fille de Neol Kynn Kroc , qui vécut trois âges d'homme ; Essyllt Vinwen et Essyllt Vingul (4) : à elles toutes, Kulhwch réclama son présent.
(l*; C'était une des trois femmes aimées par Arthur {Triades Mab., p. 302, 14). Son nom est synonj^me de beauté chez les poètes {Daf. ab Gwil., p. 27; lolo mss., p. 247).
(2) Tec, « belle. »
(3) On l'a identifiée avec la Cordelia de Gaufrei de Monmouth, II, 11; mais Cordelia est la fille du roi hlyr. Les Triades confondent Lludd et Llyr; voir sur Lludd Llaw Ereint la note plus bas. Dans le Livre Noir, 54, 18, Gwyn ab Nudd se dit l'amant de Kreurdilad, fille de Lludd.
(4) Essyllt est le nom qui est devenu Iseult dans les romans français. Min aie sens de lèvres. Essyllt Vinwen, fille de Kulvanawyt , est une des trois femmes impudiques de l'île; c'est l'amante de Trystan (Myv. arch. , p. 392, col. 1; là son nom est Fyngwen , « crinière blanche »). Il est aussi curieux que Essyllt Vinwen soit devenue Iseult aux blanches mains. Y aurait-il eu une fausse interprétation de min ? Minwen, « lèvres blanches; » mingul, « lèvres minces. » Caradawc Vreichvras , ou Caradawc « aux grands bras », est devenu de même, dans nos romans français, Brie-bras.
KULHWCH ET OLWEN. 225
Arthur lui dit alors : « Je n'ai jamais rieii entendu au sujet de la jeune fille que tu dis, ni au sujet de ses parents. J'enverrai volontiers des messagers à sa recherche : donne-moi seulement du temps. » — « Volontiers : tu as un an à partir de ce soir, jour pour jour. » Arthur envoya des messagers dans toutes les directions , dans les limites de son empire , à la recherche de la jeune fille. Au bout de l'année , les messagers revinrent sans plus de nouvelles, ni d'indications au sujet d'Olwen que le premier jour. « Chacun , » dit alors Kulhwch , « a obtenu son présent , et moi, j'attends le mien encore. Je m'en irai donc et j'emporterai ton honneur (1) avec moi. » — « Prince, » s'écria Kei, « tu adresses à Arthur des reproches injustes ! Viens avec nous et, avant que tu ne reconnaisses toimême que la jeune fille ne se trouve nulle part au monde , ou que nous ne l'ayons trouvée , nous ne nous séparerons pas de toi. » En disant ces mots , Kei se leva. Kei avait ce privilège qu'il pouvait respirer neuf nuits et neuf jours sous l'eau ; il restait neuf nuits et neuf jours sans dormir ; un coup de l'épée de Kei , aucun médecin ne pouvait le guérir ; c'était un homme précieux que Kei : quand il plaisait à Kei, il devenait aussi grand que l'arbre le plus élevé de la forêt. Autre privilège : quand la pluie tombait le plus dru, tout ce qu'il tenait à la main était sec au-dessus et au-dessous , à la dis-
(1) Mot à mot, Ion visage (di/ wyneb). Voir p. 73, note 2,
'226 LES MABINOGION.
tance d'une palme, si grande était sa chaleur naturelle. Elle tenait même lieu de combustible à ses compagnons , quand le froid était le plus vif. Arthur appela Bedwyr (1), qui n'hésita jamais à prendre part à une mission pour laquelle partait Kei. Personne ne l'égalait à la course dans cette île , à l'exception de Drych, fils de Kibddar (2); quoiqu'il n'eût qu'une main, trois combattants ne faisaient pas jaillir le sang plus vite que lui sur le champ de bataille ; autre vertu : sa lance produisait une blessure [en entrant], mais neuf en se retirant (3).
(1) Une triade le met au-dessus des trois taleithiawc ou portediadèmes de l'île, c'est-à-dire de Drystan, Hueil, fils de Kaw et Kei {Myv. ardi., p. 389, col. 2; Triades Mab., p. 307, 16). Le Livre noir met sa tombe à AUt Tryvan, dans le Carnarvonshire (p. 51, 34); Arthur, dans le même livre, célèbre sa valeur (p. 51, V. 37 ; 52, 11). Llcwis Glyn Cothi compare deux vaillants Gallois aux deux pouces de Bedwyr {Dwy vawd Vedwyr oeddynt, p. 396, V. 25; cf. ibid., p. 345, v. 22).
(2) Drych, « vtie, regard ; » Cibddar est, dans les Triades, avec Coll, fils de Collvrewi, et Menw, un des trois prif Lledrithiawc^ ou premiers magiciens , habiles à se transformer ou à se métamorphoser {Myv. arch., p. 390, 33); une autre tradition lui donne pour fils Elmur, qui est des trois tarw unbenn ou jirinces taureaux de combat {Myv. arcli., 408, col. 1). Il est aussi question de Cibddar dans les Iclo mss., p. 253 (a glywèist H chwedl Cibddar...).
(3) Nous avons dû ici expliquer plutôt que traduire le texte ; le texte dit que la lance de Bedwyr avait un coup, une blessure, et neuf contre-coups {gwrlli-wan ; gwan, « action de percer »). Il semble qu'on soit ici en présence d'une arme dans le genre du ryae bulga du héros irlandais Cuchulain. Le gae bulga ou javelot du ventre faisait la blessure dun seul trait en entrant, et trente en se retirant; il portait, échelonnées, une série de pointes disposées comme des hameçons. Pour le retirer , on était souvent
KULHWCH ET OLWEN. 227
Arthur appela Kynddelic le guide : « Va . » dit-il , « à cette entreprise avec le prince. « Kynddelic n'était pas plus mauvais guide dans un pays qu'il n'avait jamais vu que dans le sien propre. Arthur appela Gwrhyr Gwalstawt leithoedd (1), parce qu'il savait toutes les langues. Il appela Gwalchmei. fils de Gwyar :^) ; il ne revenait jamais d'une mission
obligé d'ouvrir le corps. Cuchulain visait avec lui ses ennemis au ventre (O'Currj, On the manners, II, p. 309)
(1) Gwrhyr, le maître ou plutôt l'interprète dés langues II est mention do lui dans le Songe de RHonab..y et le ma.inogi de Gerein ab Erbin. C'est do lui probablement qu'il s'agit dans les Chwedlau des lolo mss. : « As-tu entendu le propos de Gwrhyr le serviteur de Teilaw, le barde au langage véridique? « (p. 255)' Pour le sons de y^va/s/a^vci ou gx.alysiav.d, mot emprunte à l'anglais, v. lolo mss., p. 257, strophe 119.
{2) GM^alahmei : le premier terme, gM^alch, signifie faucon maie; çM^yar signifie sang. Il n'est pas inutile de remarquer que ce nom se retrouve très probablement dans le cartulaire de Redon; le même personnage y est appelé V^altmoe et Walcmoel • la forme qui explique le nueux l'erreur est Walc-Moei. C'est un des personnages les plus importants des Mabinogion, avec cette reserve qu'il n'apparaît pas dans les Mabinogion où il n'est pas question d Arthur. Il a le même caractère dans les Triades que dans les MaUin. : c'est un des trois eurdavodogion ou « gens à a langue dorée « ; c'est un des chevaliers de la cour d'Arthur les meilleurs pour les hotos et les étrangers (Myv. arch, p 393 col. 1, col. 2; ,7>û/., p. 407, col. 2). Il y a un intéressant dialogué en vers, dans la Myv. arch., entre lui et Trystan; il réussit, par sa courto.sie, à le ramener à la cour d'Arthur. Il remplit une mission analogue auprès de Peredur, dans le mabinogi de ce nom Dans ce poème, il se dit neveu d'Arthur {Myv. arch., p. 132 col 1)' Il n'y a pas de nom qui revienne plus souvent chez les' poètes {Myv. arch., p. 278, col. 2; 286, col. 2, etc.; Livre noir, Skene p. ^y, 10; 10, 12 : son cheval s'appelle Kcincaled). C'est le Gau-
228 LES MABINOGION.
sans l'avoir remplie ; c'était le meilleur des piétons et le meilleur des cavaliers ; il était neveu d'Arthur, fils de sa sœur et son cousin. Arthur appela encore Menw, fils de Teirgwaedd (1) : au cas où ils seraient allés dans un pays pay en , il pouvait jeter sur eux charme et enchantement de façon à ce qu'ils ne fussent vus par personne, tout en Voyant tout le monde.
Ils marchèrent jusqu'à une vaste plaine dans laquelle ils aperçurent un grand château fort, le plus beau du monde. Ils marchèrent jusqu'au soir et , lorsqu'ils s'en croyaient tout près , ils n'en étaient pas plus rapprochés que le matin. Ils marchèrent deux jours, ils marchèrent trois jours, et c'est à [leine s'ils purent l'atteindre. Quand ils furent devant, ils aperçurent un troupeau de moutons auquel ils ne voyaient ni commencement ni fin. Du sommet d'un tertre , un berger vêtu d'une casaque de peau les gardait; à côté de lui était un dogue aux poils hérissés , plus grand qu'un étalon vieux de neuf hivers. Il avait cette qualité qu'il ne laissait jamais se perdre un agneau et, à plus forte raison, une bète plus grosse. On ne passajamais à côté de lui sans blessure ou fâcheux accident; tout ce qu'il y avait de bois sec et de buissons dans la plaine , son haleine le brûlait jusqu'au sol même. « Gwrhyr
vain de nos Romans de la Table Ronde. Il est fils de Lloch Llawwynnyawc (le Loth ou Lot des romans français) , et cousin d'Arthur. V. sur Gauvain, Gaston Paris, Hist, lilt., XXX, 29-45.
KULHWCH ET OLWEN. 229
Gwalstawt leithoedd , » dit Kei , « va parler à cet homme là-bas !» — « Kei , » répondit-il, « je n'ai promis d'aller que jusqu'où tu iras toi-même. » — « Allons-y ensemble, » dit Kei. — « N'ayez aucune appréhension, » dit Menw (1), flls de Teirgwaedd ; « j'enverrai un charme sur le chien, de telle sorte qu'il ne fasse de mal à personne. » Ils se rendirent auprès du berger et lui dirent : « Es-tu riche, berger (2) ?» — « A Dieu ne plaise , que vous soyez
(1) Menw, « esprit, intelligence. » La magie de Menw, qu'il avait apprise d'Uthur Penndragon, la magie de Math, fils de Mathonwy, qui l'enseigna à Gwydyon, fils de Don, et celle de Rudlwm Gorr qui l'enseigna à KoU, fils de Kollvrewi, sont les trois principales magies de Bretagne {Triades Mab. , p. 302, 23; cf. Myv. arch., p. 390, col. 1). D'après un passage de Daf. ab Gwilym, les trois magiciens seraient Menw, Eiddilic Cor et Maeth {sic), p. 143 (Eiddilic Corr, Wyddel call , « le Gael subtile »). Ce Menw joue un grand rôle dans les rêveries de certains écrivains gallois contemporains. Un certain Einigan Gawr aurait aperçu, un jour, trois rayons de lumière sur lesquels était écrite toute science. Il prit trois baguettes de frêne sauvage, et y inscrivit ce qu'il avait vu. Les hommes ayant déifié ces baguettes, Einigan, irrité, les brisa et mourut. Menw vit trois baguettes poussant sur sa tombe; elles sortaient de sa bouche. Il apprit ainsi toutes les sciences, et les enseigna, à l'exception du nom de Dieu (Lady Guest, d'après un travail publié par Tal. Williams, à Abergavenny, 1840, sur l'alphabet bardique). Sur ce personnage de Menw, cf. lolo mss., p. 262.
(2) Tout ce dialogue est obscur. 11 y a probablement un jeu de mots sur berth, et un autre sur p?-iaw/. Bprlh signifie beau, brillant. 11 serait possible que ce lût une formule de salut comme en français : Es-tu gaillard ? Le berger prend le mot dans le sens de richesses, comme semble le prouver l'exclamation de son interlocuteur. Priawt signifie bien propre , et s'applique aussi k la
230 LES MABINOGION.
jamais plus riches que moi !» — « Par Dieu, puisque tu es le maître... » — « Je n'ai d'autre défaut à me nuire que mon propre bien. » — « A qui sont les brebis que tu gardes , et ce château là-bas ? »
— « Vous êtes vraiment sans intelligence : on sait dans tout l'univers que c'est le château d'Yspaddaden Penkawr (1). » — « Et toi, qui es-tu? » — « Kustennin, fils de Dyvnedic, et c'est à cause de mes biens que m'a ainsi réduit mon frère Yspaddaden Penkawr. Et vous-mêmes , qui êtes-vous ? »
— « Des messagers d'Arthur, venus ici pour demander Olwen , la fille d'Yspaddaden Penkawr. »
— « Oh ! hommes , Dieu vous protège ! Pour tout au monde , n'en faites rien : personne n'est venu faire cette demande qui s'en soit retourné en vie. » Comme le berger se levait pour partir , Kulhwch lui donna une bague d'or. Il essaya de la mettre , mais , comme elle ne lui allait pas , il la plaça sur un doigt de son gant et s'en alla à la maison. Il donna le gant à sa femme à garder. Elle retira la bague et lorsqu'elle l'eut mise de côté, elle lui dit : « D'où vient cette bague? Il ne t'arrive pas souvent d'avoir bonne aubaine. » — « J'étais allé, » répon-
femme légitime. Son bcau-frôre Yspaddaden, comme la suite du récit le montre, a tue tous ses enfants moins un, qui est caché, pour s'emparer de ses biens. Le don d'un anneau d'or semble bien montrer que les voyageurs ont l'intention d'acheter la complaisance du berger, et justifie le sens que nous avons donné à herlh. Le texte semble ici encore avoir été remanié. (1) Yspaddaden à la tète de géant.
KULHWCH ET OLWEN. 231
dit-il , « chercher nourriture de mer ; lorsque tout d'un coup je vis un cadavre venir avec les flots ; jamais je n'en avais vu de plus beau : c'est sur son doigt que j'ai pris cette bague. » — « Comme la mer ne laisse pas de mort avec ses bijoux, montremoi le cadavre. » — « Femme, celui à qui appartient ce cadavre, tu le verras ici bientôt (1). » — « Qui est-ce ?» — « Kulhwch, fils de Kilydd, fils du prince Anllawdd ; il est venu pour demander Olwen comme femme. » Elle fut partagée entre deux sentiments : elle était joyeuse à l'idée de l'arrivée de son neveu , le fils de sa sœur ; triste , en pensant qu'elle n'avait jamais vu revenir en vie un seul de ceux qui étaient allés faire pareille demande. *
Comme ils atteignaient la cour de Custennin le berger, elle les entendit venir et courut de joie à leur rencontre. Kei arracha une pièce de bois au tas et , au moment oii elle allait au-devant d'eux pour les embrasser , il lui mit la bûche entre les mains. Elle la pressa si bien qu'elle ressemblait à un rouleau de corde tordu. « Ah! femme, » s'écria Kei , « si tu m'avais serré ainsi , personne n'eût été tenté de placer sur moi son amour : dangereux
(1) Le récit a été ici délayé, sans doute, par un maladroit arrangeur. J'imagine que le dialogue primitif devait être à peu prés ceci : « J'ai pris ce bijou sur un cadavre, le plus beau que j'aie vu. » — « Quel cadavre ?» — (- Tu vas le voir : c'est Kulhwch ton neveu. » Le berger considère Kulhwch comme un homme mort. L'arrangeur ne l'aura pas compris, et aura essayé d'expliquer à sa façon les paroles de Kustennin.
232 LES MABINOGrON.
amour que le tien! » Ils entrèrent dans la maison et on les servit. Au bout de quelque temps comme tout le monde sortait pour jouer, la femme ouvrit un coffre de pierre qui était au[)rès de la pierre de garde du feu ri) , et un jeune homme aux cheveux blonds frisés en sortit. « C'est pitié . » dit Gwrhyr Gwalstawt leithoedd, « de cacher un pareil garçon ; je suis bien sûr que ce ne sont pas ses propres méfaits qu'on venge ainsi sur lui. » — « Celui-ci n'est qu'un rebut , » dit la femme : « Yspaddaden Penkawr m'a tué vingt-trois fils , et je n'ai pas plus d'espoir de conserver celui-ci que les autres, » — « Qu'il me tienne compagnie, » dit Kei , « et on ne le tuera qu'en même temps que moi. » Ils se mirent à table. « Pour quelle affaire êtes-vous venus? )) dit la femme. — « Afin de demander Olwen pour ce jeune homme. » — « Pour Dieu , comme personne ne vous a encore aperçus du château, retournez sur vos pas. » — « Dieu sait que nous ne nous en retournerons pas avant d'avoir vu la jeune fille. » — « Vient-elle ici . » dit Kei , « de façon qu'on puisse la voir ?» — « Elle vient ici tous les
(1) La pierre dvi foj'cr avait une importance particulière dans les lois galloises. Les maisons étant en bois, la pierre du foyer était la partie la plus difficile à faire disparaître. Le feu se trouvait sans doute au milieu de la maison, à peu près au niveau du sol. Il est, en effet, question dans les lois du cas oii des porcs entrant dans une maison , éparpillent le feu et causent la destruction de la maison {Ancienl laws I, p. 2G0; pour le penlan, v. ibid., p. 7G, 452, 455, etc.; H, p. 774), Penian a aussi le sens de trépied (Ancient /au'.s, II, p. 865).
KULHWCH ET OLWEN. 233
samedis pour se laver la tète. Elle laisse toutes ses bagues dans le vase où elle se lave, et elle ne vient jamais les reprendre pas plus qu'elle n'envoie à leur sujet. » — « Viendra-t-elle ici, si on la mande? » — « Dieu sait que je ne veux pas ma propre mort, que je ne tromperai pas qui se fie à moi; seulement , si vous me donnez votre foi que vous ne lui ferez aucun mal , je la ferai venir. » — « Nous la donnons, » répondirent-ils.
Elle la fit mander. La jeune fille vint. Elle était vêtue d'une chemise de soie rouge-flamme ; elle avait autour du cou un collier d'or rouge , rehaussé de pierres précieuses et de rubis. Plus blonds étaient ses cheveux que la fleur du genêt ; plus blanche sa peau que l'écume de la vague, plus éclatants ses mains et ses doigts que le rejeton du trèfle des eaux émergeant avec sa fleur trifoliée du milieu du petit bassin formé par une fontaine jaillissante (1); ni le regard du faucon après une mue, ni celui du tiercelet après trois mues (2) n'étaient
(1) La comparaison est aussi gracieuse que juste. La fleur du ményanthe trifolié, ou trèfle aquatique, est une des plus charmantes de nos pays. Elle est d'une grande blancheur avec une très légère teinte purpurine; elle aime les eaux de source. Au moment où les pédoncules sortent de l'eau, la fleur qu'ils portent n'est pas encore étalée; elle ressemble à un calice à trois angles.
(2) D'après les lois galloises, lo faucon qui a mué (qui a été levé de la mue, suivant l'expression propre de la fauconnerie) a une plus grande valeur qu'avant, surtout s'il devient blanc {Ancient laws, I, p. 282). La comparaison avec l'œil du faucon est fréquente : Myv. arch.., p. 252, col. 2, un guerrier est appelé irimud
234 LES MABINOGION.
plus clairs que le sien. Son sein était plus blanc que celui du cygne, ses joues plus rouges que la plus rouge des roses. On ne pouvait la voir sans être entièrement pénétré de son amour. Quatre trèfles blancs naissaient sous ses pas partout où elle allait : c'est pourquoi on l'avait appelée 01wen (1) (trace blanche).
Elle entra et alla s'asseoir sur le principal banc à côté de Kulhwch. En la voyant, il devina que c'était elle : « Jeune lille, » s'écria-t-il, « c'est bien toi que j'aimais. Tu viendras avec moi* pour nous épargner un péché à moi et à toi. Il y a longtemps
aer-walch; cf. ibid., 221, col. 1 ; 257, col. 2). Le sens primitif de ti'imud est qui a trois mues; mais à cause de sa ressemblance avec mut, « muet », son sens a évolué, et trimut, termut , a fini, par signifier absolum.ent muet , comme le prouve le passage suivant de Llyw^arch ab Llewelyn , poète du douzième-treizième siècle :
rei ira llwfyr tra Uafar eu son ac ereill taerlew lermudion
« les uns très lâches, très loquaces, les autres vaillants et fermes, tout à fait silencieux» [Myv. arch., p. 201, col. 2). Gwalch doit être traduit par tiercelet ou faucon mâle. Les lois [Ayicient laws, II, p. 797) glosent {hebawc) hwyedic ou faucon mâle par gwalch. Il est d'un prix moins élevé que le liebawc ou faucon sans épithète, c'est-à-dire le faucon femelle. Ancurin Owen, au t. I , p. 738 des Lois, se trompe donc on traduisant gwalch par buse. La mue profitait au faucon; sa livrée n'était même complète qu'après trois mues. En parlant de la mue, François de Saint-Aulaire (Fauconnerie, Paris, 1619) dit que a le faucon en devient plus beau et plus agréable comme une personne estant vestue à neuf. »
(1) L'auteur décompose le mot en ol, « trace, » et wen , (I blanche. »
KULHWCH ET OLWEN. 235
que je t'aime. » — « Je ne le puis en aucune façon, )) répondit-elle : « mon père m'a fait donner ma foi, que je ne m'en irais pas sans son aveu, car il ne doit vivre que jusqu'au moment où je m'en irai avec un mari. Ce qui est, est ; cependant je puis te donner un conseil , si tu veux t'y prêter. Va me demander à mon père ; tout ce qu'il te signifiera de lui procurer, promets qu'il l'aura, et tu m'auras moi-même. Si tu le contraries en quoi que ce soit, tu ne m'auras jamais et tu pourras t'estimer heureux, si tu t'échappes la vie sauve. » — « Je lui promettrai tout et j'aurai tout. »
Elle s'en alla vers sa demeure , et eux , ils se levèrent pour la suivre au château. Ils tuèrent les neuf portiers gardant les neuf portes sans qu'un seul fît entendre une plainte, les neuf dogues sans qu'aucun poussât un cri, et entrèrent tout droit dans la salle. « Salut, » dirent-ils, « Yspaddaden Penkawr (1), au nom de Dieu et des hommes. » —
(1) Yspaddaden à la tête de géant offre certains traits de ressemblance avec le Balor irlandais. Celui-ci sert même à expliquer certaines bizarreries du récit évidemment mutilé que nous avons sous les yeux. Balôr, dieu des Fomore, population fabuleuse d'Irlande, a les paupières habituellement rabattues sur les yeux; lorsqu'il les relève, d'un coup d'œil il tue son adversaire. Il est tué par son petit-fils Lug, dieu des Tuatha Dé Danann. Yspaddaden, lui aussi, aies paupières baissées; on ne voit pas qu'il ait le mauvais œil, mais c'est sans doute une lacune du récit. Il est tué par son neveu Gorcu. Lug tue Balôr avec une pierre de fronde. Yspaddaden se sert aussi d'un javelot de pierre et en est frappé a son tour. Ce llecliwaew ou javelot de pierre devient, une ligne après, une arme en fer; mais ces contradictions ne montrent que
236 LES MABINOGION.
« Et VOUS, pourquoi êtes-vous venus? » — « Nous sommes venus pour te demander Olwen , ta fille , pour Kulhwcli, fils de Kilydd fils du prince Kelyddon. » — « Où sont mes vauriens de serviteurs? Elevez le^ fourches sous mes deux sourcils qui sont tombés sur mes yeux, pour que je voie mon futur gendre. » Cela fait , il leur dit : « Venez ici demain, et vous aurez une réponse. »
Comme ils sortaient, Yspaddaden Penkawr saisit un des trois javelots (1) empoisonnés qui étaient à portée de sa main et le lança après eux. Bedwyr le saisit au passage . le lui renvoya et lui traversa la rotule du genou : a Maudit , barbare gendre ! Je
mieux l'ancienneté de la légende : le mot llechwaexv ne se comprenait plus.
(1) Le mot propre est llechwaew , qui est répété à trois reprises. Il est difficile de supposer une erreur du scribe pour Uuchwaew, « lance de jet, javelot. » Llech signifie pie.rre plate. Or, tout justement, il existait en Irlande une arme de ce genre, et portant à peu prés le même nom : lia làimhé ou pierre plate de inain. Elle est décrite dans un poème irlandais avec la plus grande précision : c'était une pierre qui allait en se rétrécissant, plate et très aiguë ; elle se cachait souvent dans le creux du bouclier (O'Curry, On the manners , II , p. 287, 263, 264; I, p. 338. I 456). Le souvenir de cette arme préhistorique est conservé dans des noms propres armoricains , en Maen , « pierre » : Maenuuethen , « qui combat avec la pierre; » Maen-finit, « qui lance la pierre; » Maen-uuorel , « qui défend avec la pierre; » Maenuuolou , « pierre brillante , » etc. {Cari, de Redon). Quant aux armes empoisonnées, il en est souvent fait mention dans les poèmes irlandais (O'Curry, On the man7iers, III, p. 131). Le mot Iterliwaew se retrouve une seule fois en dehors de Kulhwch et Olwen dans les Mubinogion, dans le mab, de Peredur ab Evrawc.
KULHWCH ET OLWEN. 237
m'en ressentirai toute ma vie en marchant, sans espoir de guérison. Ce fer empoisonné m'a fait souffrir comme la morsure du taon. Maudit soit le forgeron qui Ta fabriqué et l'enclume sur laquelle il a été forgé. » Ils logèrent cette nuit-là chez Custennin le berger. Le jour suivant, en grand appareil , la chevelure soigneusement peignée (1) , ils se rendirent au château , entrèrent dans la salle et parlèrent ainsi : — « Yspaddaden Penkawr , donne-nous ta fille. Nous te payerons ses agweddi et amohyr (2) à toi et à ses deux parentes. Si tu refuses , il t'en coûtera la vie. » — « Ses quatre bisaïeules, » répondit-il , « et ses quatre bisaïeuls
(1) Mot à mot : après avoir fail passer un peigne de valeur dans leurs cheveux. Le peigne , au moyen âge , était un objet noble, souvent une véritable œuvre d'art. Dans Les Romans de la Table Ronde , on voit une dame envoyer à son amant un riche peigne garni de ses cheveux (Paulin Paris, Les Romans de la Table Ronde, IV, notes) ; v. nos notes critiques.
(2) D'après les lois de Gwynedd ou Nord-Galles, c'était à celui qui livrait la jeune fille au mari , qu'il fût père ou tuteur, à payer Vamobyr {Ancient laws, I, p. 88, 204). D'après d'autres textes, on payait ïamobyr au père de la jeune fille ou au seigneur. Agweddi indique la dot qu'apporte la jeune fille en se mariant , ou le don fait par le mari à sa femme après la consommation du mariage : v. pour agweddi dans ce dernier sens, Mat»., p. 106, note 3. Il semble bien ici que le prétendant veuille faire acte de générosité; au lieu de demander amobyr et agweddi, il offre d'en donner la valeur à Yspaddaden (v. sur agweddi , Ancient laws , I, p. 82, 88 et suiv. ; amobyr, ibid., p. 88, 204 et suiv.). La consultation que doit avoir Yspaddaden avec les ascendants de la jeune fille, s'il n'en est pas question dans les lois, est bien cependant dans l'esprit de la législation galloise.
238 LES MABINOGION.
sont encore en vie ; il faut que je tienne conseil avec eux. » — « Soit , allons manger. » Comme ils partaient, il saisit un des deux javelots qui étaient à portée de sa main et le lança après eux. Menw , fils de Teirgwaedd le saisit au passage , le lui renvoya et l'atteignit au milieu de la poitrine : « maudit, barbare gendre, » s'écria-t-il ! « ce fer dur est cuisant comme la morsure de la grosse sangsue. Maudite soit la fournaise où il a été fondu , et le forgeron qui l'a forgé! Quand je voudrai gravir une colline, j'aurai désormais courte haleine, maux d'estomac et nausées. »
Ils allèrent manger. Le lendemain , troisième jour, ils revinrent à la cour. « Ne nous lance plus de trait , lui dirent-ils , si tu ne veux ta propre mort. » — « Où sont mes serviteurs, dit Yspaddaden Penkawr? Elevez les fourches sous mes sourcils qui sont tombés sur les prunelles de mes yeux, pour que je voie mon futur gendre. » Ils se levèrent. A ce moment Yspaddaden Penkawr saisit le troisième javelot empoisonné et le lança après eux. Kulhwch le saisit, le lança de toutes ses forces et lui traversa la prunelle de l'œil , si bien que le trait lui sortit par derrière la tête. « Maudit , barbare gendre , » s'écria-t-il! « tant que je resterai en vie , ma vue s'en ressentira; quand j'irai contre le vent, mes yeux pleureront, j'aurai des maux de tête et des étourdissemonts à chaque nouvelle lune. Maudite soit la fournaise où il a été en ebullition ! La blés-
KULHWCH ET OLWEN. 239
sure de ce fer empoisonné a été aussi poignante pour moi que la morsure d'un chien enragé. » Ils allèrent manger. Le lendemain ils revinrent à la cour et dirent : « Ne nous lance plus de traits désormais ; il n'en est résulté pour toi que blessures, fâcheuses affaires, tortures ; il t'arrivera pis encore, si tu y tiens. Donne-nous ta fille, sinon tu mourras à cause d'elle. » — « Où est-il celui qui demande ma fille ? Viens ici que je fasse ta connaissance. » On lit asseoir Kulhwch sur un siège face à face avec lui. « Est-ce toi, dit Yspaddaden Penkawr , qui demandes ma fille? » — « C'est moi, répondit Kulhwch. » — « Donne-moi ta parole que tu ne feras rien qui ne soit légal. Quand j'aurai eu tout ce que je t'indiquerai , tu auras ma fille. » — « Volontiers : indique ce que tu désires. » — « C'est ce que je vais faire : vois-tu cette vaste colline là-bas? )) — « Je la vois. » — « Je veux que toutes les racines en soient arrachées et brûlées à la surface du sol de façon à servir d'engrais, qu'elle soit charmée et ensemencée en un jour, et qu'en un seul jour aussi le grain en soit mûr. Du froment , je veux avoir de la nourriture et une liqueur faite, pour le festin de tes noces avec ma fille. Que tout cela soit fait en un jour. » — « J'y arriverai facilemer^t quoique tu le croies difficile. »
— « Si tu y arrives, il y a une chose à laquelle tu n'arriveras pas. Il n'y a d'autre laboureur à pouvoir labourer et mettre en état cette terre
240 LES MABIMOGION.
qu'Amaethoii (1), fils de Don, tellement elle est embroussaillée. Il ne viendra jamais avec toi de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile , pour moi , c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas : que Gevannon (2), fils de Don, vienne au bord des sillons pour débarrasser le
(1) Amaethon est le moins célèbre des enfants de Don. Ce qui l'a désigné pour être grand agriculteur, c'est son nom qu'on a dérivé d'amaeth, « laboureur » = ambactos. D'après les lolo mss., Don serait un roi de Scandinavie et de Dublin qui aurait amené les Gaels dans le nord du pays do Galles en 267 après Jésus-Christ. Ils y auraient séjourné cent vingt-neuf ans. Ils auraient été chassés par des Bretons du nord , sous la conduite de Cunedda et de ses enfants {lolo mss., p. 77, 78, 81). Dans la légende irlandaise, Don est l'aîné des fils de Milet et amène les ancêtres des Irlandais en Irlande (O'Curry, On the manners, p. 189). Les lolo mss., dont l'autorité, quoi qu'on en ait dit, est mince en matière historique, ne concordent pas avec les Mabinogion qui ne présentent nullement Don et ses enfants comme des Gaels. Amaethon est mentionné par Taliossin avec Math et Gvvydyon (Skene, Four ancient books, II, p. 200, vers 2; Don , ibid., p. 158, 14, 26). Amaethon figure aussi à la bataille de Goddeu, une des trois frivoles batailles de l'ilc de Bretagne; elle eut lieu à cause d'un chevreuil et d'un vanneau ; on y tua soixante et onze mille hommes (Afyu, arch.,'p, 405, 50). Une note à un fragment poétique de la Myv. ajoute qu'Amaethon s'y battit avec Araw^n, roi d'Annvvn , et qu'il fut vainqueur grâce à son frère Gwydyon : il y avait sur le champ de bataille un homme et une femme dont on ne pouvait triompher, si on ne savait leurs noms. Gwydyon les devina. La femme s'appelait Achren; aussi appelle-t-on la bataille cal Achren ou cat Goddeu {Myv. ardu, p. 127, col. 2).
(2) Govannon, v. p. 135, note 2.
KULHWCH ET OLWEN. 241
fer. Il ne travaille jamais volontairement que pour un roi véritable ; le contraindre , tu ne le pourrais pas. )) — « C'est pour moi chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : les deux bœufs de Gwlwlyd Wineu (1) , comme compagnons (2; , pour char ruer ensemble vaillamment cette terre embroussaillée. Il ne les donnera pas de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « C'est pour moi chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : je veux avoir, formant paire, le bœuf Melyn Gwanwyn et le bœuf Brych (3). »
— « C'est pour moi chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : les deux bœufs cornus dont l'un est de l'autre côté de cette montagne pointue et l'au-
(1) Les trois principaux bœufs de l'Ile étaient : Melyn Gwanwyn (var. Gwaynliwyn), Gwyneu, le bœuf de Gwlwlyd, et le grand bœuf Brych « tacheté » {Myv. arch., p. 394, 10). Le texte ici est altéré. Gwineu, « brun, » est dans le Mab. une épithète à Gwlwlyd, et, dans la Triade, le nom d'un des bœufs.
(2) Compagnons dans le sens étymologique , plus transparent dans le sg. compain. Cyd-preiniawc signifie proprement qui mange avec [preiniawc est dérivé de prein, du latin prandium, V. notes critiques).
{3) Melyn, « jaune, blond; » gwanwyn, « printemps; » melyn y gwanwyn est aussi le nom d'une plante. V. la note 1. Le bœuf Brycli était sans doute bien connu dans la mythologie galloise! d'après ce passage de Taliesin : « ils ne connaissent pas, eux, le bœuf Brych qui a cent vingt nœuds (?) dans son collier » (Skene, Four anc. boohs , 182, vers 13).
242 LliS MABINOGION.
tre de ce côté-ci ; il faut les amener sous le même joug de la même charrue : ce sont Nynnyaw et Peibaw (1), que Dieu a transformés en bœufs pour leurs péchés. »
— « C'est pour moi chose facile. »
(1) Nynniaw et Pebiaw. Le Liber Landau., p. 75 et suiv., fait d'un Pepiau, roi d'Erchyng (Archenfield , dans le Herefordshire, au sud-ouest de la Wye), le père de saint Dyvric (Dubricius), saint du sixième siècle. Nynniaw, d'après certaines généalogies, serait un roi de Glamorgan et de Gwent, ancêtre de Manchell, mère de Brychan Brycheiniawc, qui a laissé son nom au Breconshire , tige de la troisième grande tribu de saints {lolo mss. , p. 118). L'orgueil de Nynniaw et Pebiaw est le sujet d'un conte des lolo mss. Les rois Nynniaw et Pebiaw se promenaient par une belle nuit étoilée : « Quelle belle campagne je possède , « dit Nynniaw. — « Laquelle ? » s'écria Pebiaw. — « Le ciel entier. » — « Regarde ce que j'ai de bétail et de brebis broutant tes champs? » — « Oii sont-ils? » — « Les étoiles, avec la lune comme berger. » — « Elles ne resteront pas plus longtemps dans mes champs, » — « Elles resteront. » De là, guerre et carnage. Rhitta le géant, roi de Galles, irrité, vint mettre la paix entre eux, les vainquit et leur arracha la barbe. Les rois des pays voisins s'unirent contre lui. Il les fit prisonniers et leur enleva la barbe en disant : « Voilà les animaux qui ont brouté mes pâturages ; je les en ai chassés , ils n'y paîtront plus désormais. » Il se fit de leurs barbes une ample tunique qui lui descendait de la tête aux pieds {lolo mss., p. 193). Les deux bœufs cornus [ychain bannawc) les plus célèbres dans les Triades sont ceux de Hu Gadarn, qui auraient traîné Vavanc de l'étang de Llion à la terre; depuis ce temps , l'étang n'aurait plus rompu ses digues (L'auanc ou addanc est un monstre mystérieux). Ce serait .une des trois grandes merveilles de l'île (Myv. arch., p. 409, 97). Avant l'arrivée des Kymry, il n'y avait d'autres habitants en Bretagne que des ours , des loups , des eveinc (plur. d'auanc, peut-être des crocodiles) et des iichain bannog ou bœufs cornus [Myv. arch., p. 400, 1). V. un très copieux article du WelsJi, Diet, de Silvan Evans, au mot afang.
KULHWGH ET OLWEN. 243
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas. Vois-tu là-bas cette terre rouge cultivée? )) — (( Je la vois. » — « Lorsque je me rencontrai pour la première fois avec la mère de cette jeune fille , on y sema neuf setiers de graine de lin , et rien n'est encore sorti , ni blanc , ni noir. J'ai encore la mesure. Cette graine de lin , je veux l'avoir pour la semer dans cette terre neuve là-bas , de façon que le lin serve de guimpe blanche autour de la tête de ma fille pour tes noces. »
chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas : du miel qui soit neuf fois plus doux que le miel du premier essaim (1) , sans scories , ni abeilles dedans , pour brasser (2) la boisson du banquet. »
(1) On attendrait plutôt le miel vierge ou premier miel; c'est le miel qui sort naturellement. Le premier essaim, qui est en effet le plus vigoureux , est tarifé à un plus haut prix dans les Lois {Ancient laws, I, p. 284). L'expression sans abeilles est très juste; si on tolère en effet la ponte et le séjour des abeilles dans les rayons, une fois le premier miel fait, le miel perd en qualité.
(2) Bragodi est pris ici dans un sens général. II ne s'agit probablement pas spécialement de la boisson appelée bragawd, dont les Anglais ont fait braggel, boisson faite de malt, d'eau, dé miel et do quelques épices. Les autres boissons des Bretons étaient le cwrv {cwrijv et cwrwv avec une voyelle irrationnelle . auj. cwrw = curmen), c'est-à-dire de la bière, et le medd. « hydromel » (d'où l'armoricain mezo , a ivre »). Dans un passage des Lois qui traite de la quantité de liqueur due à certains officiers de la cour, il est dit qu'ils ont droit à une mesure pleine de bière,
244 LES MABINOGION.
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : le vase de Llwyr fils de Llwyryon qui contient un penllad (1); il n'y a pas au monde d'autre vase à pouvoir contenir cette forte liqueur. Il ne te le donnera pas de bon gré; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi , tu le crois difiicile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la corbeille de Gwyddneu Garanhir (2) ; le monde entier se présenterait par
à une mesure remplie à moitié de bragawd , et à une mesure remplie au tiers de medd {Ancient laws, I, p. 44).
(1) Le penllad , qui a aussi le sens de souverain bien , source de bénédictions, paraît avoir ici un sens plus matériel; d'après Davies, c'est une mesure de deux Had, mesure équivalant à douze boisseaux d'avoine. Le penllad vaudrait donc vingt-quatre boisseaux (v. notes critiques).
(2) D'après un manuscrit déjà cité sur les treize joyaux de l'île de Bretagne, le panier de Gwyddno avait cette propriété que si on y mettait la nourriture d'un homme , lorsqu'on le i-ouvrait, il présentait la nourriture de cent (lady Guest, Mab., II, p. 354). Gwyddno est un personnage célèbre. Seithynin l'ivrogne, roi de Dyvet , dans un jour d'ivresse , lâcha la mer sur les Etats de Gwyddno Garanhir, c'est-à-dire sur Cantrev y Gwaelod {gwiielod, « le bas, le fond ») {Myv. ai^ch., p. 409, 37). Le Livre Noir donne un cui-ieux dialogue entre lui et le dieu Gwynn ab Nudd (Skene, Four anc. books, II, p. 54, XXXIII ; cf. Myv arch., p. 299, col. 1, allusions à Gwyddneu; sur l'inondation de ses Etats, v. Livre Noir, p. 59, XXXVIII). On met les Etats de Gwyddno sur l'emplacement de la baie actuelle de Cardigan.
KULHWCH ET OLWEN. 245
groupes de trois fois neuf hommes , que chacun y trouverait à manger suivant sa fantaisie ; je veux en manger la nuit où tu coucheras avec ma fille. Il ne te la donnera pas de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la corne de Gwlgawt Gogodin (1) pour nous verser à boire cette nuit-là. Il ne te la donnera pas de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la harpe de Teirtu (2) pour nous charmer cette nuit-là. Désire-t-on qu'elle joue : elle joue toute seule ; qu'elle cesse : elle se tait d'ellemême. Cette harpe , il ne te la donnera pas de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
(1) D'après une autre tradition, la corne magique serait celle de Bran Galed : elle versait la liqueur que l'on désirait (Lady Guest, Mab., II, p. 354).
(2) Un poète du milieu du quinzième siècle, Davydd ab Edmwnt, fait allusion à cette harpe qu'il appelle la harpe de Teirtud. Suivant lady Guest, à qui j'emprunte cette citation, il existerait sur cette harpe un conte de nourrice gallois : un nain, appelé Dewryn Vychan , aurait enlevé à un géant sa harpe , mais cette harpe s'étant mise à jouer , le géant se précipita à la poursuite du voleur. Il y a aussi dans l'épopée irlandaise une harpe magique . celle de Dagdé. I.e Liber Land, mentionne un Castcll Teirtud , en Bucllt, dans le Breconshire (p. 374).
246 LES MABINOGION.
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : le bassin ^1) de Diwrnach le Gwyddel (l'Irlandais), l'intendant d'Odgar, fils d'Aedd, roi d'Iwerddon , pour bouillir les mets de ton festin de noces. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il faut que je me lave la tète et que je fasse ma barbe. C'est la défense d'Yskithyrwynn (2) Penbeidd qu'il me faut pour me raser, mais il ne me servira de rien de l'avoir, si on ne la lui arrache pendant qu'il est en vie. »
chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il n'y a personne à pouvoir la lui arracher qu'Odgar, fils d'Aedd, roi d'Iwerddon. »
(1) On ne parle pas de ses propriétés. Il devait sans doute ressembler au chaudron de Dagdé dont il est question dans le Leabhar Gabala ou Livre des conquêtes , qu'on ne quittait pas sans être rassasié. Le chaudron de Tyrnog était plus intelligent; si on y mettait de la viande à bouillir pour un lâche , il ne bouillait pas ; pour un brave, c'était fait à l'instant (lady Guest , Mab., II, p. 354). Voir, trad. p. 75, un autre chaudron merveilleux; voir note à Pwyll, p. 27.
(2) Ysgilhyr signifie « défense, crocs; » }^enbeidd , « chef des sangliers. »
KULHWCH ET OLWEN. 247
— « Si toi , tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— (c Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : je ne me reposerai sur personne de la garde de la défense , si ce n'est sur Kado de Prydein (Ecosse), le maitre de soixante cantrevs fl); il ne viendra pas de bon gré; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il faut que les poils de ma barbe soient étirés pour qu'on les ra'se ; or , ils ne céderont jamais sans le secours du sang de la sorcière Gorddu (2) , fille de la sorcière Gorwenn de Pennant Govut, aux abords de l'enfer. »
chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas : je ne veux pas de ce sang , si tu ne l'as chaud ; or , il n'y a pas de vase au monde à pouvoir conserver la chaleur de la liqueur qu'on y versera , à l'exception des bouteilles de Gwiddolwyn Gorr (3^ : qu'on y verse de la boisson à
(1) Canh-et), v. p. 28.
(2) Gorddu, « très noire; » gorwen , a très blanche. » Pennant signifie le bont du ravin ou du ruisseau (armor, ant pour nant par an nnnt , la rigole entre deux sillons), patois français, un nant. Govud, « affliction. »
(3) Gwidolwyn le nain a pour fille Eurolwen , mentionnée plus haut p. 224.
248 LES MABINOGION.
l'orient , elles la conserveront avec sa chaleur jusqu'à l'occident. Il ne te les donnera pas de bon gré; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il y en a qui désirent du lait frais ; or , je n'ai pas la prétention d'en avoir pour chacun, si je n'ai les bouteilles de Rinnon Rin 1) Barnawt dans lesquelles aucune liqueur ne tourne. Il ne les donnera à personne de bon gré; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il n'y a pas au monde de peigne ni de ciseaux avec lesquels on puisse mettre en état ma chevelure , tellement elle est touffue , à l'exception du peigne et des ciseaux qui se trouvent entre les deux oreilles de Twrch Trwyth \2), fils du
(1) Rin, « secret, » vertu mystérieuse.
(2) La pi-emière mention du Twrch Trwyth ou porc Trwyth se trouve dans Nennius LXXIX : en chassant le porc Troit {porcum Terit , var. Troit), le chien d'Arthur, Cabal aurait imprimé la marque de son pied sur une pierre; Arthur aurait fait dresser à cet endroit un earn (amas de pierres) qui porte le nom de Carn- Cabal ; on peut enlever cette pierre et la transporter à une journée et une nuit de marche, elle retourne toujours au même lieu ; ce earn serait en Buellt, Breconshire. Il n'est pas inutile d'ajouter que ce passage n'appartient probablement pas à l'œuvre primitive de Nennius (Cf. A. de La Borderie , Nennius ; Georges
KULHWCH ET OLWEN. 249
prince Taredd. II ne les donnera pas de bon gré ; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »,
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : Drutwyn, le petit chien de Greit, fils d'Eri : on ne peut chasser le Twrch Trwyth sans lui. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la laisse de Kwrs Kant Ewin; il n'y a pas au monde d'autre laisse à pouvoir le retenir. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
Heeger , Die Trojanersage der Britten, Munich, 1886, p. 21 et suiv.). D'après lacly Guest, Carncavall est une montagne du district de Builh , au sud de Rhayader Gwy , Brecon. Il existerait encore sur le sommet de cette montagne une pierre portant une empreinte ressemblant à celle de la patte d'un chien. Elle en donne un dessin {Mab. , II , p. 359). Le livre d'Aneurin contient probablement une allusion au Twrch Trwyth (Skene, Four anc. books, II, p. 94). L'histoire du Twrch Trwyth ressemble singulièrement à celle de la truie de Dallweir Dallbenn, Henwen. Henwen était pleine; or, il était prédit que l'île aurait à souffrir de sa portée. Arthur rassemble ses troupes pour la détruire. Le gardien de la truie, Goll, fils de Collvrcwi, a toujours la main dans ses crins partout où elle va. La laie accouche ici d'un (grain de froment, là d'un grain d'orge, ailleurs d'un louveteau, et enfin d'un chat que Coll lance dans le détroit de Menai. Les enfants de Paluc recueillirent et élevèrent ce chat qui devint une des trois plaies de Mon (Anglesey) (V. Triades Mab., p. 307, 18; Skene, II, p. 458). Twrch est le nom de deux rivières du pays de Galles et d'une commune du Finistère, près Quimper. Tourch, en breton armoricain, a le sens de pourceau mâle.
250 Lv:s MABiNor.io.N.
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas : le collier de Kanhastyr Kanllaw : il n'y a pas d'autre collier au monde à pouvoir retenir la laisse. »
— « Si toi tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la chaîne de Kilydd Kanhastyr pour joindre le collier à la laisse. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— a Si tu l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : il n'y a d'autre chasseur à pouvoir chasser avec ce chien que Mabon, fils de Modron; il a été enlevé à sa mère la troisième nuit (1) de sa naissance , et on ne sait ni où il est , ni s'il est mort ou vivant. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , il y a une chose que tu n'obtiendras pas : Gwynn Mygdwnn (2) , le cheval de Gweddw , aussi rapide que la vague , pour chasser le Twrch Trwyth sous Mabon. Il ne te le donnera
(1) On l'emarquora que dans ce Mabinogi les Gallois comptent par nuits , ce qui était aussi l'habitude chez les Gaulois d'après César. La semaine s'appelle d'ailleurs, en gallois, wythnos , « huit nuits. » Le comique et le breton ont emprunté le mot latin septimana.
(2) Gwynn, « blanc; » mygdwnn pour myngdwnn, « à la crinière sombre ».
KULHWCH ET OLWEN. 251
pas de bon gré ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , voici que tu n'obtiendras pas : on ne trouvera jamais Mabon puisqu'on ne sait de quel côté il peut être, si on ne trouve Eidoel (i), fils d'Aer, qui est du même sang. Autrement, toute recherche serait inutile. C'est son cousin germain. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : Garselit le Gwyddel (2) , chef des chasseurs d'Iwerddon; on ne pourra jamais chasser le Twrch Trwyth sans lui. »
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : une laisse faite de la barbe de Dillus Varvawc ; il n'y en a pas d'autre à pouvoir tenir les deux petits de [Gast Rymi] , et on ne pourra en tirer parti que si on l'extrait poil par poil de sa barbe
(1) Le Livre Noir (Skene , II , 6, 6) fait mention de ce personnage.
(2) Cité dans les Englynion y Klyweit, recueil de proverbes ou conseils mis chacun dans la bouche d'un personnage plus ou moins connu; ce sont des épigrammcs de trois vers et commençant toutes par a glywaisl ti, « as- tu entendu? » {Myv. arcli., p. 429, col. 2.
252 LES MABINOGION.
pendant qu'il est en vie. Il faut aussi l'arracher avec des pinces de bois. Jamais, tant qu'il vivra, il ne se laissera faire. Si on la lui arrache mort, la laisse ne sera d'aucune utilité : elle sera cassante.
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : il n'y a pas d'autre chasseur au monde à pouvoir tenir ces deux jeunes chiens que Kynedyr Wyllt . fils de Hettwn Glavyrawc (1). Il est plus sauvage neuf fois que la bête la plus sauvage de la montagne. Tu ne l'auras jamais, ni ma fdle non plus. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : on ne peut chasser le Twrch Trwyth sans Gwynn (2), fils de Nudd, en qui Dieu a mis la force
(1) Clavyrawc, « le lépreux. »
(2) Rien ne montre mieux l'évolution des personnages mythologiques que l'histoire de Gwynn. Nudd est la forme galloise régulière, au nominatif, du nom de dieu qu'on trouve au datif dans les Inscript, latines de Bretagne : Nodenti deo (Inscript. Brit. lat. Hûbner, p. 42, XIV). On a trouvé des traces d'un temple consacré à ce dieu à Lydney, Gloucestershire. La forme irlandaise de ce nom est, au nominatif, Nuada. Nuada à la main d'argent est un roi des Tuatha Dé Danann. Gwynn a été envoyé par les prêtres chrétiens en enfer. Son nom est synonyme de diable. Dafydd ab Gwilym , au lieu de dire : Que le diable m'emporte ! dit : (pie Gwynn, fils de Nudd, m'emporle! (p. 170; cf. ibid. , p. 2fj0 : le hibou est appelé l'oiseau de Gwynn, fils de Nudd). La légende do saint Collen, qui a donné son nom à Llan-gollen, dans
KULHWGH ET OLWEN. 253
des démons d'Aiinwvyn pour les empêcher de dé-
le Denbigshire et à Lan-golen, près Quimper , montre que ce n'est pas sans peine que les prêtres chrétiens ont réussi à noircir cet ancien dieu dans l'esprit des Gallois. Après une vie brillante et vaillante à l'étranger, CoUen était devenu abbé de Glastonbury. Il voulut fuir les honneurs et se retira dans une cellule sur une montagne. Un jour, il entendit deux hommes célébrer le pouvoir et les richesses de Gwynn, fils de Nudd, roi d'Annwvn. Collen ne put se contenir, mit la tête hors de la cellule et leur dit : k Gwynn et ses sujets ne sont que des diables !» — « Tais-toi , » répondirent-ils , « crains sa colère. » En effet , le lendemain , il recevait de Gwynn une invitation à un rendez-vous sur une montagne. Collen n'y alla pas. Le jour suivant, même invitation, même résultat. La troisième fois , eiïrayé des menaces de Gwynn , et prudemment muni d'un flacon d'eau bénite, il obéit. Il fut introduit dans un château éblouissant; Gwynn était assis sur un siège d'or , entouré de jeunes gens et de jeunes filles richement parés. Les habits des gens de Gwynn étaient rouges et bleus. Gwynn reçut parfaitement Collen et mit tout à sa disposition. Après une courte conversation , après avoir dit au roi qui lui demandait son impression sur la livrée de ses gens , que le rouge signifiait chaleur brûlante , et le bleu, froid, il l'aspergea d'eau bénite lui et ses gens, et tout disparut (lady Guest, d'après la collection du Greal, p. 337. Londres, 1805). Le dieu Gwynn, fils de Nudd, joue donc le même rôle en Galles que Nuada et les Tuatha Dé Danann en Irlande. Chez certains poètes , Gwynn n'a pas ce caractère diabolique ; c'est un héros comme beaucoup d'autres ; Gwynn est descendu au rang des hommes. Dans le Livre Noir, 55, XXXIII, il se donne comme l'amant de Kreurdilat, fille de Lludd; il a assisté à beaucoup de batailles , à la mort de beaucoup de héros , et déclare enfin qu'il est mort lui-même. Notre Mabinogi concilie la légende chrétienne et païenne. Ne pouvant l'arracher de l'enfer, oti saint Collen et ses amis l'ont irrévocablement installé, l'auteur explique que c'est pour mater les démons et les empêcher de nuire aux mortels. Le paradis des Celtes s'appelait chez les Gaols Findmag et chez les Gallois Gwijnva ,
i?54 LES MABINOGION.
truire les gens de ce monde : il est trop indispensable pour qu'on le laisse partir. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : il n'y a d'autre cheval à pouvoir porter Gwynn à la chasse du Twrch Trwyth que Du, le cheval de Moro Oerveddawc (1). «
— (( Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : jusqu'à l'arrivée de Gilennin, roi de France, on ne pourra chasser le Twrch Trwyth. Or, il ne serait pas convenable à lui d'abandonner son pays pour l'amour de toi. Jamais il ne viendra. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , voici que tu n'obtiendras pas : on ne pourra chasser le Twrch Trwyth sans Alun, fils de Dyvet : il est habile à lancer les chiens.
— « Si toi , tu le crois difficile , pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens , voici que tu n'obtiendras
« le champ blanc ou heureux », ou peut-être le champ de Gwjnn (Gwynva = *Vindo-magos).
(1) Il faut peut-être lire aerveddawc. Les trois aer-veddawc sont Selyv ab Cynan Garwyn; Avaon , fils de Taliesin, et Gwallawc ab Lleenawc. On les appelait ainsi parce qu'ils vengeaient les torts qu'on avait envers eux, même de la tombe {Myv. arch., p. 408, 76).
KULHWCH ET OLWEN. 255
pas : jamais on ne chassera le Twrcli- Trwyth sans Anet et Aetlilem (1), aussi rapides que le vent : on ne les a jamais lancés sur une béte qu'ils ne l'aient tuée. »
— ce Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : Arthur et ses compagnons pour chasser le Twrch Tr^7th. C'est un homme puissant. Jamais il ne viendra pour l'amour de toi ; l'y contraindre , tu ne le pourrais pas. »
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : on ne chassera jamais le Twrch Trwyth sans Bwlch , Kyvwlch et Syvwlch , petit-fils de Cleddyv Div^dch : rien n'est plus blanc que le blanc de leurs trois boucliers , plus poignant que la pointe de leurs trois lances , plus tranchant que le tranchant de leurs trois épées ; Glas, Gleissic, Gleissyat.... leurs trois chiens sont Kall, Kuall et Kavall ; leurs trois chevaux Hwyrdyddwc , Drycdyddwc et Llwyrdyddwc ; leurs trois femmes, Och, Garam et Diaspat ; leurs trois petits-fils Lluchet, Nyvet et Eissiwet; leurs trois filles Drwc, Gwaeth et Gwaethav 011; leurs trois servantes ...; quand ces trois hommes sonnent de leurs trompes,
(Ij Aeihlem, féminin d'aethlym, « aigu et poignant. »
tous les autres crient : on croirait que le ciel s'écroule sur la terre. »
— « Si toi , tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
— « Si tu l'obtiens, voici que tu n'obtiendras pas : l'épée de Gwrnach Gawr fl). Le Twrch Trwyth ne sera tué qu'avec cette épée. Il ne la donnera jamais de bon gré, ni à aucun prix, ni par générosité; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas.
— « Si toi, tu le crois difficile, pour moi c'est chose facile. «
— « En admettant que tu y réussisses, tu passeras dans ces recherches tes nuits sans dormir : non , jamais tu n'auras tout cela , ni ma fille non plus. » — c( J'aurai des chevaux, j'irai à cheval; mon seigneur et parent Arthur me procurera tout cela, j'aurai ta fille, et toi tu perdras la vie. » — « Eh bien, pars maintenant. Tu ne seras tenu de fournir ni nourriture ni boisson à ma fille tant
(1) L'épée merveilleuse, parmi les treize joyaux de l'île, est celle de Rhydderch Hael. Si un autre que lui la tirait du fourreau, elle s'erribrasait depuis la poignée jusqu'à la pointe. Il la donnait à tous ceux qui la lui demandaient, ce qui lui valut le nom de Rhydderch le généreux , mais tous la rejetaient à cause de cette particularité (Lady Guest, II, p. 354). Il y a un Urnach l'Irlandais qui aurait amené les Gaels dans le nord du pays de Galles. Son fils Serygi aurait été tué à la bataille de Cerric y Gwyddel par Caswallon Llawhir « à la main longue. » Son petitfils Daronwy , encore enfant , aurait été recueilli par les vainqueurs sur le champ de bataille. Elevé par les Gallois, il s'unit plus tard aux Irlandais, et devint la cause des plus grands maux pour ses bienfaiteurs {lolo mss., p. 81, 82).
KULHWGH ET OLWEN. 257
que dureront tes recherches. Quand tu auras trouvé toutes ces merveilles , ma fille t'appartiendra. »
Ce jour-là , ils marchèrent jusqu'au soir et finirent par apercevoir un grand château-fort, le plus grand du monde. Ils virent en sortir un homme noir plus gros que trois hommes de ce monde-ci à la fois. « D'où viens-tu, homme? « lui dirent-ils. — c( Du château que vous voyez là-bas. » — « Quel en est le maître? » — « Vous êtes vraiment sans intelligence : il n'y a personne au monde qui ne sache quel est le maître de ce château : c'est Gwrnach Ga^Yr. » — « Quel accueil fait-on aux hôtes et aux étrangers qui descendent dans ce château? » — « Prince, Dieu vous protège! Jamais personne n'a logé dans ce château qui en soit sorti en vie. On n'y laisse entrer que l'artiste qui apporte avec lui son art. » Ils se dirigèrent vers le château. « Y a-t-il un portier ? » dit Gwrhyr Gwalstawt leithoedd. — « Oui , et toi , que ta langue ne reste pas muette dans ta bouche ; pourquoi m'adresses-tu la parole? » — « Ouvre la porte. » — « Je ne l'ouvrirai pas. » — « Pourquoi n'ouvres-tu pas? » — «. Le couteau est dans la viande, la boisson dans la corne, on s'ébat dans la salle de Gwrnach Gawr : ce n'est qu'à l'artiste qui apportera son art que l'on ouvrira la porte désormais cette nuit. » Alors Kei dit : « Portier, j'ai un art. » — « Lequel ? » — « Je suis le meilleur polisseur d'épées qu'il y ait au monde. » — « Je I. 1?
258 LES MAliINOGION.
vais le dire à Gwrnach Gawr et je te rapporterai sa réponse. » Le portier entra : « Il y a du nouveau à l'entrée? » dit Gwrnach Gawr. — « Oui, il y a à la porte une compagnie qui veut entrer. » — « Leur as-tu demandé s'ils apportent un art? » — « Je l'ai fait, et l'un d'eux prétend qu'il est bon polisseur d'épées. Avons-nous besoin de lui? » — • « Il y a pas mal de temps que je cherche en vain quelqu'un qui me nettoie mon épée. Laisse entrer celui-là puisqu'il apporte un art. »
Le portier alla ouvrir la porte. Kei entra et salua Gwrnach Gawr. On l'assit en face de lui. « Est-ce vrai , homme, » dit Gwrxiach Gawr , « ce que l'on dit de toi, que tu sais polir les épées? » — « Je le sais, et bien, » répondit Kei. On lui apporta l'épée de Gwrnach. Kei tira de dessous son aisselle une pierre à aiguiser bleuâtre , et lui demanda ce qu'il préférait : qu'il polît la garde en blanc ou en bleu (1). « Fais comme tu voudras, » dit Gwrnach, « comme si l'épée t'appartenait. » Kei nettoya la moitié de l'épée et la lui mit dans la main en disant : « Cela te plait-il? » — « Plus que n'importe quoi dans mes états , si elle était ainsi tout entière. C'est pitié qu'un homme comme toi soit sans compagnon. » — « Seigneur, j'en ai un, quoiqu'il n'apporte pas cet art-ci? » — « Qui est-ce? » — « Que le portier sorte. Voici à quels signes il le reconnaîtra : la pointe de sa lance se détachera
(1) Voir notes critiques.
KULHWCH ET OLWEN. 259
de la hampe , elle tirera du sang du vent et descendra de nouveau sur la hampe. » La porte fut ouverte et Bedwyr entra. « Bednyr, » dit Kei, « est un homme précieux quoiqu'il ne sache pas cet art-ci. »
Il y avait grande discussion parmi ceux qui étaient restés dehors, à cause de l'entrée de Kei et de Bedwyr. Un d'entre eux, un jeune homme , le fils unique de Kustennin le berger, réussit à entrer et, ses compagnons s'attachant à lui, il traversa les trois cours (1] et arriva à l'intérieur du château. Ses compagnons lui dirent alors : « Puisque tu as fait cela, tu es le premier des hommes. » Depuis on l'appela Goreu (le meilleur), iîls de Kustennin. Ils se dispersèrent pour aller dans les différents logis, afin de pouvoir tuer ceux qui les tenaient, sans que le géant le sut. Quand l'épée fut remise en état , Kei la mit dans la main de Gwrnach Gawr, pour voir si le travail lui plaisait. « Le travail est bon, » dit le géant, « il me plait. » — « C'est ta gaine, » dit Kei, » qui a gâté l'^-pée. Donne-la moi pour que je lui enlève ses garnitures de bois et que j'en remette de neuves. « Il prit la gaine d'une main, l'épée de l'autre ; et, le bras au-
(1) Le c.Tdii/s répond, sans doute, à Vair-lis irlandais. Chaque lis, résidence d'un noble entourée d'une levée de terre, renfermait au moins une cour intérijure {air-lis) où les troupeaux se réfugiaient (O'Curry, On tlw manners, I, p. 304). Cad ne signifie probablement pas ici combat, mais appartient à la môme racine que rachv, garder.
260 LES MABINOfilON.
dessus de la tête du géant comme s'il voulait remettre l'épée dans le fourreau , il la dirigea contre lui et lui fît voler la tête de dessus les épaules. Ils dévastèrent le château, enlevèrent ce qui leur convint des richesses et des bijoux, et, au bout d'un an , jour pour jour, ils arrivaient à la cour d'Arthur avec l'épée de Gwrnach Gawr. Ils racontèrent à Arthur leur aventure. Arthur leur demanda alors ce qu'il valait mieux chercher de toutes les merveilles. « Il vaut mieux, » répondirent-ils, « chercher d'abord Mabon, fils de Modron, mais on ne le trouvera pas avant d'avoir trouvé Eidoel, fils d'Aer, son parent. »
Arthur partit avec les guerriers de l'île de Bretagne à la recherche d'Eidoel, et ils arrivèrent devant le château fort de Glini , où Eidoel était emprisonné. Glini, debout sur le haut de ses murs, s'écria : « Arthur, qui me réclames-tu, du moment que tu ne me laisses pas en paix sur ce pic rocailleux? Je suis assez privé de biens, de plaisir , de froment , d'avoine , sans que tu cherches encore à me nuire. » — « Ce n'est pas pour te faire du mal, » répondit Arthur, « que je suis venu ici, c'est pour chercher ton prisonnier. » — « Je te le donnerai, bien que je ne fusse disposé à le donner à personne , et , en outre , tu auras ma force et mon appui. » Les hommes d'Arthur lui dirent alors : « Seigneur, retourne chez toi; tu ne peux aller à la tête de ton armée , chercher des choses de si mince importance. » — « Gwrhyr Gwalstawt lei-
KULHWCH ET OLWEiN. 261
thoedcl , » dit Arthur, « c'est à toi que revient cette mission : tu sais toutes les langues , tu sais même converser avec certains oiseaux et certains animaux. Eidoel, c'est à toi d'aller chercher ton cousin avec mes hommes. Kei et Bedwyr, j'ai bon espoir qu'une entreprise à laquelle vous prendrez part réussira : allez-y pour moi. »
Ils marchèrent jusqu'à ce qu'ils rencontrèrent le merle de Cilgwri (1). Gwrhyr lui demanda : « Au nom de Dieu, sais-tu quelque chose de Mabon, fils de Modron , qu'on a enlevé la troisième nuit de sa naissance d'entre sa mère et le mur? » — « Lorsque je vins ici pour la première fois, » dit le merle, « il y avait une enclume de forgeron, et je n'étais alors qu'un jeune oiseau; il n'y a eu dessus d'autre travail que celui de mon bec chaque soir, et
(1) Le récit qui suit a été reproduit modifié dans les lolo mss,, sous le titre de Henaifion byd, « les anciens du monde ».(p. 188). Dans cette version, l'aigle de Gwernabwy veut se remarier, mais à une veuve de son âge; il songe à la chouette de Cwm Caw- Iwyd, mais il veut être fixé sur son âge. Il prend des renseignements auprès du cerf de Rhedynvre , en Gwent , du saumon de Llyn Llivon, du merle de Cilgwri, du crapaud de Cors Vochno, en Cercdigiawn (Cardiganshire), les créatures les plus vieilles du monde : la chouette était plus vieille qu'aucun d'eux. L'aigle put ainsi épouser la chouette sans se mésallier. Dafydd ab Gwilyin fait allusion, dans un même passage, aux animaux de Gwernabwy , de Cilgwri et de Cwm Cawlwyd (p. 68; cf. Myv. avril., p. 3iO , col. 'l). Il y a un endroit du nom de Cilgwri, dans le Flintshire {Lew. Glyn Colhi, p. 415, vers 20, note). Une traduction française du conte des Anciens du monde a été publiée dans la Revue de Hrelagne et de Vendée, année 1887, 1" semestre, p. 450-458, d'après la traduction anglaise.
262 LES MABINOGION.
aujourd'hui elle est usée au point qu'il n'en reste pas la grosseur d'une noix : que Dieu me punisse si j'ai jamais rien entendu, au sujet de l'homme que vous demandez. Cependant ce que la justice commande et ce que je dois aux messagers d'Arthur, je le ferai. Il y a une race d'animaux que Dieu a formés avant moi : je vous guiderai jusqu'à eux. »
Ils allèrent jusqu'à l'endroit où se trouvait le cerf de Redynvre (1). « Cerf de Redynvre , nous voici venus vers toi , nous messagers d'Arthur , parce que nous ne connaissons pas d'animal plus vieux que toi. Dis, sais-tu quelque chose au sujet de Mabon, fils de Modron, qui a été enlevé à sa mère la troisième nuit de sa naissance? » — « Lorsque je vins ici pour la première fois, » dit le cerf, « je n'avais qu'une dague (2) de chaque côté de ma tète et il n'y avait ici d'autre arbre qu'un jeune plant de chêne"; il est devenu un chêne à cent branches; le chêne est tombé ; il n'y en a plus que des restes rougis et pourris : quoique je sois resté ici tout ce temps, je n'ai rien entendu au sujet de celui que
(1) Redyn, « fougère; » bre, « colline. »
(2) La deuxième année, il pousse sur la tête du cerf deux petites pointes qu'on nomme dagues , mot qui répond exactement au gallois veidd, du latin radius {Vé7ievîe, par Jacques du Foulloux , réimprimé à Angers, en 1844). L'écriture reit pour reid = reidd, vient d'une copie où le / avait la valeur d'une spirante dentale sonore, comme c'est la règle dans le Livre Noir; cf. y byt ~ y bydd, Mab., p. 237, 1. 27.
KULHWCH KT OLWEN. 263
VOUS demandez. Cependant, puisque vous êtes des messagers d'Arthur, je serai votre guide jusqu'auprès d'animaux que Dieu a formés avant moi..»
Ils arrivèrent à l'endroit où était le hibou de Kwm Kawhvyt (1). « Hibou de Kwm'Kawlwyt, nous sommes des envoyés d'Arthur ; sais-tu quelque chose de Mabon, fils de Modron, qui a été enlevé à sa mère la troisième nuit de sa naissance ?» — « Si je le savais, je le dirais. Quand je vins ici pour la première fois, la grande vallée que vous voyez était couverte de bois. Vint une race d'hommes qui le détruisit. Un second bois y poussa ; celui-ci est le troisième. Vous voyez mes ailes? Ce ne sont plus que des moignons racornis : eh bien, depuis ce temps jusqu'aujourd'hui , je n'ai' jamais entendu parler de l'homme que vous demandez. Je serai cependant votre guide, à vous, messagers d'Arthur, jusqu'auprès de l'animal le plus vieux de ce monde et celui qui circule le plus, l'aigle de Gwernabwy. »
Gwrhyr dit : « Aigle de Gwernab^\7-, nous, messagers d'Arthur, nous sommes venus vers toi pour te demander si tu sais quelque chose au sujet de Mabon, fds de Modron qui a été enlevé à sa mère, la troisième nuit de sa naissance. » — « Il y a longtemps, » dit l'aigle, « que je suis venu ici; à mon arrivée, il y avait une roche du sommet de laquelle je becquetais les astres chaque soir; maintenant elle
(1) D'après larly Guest, il 3^ a un lieu de ce nom dans le Carnarvonshire, et un autre dans le Carmarthenshire.
264 LES MABINOGION.
n'a plus qu'une palme de haut; je suis ici depuis, et néanmoins je n'ai rien entendu au sujet de l'homme que vous demandez. Cependant, une fois j'allai chercher ma nourriture à Llynn Llyw; arrivé à l'étang, j'enfonçai mes serres dans un saumon, pensant qu'en lui ma nourriture était assurée pour longtemps ; mais il m'entraîna dans les profondeurs, et ce ne fut qu'à grand'peine que je pus me débarrasser de lui. Moi et mes parents nous nous mimes en campagne avec ardeur pour tâcher de le mettre en pièces, mais il m'envoya des messagers pour s'arranger avec moi , et il vint en personne me livrer de son dos cinquante harponnées de chair. Si lui ne sait rien de ce que vous cherchez, je ne connais personne qui puisse le savoir. Je vous guiderai en tout cas jusqu'auprès de lui. » Quand ils furent arrivés à l'étang, l'aigle dit : « Saumon de Llynn Llyw, je suis venu vers toi avec les messagers d'Arthur pour te demander si tn sais quelque chose au sujet de Mabon, fils de Modron , qui a été enlevé à sa mère la troisième nuit de sa naissance. » — « Tout ce que je sais, je vais vous le dire. Je remonte la rivière avec chaque marée jusqu'auprès des murs de Kaer Loyw (1), et c'est là que j'ai éprouvé le plus grand mal de ma vie. Pour vous en convaincre, que deux d'entre
(1) Gloucester. Gloyw (Glovum) devient, en composition avec le nom féminin Kaer, Loyw, suivant une régie commune à tous les dialectes bretons.
KULHWCH ET OLWEN. 265
VOUS montent sur moi, un sur chaque épaule. » Kei et Gwrhyr Gwalstawt leithoedd montèrent sur les épaules du saumon, ils arrivèrent auprès de la muraille du prisonnier, et ils entendirent de l'autre côté des plaintes et des lamentations. « Quelle créature, » dit Gwrhyr, « se lamente dans cette demeure de pierre? » — « Hélas, homme, il a lieu de se lamenter celui qui est ici : c'est Mabon, fils de Modron (1). Personne n'a été plus cruellement enfermé dans une étroite prison que moi , pas même Lludd Llaw Ereint (2), ni Greit, fils
(1) Mabon est un des trois prisonniers de très haut rang de l'île avec Llyr Lledyeith , et Gweir, fils de Geiryoedd. Il y en avait un plus illustre encore : Arthur, qui fut trois nuits on prison dans Kaer Oeth et Anoeth, trois nuits en prison par Gwenn Benndragon, trois nuits dans une prison enchantée sous Llech Echymeint. Ce fut Goreu qui les délivra {Triades Mab. , p. 308, 9). Mabon est appelé dans le Livre Noir le serviteur d'Uthir Pendragon (Skene, 51, 1). Dans les assemblées des bardes, on comprenait sous le nom de Cofanon dnrenipryd Mabon ab Modron (les souvenirs voyageurs de Mabon ab Modron) les noms des bardes, poètes, savants de l'ile et tout ce qui les concernait {lolo mss., p. 206).
(2) Il y a eu confusion entre ce personnage et Ll3-r, comme je l'ai déjà dit. Je serais fort tenté de corriger Ludd en Nudd Llaw Ereint ou Nudd à la main d'argent, et de l'identifier avec le Nuada à la main d'argent, roi des Tuatha Dé Danann, Ce Nuada avait perdu une main qui avait été remplacée par une main d'argent. Il fut tenu avec son peuple dans l'oppression par le Fomoré Breas , qu'ils avaient pris pour champion, mais il finit par être délivré et remis sur le trône. Le sens d'Ereint est rendu certain par un passage de notre mabinogi sur le porc Grugyn Gwrych Ereint {Ereinl = *Argentios).
26l'> LES MABINOrTlON.
dEri (1). « — « As-tu espoir d'être relâché pour or, pour argent, pour des richesses de ce monde, ou seulement par combat et bataille? » — « Tout ce que j'obtiendrai, ce sera par combat. » Ils s'en allèrent et retournèrent près d'Arthur auquel ils apprirent où Mabon, fils de Modron, était en prison. Arthur convoqua les guerriers de cette île et s'avança jusqu'à Kaer Loyw où Mabon était emprisonné. Kei et Bedwyr montèrent sur les épaules du poisson et, pendant que les soldats d'Arthur attaquaient le château, Kei fit une brèche aux parois de la prison et enleva le prisonnier sur son dos. Les hommes continuèrent à se battre et Arthur revint chez lui avec Mabon délivré.
Arthur dit : « Laquelle des autres merveilles vaut-il mieux maintenant chercher la première ? » — « Il vaut mieux chercher d'abord les deux petits de Gast Rymhi. » — « Sait-on de quel côté elle est ?» — « Elle est , » dit quelqu'un , « à Aber Deugleddyv (2). » Arthur se rendit à Aber Deugieddyv, chez Tringàt, et lui demanda s'il avait entendu parler d'elle et comment elle était faite. « Elle est
(1) « Ardent comme Greit, fils d'Eri, » dit Kjmddelw, poète du douzième siècle {Myv. arch., p. 165, col. 2).
(2) Aber Deu Gleddyv, aujourd'hui, en anglais, Milford Haven, dans le comté de Pembroke {Penvro en gallois). Il y avait un cantrev de Daugleddeu comprenant les cwmwd de Amgocd , Pennant et Evclvre (Powell, History of Wales, p. xviii). Aber, comme en breton arm., signifie embouchure , efflux. Le nom de Deu Gloddyv vient de deux rivières de cette région, portant toutes les deux le nom de Cleddyv.
KULHWCH Eï OLWKN. 267
SOUS la forme d'une louve, » dit-il, « et ses deux petits voyagent avec elle. Elle a souvent tué de mon bétail. Elle est là-bas à Aber Cleddyv , dans une caverne. » Arthur envoya une partie de ses troupes par mer sur Prytwenn (1) , son navire , et les autres par terre, pour chasser la chienne. Ils la cernèrent ainsi elle et ses deux petits. Dieu, en faveur d'Arthur, les rendit à leur forme naturelle. Alors les soldats d'Arthur se dispersèrent un à un, deux à deux.
Un jour que Gwythyr, fils de Greidiawl franchissait une montagne , il entendit des lamentations et des cris qui faisaient peine. Il se précipita de ce côté. Arrivé sur les lieux, il dégaina son épée et coupa la butte aux fourmis au niveau du sol, délivrant ainsi les fourmis du feu : « Emporte avec toi, » dirent-elles, « la bénédiction de Dieu et la nôtre. Un service que pas un homme ne pourrait te rendre, nous, nous te le rendrons. » Elles ne tardèrent pas à arriver avec les neuf setiers de graine de lin qu'avait réclamés Yspaddaden Penkawr à Kulhwch , parfaitement mesurés, sans qu'il y manquât autre chose qu'un seul grain , et en-
(1) Prytwenn, « visage blanc. » Gaufre}' de Monmouth et, naturellement, le Brut Tysilio, font de Prytwenn le bouclier d'Arthur (Gaufrey, IX, 4; Brut rys^ilio, Myv. arrli., p. 462). Talicsin (Skene, II, 181, 15) y fait allusion : « Trois fois plein Prytwen nous y allâmes : nous ne revînmes que sept de Caer Sidi. » Le Liber Landav. mentionne un lieu appelé Messur Prytguen, p. 108. (La mesure de Prytguen.)
268 LES MABINOGION.
core avant la nuit, fut-il apporté par la fourmi boiteuse.
Un jour que Kei et Bedwyr étaient assis au sommet du Pumlummon (1) sur Karn Gwylathyr, au milieu du plus grand veut du monde, en regardant autour d'eux , ils aperçurent au loin , sur la droite , une grande fumée que le vent ne faisait pas le moins du monde dévier. « Par la main de mon ami , » dit Kei , « voilà là-bas le feu d'un voleur (2). )) Ils se dirigèrent en toute hâte du côté de la fumée et s'en approchèrent avec beaucoup de précaution, de loin, jusqu'à ce qu'ils aperçurent Dillus Varvawc en train de cuire un sanglier. « Voilà le plus grand des voleurs, » dit Kei, « il a toujours échappé à Arthur. » — « Le connais-tu? » dit Bedwyr. — « Je le connais : .'c'est Dillus Varvawc. Il n'y a pas au monde de laisse à pouvoir tenir Drutwyn , le petit chien de Greit , fils d'Eri , si ce n'est une laisse faite de la barbe de l'homme que tu vois là-bas ; et elle ne servira de rien, si on ne l'extrait poil par poil de sa barbe avec des pinces de bois pendant qu'il sera en vie ; s'il était mort, le poil serait cassant. » — « Qu'allons-nous faire
(1) Pumlummon, aujourd'hui appelé le Plinlimmon, montagne du comté de Cardigan, sur les confins du comté de Montgomery, où prennent leur source la Severn, la Wj'e et la Rlicidol, appelées pour ce motif les trois sœurs,
(2) Un proverbe gallois dit ; arwydd drwc mwc yn diffeith, « signe de mal que la fumée dans la solitude » (Y Cymmrodor, VII, p. 139, 1. 1).
KULHWCH ET OLWEN. 269
alors ?» — « Laissons-le manger tout son saoul de cette viande; il dormira après. « Pendant qu'il mangeait , ils firent des pinces de bois. Quand Kei fut sur qu'il dormait . il creusa sous ses pieds un trou le plus grand du ijionde , lui donna un coup d'une force inimaginable et le pressa dans le trou jusqu'à ce qu'ils eurent achevé de lui enlever toute sa barbe avec les pinces de bois. Puis ils le tuèrent net et s'en allèrent tous deux jusqu'à Kelli Wic en Kerny^- avec la laisse faite de la barbe de Dillus Varvawc qu'ils mirent dans la main d'Arthur. Arthur chanta alors cet englyn :
Kei a fait une laisse
de la barbe de Dillus, fils d'Eurei :
s'il avait été vivant, c'eût été ta mort.
Kei en fut tellement irrité que les guerriers de cette île eurent grand peine à mettre la paix entre lui et Arthur. Jamais , dans la suite , qu'Arthur eût besoin de secours ou qu'on tuât ses hommes , Kei ne se jeta dans le danger avec lui.
Arthur dit alors : « Laquelle des autres merveilles vaut-il mieux chercher d'abord? » — « Il vaut mieux chercher Drutwyn le petit chien de Greit, fils d'Eri. » Peu de temps avant, Kreiddylat, la fille de Lludd Llaw Ereint, s'en était allée comme femme avec Gwythyr, fils de GreicUawl. Avant qu'il ne couchât avec elle, survint Gwyiin, fils de Nudd qui l'enleva de force. Gwythyr, Ills de Greidiawl, rassembla une nriuée et vint se battre avec Gwynn
270 LES MABINOGION.
fils de Nudd. Celui-ci fut victorieux et s'empara de Greit, fils d'Eri, de Glinneu, fils de Taran (i) , de Gwrgwst Letlwm (2) , de Dyvnarth , son fils ; il prit aussi Penn , fils de Nethawc , Nwython (3) et Kyledyr Wyllt , son fils. Il tua ^wytlion, mit son cœur à nu et força Kyledyr à manger le cœur de son père (4) : c'est à la suite de cela que Kyledyr devint fou. Arthur, à ces nouvelles, se rendit au Nord, fit venir Gwynn, fils de Nudd, lui fit relâcher les nobles captifs et rétablit la paix entre lui et Gwythyr , fils de Greidiawl , à cette condition que la jeune fille resterait dans la maison de son père sans qu'aucun des deux rivaux usât d'elle : chaque premier jour de mai, jusqu'au jour du jugement, il y aurait bataille entre Gwynn et Gwythyr,
(1) Taran, « tonnerre. »
(2) Llet-lwm, « à moitié nu. »
(3) Dans le Gwarchan Maelderw attribué à Aneurin {Four ancient Iwohs of Wales, p. 103, vers 29, 31), il est question d'un fils de Nwython appelé Neim? Nwython est peut-être le même nom que le nom picte Naiton , nom d'un roi vivant au commencement du huitième siècle (Bède, Hist, eccl., V, 21). Ce Naiton est le même personnage que le Ncchtan des annales irlandaises (V. Connor, Rerum hibernicavum script., IV, p. 236). Naithon serait-il la forme picte de Nechtan , et Nwython la forme bretonne ?
(4) L'histoire, si importante pour les mœurs galloises du onzième siècle, de Gruffudd ab Cynan , cite un fait d'antropophagie à la charge d'un Irlandais. Le compétiteur de Gruffudd au trône de Gwynodd ou Nord-Galles, fut tué à la bataille de Carno , et un des auxiliaires de Gruffudd, l'Irlandais GwrcJiaris ou Gwrcharci en usa avec lui comme avec un porc, en fit du bacwn a porc salé et desséché » {Myv. ac'/i , p. 727, col. 2).
KULHWCH ET OLWEN. 271
et celui qui serait vainqueur le jour du jugement prendrait la jeune fille. A la suite de l'actûrd qui intervint entre ces princes, Arthur obtint Gwynn Mygdwnn, le cheval de Gweddw, et la laisse de Kwrs Kant Ewin.
Arthur se rendit ensuite au Llydaw (Armorique) avec Mabon, fils de Mellt et Gware Gwallt Euryn pour chercher les deux chiens de Glythmyr Lledewic (l'Armoricain). Après les avoir pris, Arthur alla jusque dans l'ouest d'Iwerddon pour chercher Gwrgi Severi, en compagnie d'Odgar, fils d'Aedd, roi d'Iverddon. Puis, il se rendit au nord où il s'empara de Kyledyr Wyllt. Celui-ci alla à la recherche d'Yskithyrvk'ynn Pennbeidd, ainsi que Mabon, fils de Mellt (1) tenant en main les deux chiens de Glythvyr Lledewic (21 et Drutwynn le petit chien de Greit, fils d'Eri. Arthur prit part en personne à la poursuite, tenant son chien Kavall. Kaw de Prydein monta sur Lamrei la jument d'Arthur , arriva le premier sur la bête aux abois (3) et, s'armant d'une forte cognée, avec la plus grande vaillance il fondit sur le sanglier , lui fendit la tète
(1) Mabon ab Mellt. Ce personnage apparaît à côté d'Arthur dans le Livre Noir (Skene, 31, II) : Mabon am Mellt.
(2) Lledewic, « l'Armoricain, » dérivé de Llydaw, plus anciennement Lilaw, nom gallois de l'Armorique gauloise , et qui , comme le mot Armorique , ne désigne plus que la péninsule armoricaine (v. J. Loth, De Vocis Aremoricae forina atq ": significatione. Paris, Picard, 1883).
(3) V. p. 105, note 1. Taliesin mentionne Llamrei (Skene, II, p. 170\ 27).
272 LES MABINOGION.
en deux et s'empara de sa défense. Ce ne furent pas les chiens qu'avait indiqués Yspaddaden Penkawr à Kulhwch qui mirent en pièces le sanglier, mais bien Kavall lui-même, le chien d'Arthur.
Après avoir tué Yskithyrwynn Pennbeidd , Arthur et ses troupes se rendirent à Kelli Wic en Kernyw. De là, il envoya Menw, fils de Teirgwaedd, pour voir si les bijoux étaient entre les deux oreilles du Twrch Trwyth, car il était inutile qu'il allât se battre avec lui s'il n'avait plus sur lui les bijoux. Il était sûr en tout cas que lui était là : il venait de dévaster le tiers d'Iwerddon. Menw alla à sa recherche et l'aperçut à Esgeir Oervel en Iverddon. Menw se transforma en oiseau, descendit au-dessus de sa bauge et chercha à enlever un des bijoux, mais il n'eut qu'un de ses crins. Le sanglier se leva vigoureusement , résolument et se démena si bien qu'un peu de son venin atteignit Menw : à partir de là, celui-ci ne fut jamais bien.
Arthur envoya alors un messager à Odgar, fils d'Aedd, roi d'Iwerddon, pour lui demander le chaudron de Diwrnach le Gwyddel, son intendant. Odgar pria Diwrnach de le donner : « Dieu sait, » répondit Diwrnach, « que, quand même il se trouverai! bien de jeter un seul regard sur le chaudron, il ne l'obtiendrait pas. » Le messager d'Arthur revint d'Iwerddon avec ce refus. Arthur l)arlit avec une troupe légère sur Prytwenn, son navire. Aussitôt arrivés en Iwerddon, ils se rendirent chez Diwrnach le G^vyddel. Les gens d'Odgar
KULHWCH ET OLWËN. 273
purent se rendre compte de leur nombre. Quand ils eurent suffisamment bu et mangé, Arthur demanda le chaudron. Diwrnach répondit que s'il l'avait donné à quelqu'un, c'eût été sur l'invitation d'Odgar, roi d'Iwerddon. Sur ce refus, Bedwyr se leva, saisit le chaudron et le mit sur les épaules de Hygwydd (1) , serviteur d'Arthur , frère par sa mère de Kachamwri, serviteur d'Arthur également : sa fonction en tout temps était de porter le chaudron d'Arthur et d'allumer le feu dessous, Llenlleawc le Gwyddel saisit Kaletvwlch, la fit tournoyer et tua Diwrnach et tous ses gens. Les armées d'Iwerddon accoururent pour leur livrer bataille. Après les avoir mises en complète déroute, Arthur et ses gens partirent aussitôt sur leur navire, emportant le chaudron plein de monnaie d'iM^erddon. Ils descendirent chez Llwyddeu, fils de Kelcoet, à Porth Kerddin (2- en Dyvet. C'est là qu'est la mesure du chaudron.
Arthur réunit alors tout ce qu'il y avait de combattants dans les trois îles de Bretagne, les trois ile adjacentes (3), en France, en Llydaw, en Normandie, et dans le pays de l'Eté (4), tout ce qu'il
(1) Hygwydd, « qui tombe facilement? »
(2) Porth Kerddin, peut-être Porthmawr, près Saint-David's Head, dans le comté de Pembroke, d'après lady Guest.
(3) Voir page 167, note 2.
(4) Gwlad yr hav, a le pays de l'été. » Une triade fait venir les Kymry ou Bretons du pays de l'été ou Deffrobani, « c'est-à-dire là où est Constantinople » {Myv. arch. , 400 , 4). Deffrobani est
274 LES MABINOGION.
y avait de fantassins d'élite et de cavaliers en renom. Il partit avec toutes ces troupes pour l'Iwerddon. Il y eut grande crainte et tremblement à son approche. Lorsqu'il fut descendu à terre, les saints d'Iwerddon vinrent lui demander sa protection. Il la leur donna, et eux lui donnèrent leur bénédiction. Les hommes d'Iwerddon se rendirent auprès de lui et lui présentèrent des vivres. Il s'avança jusqu'à Esgeir Oervel , où se trouvait le Twrch Trwyth avec ses sept pourceaux. On lança sur eux les chiens de toutes parts. Les Gwyddyl (les Irlandais) se battirent avec lui ce jour-là jusqu'au soir, et il n'en dévasta pas moins la cinquième partie d'Iwerddon. Le lendemain, la famille d'Arthur se battit avec lui ; mais ils n'en eurent que des coups et ne remportèrent aucun avantage. Le troisième jour, Arthur, en personne, engagea contre lui un combat qui dura neuf nuits et neuf jours; mais il ne réussit qu'à tuer un de ses pourceaux. Les hommes d'Arthur lui demandèrent alors ce qu'était cette laie. Il leur dit que c'était un roi que Dieu avait ainsi métamorphosé pour ses péchés.
Arthur envoya Gwrhyr Gwalstawt leithoedd pour chercher à s'entretenir avec l'animal. Gwrhyr s'en alla sous la forme d'un oiseau et descendit au-dessus de la bauge où il se trouvait avec ses sept pourceaux.
probablement pour Teffrohnni, et semble être l'ilc plus ou moins fabuleuse de Taprobane, dont parlent les géographes anciens. Le pays de l'été désigne aussi tout simplement le Somevsetshire {lolo mss., p. 8G}.
CULHWCH ET OLWEN. 275
« Par celui qui t'a mis sous cette forme, » lui dit-il, « si toi et les tiens pouvez parler, je demande qu'un de vous vienne s'entretenir avec Arthur. » Grugyn Gwrycli Ereint (1) , dont les soies étaient comme des fils d'argent, à tel point qu'on le suivait à leur scintillement à travers bois ou champs, lui fit cette réponse : « Par celui qui nous a mis sous cette forme, nous n'en ferons rien; nous ne parlerons pas à Arthur. Dieu nous a fait déjà assez de mal en nous donnant cette forme, sans que vous veniez vous battre avec nous. » — « Apprenez qu'Arthur se bat avec vous pour le peigne, le rasoir et les ciseaux qui se trouvent entre les deux oreilles de Twrch Trwyth. » — « On n'aura ces joyaux, » répondit Grugyn, « qu'avec sa vie. Demain matin , nous partirons d'ici ; nous irons au pays d'Arthur et nous lui ferons le plus de mal que nous pourrons. » Les pourceaux partirent par mer dans la direction de Kymry. Arthur s'embarqua sur son navire Prytwen avec ses soldats, ses chevaux et ses chiens, et put se mesurer des yeux avec eux. Le Twrch Trwyth aborda à Porth Kleis (2) en Dyvet. Arthur, lui, cette nuit-là, s'avança jusqu'à Mynyw (3). On lui apprit le lendemain qu'ils étaient passés. Il les atteignit en train de tuer les bêtes à cornes de Kynnwas Kwrr y
(1) Gwnjch Ereint, « aux crins d'argent. »
(■2) Porth Cleis, petit port du comté de Pembroke, à l'estuaire de l'Alun.
(3) Mynyw ou Saint-David's (Pembrokeshire).
276 LES MAUINOGION.
Vagyl, après avoir déjà détruit tout ce qu'il y avait d'hommes et d'animaux à Deu Gleddyv. A l'arrivée d'Arthur, le Twrch Trwyth s'enfuit jusqu'à Presseleu (1). Arthur s'y rendit avec ses troupes. Il envoya à leur poursuite Eli et Trachmyr, tenant Drutwyn, le petit chien de Greit, fils d'Eri; Gwarthegyt (2), fils de Kaw, dans un autre coin , tenait les deux chiens de Glythmyr Lledewïc ; Bedwyr, lui, tenait en laisse Kavall, le chien d'Arthur. Arthur rangea toutes ses troupes autour de Glynn Nyver (3). Vinrent aussi les trois fils de Kleddyv Divwlch, qui s'étaient acquis beaucoup de gloire (4) en tuant Ysgithyrwynn Penbeidd. Le porc partit de Glynn Nyver et s'arrêta à Kwm Kerwyn (5) ; il y tua quatre des champions d'Arthur : Gwarthegyt, fils de Kaw; Tarawc d'Allt Clwyt (6); Reidwn, fils
(1) Presseleu, v. p. 51, note.
(2) Gwarthegyt, de gwarlhec, a vaches. »
{'.l) Glynn Nyver. A l'extiémité des Presselly-Mountains naît la Nyver ou Nevern. Le Glynn est uno vallée étroite garnie de bois. On entend aussi souvent par là une vallée étroite et profonde traversée par un cours d'eau. Glen, en breton arm. moyen, a le sens de terre, monde (cf. vallée de larmes) par opposition au ciel.
(4) Ils ne paraissent pas dans cette chasse. Il y a là, comme en divers endroits, une lacune.
(5) Cwm Kerwiin, « la combe de la cuve » (Cwm, « vallon de forme concave ») ; contre le pic le plus élevé des monts de Pieselly, Prcselly Top, est le vallon de Cwm Cerwyn; à deux milles de là se dresse le sommet de Carn Arthur (lady Guest).
(6) Allt-Clwyt ; allt, « colline, roche. » On a confondu la Clwyd, rivière du nord du pays de Galles, et la Clut , à l'époque latine Clota, qui a donne son nom au royaume des Bretons du nord ou de Strat-Clut, « vallée de la Glut, » anglais Clyde. L'Al-Clut ou
KULHWCH ET OLWKN. 277
d'Eli Adver; Iscovan Hael. Puis il rendit les abois, et tua Gwydre, fils d'Arthur; Garselit le Gwyddel; Glew, fils d'Yscawt, et Iscawyn, fils de Panon; mais il fut lui-même blessé.
Le lendemain matin, vers le jour, quelques-uns des hommes d'Arthur l'atteignirent. C'est alors qu'il tua Huandaw, Gogigwc, Pennpingon , les trois serviteurs de Glewlwyt Gavaelvawr, si bien que celui-ci n'avait plus au monde aucun serviteur, à l'exception du seul Llaesgenym, dont personne n'eut jamais à se louer. Il tua, en outre, beaucoup d'hommes du pays, entre autres Gwlydyn Saer, le chef des charpentiers d'Arthur. Arthur lui-même l'atteignit à Pelumyawc. Après y avoir tué Madawc, fils de Teithyon ; Gwynn , fils de Tringat fils de Nevet, et Eiryawn Pennlloran, le porc alla à Aber Tywi (1). Là, il rendit les abois et tua Kynlas (2), fils de Kynan , et Gwilenhin , roi de France. Il poussa ensuite jusqu'à Glynn Ystu. Là, hommes et chiens perdirent sa trace. Arthur fit venir Gwynn, fils de Nudd, et lui demanda s'il savait quelque chose au sujet du Twrch Trwyth. Il répondit qu'il ne savait rien.
Petra Clotae de Bède, est, probablement, pour Alt-Clut, « la colline rocheuse de la Glut » (Dumbarton").
(1) Abcr Tywi, l'embouchure de la Tywi ou Towy , dans le comté de Carmarthen, le Tobios de Ptolémée.
(2) Ktjnlas = Cunoglassos, nom d'un roi breton dans l'Epistola Gildae (éd. Pétrie, Mon. hist, brit., 17), armor. Cunglas {Cart, de Redon) ; Kijnan, en breton arm. Conan.
278 LES MABINOGION.
Tous les chasseurs se mirent alors à la poursuite du porc jusqu'à Dyffrynn Llycliwr (1). Grugyn Gwallt Ereint et Llwyddawc Govynnyat leur tinrent tête et les tuèrent tous , à l'exception d'un seul qui leur échappa. Arthur et ses troupes arrivèrent à l'endroit où étaient Grugyn et Llwyddawc, et lancèrent sur eux absolument tous les chiens qui avaient été désignés. Aussitôt que les sangliers rendirent les abois, le Twrch Trwyth accourut à leur secours : depuis qu'ils avaient passé la mer d'Iwerddon, il ne s'était pas trouvé avec eux. Hommes et chiens tombèrent sur lui. Il se mit en marche et parvint à Mynydd Amanw (2). Là, une de ses truies fut tuée. On lui rendit vie pour vie. Twrch Lawin succomba également, ainsi qu'un autre des sangliers du nom de Gwys. Il s'avança jusqu'à Dyffrynn Amanw , où furent tués Banw et Benwic (3). Il n'y eut à s'échapper de là vivants, de tous ses pourceaux, que Grugyn Gwallt Ereint
(1) Dyffrynn Llychwr , écrit aujourd'hui Loiighor, sur les confins des comtés de Carmarthen et de Glamorgan. Dyffrynn est une vallée arrosée par une rivière.
(2) Mynydd Amanw , ou la montagne d'Amanw, désigne les hauteurs formant barrière naturelle entre les comtés de Brecon et de Carmarthen. L'Amman est un affluent du Llychwr. On trouve sur ces monts un Gwely Arthur, ou lit d'Arthur. Près de l'endroit où la rivière Amman prend sa source est une butte appelée Twyn y Moch, et au pied se trouve Llwyn y Mocti, « le buisson aux porcs. » La rivière Twrch (porc) est tout près. Elle se jette dans la Tawy, au-dessous d'Ystradgynlais (lady Guest).
(3) Banw, « truie; » Bennwic est un diminutif.
KULHWCH ET OLWEN. 279
et Lhvyddawc Govynnyat. 11 s'enfuirent de là jusqu'à Lwcli Ewin, où Arthur atteignit le sanglier. 11 rendit les abois et tua Ecliel Vorddwyt TwU, Garwyli, fils de Gwyddawc Gwyr (1), .et beaucoup d'hommes et de chiens. Ils poursuivirent leur course jusqu'à Llwch Tawy (2) , où Grugyn Gwallt Ereint se sépara d'eux. 11 se rendit d'abord à Din Tywi (3 , puis en Keredigyawn (4) , suivi d'Eli et Trachmyr et de beaucoup d'autres , puis à Garth Gregyn (5), où il fut tué. Lhvyddawc Govynniat se précipita au milieu d'eux , tua Ruddvyw Rys et beaucoup d'autres et s'enfuit jusqu'à Ystrad Yw (6), où les hommes du Llydaw se rencontrèrent avec lui. 11 tua Hirpeissawc, roi du Llydaw, Llygatrudd Emys et Gwrbothw. oncles d'Arthur, frères de sa mère, et il fut tué lui-même.
Le Twrch Trwyth, lui, passa entre Tawy et Euyas (7 . Arthur convoqua les hommes de Ker-
(1) Gxi-yddawc Gwyr, pcut-ctrc Gwyddawc de Gwyr, en anglais, Gower, partie occidentale du comté de Glamorgan.
(2) Llwch Tawy, l'étang de la Tawy, rivière du Glamorgan. A Tcmbouchure est la ville d'Abertawy, en anglais, Swansea.
(3) Din Tywi; din, « citadelle, lieu fortifié. » Comme il y a plusieurs lieux appelés Dinas, sur le cours du Tywi, il est difficile d'identifier ce nom.
(4) Keredigiawn, le comté de Cardigan. D'après la légende galloise, ce nom vient de Cerctic, un des fils du célèbre Cunedda.
(5) Gavllr Gregyn; garlh, a colline, promontoire. » L'auteur tire, sans doute, Gregyn de Grugyn.
(6) Yslrad Yw, « la vallée d'Yw, » un ancien district de la partie sud du Brcconshire.
(7) Tawy et liuyas. Evyas est le nom d'un ancien canton du
280 l-ES MABINOGION.
nyw et de Dyvneint contre lui à l'embouchure de la Havren 1), et dit aux guerriers de cette ile : « Twrch Trwyth a tué bon nombre de mes gens. J'en jure par la vaillance de mes hommes, il n'ira pas en Kernyw, moi vivant. Pour moi, je ne le poursuivrai pas plus longtemps, je lui opposerai vie pour vie. Vous, voyez ce que vous avez à faire. » Son plan fut d'envoyer un parti de cavaliers avec des chiens de cette île jusqu'à Euyaspour le rabattre jusqu'à la Havren; là, il lui barrerait le passage avec tout ce qu'il y avait de guerriers éprouvés dans l'île , et on le pousserait irrésistiblement dans le fleuve. Mabon, fils de Modron, le suivit jusqu'à la Havren sur Gwynn Mygdwnn, le cheval de Gweddw , ainsi que Goreu , fils de Kustennin, Menw, fils de Teirgwaedd , entre Llynn Lliwan (2) et Aber Gw';^' (3). Arthur tomba sur lui avec les champions de l'île de Bretagne. Osla Gyllellvawr, Mana^\7ddan, fils de Llyr, Kachmwri, serviteur d'Arthur, Gwyngelli, se jetèrent tous sur lui , le saisirent d'abord par les pieds et le plongè-
Herefordshire, du côté de Long Town. Ivyas est aussi le nom d'une paroisse de notre pays de Léon.
(1) Havren, la Severn, d'une forme vieille-celtique, Sabrina.
(2) Llynn Llivan. C'est le lac merveilleux dont parle Nennius LXXIII {Aperlin Livan, l'embouchure de l'étang de Liwan); ce lac était en communication avec la Severn,
(3) Aber Gwy , l'embouchure de la Gwy. La Gwy, que les Anglais appellent Wye, va se jeter dans le bras de mer de la Severn que les Gallois appellent Mor Havren, la mer de la Severn, à Chepstow,
KULHWCH ET OLWEN. 281
rent dans la Havren, an point qu'il avait de l'eau par dessus la tète. Mabon, fils de Modron, d'un côté, éperonna son étalon et enleva le rasoir. De l'autre côté, Kyledyr Wyllt, monté sur un autre étalon , entra dans la Havren et s'empara des ciseaux. Mais avant qu'on eût pu enlever le peigne , les pieds du porc touchèrent terre et dès lors ni chien , ni homme , ni cheval ne purent le suivre avant qu'il ne fût arrivé en Kernyw. Ils eurent plus de mal à tirer les deux guerriers de l'eau et à les empêcher de se noyer qu'ils n'en avaient eu en essayant de lui enlever les joyaux, Kachmwri, au moment où on le tirait de l'eau, était entraîné dans l'abime par deux meules de moulin. Osla Gyllellvawr, en courant après le porc, avait laissé tomber son couteau de sa gaine et l'avait perdu ; la gaine s'était remplie d'eau, et, comme on le tirait dehors, elle l'entrainait au fond.
Arthur et ses troupes finirent par atteindre le sanglier en Kernyw. Ce n'était qu'un jeu ce qu'on avait eu de mal jusque-là en comparaison de ce qu'il en fallut pour lui enlever le peigne. Enfin, à force de sacrifices, on le lui enleva. Puis on le chassa de Kernyw et on le poussa tout droit à la mer. On ne sut jamais où il était allé avec Anet et Aethlem. Quant à Artliur il retourna à Kelliwie en Kernyw pour se baigner et se reposer de ses fatigues.
« Reste-t-il encore, » dit Arthur, « une des merveilles à nous procurer? » — « Oui, «.dit un
282 LES MABINOGION.
des hommes, « le sang de la sorcière Gorddu, fille de la sorcière Gorwenii, de Peiiii Naut Govut, sur les confins de l'enfer. » Arthur partit pour le Nord et arriva à la caverne de la sorcière. Gwynn, fils de Nudd, et Gwythyr, fils de Greidiawl, lui conseillèrent d'envoyer Kachmwri et son frère Hygwydd se battre avec elle. Comme ils entraient dans la caverne, la sorcière les prévint, saisit Hygwydd par les cheveux , et le jeta sous elle sur le sol. Kachmwri, à son tour, l'empoigna par les cheveux et la tira de dessus Hygwydd. Elle se retourna contre Kachmwri , les accabla de coups et les jeta dehors à coups de pieds et à coups de poings. Arthur devint furieux en voyant ses serviteurs presque tués, et voulut pénétrer dans la caverne. « Il ne serait ni convenable ni agréable pour nous , » lui dirent Gwynn et Gwythyr, « de te voir te prendre aux cheveux avec la sorcière. Envoie Hir Amren et Hir Eiddyl dans la caverne. » Ils y allèrent. Si les deux premiers avaient eu du mal, ces deux-ci en eurent encore bien plus. Sans aucun doute, aucun d'eux n'aurait pu en sortir, s'ils ne s'étaient jetés sur Lamrei, la jument d'Arthur. Arthur, alors, se précipita sur la porte de la caverne et, du seuil, frappa la sorcière avec son co'uteau Karnwennan ; il l'atteignit au milieu du corps et en fit deux tronçons. Kaw de Prydein recueillit le sang de la sorcière et le garda.
Alors Kulhwch , accompagné de Goreu , fils de Kustennin, et de tous ceux qui voulaient du mal à
KULHWCH ET OLWEN. 283
Yspaddaden Penkawr, retournèrent à sa cour avec les objets merveilleux. Kaw de Prydein vint le raser et lui enleva chair et peau jusqu'à l'os, d'une oreille à l'autre entièrement. « Es-tu rasé, homme? » lui dit Kulhwch. — « Je le suis, » dit-il. — « Ta fille est-elle à moi maintenant ?» — « Elle est à toi , et tu n'as pas besoin de m'en remercier ; remercie Arthur qui te l'a procurée. De mon plein gré, tu ne l'aurais jamais eue. Le moment est venu pour moi de perdre la vie. » Alors Goreu, fils de Kustennin , le saisit par les cheveux, le traîna après lui jusqu'au donjon, lui coupa la tête et la plaça sur un poteau dans la cour. Puis il prit possession du château et de ses domaines. Cette nuit-là , Kulhwch coucha avec Olwen, et il n'eut pas d'autre femme pendant toute sa vie. Les autres se dispersèrent pour rentrer chacun dans son pays. C'est ainsi que Kulhwch eut Olwen, la fille d'Yspaddaden Pennkawr.
Le songe de Rhonabwy
Madawc, fils de Maredudd (1), était maître de
(l) Maredudd ou Meredydd , fils de Bleddyn ab Cynvyn , était un prince cruel et brave. Il lutta avec vaillance et succès contre les Anglo-Normands; il obligea môme à la retraite le roi Henri I", qui avait envahi ses Etats. Il mourut en 1124 ou 1129, dans un âge avancé, ce qui était rare, dit le Bnd y Tywysogion ou Chronique drs princes, dans la famille de Bleddyn, et, pourrait-on ajouter, dans toutes familles de chefs gallois (B?-u? y Tiiwysogion, p. 6i7 et suiv.; 707, col. 1 et 2). Le nom de Meredydd est, en vieux gallois, Marget-iud (cf. Annales de Bretagne, II, n" 3, p. 405 à Margit-hoiarn). Ses Etats furent partagés entre ses fils Madawc et Gruffydd. Celui-ci étant venu à mourir laissa ses Etats à son fils Owen Cyfeiliog, barde de grand renom. En 1167, Owen Cyfeiliog et son cousin, le fils de Madawc, Owen ap Madoc ap Meredith, chassent leur oncle, lorwerth Goch, ou le Rouge, qui avait épousé une normande, Maude, fille de Roger de Manley, du comté de Chester, et paraît avoir été soutenu par les Anglo-Normands, et se partagent ses terres; Owen Cyfeiliog prend Mochnant Uch Rhaiadr et Owen ap Madoc, Mochnant Is Rhaiadr {Myv. arch., p. 712, col, 2; cf. History of llie lordship of Cyfei-
28lJ LES MABINOGION.
Powys dans toute son étendue, c'est à-dire depuis Porfordd jusqu'à Gwauan, au sommet d'Arwystli (1). Il avait un frère qui n'avait pas une aussi haute situation que lui , lorwertli , fils de Maredudd. lorwerth fut pris d'un grand chagrin et d'une grande tristesse en considérant l'élévation et les grands biens de son frère , tandis que lui-même n'avait rien. Il réunit ses compagnons et ses frères de lait , et délibéra avec eux sur ce qu'il avait à faire dans cette situation. Ils décidèrent d'envoyer quelques-uns d'entre eux réclamer pour lui des moyens de subsistance. Madawc lui proposa la charge de penteulu (2) et les mêmes avantages qu'à
lio(j, par Th. Morgan, Arch. Cambr. , XIII, 3° série, p. 125). Le ■fils d'Ovven Cyfeiliog, Gwenwynwyn, a donné son nom à la partie sud de Powys, et Madawc, son oncle, à la partie nord. Sur la division de Powys en Powys Vadog et Powys Wcnwynwyn, voir Myv. arch., p. 735-736. Madawc est souvent célébré par les poètes de son temps (Myv. arch., p. 147, 154, 155, 156). Sur les privilèges des hommes de Powys, v. Ancient laws, II, p. 74"2, 743.
(1) Le royaume de Madawc s'étendait du voisinage de Chester aux liautes terres d'Arwystli, c'est-à-dire à la chaîne du Pumluminon (cf. Gwalchmai dans l'Elérjie de Madawc , Myv. arch., 147; Lady Guest, Mab., II, p. 420, d'après le Rév. Walter Davies (Gvvalter Mechain). Porfordd est évidemment Pulford. Gwauan est peut-être, comme le fait remarquer lady Guest, une des localités portant le nom de W'iiuH, dans le voisinage de la chaîne du Pumlummon.
(2) l'eiileulu, chef de famille. C'est le personnage le plus important après le roi. Il est dans les Lois quelque chose comme le Major dormis, et c'est en môme temps un véritable chef de clan. Il a en petit, dans le clan, les mêmes privilèges que le roi [.\)icient laws , 1, p. 12, l'JO, 358, 630, etc., etc.).
lui-même en chevaux, armes, honneurs. Torwerth refusa, s'en alla vivre de pillages jusqu'en Lloeger, et se mit à tuer, à brûler, à faire des captifs. Madawc et les hommes de Powys tinrent conseil et décidèrent de charger cent hommes par trois Kymvjt en Powys de se mettre à sa recherche. Ils estimaient autant la plaine de Powys (1) , depuis Aber Ceirawc (2) en AUictwnver (3) jusqu'à Ryt Wilvre (4) sur Evyrnwy (5), que les trois meilleurs Kymiut du pays. Aussi ne voulaient-ils pas que quelqu'un qui n'avait pas de biens , lui et sa famille , en Powys , en eût dans cette plaine.
Ces hommes se divisèrent en troupes à Nillystwn Trefan (6), dans cette plaine. Il y avait à faire partie de cette recherche un certain Rhonabwy. Il se rendit avec Kynnwric Vrychgoch (7) , homme
(1) Il s'agit probablement dos environs d'Oswcstry. Le poète Cynddehv (douzième siècle), chantant les exploits de Llywelvn ab IorAverth(Llywelyn le Grand), mentionne le Redtdijr Croesoswallt (Oswestry) {Myv. arch., p 175, col. 1).
(2) Aber Ceirawc est l'endroit oii la Cciriog se jette dans la Dce, au-dessous de la ville de Chirk.
(3) Allictwn paraît être Allington, non loin de Pulford. Le texte ym Allirtwn ferait supposer Malliclwn ou Balliclwn.
(4) Ryt y Wilvre peut-être, d'après lady Guest, Rhyd y Vorlc, en anglais Melverley, passage sur la Vyrmvy, non loin de l'endroit où cette rivière se jette dans la Severn.
(5) Aujourd'hui Y Vyrnwy, affluent de la Severn.
(G) Peut-être Ilaiiston Trcvan ou Halston, près Whittington.
(7) Kynnwric Vrychgoch ou le rouge-lachetc, le même personnage probablement que le Kynwric dn Brut y Tywysogion, tue par la famille de Madawc ab Maredudd {Myv. arch., p. G23, col. 1).
288 LES MABINOQION.
de Mawcldwy , et Kadwgawii Vras (1) , homme de Moelviu en Kynlleitli (2), chez Heilyn Goch (3), fils de Kadwgawn fds d'Iddon. En arrivant près de la maison, ils virent une vieille salle toute noire , au pignon droit , d'où sortait une éj)aisse fumée. En entrant, ils aperçurent un sol plein de trous, raboteux. Là où le sol se bombait, c'est à peine si on pouvait tenir debout, tellement il était rendu glissant par la fiente et l'urine du bétail. Là où il y avait des trous , on enfonçait , jusque par-dessus le cou de pied, au milieu d'un mélange d'eau et d'urine d'animaux. Sur le sol étaient répandues en abondance des branches de houx dont le bétail avait brouté les extrémités. Dès l'entrée, le sol des appartements s'offrit à eux poussiéreux et nu. D'un côté était une vieille en train de grelotter ; lorsque le froid la saisissait trop , elle jetait plein son tablier de balle sur le feu, d'où une fumée qui vous entrait dans les narines et qu'il
Mawddvvy était un cijmwd du cantrev de Cedewain en Powys Wcnwynwyn {Myv. arc/i., p. 736); c'est aujourd'hui, avec Talybont, un district du Merionethshire.
(1) Cadwgawn Vras ou le Gros, n'est pas autrement connu (vieil armor. Calwocon).
C?) Cynlleith était un cymwd du cantrev de Rhaiadr en Powys Vadog {Myv. arch., p. 736; ce district est mentionné par Cynddelw dans son élégie sur Madawc, ibid., p. 155). Le Moelvre est une montagne isolée de ce district.
(3'i Un des signataires de la paix entre Llywelyn et PJdouard l", en 1274, porte le nom de Grono ap Ucylin. Iddon est, en vieil armor., ludon ~ luddon.
eût été difficile à qui que ce fût de supporter. De l'autre côté était jetée une peau de veau jaune. C'eût été une bonne fortune pour celui d'entre eux qui aurait obtenu de s'étendre sur cette peau. Lorsqu'ils furent assis , ils demandèrent à la vieille où étaient les gens de la maison. Elle ne leur répondit que par des murmures. Sur ces entrefaites entrèrent les gens de la maison : un homme rouge, légèrement chauve, avec un reste de cheveux frisés , portant sur le dos un fagot ; une petite femme , mince et pâle , ayant elle aussi une brassée de branchages. Ils saluèrent à peine leurs hôtes et se mirent à allumer un feu de fagots ; la femme alla cuire et leur apporta leur nourriture : du pain d'orge, du fromage, et un mélange d'eau et de lait. A ce moment survint une telle tempête de vent et de pluie , qu'il n'eût été guère facile de sortir, même pour une affaire de première nécessité. Par suite de la marche pénible qu'ils avaient faite, les voyageurs ne s'en sentirent pas le courage et allèrent se coucher. Ils jetèrent les yeux sur le lit : il n'y avait dessus qu'une paille courte, poussiéreuse , pleine de puces, traversée de tous côtés par de gros branchages ; toute la paille , plus haut que leurs têtes et plus bas que leurs pieds, avait été broutée par les bouvillons. On avait étendu dessus une sorte de couverture de bure, d'un rouge pâle, dure et usée, percée; par-dessus la bure, un gros drap tout troué ; sur le drap , un oreiller à moitié vide , dont la couverture était passablement sale. I. 19
290 LES MABINOGION.
Ils se couchèrent. Après avoir été tourmentés par les puces et la dureté de leur couche , les deux compagnons de Rhonabwy tombèrent dans un profond sommeil. Quant à lui, voyant qu'il ne pouvait ni dormir ni reposer, il se dit qu'il souffrirait moins s'il allait s'étendre sur la peau de veau jetée sur le sol. Il s'y endormit en effet.
A l'instant même où le sommeil lui ferma les yeux, il se vit en songe , lui et ses compagnons, traversant la plaine d'Argyngroec (1) ; il lui semblait qu'il avait pour but et objectif Rhyd y Groes (2) sur la Havren. Chemin faisant, il entendit un grand bruit ; jamais il n'en avait entendu qui lui parût plus rapide. Il regarda derrière lui, et aperçut un jeune homme aux cheveux blonds frisés, à la barbe fraîchement rasée, monté sur un cheval jaune, mais qui , à la naissance des jambes par derrière et depuis les genoux par devant, était vert. Le cavalier portait une robe de ^ai/e jaune, cousue avec de la soie verte ; il avait , à sa hanche , une épée à poignée d'or dans un fourreau de cordwal neuf, dont les courroies étaient de cuir de daim et la boucle
(1) Arrjyngroec , aujourd'hui Cyngrog , est divisé en deux parties : Cyngrog vawr, dans la paroisse de Pool, et Cyngrog vach dans celle de Guilsfield; le tout sur les bords de la Severn, près de Welshpool, comté de Montgomery.
(2) Rhyd y Groes ou le gué de la croix , un peu plus bas que Berrcw ou le confluent de la Rhiw avec la Severn. Le nom de Rhyd. y Groes est porté, d'après lady Guest, ou plutôt Gwalter Mcchain, par une ferme à peu de distance de là, dans la paroisse de Fordun, près Montgomery.
en or. Par-dessus , il portait un manteau de paile jaune cousu de fils de soie verte ; la bordure du manteau était verte. Le vert de ses habits et le vert du cheval était aussi tranché que le vert des feuilles du sapin, et le jaune, que le jaune des fleurs du genêt.
Le chevalier avait l'air si belliqueux, qu'ils prirent peur et s'enfuirent. Il les poursuivit. Chaque fois que son cheval faisait sortir son haleine , ils s'éloignaient de lui ; chaque fois qu'il la tirait à lui, ils approchaient jusqu'à la poitrine du cheval. Il les atteignit , et ils lui demandèrent grâce. « Je vous l'accorde , » répondit-il ; « n'ayez pas peur. » — « Seigneur, » dit Rhonabwy , « puisque tu nous fais grâce , nous diras-tu qui tu es? )) — « Je ne vous cacherai pas ma race : je suis Iddawc (1) , fils de Mynyo ; mais ce n'est
(1) IddsLWC (vieil-arinor. ludoc). Dans les Triades, une des trois trahisons secrètes lui est attribuée ; il trahit Arthur. Sa réunion avec Medrawd a lieu à Nanhwynain : c'est une des trois réunions pour trahison. Il devient ainsi l'auteur d'une des trois batailles frivoles de l'île, la bataille de Camlan {Myv. arch., p. 403, 20, 22; p. 405, 50). Lady Guest Ta confondu avec Eiddilic Gorr , qui est un personnage trrs différent. Les Triades lui donnent le surnom de Com Prydain. Cordd est préférable ; il faut le rapprocher de corddi, agiter et mêler, baratter. Il est passé dans le rang des saints, confondu peut-être avec un autre personnage, Iddew (Rees, Welsh saints, p. 280). Les généalogies de saints de la Myv. l'appellent Iddew Corn Prydain ab Cowrda ap Kradog freichfras ap Llyr Merini {Myv. arch., p. 426, col. 2), mais dans certaines généalogies il est appelé Iddawc Corn Prydain ap Caradawc Vreichvras, {lolo mss., p. 123).
292 LES MABINOGION.
pas par mon nom que je suis le plus connu : c'est par mon surnom. » — « Voudrais-tu nous le dire ?» — « Oui : on m'appelle Iddawc Cordd Prydein. » — « Seigneur, » dit Rhonabwy, « pourquoi t'appelle-t-on ainsi? » — « En voici la raison. A la bataille de Kamlan, j'étais un des intermédiaires entre Arthur et Medrawt son neveu. J'étais jeune, fougueux. Par désir du combat, je mis le trouble entre eux. Voici comment : lorsque l'empereur Arthur m'envoyait à Medrawt pour lui représenter qu'il était son père nourricier et son oncle, et lui demander de faire la paix afln d'épargner le sang des fils de rois et des nobles de l'île de Bretagne , Arthur avait beau prononcer devant moi les paroles les plus affectueuses- qu'il pouvait, je rapportais, moi, à Medrawt les propos les plus blessants. C'est ce qui m'a valu le surnom d'Iddawc Cordd Prydein, et c'est ainsi que se trama la bataille de Kamlan. Cependant trois nuits avant la fin de la bataille , je les quittai et j'allai à Llechlas (1) en Prydein (Ecosse) pour faire pénitence. J'y restai sept années ainsi et j'obtins mon pardon. »
A ce moment, ils entendirent un bruit beaucoup plus violent qu'auparavant. Ils regardèrent dans la direction du bruit, et aperçurent un jeune homme aux cheveux roux, sans barbe et sans
(1) Llechlas ou la pierre plate, pâle ou vcrdàtre, peut-t-tro Glasgow, dit lady Guest, je ne sais pour quelle raison.
moustache, à l'aspect princier, monté sur un grand cheval rouge, mais qui , depuis le garrot d'un côté et depuis les genoux de l'autre jusqu'en bas , était jaune. Lui, il portait un habit de paile rouge, cousu avec de la soie jaune; la bordure de son manteau était jaune. Le jaune de ses habits et de son cheval était aussi jaune que la fleur du genêt, le rouge, que le sang le plus rouge du monde. Le chevalier les atteignit et demanda à Iddawc s'il aurait sa part de ces petits hommes. « La part qu'il me convient de donner, » répondit Iddawc, « tu l'auras : tu peux être leur compagnon comme je le suis. » Là-dessus, le chevalier s'éloigna. « Iddav^c, » dit Rhonabwy, « quel est ce chevalier? » — « Ruawn Pebyr , fds du prince Deortliach. »
Ils continuèrent leur marche à travers la plaine d' Argyngroec , dans la direction de Rhyd y Groes sur la Havren. A un mille du gué, ils aperçurent, des deux côtés de la route, des campements et des tentes et tout le mouvement d'une grande armée. Arrivés au bord du gué, ils virent Arthur assis dans une île au sol uni, plus bas que le gué, ayant à un de ses côtés l'évêque Betwin et, de l'autre, Gwarthegyt, fils de Kaw. Un grand jeune homme brun se tenait devant eux, ayant à la main une épée dans le fourreau. Sa tunique et sa toque étaient toutes noires , son visage aussi blanc que l'ivoire avec des sourcils aussi noirs que le jais. Ce qu'on pouvait apercevoir de son poignet entre ses gants et ses manches était aussi blanc que le
294 LES MABINOGION.
lis; son poignet était plus gros que le pied d'un guerrier entre les deux chevilles. Idda^YC et ses compagnons s'avancèrent jusque devant Arthur et le saluèrent. « Dieu vous donne bien, » dit Arthur, a Où as-tu trouvé, Iddawc, ces petits hommes-là? « — (( Plus haut là-bas , seigneur , » répondit Iddawc, « sur la route. » Arthur eut alors un sourire amer. « Seigneur, » dit Iddawc, « pourquoi ris-tu? » — « Iddawc, » répondit-il, « je ne ris pas ; cela me fait pitié de voir des hommes aussi méprisables que ceux-là garder cette île après qu'elle a été défendue par des hommes comme ceux d'autrefois. » Iddawc dit alors à Rhonabwy : « Vois-tu à la main de l'empereur cette bague avec la pierre qui y est enchâssée? » — « Je la vois. » — « Une des vertus de cette pierre, c'est qu'elle fera que tu te souviennes de ce que tu as vu cette nuit; si tu n'avais pas vu cette pierre, jamais le moindre souvenir de cette aventure ne te serait venu à l'esprit. »
Ensuite Rhonabwy vit venir une armée du côté du gué. « Iddawc, » dit-il, « à qui appartient cette troupe là-bas? » — « Ce sont les compagnons de Ruawn Pebyr. Ils peuvent prendre hydromel et bragawt (1) à leur gré, comme marque d'honneur, et faire la cour, sans qu'on y trouve à redire, à toutes les filles des princes de l'île de Bretagne ; et ils le méritent, car. dans tout danger, on les
(1) Voir la note 2, p. 243.
trouve à l'avant et ensuite à l'arriére. » Chevaux et hommes , dans cette troupe , étaient rouges comme le sang ; chaque fois qu'un cavalier s'en détachait, il faisait l'effet d'une colonne de feu voyageant à travers l'air. Cette troupe alla tendre ses pavillons plus haut que le gué. Aussitôt après ils virent une autre armée s'avancer vers le gué. Depuis les arçons de devant , en haut , les chevaux étaient aussi blancs que le lis, en bas, aussi noirs que le jais. Tout à coup un de ces cavaliers se porta en avant , et brochant des éperons poussa son cheval dans le gué , si bien que l'eau jaillit sur Arthur, sur l'évéque et tous ceux qui tenaient conseil avec eux : ils se trouvèrent aussi mouillés que si on les avait tirés de l'eau. Comme il tournait bride, le valet qui se tenait devant Arthur frappa son cheval sur les narines, de l'épée au fourreau qu'il avait à la main; s'il avait frappé avec l'acier, c'eut été merveille s'il n'avait entamé chair et os. Le chevalier tira à moitié son épée du fourreau en s' écriant : « Pourquoi as-tu frappé mon cheval? est-ce pour m'outrager ou en guise d'avertissement ? » — « Tu avais bien besoin d'avertissement; quelle folie t'a poussé à chevaucher avec tant de brutalité que l'eau a rejailli sur Arthur, sur l'évéque sacré et leurs conseillers, au point qu'ils étaient aussi mouillés que si on les avait tirés de la rivière? » — « Eh bien, je le prends comme avertissement. )) Et il tourna bride du côté de ses compagnons. « Iddawc, » dit Rhonabwy, « quel est ce
296 LES MABINOGION.
chevalier? » — « Un jeune homme qu'on regarde comme le plus courtois et le sage de cette île , Addaon (1), fils de Teleessin » — « Quel est celui qui a frappé son cheval? » — « Un jeune homme violent, prompt, Elphin, fils de Gwyddno (2). »
(1) Avaon ou Addaon, fils de Taliesin, est un des trois princes taureaux de bataille {Triades Mab. , 303, 18). C'est un des trois aerveddawc ou chefs qui se vengeaient du fond de leurs tombes {Ibid., p. 304, 7). Il est tué par Llawgat Trwmbargawt Eiddin, et c'est un des trois meurtres funestes {Myv. arch., p, 390, col. 2). Il est fait mention de lui dans les Propos des sages {lolo mss, , p. 254). Il est assez remarquable que Taliesin ne parle pas de lui, excepté peut-être dans un passage (Skene, p. 175, v. 25).
(2) Elphin ab Gwyddno. Sa généalogie est donnée dans la noblesse des hommes du Nord, c'est-à-dire des Bretons de Strat- Clut : ElfSn, mab Gwyddno, mab Cawrdav , mab Garmonyawn, mab Dyvynwal Hen (Skene, II, p. 454). D'après une tradition qui paraît avoir été fort répandue, Elffin ab Gwyddno aurait été délivré de la prison où le tenait Maelgwn de Gwynedd, par le pouvoir de la poésie de Taliesin son barde {lolo mss., p. 71, 72, 73) : « Je saluerai mon roi... à la façon de Taliesin voulant délivrer Elfin , » dit Llywarch ab Lly welyn , poète de la fin du douzième siècle, s'adressant à Lly welyn ab lorwerth {Myv. arch. , p. 214, col. 2). Taliesin le dit en propres termes : « Je suis venu à Deganhwy pour discuter avec Maelgwn..., j'ai délivré mon maître en présence des nobles, Elphin le prince » (Skene, II, p. 154, 19). Dans un autre passage, il supplie Dieu de délivrer Elphin de l'exil, l'homme qui lui donnait vin, bière, hydromel et grands et beaux chevaux {Ibid., p. 164, 29; 165, 1-6; voir d'autres mentions d'Elphin, p. 137, 15; 131, 16; 216, 16). Le poète Phylip Prydydd (1200-1250), dans un poème contre les bardes de bas étage, dit qu'ils ont toujours été en lutte avec les vrais bardes , depuis la dispute d'Elffin avec Maelgwn {Myv. arch., p. 258, col. 2). Cette querelle est exposée dans la Hanes Taliesin donnée par lady Guest à la fin des Mabinogion. Maelgwn tenant cour à Deganhwy, les bardes se mirent à accabler le roi de louanges, à dire
A ce moment un homme fier, d'une grande beauté, au parler abondant, hardi, s'écria que c'était merveille qu'une aussi grande armée pût tenir en un endroit si resserré, mais qu'il était encore plus surpris de voir là, à cette heure, des gens qui avaient promis de se trouver à la bataille de Baddon (1) vers midi, pour combattre Osla Gyllellvawr. « Décide toi, » dit-il en finissant, « à te mettre en marche ou non; pour moi, je pars. » — « Tu as raison, » répondit Arthur; « partons tous ensemble. » « Iddawc , » dit Rhonabwy, « quel est l'homme qui vient de parler à Arthur avec une tique personne ne le surpassait en grandeur, en beauté, et, en particulier , que sa femme était la plus sage et la plus belle des femmes. Elphin, présent, soutint que sa femme à lui était aussi vertueuse que n'importe quelle femme du royaume, et son barde plus habile que tous ceux du roi. Le roi, furieux , le fait jeter en prison. Il envoie son fils Rhun pour séduire la femme d'Elphin , qui se joue de lui en se déguisant en servante, et en donnant une servante pour elle. Talicsin va à Deganhwy, et, par sa magie et ses vers, fait tomber les chaînes de son maître (A/ab. , III , p. 329 et suiv.). La vie de Taliesin a été reproduite sur des manuscrits du siècle dernier, mais elle paraît avoir été compilée au treizième ou quatorzième siècle; v. lolo mss., 71, 72. Elfin est la -forme galloise d'Alpin, nom gaélique d'Ecosse bien connu.
(1) La bataille du mont Badon fut livrée, d'après Bèdc, en 493. Ce fut pour les Bretons une victoire importante qui arrêta, pour quelque temps, les progrès des Saxons, et semble même leur avoir porté un coup terrible. Gildas met le Badonicus mous aux bouches de la Severn {De Excid., XXVI). Suivant les Annates Cambriae elle aurait eu lieu en 516, et Arthur y aurait porté, pendant trois jours et trois nuits, la croix sur ses épaules (Pétrie, Mon. hist. bril. , p. 8.30). On n'est pas d'accord sur l'emplacement de Badon,
298 LES MABINOGION.
berté si surprenante? » — ■ « Un homme qui a le droit de lui parler aussi hardiment qu'il le desire : Karadawc Vreichvras, fils de Llyr Marini 1 1 , le chef de ses conseillers et son cousin germain. » Iddawc prit alors Rhpnabwy en croupe, et toute cette grande armée, chaque division dans son ordre de bataille, se dirigea vers Kevyn Digoll (2).
(1) Caradawc Vreirhvras ou Caradawc aux gros bras, un des trois princes chevaliers de combat {Cadvarchawg) de la cour d'Arthur; les deux autres étaient Llyr Lluyddawg et Macl ab Menwaed d'Arllechwedd. Arthur chanta à leur honneur cet englyn : Voici mes trois chevaliers de combat : Mael le Long, L]3'r Lluyddawg (le chef d'armées) et la colonne de Cymru, Caradawg {Myv. arch., p. 403, 29). Son cheval s'appelait Lluagor {Livre Noir, Skene, 10, 14; Taliesin, ibid., p. 176, 5). Sa femme, Tegai Eurvronn, est une des trois femmes chastes de l'ile, et une des trois principales dames de la cour d'Arthur {Myv. arch., p. 410, 103, 108). Caradawc Vreichvras est devenu, dans les Romans de la Table Ronde, Karadoc Brief-bras ou aux bras courts, à la suite d'une mauvaise lecture (Paialin Paris, Les Romans de la Table Ronde, V, p. 209). Dans un acte concernant les reliques de la cathédrale de Vannes (XV" siècle, bibl. nat., fonds latin 9093), il est question des relations de saint Patern avec le roi Karadoc, cognomento Brech-bras. Caradawc, lui aussi, est la tige d'une famille de saints : Cawrdav, Cadvarch , Macthlu , Tangwn sont ses enfants {lolo mss., p. 123). Llyr Merini a pour femme Dj'vanwedd, fille d'Amlawdd Wledig , et devient père de Gwynn ab Nudd (un démon, v. Kulhwch), Caradawc Vreichvras, Gwallawc ab Lleenawc {lolo mss., p. 123). Sur ce nom curieux de Llyr Marini, v. Rhys, Lectures, p. 398.
(2) Cevn Digoll, appelé aussi, d'après lady Guest, Hir Vynydd ou la longue montagne, est situé à la frontière est du Montgomeryshire. A Cevn Digoll eut lieu une bataille entre Katwallawn et Etwin, chef des Saxons; la Severn en fut empestée depuis la source jusqu'à l'embouchure, d'oîi vint à Katwallawn le nom d'un
Quand ils furent au milieu du gué sur la Havren, IddaAYC fit faire volte-face à son cheval et Rhonabwy jeta les yeux sur la vallée du fleuve. Il aperçut deux armées se dirigeant lentement vers le gué. L'une avait l'aspect d'un blanc éclatant ; chacun des hommes portait un manteau de paile blanc avec une bordure toute noire ; l'extrémité des genoux et le sommet des jambes des chevaux étaient tout noirs, tout lé reste était d'un blanc pâle; les étendards étaient tout blancs mais le sommet en était noir. « Iddawc, » dit Rhonabwy, « quelle est cette armée d'un blanc éclatant là-bas? » — « Ce sont les hommes de Llychlyn Scandinavie] , et leur chef est March, fils de Meirchia^Yn (1); c'est un cousin ger-
des trois salisseurs delà Severn {Tria.dcs, Mijv. arch., p. 308, 1. 21). Ce Catwallawn est le fils de Cadvan, célébré dans un poème du Livre Rouge. « L'armée de Katwallawn le aiorieux campe sur les hauteurs de la montagne de Digoll : en sept mois, sept combats par jour » (Skene, Four anc. books, p. 277, v. 19). Ce Catwallawn paraît bien être l'allié du roi de Mercie Penda, le vainqueur d'Aedwin de Northumbrie, qui mit en péril la domination des Angles (v. Bède, Hist, eccl, II, 20). C'est encore à Cevn Digoll, dit lady Guest, que Madawc ab Llewelyn livra aux troupes d'Edward I" la dernière bataille pour l'indépendance Galloise. Henri VII y campa dans sa marche sur Bosworth.
(1) Il y a trois chefs de flotte de l'ile de Bretagne : Gereint, fils d'Erbin, March, fils de Meirchion, et Gwenwynwyn, fils de Nav {Triades Mab., p. 303, 1. 11). Sa tombe est mentionnée parmi celles des guerriers de l'île, avec celle de Gwythur et de Gwgawn Cleddyvrudd {Livre Noir, p. 32, v. 19). Sa femme est Essyllt , la maîtresse de son neveu Trystan ab Tallwch {Myv. arch. , p. 410, 103, 105). C'est le roi Marc de Cornouailles du roman français de Tristan et Iseult. Les noms de March et de Merchion (Marcia-
300 LES MABINOGION.
main d'Arthur. » L'autre armée qui venait après portait des vêtements tout noirs, mais la bordure des manteaux était toute blanche ; les chevaux étaient tout noirs, mais depuis la naissance de leurs jambes d'un côté, et de l'autre depuis les genoux jusqu'en bas ils étaient tout blancs; les étendards étaient tout noirs mais le sommet en était tout blanc. « Iddawc , » dit Rhonabwy, « quelle est cette armée toute noire là-bas? » — « Ce sont les hommes de Denmarc il); c'est Edern fils de Nudd qui est leur chef. » Quand ils rejoignirent l'armée, Arthur et ses guerriers de l'île des Forts étaient descendus plus bas que Kaer Vaddon. 11 semblait à Rhonabwy qu'il suivait, lui et IddaAvc, le même chemin qu'Arthur. Quand ils eurent mis pied à terre, il entendit un grand bruit et un grand mouvement dans les rangs de l'armée.
Les soldats qui se trouvaient sur les flancs passèrent au milieu, et ceux du milieu sur les flancs. Aussitôt il vit venir un chevalier recouvert d'une cotte de mailles, lui et son cheval; les anneaux en étaient aussi blancs que le plus blanc des lis , et les clous aussi rouges que le sang le plus rouge. Il chevauchait au milieu de l'armée. « Iddawc , »
nus) sont aussi des noms bretons-armoricains {Annales de Brel., 11, n» 3, p. 405, 40G).
(1) Les Danois étaient appelés par les Bretons, la nation noire : 853. Mon vastata est a gentilibus nigris ; Rfifi. Urbs Ebrauc vastata est, id est Cat Dub gint (le combat des nations noires), Annales Cambriae, ap. Pétrie, Mon. hist, brit., p. 835; cf. Dubgall, les étrangers noirs. Annales Ult., à l'année 866.
dit Rhonabwy, « est-ce que l'armée que j'ai là devant moi fuit? )) — « L'empereur Arthur n'a jamais fui ; si on avait entendu tes paroles, tu serais un homme mort. Ce chevalier que tu vois là-bas, c'est Kei ; c'est le plus beau cavalier de toute l'armée d'Arthur. Les hommes des ailes se précipitent vers le centre pour voir Kei, et ceux du milieu fuient vers les ailes pour ne pas être blessés par le cheval : voilà la cause de tout ce tumulte dans l'armée. »
A ce moment, ils entendirent appeler Kadwr (1), comte de Kernyw ; il arriva tenant en main l'épée d'Arthur, sur laquelle étaient gravés deux serpents d'or. Lorsqu'on tirait l'épée du fourreau, on voyait comme deux langues de feu sortir de la bouche des serpents; c'était si saisissant, qu'il était difficile à qui que ce fût de regarder l'épée. Alors l'armée ralentit son allure, et le tumulte s'apaisa. Le comte retourna à son pavillon. « Iddawc, » dit Rhonabwy, « quel est l'homme qui portait l'épée d'Arthur? » — « Kadwr, comte de Kernyw, l'homme qui a le privilège de revêtir au roi son armure les jours de combat et de bataille. »
Aussitôt après, ils entendirent appeler Eirin\sTrch Andieibyn (2) , serviteur d'Arthur, homme aux cheveux rouges , rude , à l'aspect désagréable , à la
(1) Kadwr avait élevé Gwcnhwyvar, femme d'Arthur {Bvul Tysilio, Myv. ardu, p. 404, col. 1). Il prend part aux expéditions d'Arthur (vieil armor. Cal-wr].
(2) V. le mabinogi d'Owcin et Lunct.
302 LES MABINOGION.
moustache rouge et aux poils hérissés. Il arriva monté sur un grand cheval rouge, dont la crinière retombait également des deux côtés du cou, et portant un grand et beau bât. Ce grand valet rouge descendit devant Arthur et tira des bagages une chaire en or, un manteau de paile quadrillée ; il étendit devant Arthur le manteau qui portait une pomme d'or rouge à chaque angle et dressa la chaire dessus : elle était assez grande pour que trois chevaliers revêtus de leur armure pussent s'y asseoir. Gwenn (Blanche) était le nom du manteau ; une de ses vertus , c'était que l'homme qui en était enveloppé pouvait voir tout le monde sans être vu de personne ; il ne gardait aucune couleur que la sienne propre. Arthur s'assit sur le manteau ; devant lui se tenait Owein , fils d'Uryen. « Owein, » dit Arthur, « veux-tu jouer aux échecs ? )) — « Volontiers , seigneur , » répondit Owein. Le valet rouge leur apporta les échecs : cavaliers d'or, échiquier d'argent. Ils commencèrent la partie.
Au moment où ils s'y intéressaient le plus, penchés sur l'échiquier, on vit sortir d'un pavillon Jjlanc, au sommet rouge, surmonté d'une image de serpent lout noir, aux yeux rouges empoisonnés, à la langue rouge-flamme, un jeune (îcuyer aux cheveux blonds frisés, aux yeux bleus, la barbe fraîchement rasée , tunique et surcot de paile jaune, guêtres de drap jaune-vert et brodei|iiins de cordwal tacheté, fermés au cou-de-pied
par des agrafes d'or. Il portait une épée à poignée d'or à trois tranchants ; le fourreau était de cordwal noir, et il avait, à son extrémité, un bouton de fln or rouge. Il se rendit à l'endroit où l'empereur Arthur et Owein étaient en train de jouer aux échecs, et adressa ses salutations à Owein. Celui-ci fut étonné que le page le saluât, lui, et ne saluât pas l'empereur Arthur. Arthur devina la pensée d'Owein et lui dit : « Ne t'étonne pas que ce soit toi que le page salue en ce moment; il m'a salué déjà, et d'ailleurs c'est à toi qu'il a affaire. » Le page dit alors à Owein : « Seigneur, est-ce avec ta permission que les petits serviteurs et les pages de l'empereur Arthur s'amusent à harceler , à molester et à fatiguer tes corbeaux ? Si ce n'est pas avec ta permission, fais à l'empereur Arthur les en empêcher. » — « Seigneur , » dit Owein , « tu entends ce que dit le page ; s'il te plaît , empêche-les de toucher à mes corbeaux. » — « Continue ta partie , » répondit Arthur. Le jeune homme retourna à son pavillon. Ils terminèrent la partie et en commencèrent une seconde.
Ils en étaient environ à la moitié, quand un jeune homme rouge aux cheveux bruns, frisant légèrement, aux grands yeux, bien fait, à la barbe rasée, sortit d'une tente toute jaune, surmontée d'une image de lion tout rouge. Il portait une robe de paile jaune descendant à la cheville et cousue de lîls de soie rouge ; ses deux bas étaient de fin bougran et ses brodequins de cor-
304 LES MABINOGION.
dioal noir, avec des fermoirs dorés. Il tenait à la main une grande et lourde épée à trois tranchants ; la gaine était de peau de daim rouge, avec un bouton d'or à l'extrémité. Il se rendit à Tendroit où Arthur et Owein étaient en train de jouer aux échecs, et salua Owein. Owein fut fâché que le salut s'adressât à lui seul ; mais Arthur ne s'en montra pas plus contrarié que la première fois. Le page dit à Owein : « Est-ce malgré toi que les pages de l'empereur Arthur sont en train de piquer tes corbeaux et même de les tuer ? Si c'est malgré toi, prie-le de les arrêter. » — « Seigneur, » dit Owein à Arthur, « s'il te plaît, arrête tes gens. » — « Continue ta partie, » répondit l'empereur. Le page s'en retourna au pavillon. Ils finirent cette partie et en commencèrent une autre.
Comme ils commençaient à mettre les pièces en mouvement, ils virent venir d'un pavillon jaune, tacheté, surmonté d'une image d'aigle en or, dont la tête était ornée d'une pierre précieuse , à quelque distance d'eux, un page à la forte chevelure blonde et frisée , belle et bien ordonnée , au manteau de paile vert, rattaché à l'épaule droite par une agrafe d'or, aussi épaisse que le doigt du milieu d'un guerrier, aux bas de fin Totness, aux souliers de cordwal tacheté, avec des boucles d'or. Il avait l'aspect noble, le visage blanc, les joues rouges, de grands yeux de faucon. Il tenait à la main une lance à la hampe jaune tachetée , au fer nouvellement aiguisé, surmontée d'un étendard bien en vue. Il se
dirigea d'un air irrité , furieux, d'un pas précipité , vers l'endroit où Arthur et Owein jouaient penchés sur leurs échecs. Ils virent bien qu'il était irrité. Il salua cependant Owein et lui dit que les principaux de ses corbeaux avaient été tués, et que les autres avaient été si blessés et si maltraités , que pas un seul ne pouvait soulever ses ailes de terre de plus d'une brasse. « Seigneur, w dit Owein , <f arrête tes gens. » — « Joue , si tu veux , )) répondit Arthur. Alors Owein dit au page : « Va vite, élève l'étendard au plus fort de la mêlée , et advienne ce que Dieu voudra. »
Le jeune homme se rendit aussitôt à l'endroit où les corbeaux subissaient l'attaque la plus rude et dressa en l'air l'étendard. Dès que l'étendard fut dressé, ils s'élevèrent en l'air irrités, pleins d'ardeur et d'enthousiasme, pour laisser le vent déployer leurs ailes et se remettre de leurs fatigues. Quand ils eurent retrouvé leur valeur naturelle et leur supériorité , ils s'abattirent d'un même élan sur les hommes qui venaient de leur causer colère, douleur et pertes. Aux uns ils arrachaient la tète, aux autres les yeux, à d'autres les oreilles, à certains les bras, et les enlevaient avec eux en l'air. L'air était tout bouleversé et par le battement d'ailes, les croassements des corbeaux exultant , et par les cris de douleur des hommes qu'ils mordaient, estropiaient ou tuaient. Le tumulte était si effrayant qu'Arthur et Owein, penchés sur l'échiquier, l'entendirent. En I. 20
306 LES MABINOGION.
levant les yeux, ils virent venir un chevalier monté sur un cheval d'un vert sombre ; le cheval était d'une couleur extraordinaire : il était vert sombre, mais il avait l'épaule droite toute rouge ; depuis la naissance des jambes jusqu'au milieu du sabot , il était tout jaune. Le cavalier et sa monture étaient couverts d'armes pesantes, étrangères. La couverture de son cheval , depuis la tète jusqu'à l'arçon de devant, était de cendal tout rouge, et, à partir de l'arçon de derrière jusqu'en bas , de cendal tout jaune. Le jeune homme avait à la hanche une épée à poignée d'or à un seul tranchant, dans un fourreau tout bleu, ayant à l'extrémité un bouton en laiton d'Espagne. Le ceinturon de l'èpée était en cuir de chevreau noir, avec des plaques dorées ; la boucle en était d'ivoire et la languette de la boucle toute noire. Son heaume d'or était rehaussé d'une pierre précieuse possédant une grande vertu , et surmonté d'une figure de léopard jaune rouge, dont les yeux étaient deux pierres rouges : même un guerrier, si ferme que fût son cœur^ aurait eu peur de fixer ce léopard, et, à plus forte raison , le chevalier. Il avait à la main une longue et lourde lance à la hampe verte , mais rouge à partir du son poing. Le chevalier se rendit à l'endroit où Arthur et Owein étaient en train de jouer, penchés sur les échecs. Ils reconnurent qu'il arrivait épuisé , hors de lui par la colère. Il salua Arthur et lui dit que les corbeaux d'Owein. étaient en train de tuer ses petits serviteurs et ses pages.
Arthur tourna les yeux vers Owein et lui dit : a Arrête tes corbeaux. » — « Seigneur, » répondit Owein, « continue ton jeu. w Et ils jouèrent. Le chevalier s'en retourna sur le théâtre de la lutte , sans qu'on tentât d'arrêter les corbeaux.
Arthur et Owein jouaient déjà depuis quelque temps, lorsqu'ils entendirent un grand tumulte : c'étaient les cris de détresse des hommes et les croassements des corbeaux enlevant sans peine les hommes en l'air, les écrasant et déchirant à coups de bec , ei les laissant tomber en morceaux sur le sol. En même temps, ils virent venir un chevalier monté sur un cheval blanc pâle , mais , à partir de l'épaule gauche , tout noir jusqu'au milieu du sabot. Cheval et cavalier étaient couverts d'une lourde et forte armure bleuâtre. La cotte d'armes était de paile jaune quadrillé, avec une bordure verte, tandis que la cotte de son cheval était toute noire, avec des bords tout jaunes. A sa hanche était fixée une longue et lourde épée à trois tranchants, dont le fourreau était de cuir rouge artistement découpé ; le ceinturon était de peau de cerf d'un rouge tout frais ; la boucle, d'os de cétacé , avec une languette toute noire. Sa tète était couverte d'un heaume doré, dans lequel était enchâssé un saphir aux propriétés merveilleuses ; il était surmonté d'une figure de lion jaune rouge, dont la langue rouge flamme sortait d'un pied hors de la bouche, dont les yeux étaient tout rouges et empoisonnés. Le chevalier s'avança, tenant
308 LES MABINOGION.
à la main une grosse lance à la hampe de frêne, au fer tout fraîchement ensanglanté , garni d'argent, et salua l'empereur. « Seigneur, » lui dit-il, « c'en est fait : tes pages et tes petits serviteurs, les fils des nobles de l'île de Bretagne sont tués ; c'est au point qu'il ne sera plus facile désormais de défendre cette île. » — « Owein , » dit Arthur, « arrête tes corbeaux (1). » — « Continue, seigneur, » répondit-il, « cette partie. » Ils terminèrent la partie et en commencèrent une autre.
Vers la fin de la partie, tout à coup ils entendirent un grand tumulte, les cris de détresse des gens armés, les croassements et les batternents d'ailes des corbeaux en l'air, et le bruit qu'ils faisaient en laissant retomber sur le sol les armures entières et les hommes et les chevaux en morceaux. Aussitôt ils virent accourir un chevalier monté sur un cheval noir, mais blanc par derrière, à la tête haute, dont le pied gauche était tout rouge, et le pied droit, de-
(1) Une allusion est faite aux corbeaux d'Owein à la fin du mabinogî d'Owein et Lunet. Les corbeaux d'Owein sont souvent mentionnés par les poètes, notamment par Bleddyn, poète du treizième siècle {Myv. arch,, p. 252, col. 1). Branhes ou la troupe des corbeaux est souvent associée à Bryneich (Bernicie) ; c'est peut-être un rapprochement amené par l'allitération {Myv. arch., p. 237, col. 1; 246, col. 2; 252, col. 2; 281, col. 2; 291 col. 1). Llewis Glyn Cothi en parle en termes très clairs : « Owein ab Urien a frappé les trois tours dans le vieux Cattraeth ; Arthur a craint, comme la flamme, Owein, ses corbeaux et sa lance aux couleurs variées » (p. 140, v. 49). Sur les corbeaux dans la mythologie celtique, voir Revue Celtique, I, p. 32-57.
puis le garrot jusqu'au milieu du sabot, tout blanc. Cheval et cavalier étaient couverts d'une armure jaune tachetée , bigarrée de laiton d'Espagne. La cotte d'armes qui le couvrait, lui et son cheval, était mi-partie blanche et noire, avec une bordure de pourpre dorée. Par-dessus la cotte se voyait une épée à poignée d'or , brillante , à trois tranchants ; le ceinturon, formé d'un tissu d'or jaune, avait une boucle toute noire en sourcils de morse , avec une languette d'or jaune. Son heaume étincelant, de laiton jaune, portait, enchâssée, une pierre de cristal transparent , et était surmonté d'une figure de griffon dont la tête était ornée d'une pierre aux propriétés merveilleuses. Il tenait à la main une lance à la hampe de frêne ronde, teinte en azur, au fer fraîchement ensanglanté. 11 se rendit , tout irrité, auprès d'Arthur, et lui dit que les corbeaux avaient massacré les gens de sa maison et les fils des nobles de l'Ile ; il lui demanda de faire à Owein arrêter ses corbeaux. Arthur pria Owein de les arrêter , et pressa dans sa main les cavaliers d'or de l'échiquier au point de les réduire tous en poudre. Owein ordonna à Gwers, fils de Reget, d'abaisser la bannière. Elle fut abaissée et aussitôt la paix fut rétablie partout.
Alors Rhonabwy demanda à Iddawc quels étaient les trois hommes qui étaient venus les premiers dire à Owein qu'on tuait ses corbeaux. « Ce sont, » répondit Iddawc, « des hommes qui étaient peines des pertes d'Owein, des chefs comme lui, et ses
310 LES MABINOGION.
compagnons : Selyv 1) , fils de Kynan Garwyn (2) de Powys , Gwgawn Gleddyvrudd (3) ; Gwres , fils de Reget, est celui qui porte la bannière les jours de combat et de bataille. — « Quels sont les trois qui sont venus en dernier lieu dire à Arthur que les corbeaux tuaient ses gens ?» — « Les hommes
(1) Selyv, fils de Kynan Garwyn est un des trois aerveddawc ou ceux qui se vengent du fond de leur tombe {Triades Mab. 304, 6). C'est probablement le même personnage que le Selim filius Cinan tué à la bataille de Chester, en 613 [Annales Cambriae, Pétrie, Mon, hist, brit., p. 832). Selim, Selyv vient de Salomo. Son cheval, Duhir Tervenhydd, est un des trois torn eddyslr ou chevaux de travail de l'île de Bretagne (Livre Noir , Skene, II, p. 172). Dans les triades du Livre Rouge annexées aux Mab. , son cheval Duhir Tynedic est un des trois premiers chevaux (Mab., 306, 24).
(2) Kynan Garwyn paraît être le fils de Brochvael Ysgithrog, qu'on identifie avec le Brocmail de Bède, défait en 613 par iEdilfrid, roi des Angles, près de Chester (Bède, Hist, eccl., II, 2). Un poème de Taliesin lui est consacré (Skene, II, p. 172).
(3) Gwgawn Gleddyvrudd, ou Gwgawn à l'épèe rouge, est un des trois esgemydd aereu ou bancs de bataille (v. la note à Morvran Eil Tegit, plus haut, dans le Mab. de Kulhwch). C'est un des trois portiers de la bataille des Vergers de Bangor (Gueith Perllan Bangor) avec Madawc ab Run et Gwiwawn, fils de Cyndyrwynn (Triades Mab., 304, 25-30; Skene, app. IL p. 458). Son cheval Bucheslom Seri est un des trois aiireithvarch ou chevaux de butin de l'île; les deux autres sont Carnavlawc, cheval d'Owein ab Uryen, et Tavautir Breichir, le cheval de Katwallawn ab Katvan (Livre Noir, Skene, II , 1-4; Triades Mab., 306, 30). Wocon, plus tard Gwogon et Gwgon, est un nom très commun en Armorique. La tombe de Gwgawn Gleddyvrudd est signalée parmi celles des guerriers de l'île (Livre Noir, Skene, p. 32, v. 20). C'est du même Gwgawn qu'il est probablement question dans le Gododin (Skene, II, p. 72, v. 26.)
les meilleurs et les plus braves, ceux qu'une perte quelconque d'Arthur indigne le plus : Blathaon, fils de Mwrheth, Ruvawn Pebyr, fils de Deorthach Wledic, et Hyveidd Unllenn. »
A ce moment vinrent vingt-quatre chevaliers de la part d'Osla Gyllellvawr demander à Arthur une trêve d'un mois et quinze jours. Arthur se leva et s'en alla tenir conseil. Il se rendit à peu de distance de là, à l'endroit où se tenait un grand homme brun aux cheveux frisés, et fit venir auprès de lui ses conseillers : Betwin l'évêque; Gwarthegyt, fils de Kàw ; March, fils de Meirchawn; Kradawc Vreichvras; Gwalchmei, fils de Gwyar; Edyrn, fils de Nudd; Ruvawn Pebyr, fils de Deorthach Wledic; Riogan, fils du roi d'Iwerddon; Gwenwynnwyn, fils de Nav; Howel, fils d'Emyr Llydaw; Gwilim, fils du roi de France; Danet, fils d'Oth; Goreu, fils de Custennin; Mabon, fils de Modron ; Peredur Paladyr Hir; Heneidwn Lien (Hyveidd unllen?); Tv^rch, fils de Perif ; Nerth, fils de Kadarn; Go. brwy, fils d'Echel Vorddwyt-Twll ; Gweir, fils de Gwestel; Adwy, fils de Gereint; Drystan , fils de Tallwch (1); Moryen Manawc (2); Granwen, fils de
(1) Drystan, fils de Tallwch : c'est un des trois ««'««"«^^f^ *i« rne, avec Gweir ab Gwystyl et Kei, fils de Kynyr (Triades Mab p 303, 5). C'est un des trois grands porchers de l'île : il garde les porcs de March ab Meirchiawn (le roi Marc de nos romans son oncle) pendant que le porcher se rend avec un message de m près d'Essyllt {ibid., p. 307, 15). C'est encore un des trois ^alolyda, maître es mécaniques : les deux autres sont : Greid.aw let Gwgon Gwron {ibid., p. 304, 24). Les trois amoureux de Uie
312 LES MABINOGION.
Llyr; Llacheu (1), fils d'Arthur; Llawvrodedd Varyvawc; Kadwr comte de Kernyw; Morvraii, fils de Tegit; Ryawd, fds de Morgant; Dyvyr, fils d'Alun Dyvet; Gwrliyr Gwalstot leithoedd ; Addaon, fils de- Telyessin ; Llara , fils de Kasnar Wledic ; Fflewddur Fflam; Greidyawl Galldovydd ; Gilbert, fds de Katgyfro; Menw, fils de Teirgwaedd; Gyrthmwl Wledic ; Kawrda (2), fils de Karadawc Vreiclivras ;
sont : Caswallawn ab Beli, amoureux de Pflur, fille de Mugiiach Gorr; Trystan ab Tallwch, amoureux d'Essyllt, femme de March ab Meirchiawn son oncle, et Kynon ab Klydno Eiddun, amoureux de Morvydd, fille d'Uryen. Il est à chaqac instant question de lui chez les poètes gallois {Myv. arch., p. 251, col. 1; 255, col. 1 (1250-1290); p. 306, col. 1; 329, col. 2; 339, col. 2 (quatorzième siècle); cf. Daf. ab Gwil, p. 216, 294). Sur le Tristan de nos romans français, v. Hist, lilt., XIX, 687-704; Gaston Paris, Hist, litt., XXX, 19-22). On trouve le nom de Drystan sous une forme du sixième siècle latinisée, au génitif Drus^ag-ni; cf. insula Trestan, près Douarnenez , d'après une charte de 1368 {Annales de Bretagne, II, n° 4, 568).
(2 de la page précédente) Moryen Manawc. La tombe d'un Moryen est signalée parmi celles de guerriers de l'île [Livre Noir, Skene, II, p. 28, v. 22). Le Gododin célèbre un Moryen , fils de Caradawc (Skene, II, p. 73, 29; cf. Livre Rouge; ibid., p. 232). Moryen Varvawc ou le Barbu est un des trois Estron Deyrn, ou rois fils d'étrangers, de l'île {Myv. arch., p. 405, col. 1) (le nom de Moryen, connu en vieil-arm., se retrouve dans Morgen-munuc, ce qui donnerait en gallois, au onzième siècle, Moryen-mynawc).
(1) « Il y a trois deivniawc (inventeurs ?) de l'île de Bretagne : Riwallawn Wallt Banhadlen (aux cheveux de genêt), Gwalchmei, fils de Gwyar, et Llacheu , fils d'Arthur {Triades Mab. , 302, 28). Il est présenté avec Kci comme un vaillant guerrier dans le Livre Noir (Skene, II, p. 52, 28).
(2) Les Triades du Livre Rouge le donnent comme un des trois
Gilclas, fils de Kaw ; Kaclyrieith, fils de Seidi. Beaucoup de guerriers de Llychlyn et de Denmarc , beaucoup d'hommes de Grèce , bon nombre de gens de l'armée prirent part aussi à ce conseil. « Iddawc, » dit Rhonabwy, « quel est l'homme brun auprès duquel on est allé tout à l'heure? » — « C'est Run (1), fils de Maelgwn de Gwynedd, dont le privilège est que chacun vienne tenir conseil avec lui. » — « Comment se fait-il qu'on ait admis un homme aussi jeune que Kadyrieith, fils de Saidi, dans un conseil d'hommes d'aussi haut rang que ceux-là là-bas? » — « Parce qu'il n'y a pas en Bretagne un homme dont l'avis ait plus de valeur
Kynweissyeit ou premiers serviteurs, ou ministres de Bretagne, avec Gvralchmei et Llacheu [Mab., p. 302, 1. 26); mais celles de Skene nomment avec Cawrdav, Caradawc, fils de Bran, etOwein, fils de Maxen Wledic (Skene, app. II, p. 458). Cawrdav, lui aussi, a été le père de plusieurs saints [lolo mss., p. 123). Il est cité dans les Propos des Sages {lolo mss., p. 253).
(1) Run est un des trois gwyndeyrn^ ou rois heureux ou bénis, avec Ovpein ab Uryen et Ruawn Pebyr {Mab., p. 300, 7). Les Lois font de lui l'auteur des quatorze privilèges des hommes d'Arvon. Il aurait marché à leur tète contre les envahisseurs bretons du nord de l'Angleterre , commandés par Clydno Eiddin, Nudd, fils de Senyllt, Mordav Hael, fils de Servari, Rhydderch Hael , fils de Tudwal Tudgiyd , venus pour venger la mort d'Elidyr. Cet Elidyr aurait épousé Eurgain , fille de Maelgwn, et aurait péri en revendiquant le trône de Gwynedd, d'après Aneurin Owen, contre Run, enfant illégitime de Maelgwn {Ancient laws, I, p. 104). Le Livre Rouge vante en lui le successeur de Maelgwn et un guerrier redoutable (Skene, p. 220, v. 10). Mailcun, le Maglocunus de Gildas, meurt, d'après les Aniiales Cambriae, en 547.
314 LES MABINOGION.
que le sien. » Juste à ce moment des bardes vinrent chanter pour Arthur. Il n'y eut personne, à l'exception de Kadyrieith, à y rien comprendre, sinon que c'était un chant à la louange d'Arthur. Sur ces entrefaites arrivèrent vingt-quatre ânes avec une charge d'or et d'argent, conduils chacun par un homme fatigué, apportant à Arthur le tribut des îles de la Grèce. Kadyrieith, fils Saidi fut d'avis qu'on accordât à Osla Gyllellvawr une trêve de un mois et quinze jours et qu'on donnât les ânes qui apportaient le tribut aux bardes, avec leur charge, comme payement de leur séjour; à la fin de la trêve, on leur payerait leurs chants. C'est à ce parti qu'on s'arrêta.
« Rhonabwy, » dit Iddawc , « n'aurait-il pas été fâcheux d'empêcher un jeune homme qui a donné un avis si généreux d'aller au conseil de son seigneur? » A ce moment Kei se leva et dit : « Que tous ceux qui veulent suivre Arthur, soient avec lui ce soir en Kernyw; que les autres soient contre lui, même pendant la trêve. » Il s'ensuivit un tel tumulte que Rhonabwy s'éveilla. Il se trouva sur la peau de veau jaune, après avoir dormi trois nuits et trois jours.
Cette histoire s'appelle Le [Songe de Rhonabioy. Voici pourquoi personne, barde ou conteur, ne sait le Songe sans livre : c'est à cause du nombre et de la variété des couleurs remarquables jdes chevaux, des armes et des objets d'équipements, des manteaux précieux et des pierres à propriété merveilleuse.
Notes critiques àPwyll, prince lie Dyvet.
Page 4 , ligne 2, trad. p. 29 : Arberth; lady Guest : Narberth ; V. note explicative à la page 1 de la traduction. — L. 7 ; Llwyn Diarwya\ lady Guest : Llwyn Diarwyd. — L. H : Dygyvor yr hela-, lady Guest : il commença la chasse; dygyvor a le sens propre de soulever, réunir en hâte et avec bruit, faire tumulte. — L. 20, trad. p. 30 : Hanbwyllaiu edrych ; lady Guest : sans s'arrêter à regarder ; hanbwyllaw ou ambwyllaw a le sens de réfléchir à, délibérer; cf. Owen et Lunet, p. 173, 1. 15; Myv. arch., p. 470, col. 1 : ac nit ambwyllwys Arthur ynay beri cladu i wyr.
Page 2 , 1.11, trad. p. 30 : Ac nys fuarchaf leg. ac nys kyfuarchaf; l'écriture fu pour v n'est pas rare dans les Mah., par ex. p. 3 , 1. 15 : pa gyfuarwyd. — L. 15 : annwybot; lady Guest : ignorance; c'est un des sens de ce mot; mais, dans les Mab., il a le sens opposé à gwybot, qui signifie proprement courtoisie , politesse {enseignement en t'r. au moyen Age) ; cf. Pwyll, p. 7, 1.25; Owen el Lunet, p. 164, 1. 11 ; Peredur ab
316 LES MAIJhNOGIOX.
Evrawc, p. 202, 1. 1 ; Gerainl ab Erbin, p. 259, 1. 26, p. 283, 1. 11. — L. 25, Irad. p. 31 : Yd henivyf o honei ; lady Guest : d'où je viens. Flanfod a le sens de sortir de ou do faire partie de; V. Ancient laws, I, p. 318, 388, 440; Myv. arch., p. 629, col. 1 ; Ystoriade Carolomayno, y Cymmrodor, éd. Powell, p. 19. — L. 28, au lieu de : dy gederennyd leg. dy gerennyd.
Page 3, 1. 8 et 9, trad. p. 32 : Y gyscu y gyt a thy beiinoeth (pour coucher avec loi chaque nuit); lady Guest, pour te tenir compagnie. — L. 21 : Beth a wnaf ym kyvoeth leg. am vyg kyvoeth (ym kyvoeth signifierait dans mes Etats). — L. 29 : Nyt oes yndi neb nyth adnappo ; lady Guest inexactement : il n'y a là personne qui te reconnaisse; pour la tournure neh nyth adnappo, cf. p. 24, 1. 1.
Page 4, 1. 5, Irad. p. 33 ; diarchenu répond à l'expression désarmer de nos romans de chevalerie; assez souvent dans les Mab. ce mot n'a que le sens d'enlever les vêlements de voyage ; le sens propre de diarchen, en gallois et en breton , c'est déchaussé, pieds nus. — Depuis la ligne 22 jusqu'à la ligne 30 de cette page, le texte gallois n'a pas été traduit par lady Guest (v. notre traduction, page 33-34, depuis : lorsque le moment du sommeil, jusqu'à : le lendemain, il n'y eut entre eux.
Page 5 , 1. 4, trad. p. 6 : Yr oet paraît de trop. — L. 17, trad. p. 34 : Hyt y vreich; lady Guest : de la longueur d'un bras; il s'agit du bras et de la lance de Pwyll , comme cela ressort d'autres passages. C'est une expression fréquente dans nos romans français de chevalerie. — L. 23 , au lieu de a wneuihun, leg. awneutlmn (gwnaethwn).
Page 6, 1. n, trad. p. 36 ; Kanys, je lis Kan nys. — Depuis la ligne 23 de la page 6 jusqu'à la ligne 20 de la page 7, le texte gallois n'a pas été traduit par lady Guest (voir notre traduction depuis : le roi se mit au lit, p. 36, jusqu'à : Pwyll, prince de Dyvet, p. 37).
Page 7, 1. 4, trad. p. 37 : Ys glut ; pour le sens de ce mot cf. Pwyll, Mab., p. 22, 1. 12; cf. Myv. anh., p. 60, col. 1 : Ae hymlit yn lut a wnaeth Grnffudd (Davies , glut, tenax, patiens). — L. 10, trad. p. 9; au lieu de Kadarn avngwr, je lis : Kadarnav un gwr.
Page 8,1. 3, trad. p. 38 : Je rallache ot givnn à ce qui suit ; lady Guest ne l'a pas traduit. — L. 29, tr. p. 39 : Ac yn dyvot... ; lady Guest le fait dépendre de ae gwelei , ce qui est grammaticalement impossible.
Page 9, 1. 2, Irad. p. 39 : Ynuud , leg. yn uuud = yn uvyd ; expression 1res fréquente pour inarquer l'ouéissance et l'empressement : Y deuth yn uuyd lawen {Bown o Hamtwn , 161, XLIV; cf. ibid., 182, LXV, 186, LXIX, 165, XLVJII.)
Page 10, 1. 12 , trad. p. 41 : No chyn bei ar y gam-, lady Guest inexactement : que quand il était au pas-, pour le sens de kyn, conjonction, dans les ilM., cf. p. 45, p. 214 , p. 207, p. 78, p. 169, p.- 10, p. 30, p. 220, p. 235, p. 238, etc.
Page 11, 1. 3 , trad. 41 : Ac yn vn vn gerdet , leg. ac yn yr vn gerdet.
Page 12,1. 15 , trad. p. 44 : Ar y gamiet; lady Guest traduit cent chevaliers, ce qui ferait cent un chevaliers avec Pwyll ; le texte dit qu'ils sont cent en le comptant; c'est une tournure fréquente dans nos romans français de la Table Ronde. — L. \1 : A llawen uuwyt wrthaw , mot à mot : et on fut joyeux vis-à-vis de lui ; l'expression llewenyd n'a guère dans les Mab., en pareille circonstance, que le sens de réception courtoise; cf. Math vab Mathonwy , p. 7't , I. 25. — L. 19 A holl tiaranned; lady Guest : toute la cour; baran a le sens propre de troupe , compagnie; cf. Myv. arch. , p. 190, col. 2 : Nam cithriad oHh faran; ibid., p. 160, col. 1 ; ibid., p. 276, col. 1.
Page 13, 1. 7, trad. p. 45 : kany bu atteb a rodassei; lady Guest a traduit à contresens : à cause de la réponse qu'il avait
318 LES MABINOGION.
donnée; kany a le sens négatif. — L. 8 : muscrellack; le mot n'est pas traduit en réalité par lady Guest. Davies le traduit avec raison par tardus , vjnavus ; il a aussi le sens de négligé , V. Peredur, p. 197, 1. 19.
Page 15, 1. 16, trad, p, .48 : .A geimat n'est pas traduit par lady Guest; ceimad ou ceimiad a , dans les diet., le sens de voyageur, pèlerin; il a aussi le sens de compagnon, champion; Kat heimyat , Myv. arch. . p. 284 , col. 1 ; ceimieid cammawn, ibid., p. 277, col. 2; cf. ibid., p. 214, col. 2; 293, col. 1. Compagnon, en vieux français, a aussi le sens de champion.
Page 16, I. 6, trad. p. 49 : dihenyd , lady Guest traduit par mort; le mot a, en effet, ce sens, mais il en a un plus général, celui de traitement cruel; ainsi Seint Greal, p. 316, 183, dihenydd se dit d'un homme qui a eu le bras coupé. — L. 27, trad. p. 50 : Y bawb or ath ovynno di; lady Guest inexactement : pour tout ce que tu demanderas, ce qui supposerait or a ovynni di.
Page 17, 1. 11, trad. p. 50 : dodi gostec\ lady Guest : faire silence; c'est bien le sens étymologique, mais, dans l'usage, ce mot signifie plus souvent laire silence et proclamer, et, en réalité, faire une proclamation ; cf. lolo mss., p. 50; Ancient laws, I, p. 36; Campeu Charlymaen , p. 3 : ^4 gostec du y dywat y brenhin wrllmnt... — L. 12 : dangos, je lis ymdangos; lady Guest a traduit cette phrase d'une façon vague et peu conforme au texte : il fit inviter les solliciteurs et les ménestrels à montrer et indiquer quels dons, leur agréaieîit.
Page 18, 1. 3, p. -51 : Ni a wdam na bydy gyvoet; lady Guest : nous savons que tu n'es pas aiissi jeune que.. . ; na bydy ne peut guère avoir ce sens non plus que kyvoei, qui signifie du même âge que... ; le texte semble altéré; je lis : a ny wdam ni na bydy gyvoet; cf. Branwen, p. 31 , I. 22 : 7iy umn na bo yno y kaffo ; Math , p. 62, I. 1 : n?/ wydyat na beynt ear ; Bown o Hamtivn , p. 187 , LXX ; ni wydwn i na bei die efwrthyfi. — L. 6, trad.
p. 52 : nyt byth y perhey; il faudrait peut-être ajouter ; yn ieuanc ; ce n'est cependant pas tout à fait indispensable. — L. 29, trad. p. 53 : ac ny byd; si on ne donne pas un tour interrogatif à cette phrase, il est difficile de tirer du texte un sens satisfaisant , à moins de le fausser comme l'a fait lady Guest : et seule elle ne pourra nous contredire toutes les s^x. Pour justifier cette traduction, il faudrait que ny = nw, particule verbale qu'on trouve quelquefois encore à l'époque des Mab.
Page 19, 1. 3 et 4, trad. p. 53 : Nyt oes ohonam ni... ; lady Guest : nous n'avons que; ohonam ne peut avoir ce sens; pour l'expression, cf. plus haut, p. 18, 1. 20, 21 : nyl oed dim ohonaw yno. — L. 10 : Dmv a wyr pop peth , a uiyr bot yn eu hynny ; lady Guest traduit : Dieu sait tout; elle ne traduit que la moitié de la phrase ; elle semble n'avoir pas compris yn eu (geu). — L. 15 : yn druan , lady Guest inexactement : rude, sévère.
Page 20, 1. 13, trad. p. 55 : llibin; lady Guest, simple : ce mol indique plutôt la nonchalance ; cf. p. 270. 1. 26.
Page 21, I. 9, trad. p. 56 : os mtjnny yr hwnn ny bu Ht eiryoet ; lady Guest : puisque tu n'en as jamais eu. — L. i8 : or bedyd a ivneit yna; lady Guest : et la cérémonie fut accomplie là; elle a traduit comme s'il y avait eu a'r beclyd, ce qui fausse le sens.
Page 22 , 1. 7 , trad. p. 57 : a chwedyl tvrlhaw paraît une faute du copiste et avoir été amené par chiredyl à la ligue plus bas. — L. 8 : chwedyldyaeth , il faut lire chwedybjaeth (cf. p. 230) ou chwedyl odyaeth. — L. 12 et 13, tr. p. 58; lady Guest, en dépit de la construction, rapporte hwynaw à Teirnon.
Page 23, 1. 11 , trad. p. 59 : bellach hynny leg. bellach a hynny. — L. 14 et 15 : aef ae mynno a été passé par lady Guest. — L. 1 8 el 1 9 : t/n dyvot o gylchaw Dyvel ; lady Guest : parce qu'il
320 LES MABINOGION.
venait des confins de Dyvet; inexact. Voir la note explicative dans la traduction.
P. 24, 1. 16 , n , trad. p. 61 : y wrek ae magwys; lady Guest : c'est ma femme qui l'a nourri, ce qui ne serait exact que s'il y avait : vyg givreic ; la construction est très régulière et ne demande aucun changement.
Notes critiques à Branwen, fille de Llyr.
Page 26, I. 5, Irad. p. 67 : (/ am hynny; lady Giiesl ; aussi; y am a plusieurs sens ; il a celui de en outre {Ancient laws, I, p. 70, Mab., p. il2, 1. 22, trad. p. 223), et souvent celui de en face, de Vautre côté de (Ancient laws, I, p. 10).
L. 6 : Penardim ; lady Guest : Penardun. — L. iO : gwas da oed, lady Guest, c'était un bon jeune homtne, de nature douce; ces derniers mots ne sont pas dans le texte. — L. M : ac yn eu nessau; lady Guesl : et ils approchaient; c'est le vent qui les rapprochait.
Page 28 , 1. 15, trad. p. 71 : ar nos honno y kyscwys , lady Guest ; et cette nuit Branwen devint sa femme ; lady Guest a partout remplacé : il coucha avec elle par ils se marièrent ou elle devint sa femme. — L. 17 : ar swydwyr a dechreuassant ymaruar am rannyat y meirch ar gweisson ; lady Guest : et les officiers commençaient à équiper et à ranger les chevaux et les valets; ymaruar, qui est pour ymarwar. semble devoir porter sur a'r gueisson : s'entendre avec les valets. — L. 19 : ympob kyveir hyt y mor ; lady Guest : ils les rangèrent en ordre jusqu^à la mer ; kyveir signifie direction, endroit. Cf. Peredur, p. 230. I. 29; 231 , 1. 4. — L. 29 , trad. p. 71 , gwan dan y meirch; gwan a le sens propre de percer, mais, au figuré, il signifie introduire , fourrer dans . s'introduire dans on sous : Mab. , p. 54 , I. 21
322 LES MABINOGION.
giuan dan y grofft: ibid. , p. 39; cf. lolo 7nss., p. 155. mi a ivanaf dan...\ Ancient Laws, I, p. AOA.
Page 29, 1. 1 : ar ny chaei graffar yr amranneu ; lady Guest, à contresens : et là où il pouvait saisir ; ar ny a le sens relatif et négatif à la fois ; v. Zeuss , Gr. celt. , S'^ éd., p. 392. — L. 29, Irad. p. 73 : yr neb a vedei y llys... na neb oe gyghor:, lady Guest : Ce n'était pas la volonté de ceux qui sont à la cour ni d'aucun du conseil; lady Guest n'a pas compris a vedei du verbe meddu, « posséder, » et l'a traduit comme vydei, « qui étaient. »
Page 30, 1. 7, trad. p. 73 : ac nys gadwn; lady Guest : ce que nous ne voulons pas accepter; gadwn ne peut être ici pour cadivn; de plus, ac ne peut être pour le relatif; ae a ici le sens de quoique, quand même; cf. Kulhwch et Olwen, p. 128, 1. 27; Gereint ab Erbin , p. 283, 1. 41. — L. 28, trad. p. 75 : ar vreint; lady Guest : d'après, suivant; ar vreint a le sens propre de en guise de, comme; cf. Mab.y 162, 1. 8.
P. 31, i. 2, Irad. p. 75 : gan Vatholwch, gan est de trop. — L. 22, 23 , trad. p. 76 : ac ny wnn ua bo y no y kaffb ; lady Guest : et je ne la donnerais à personne qu'à quelqu'^in de là-bas; son texte a pu l'induire en erreur : ac ny vun; elle semble avoir lu acny un, ce qui, d'ailleurs, ne serait pas plus correct. Kajfo est peut-être pour kaffodd ; ce kaffo peut cependant s'expliquer en proposition dépendante. — L. 25 : a chymideu Kymeinvoll y wreic. Je suppose que c'est un nom propre?
Page 32, 1.4, trad. p. 76 : auorlesl
Page 33, 1. 24, Irad. p. 78 : cadwedic; lady Guest : à garder; ce suffixe n'a pas cette valeur; pour ces participes prétérits passifs, V. Zeuss, Gr. celt.;\). 532.
Page 3'f, 1. 3, trad. p. 79 : ar som; lady Guest : pour le payement ; som = le gallois moderne siom, et signifie déception. — L. 19. Irad. p. 80 : a dwyn llythyr ; lady Guest inexacte-
ment : elle écrivit une lettre. — L. 23 : //n dudleu idaw; lady Guest : conférant là ; dadleu a souvent le sons de cour de justice, notamment en maint endroil des lois (V. Leges Wall. Wotton).
Page 35, 1. 6, trad. p. 82 : ac o achaws hijnny y dodet seiîh marchawr. ar y dref; lady Guest : et pour cette raison il y eut sept chevaliers placés dans la ville; traduction inacceptable : 0 achatvs ne s'explique pas ; de plus, dodi ar ne peut avoir ce sens; comme Lliwyd Ta remarqué, c'est une expression usuelle dans le sens de nommer, donner nn nom à ; cf. plus haut p, 31, 1. 19 : (/ dodet ar y kymwt hwnnw... Taleholyon. — L. 17, trad. p. 82 : « givedy hynny yd amylhawys y weilgi y teyrnassoed ; lady Guest : et les nations couvraient la mer; gwedy hynny n'est pas traduit ; de plus, amylhawys esl au parfait et n'a pas ce sens. — L. 19, trad. p. 83 : Ac a oed o gerd arwest ar y gevyn; lady Guest : et tout ce qu'il y avait de provisions sur son dos, cerdd arwest ne peut avoir que le sens de musique vocale ou de cordes, V. Silvan Evans Welsh diet.; v. la note explicative.
Pare 37, 1. 9. (rad. p. 85 : ony allafi, acatvyd\ lady Guest : ne pouîrai-je moi-même avoir le royaume? Ony n'a pas le sens interrogatii" et est en relation avec ac atvyd , auj. agadfydd , peut-être.
Page 38, 1. 23. trad. p. 87 : kytwyr; lady Guest le traduit comme katwyr: disgynnieit yn trin n'est pas clair comme expression, quoique chaque mot soit connu.
Page 39, 1. 1(i, trad. p. 88 : ymgyvoc? — L. 19 : gwern girngwch uiivcli Vordwyt tyllyon ; lady Guest : les taons de Morddwyt Tyllyon'!*
Page 6, I. 40, Irad. p. 89 : Glivieri; lady Guest : Gluneu. — L. 26, trad. [). 91 : a welei ohonunt, lady Guest : pour essayer de les découvrir; ce qui grammaticalement est peu vraisemblable; d'autre part, elle est dans l'ile des Forts.
Page 42, 1. 3. Irad. p. '.)4 : ac yr a glywys, leg. a glywyssynt;
324 LES MABINOGION.
0 vwiji est probablement de trop et a passé d'une autre ligne ici. — L. 8, trad. p. 94 : nac adnabot o un ar y gilyd; ludy Guest : aucun d'eux ne savait...; ar y gilyd n'est pas compris. — L. 27, trad. p. 95 : kany doei byth ; lady Guest : aucune invasion ne vint; il s'agit de l'avenir et de possibilité.
Notes critiques à Manawyddan, fils fle Llyr.
Page AA, 1. 9, trad. p. 98 : a chyn ywnel; pour le sens de cette expression cf. 1. 21 : a chynn enwedigaeth. — L. 41 : lledyf; lady Guest : dismherited. — L. 21, trad. p. 99 : a chyn enwedigaelh; lady Guest : puisque l'héritage... cyn n'a pas ce sens; cf. plus haut, 1. 9; avec un verbe, eyn a le sens de quoique, quand même {Ancient laws^ I, p. 22; Mab., p. 214,4, etc.), et aussi de avant de {kyn ^= kynt) : Bown o Hamtwn : Kyn yn mynet al Sabaot... ni a awn (153, XXXVI).
Page 45, \. 9 : yny dewred; iady Guest traduit avec raison par : dans la fleur de l'âge, quoique le sens ordinaire soit : vaillance. Pour le sens du mot dans ce passage, cf. Livre Aoir, Skene, p. 14, 23. — Ibid., trad. p. 99 : delediwach; je traduis plus parfaite (en beauté). Ce mol revient souvent avec le sens de beauté accomplie. Son sens est précisé dans les lois : ar or beu vyt ae welet yn yach telediw (complètement réiabli, en parlant d'un animal blessé), Ane. laws, I, p. 1 10; ibid., II, 80, glosé par inteyer; cf. mi a delediivaf dy ianm, Mab., p. 31,1. 9. Son sens propre est doi;c entier, à qui il ne manque rien. — L. 2b : y hyscwyt (leg. Lyscwys) genthi ; lady Guest : elle devint .w femme (il coucha avec elle).
Page 46, 1. 9, Irad. p. 100 : a dirvawr a vu, leg. a dirvawr lewenyd a vu. - L. H, Irad. p. 101 : twryf, proprement bruit.
326 LES MABIiNOGION.
mais paraît usité ici dans le sens de tonnerre. — L. 21 : ypreideu : preidd a le sens ordinaire de hiitin , mais aussi celui de troupeaux. V, Ancient laws^ I, p. 794; dans ce dernier sens, on peut comparer le mol de l'ancien français proie, bétail.
Page 47, 1. 4 : y edrijch a ivehjnt ae tij ae gijvanhed ; le texte de lady Guest ne porte pas edrijch a velynt, mots qui ont d'ailleurs été suppléés par les nouveaux éditeurs, d'après le Livre Blanc; aussi traduit-elle inexactement : ils visitèrent les maisons. — L. 9, trad, p. 101 : diffygyaw a vmaethant; lady Guest : ils commencèrent à se fatiguer; diffygyaw, du latin deflcio, indique le manque de. — L. 14, trad. p. 102 : corfeu; lady Guest : housses; ce sont les arçons : cf. Mab., p. 290, I. 15; Bown 0 Hamtwn, p. 175, LXIII ; cf. le dictionnaire de Salesbiiry : corof^ saddlebow (par erreur, saddle-howle). — L. 15 : calch lasar, émail bleu ; cf. Ancient laws, I, p. 22; II, p. 805.
Page 48, 1. 11, trad. p. 103 : yny dygwydawd yw kytdrefwyr racddunt ; lady Guest : (les ouv7'iers) qui se réunirent en hâte et leurs concitoyens avec eux; c'est un contre sens d'un bout à l'autre : dygwyddaw a le sens propre de tomber, échouer; Ancient laws, I, p. 120 : nini a deuedun dikuteu hunu; Bown o Hamtwn : a gwedy dygwyddaw y march ynteu a gyfuodes (p. 183, LXVII).
Page 49, 1. 12, 13, trad. p. 104 : nyt ymladdwn ac wynt; lady Guest : nous ne les tuerons pas; ymladd ac n'a que le sens de : se battre avec. — I. 23, trad. p. 105 : a cheginwrych mawr gantunt; aucun dictionnaire ne donne ceginwryvh. On peut se demander s'il ne faudrait pas lire cevmwrych pour cevnwrych, le dos hérissé. Gwrych entre en composition avec d'autres mots : asgellwrych, Mab. , p. 156 , paraît bien avoir le sens de battement, soulèvement des ailes; cf. gordduwrych, p. 78, 29. Gwrych a habituellement le sens de crins, soies; cegin pourrait bien être le mot cegin, geai, ou dériver de la même racine (Mo mss.^
p. 261); arm. id. : ceginwrych , le poil hérissé à la façon des geais? On apjjelle couramment en Bretagne les gens maussades, pen kegin, tète de geai.
Page 50, -1. 27, Irad. p. 106 : a divyn i/ lewenyâ y gantaw hyt na allei dyivednt un geir ; il est clair qu'il faut lire leveryd, « voix , » au lieu de lewenyd , « parole. » Ce qu'il y a de plus curieux , c'est que lady Guest a , dans son texte , leiieryd , et qu'elle a traduit par joie. Lleferydd est un mot bien connu, même des dictionnaires usuels [d. lleveryd, lolo jnss., p. 180, dans le sens de voix). Cf. le passage correspondant, p. 51 , 1. 14.
Page 52, 1. 13, trad. p. 108 : yny oed over a manireith holl ■grydyon ; je lis : over a man weith... ; lady Guest inexactement : au point que les cordonniers étaient inoccupés et sans oiivrage. — L, 28 , trad. p. 109 : ryuoriaw ; lady Guest : préparer certain terrain; ryvoriaiu, dans les dictionnaires, a le sens de faire des efforts, se démener pour.
Page 54, 1. 2, trad. p. 110 : llygodet, prob. llygodyn{\e scribe a eu Uygoden devant les yeux, probablement). — L. 6 et 7 , trad. p. 110 : val y tebygei na allei un pedestric ; lady Guest : elle allait si vite qu'un homme à pied aurait pu à peine l'attein^ dre\ contresens évident. — L. 27, trad. p. HI : hei gwypwn ninheu, leg. bei gwypwn inheu.
Page 56, 1. 2, Irad. p. 113 : apha ryw... ydwyt yn y wneuthur, leg. apha ryw weith; cf. p. 55, 1. 15; 5!J, I. 20.
Page 57, 1. 10. trad. p. 1 1 4 : a pha ny bei hynny, nys dillynghwn ; lady Guest met ces paroles dans la bouche de Manawyddan, et traduit : quand même cela serait, je ne la relâcherais pas. 11 faut lire : a phan ny bei ; cf. pan ny bai ynom, byddem ddiwael « nisi quia dominus erat in nobis... » {-^lyv. arch., p. 373, col. 2, Office de la Vierge, en gallois, par Davydd ddu 0 Hiraddug).
Notes critiques à Matli, îils ûe Matlionwy.
Page 59, 1. 18, Irad. p. 120 : ansawd ; lady Guest : humeur ; ansawdd indique, en effet, l'état, la situation, mais paraît plutôt s'appliquer ici comme en maint endroit des Mah. à l'extérieur.
Page 60, 1. 12, trad. p. 122 : nyt o hynny y goruydir^ lady Guest ; ce n'est pas ainsi que tu réussiras ; elle traduit comme s'il y avait gorvydi. — L. 13 : Kany ellir heb hynny; lady Guest : si cela ne se peut autrement; kany, kanyt a le sens de puisque ne (Ancient laws, I, p. 229). — L. 20, trad. p. 122 : bychein ynt ivynteu; lady Guest met ces mots dans la bouche de Math, ce qui est peu probable. — L. 23, 24, trad. p. 123 : ac ettiva yd ys yn kadw or eniv... hwnnw hanner hwch, hanner hob; lady Guest : et ils gardent encore ce nom, moitié truie, moitié cochon. Le mot enw est peut-être incomplet; v. note explicative. — L. 27, trad. p. 122 : nyt drwc vyn trawsgwyd; lady Guest : mon voyage ne sera pas mauvais ; lady Guest a confondu ce mot avec traivsglwydd qui signifie convoi , transport (v. Gereint ah Erbin, p. 251, I. 18, note critique); ce mot se retrouve p. 61, 1. 26 : pa drawsgvydd y keir ynteu? Il semble avoir le sens de ruse, artifice.
Page 01, 1. 5, trad. p. 123 : gwyreeinc. Le singulier se retrouve p. 72 . 1. 26 : // (jwraync hwnnw en parlant de LIew.
La forme ordinaire du singulier est ijwreang. Le mot indique, en loul cas, un homme de condition libre. Il a même le sens de gentilhomme. C'est ainsi que dans le Seint Greal , Gwalchmei qualifie de unbenn (p. 90, 36) quelqu'un qui a été au même endroit qualifié àe gnreang (cf. Seint Greal, p. 419, 48; 265, 142 ; 367 , 215). Il semble nécessaire de distinguer givreang de gwreng ; gureng a bien le sens que les dictionnaires attribuent exactement à gwreang , celui de yeoman, de bourgeois, ou, en tout cas, d'homme non noble : sef gwijr gwreng oeddynt o feibion eillion and cystal eu gair au cynhedfau val nas gweddai amgen na llys Arthur iddynt (Myv. arch. , p. 410, 20). — L. 14, Irad. p. 124 : tavawt llawnda, peut-être iawnda.
Page 62, 1. 30, trad. p. 127 : hedernit Gwynedd; cf. pour kedernit, kedernit y darian, p. 254, 1. 28.
Page 63, 1. 17, trad. p. 128 : ac y gwelei (leg. gn'cly) Vath vab Mathonwy dodi Gilvaethwy a Goewin y gyt gyscu ; lady Guest : et Gilwaethwy prit possession de la couche de Math , fils de Mathonwy. — L. 19 : a chyscu genti oe hanvod y nos honno ; lady Guest : il força Goewin à rester!
Page 64, I. 19, trad. p. 130 : ce minneu vy hun yn kael ymlad a phryderi (lorsque je puis...); lady Guest : si on me permet de combattre avec Pryderi...\ ce passage est lié par lariy Guest à ce qui suit . tandis que la construction le rattache à ce qui précède. — L. 2() : Gwydyon a Phryderi a las, lisez : Gicydyon a orvu a Phryderi a las. — L. 28 : argan\ les dictionnaires ne donnent pas ce mot.
Page 65, I. 19, trad. p. 131 : a chyscu a wnaethpti'yi genhyf ii été supprimé par lady Guest.
Page 66, I, 29, trad. p. 133 : ac ych etived gyt a chiri. supprimé par lady Guest.
Page 67, 1. 4, trad. p. 133 : a rhryn llwdyn ; !e terme cryn, armor, crenn, indique un animal d'âge et de grandeur moyenne
. 330 LES MABINOGION.
(arm. krenn-baotr, adolescent, jeune garçon). — L. 47, trad, p. 134 : criibothon; le premier composant ne paraît pas sûr; mais pothon est connu. — L. 26, 27 , Irad. p. 90 : enneint; V. Kulhwcli et Olwen, notes critiques à la page 141 , 1. 21.
Page 69, 1. 24, 25,26, Irad. p. 92 : a thitheu i/r kwnn yd wyt ti ac ae var arnat am nath elwir yn vorwyn, iiylh elwir byth...; lady Guest : ce qui t'afflige, c'est qu'on ne t'appelle plus une demoiselle-, la phrase est tronquée; le texte de lady Guest ne porte pas, en effet, les mots : nyth elwir bellach byth ynvorwyn.
Page 70, 1. 1, trad. p. 93 : au lieu de gwynnon, leg. gwymon, cf. p. 71, 1. 7.
Page 71 , 1. 4 , trad. p. 138 : ys llaw gyffes; cf. bum kyffes (Skene, I, p. 259, v. 7); cf. Bown a Hamtim, 150, XXXII : ac yna oe ffonn y kyffessu yny aeth y hymennyd oc eu penneu ; c( et alors il les frappa de son bâton, de telle façon que la cervelle jaillit de leurs têtes. » — L. 19, 20, trad. p. 140 : dihirwch de dihir ou dyhir. Owen Pughe le traduit par vil; il a, dans les Mab., le sens de pénible, humiliant; cf. p. 264, 1. 26.
Page 72, 1. 10 , trad. p. 141 : geniweir: Ed. Lhwyd traduit cynniveir par cruising 1 Geniweir pourrait difficilement ici être corrigé en gynniver.
Page 73, 1. 6, trad. p. 142 : tororri, leg. torri. — L. 19 : ynteu yna... ; lady Guest met cette phrase dans la bouche de Math; il y eût eu, dans ce cas, autre chose à la place de yna. par exemple weithon. — L. 24, trad, p. 143 : or bedyd a wneynt yna, passé par lady Guest. — L. 27, 28 : goreu y was ieuanc; lady Guest : je donnerai an jeune homme; comme s'il y avait : mi a rodafi'r gwas ieuanc ou goreu ir gwas.
Page 74, I. 12, Irad. p. 144 : avant Gronw Pehyr il manque, peut-être, niver.
Page 75, 1. 4, trad. p. 145 : ac ny bu ohir y ymgael ohonunt nyt amgen nor nos honno ; lady Guest a dénaturé tout ce pas-
sage : et une soirée avait suffi pour le faire naître (leur amour) ; de même , 1. 5 et 6 : or nos honno kyscu y gyt a wnaethant; iady Guest : et cette soirée ils la passèrent dans la compagnie l'un de Vautre (ils couchèrent ensemble).
Page 76, 1. 4, trad. p. 146 : heb o ergyt ; lady Guest : excepté par une blessure . contresens évident ; il faut lire ici : heb ef, 0 ergyt, ou supprimer heb. — L. 16, trad. p. 147 : a medrei, leg. am medrei. L. 22 : arglwyd hi, leg. arglwyd, heb hi.
Page 77, 1. 19, trad. p. 148 : arnos honno kyscu y gyt, supprimé par lady Guest.
Page 78. I. 1, Irad. p. 148 : eillt; Iady Guest : vassal; ce mot signifie proprement serf, ou indique un homme ayant une tenure servile (v. Ancient laws, passim. Aneurin Owen a eu le tort, souvent, de le traduire par étranger). — L. 30, trad, p. 150 : ony dywetaf i eu ovlodeu llew pan yw hynn; lady Guesl : ne dirai-je pas à ses blessures que c'est Llew ; eu est évidemment ici, et régulièrement, [tour g eu, dépendant àe dywetaf. Ovlodeu paraît devoir être rapproché de oflydu , « se décomposer; » ou faut-il lire icledeu? le sens de gorduwrych ne me paraît pas certain ; lenn semble pour glynn , lynn étant du féminin ; pour wrych en composition, v. notes critiques à la page 49, 1. 23.
Page 79, I. 4 : nys mw y tawd? leg. nys mwy y tawd? — L. 7 : ony dywetaf ef dydaw llew y m harffet, leg. ony dywetaf eu (geu) , ef dydaw llew ym harffet; il manque en effet un pied. Pour eu (geu), cf. p. 78, I. 30; Iady Giiesl : ne le dirai-je pas? Lady Guest traduit ym ywet comme s'il y avait wedd , ce qui est impossible de toutes façons : beau et majestueux est son aspect.
Page 80, I, 18 , trad. p. 152 : dir yw ymi wneuthur hynny ; Iady Guest prend cette phrase dans le sens interrogatif, ce qui ne parait pas correct.
Notes critiques au Songe de Maxen.
Page 82, 1. 2, Irad. p. 156 : a yoreu a wedei ; lady Giie^l n'a pas traduit gwedei, et semble, comme en d'autres passages, avoir lu vijdei (était) : c'était le plus sage empereur qui eût été. — L. 11 et 12, trad. p. 157 : ijn gijhyt a htjnnij... ; lady Guest ; ce n'était pas pour le plaisir de la chasse que l'empereur allait avec eux^ mais poiir faire comme ces rois\ il y a là plusieurs contresens : yn gghijt, « aussi longtemps, aussi loin que, » a été confondu avec y gyt , « avec ; » yn gyvurdd givr ac y bei arghvydd ar y sawl vrenhinedd n'est pas compris. — L. 16 : kastellu eu taryaneu, leg. sevyll a chastellu eu taryaneu.
Page 83, I. 5, trad. p. 158 : ac yr mor rytieu ar yravonydd ; le sens de rnor rytyeu ne me paraît pas clair ici, non plus que celui de ar yr avonydd; cf. p. 87, 1. 2. — L. 21, trad. p. 159 : amdyfrwys est traduit, par lady Guest, par abrupte ; v. Silvan Evans, Welsh Diet.
Page 84-, I. 5 : lleithic ; lady Guest : siège. Lleithic vient du latin lectica ; lleithic paraît correspondre au mot couche de nos Romans français de la Table Ronde : couche y a le sens de divan, canope (Paulin Paris, IV, app.). — L. 9, trad. p. 159 : mawrweithau'c , leg. mawr weir thaw c , cf. Campeu Charlymaeny éd. Williams, London, 187 4, p. 1, 1. 4 : j/ gwiscoed mawrweirthawc; cf. Mab., p. 156, 1. 19, 20.
Page 85, 1. 8, trad. p. 161 : hoedel nac einyoes,]^ traduis par vie ni repos pour rendre la pensée de l'auteur par un idiotisme équivalent . car le mot-à-mol serait vie ni existence. — L. 10 : Kygivn (pour kynghivn) na mynnwes vn ewin, n'est pas traduit par lady Guest. — L. 22, trad. p. 462 : ny handei dim amdanei; lady Guest : il ne voyait pas trace d'elle ; lady Guest a confondu canfod et hanfod; pour le sens de hanfod, v. Mab., p. 71, 178.
Page 88, I. 18 , trad. p. 166 : ac y gyrrwys ar vor ivynt ; lady Guest : et il les poussa à la mer ; il y eût eu, dans ce cas, gyrru y'r mor ou hyt y'r mor. Il est probable que cela signifie : il les fit aller par mer ou sur mer. — L. 25 : Kadeir o ascwrn, il faut ajouter oliphant; cf. p. 84, I. 14.
Page 89, 1. 7, trad. p. 167 : egweryt,']e lis y gweryt.
Page 90, I. 23, trad. p. 170 : hyt 7ios[ pour ce sens, cf. Bown 0 Hamtwn, 132, xv ; 152, xxxiv. — L. 30 : yn yttoedynt yn vrwyskeit ; lady Guest : jusqu'à ce qu'ils furent fortifiés ; elle semble avoir confondu ce mot avec vraisc , « fort , gros , biei; développé. » Il est fort possible que yvet a wnaethant soit transposé et doive venir après y hairp vwytta.
Page 92, 1. 7. trad. p. 172 : y gelwit givyr Llydaw Brytaen. C'est un souvenir de Nennius : après avoir raconté la fable des Bretons coupant la langue des femmes d'Armurique, l'auteur de VHistoria Brittomim ajoute : « unde et nos illos vocamus in nostra lingua Letewicion id est a semi-tacentes, » quoniam confuse loquuntur » (Nennius, xxiii ; pour le mot Llydaw, v. J. Lolli , De vocis Aremoricae forma atqiie signifia catione, Paris, Picard, 1884 : Nennius lire Leteivicion (Armoricains), dérivé de Lytaw (Armoriquo). de let, h moitié, et tewicion, se taisant). Pour que le passage fût en rapport avec le contexte . il faudrait : y gehvit givyr Brytaen Llydaw. Le passage suivant n'est pas clair. Si on po ivait attribuer à ieith
334 LES MABINOItION.
le sens d'appellation, toute difficulté disparaîtrait : « cette dénominatio,. de Llydaw a été alors apportée fiéquemment de l'île de Bretagne, et elle est encore en usage aujourd'hui;' «
Kotes critipes à Lliidd et Llevelys.
Page 95, I. 1 , trad. p. 176 : ar dwy ormes, je supplée avec le Brul Tijsilio {Myv. arch. , p. U8, col. 2) : ac tellij amliuc oed ijr ormes ^jijntav, ar dwy ereilL... — L. 18, trad. p. 177 : kany wydyat . peut-être kanys gwydyat ; kany ivydyat semble, en eflet, en opposition avec un passage suivant, I. 27.
Page 9(5. I. 22-23, trad. p. 178 : nat eiddigaiiei ; Owen Pughe , d'après Ed. Lliwyd , donne eiddiganu. La forme eiddigavei est correcte; cf. Livre Rouge., Four anvÀeni books of Wales, Skene, II, p. 286, v. 22, 23 :
y mynyd Injt atvo iich,
nyt eidigafaf y divyn vymoiich
{Myv., p. 496 col. 2); cf. Taliessin, ibid., p. 460, 1. 2. — L. '•2ij : heb y dyt, leg. heb ef.
Page 97, 1. 17, trad. p. 180 : a hwnnw tew yw y hut ac letu-
rith a beir ; je lis : a hwnnw trwy y hut ae leturith a beir
(Brut Gr. ab Arth. : trwy y hud, Myv. arch., p. 496, col. 2).
Page 98, 1. 13, trad. p. 181 : Trydyd crynweissat , voir la note 2 dans la traduction; crynweissat doit être corrigé en cynweissat ; v. Triades Mab. , 302 , I. 25 ; Skene, Four ancirnt books, II, p. 458, et l'explication de ce terme, Myv. arch., p. 405. col. 1, 41 ; cf. 35. I. 12; le mot paraît signifier yiropremenl : le premier des serviteurs ou le maître des serviteurs,
LES MAIilNOGIO.N,
le imnislre. — L. -23, liad p. 182 : darpar: lady Guesl a IraduiL avecruisoi), par dessein. Pour ce sens, d'ailleurs rare, cf. darpar yw gennyfi mynci.. . , Campeu Charl. , p. 5.
Kotes critipes à RiiMch et Olwen.
Page 1 10, 1. 2, Irad. p. 185 : Kijnmwyt est traduit par Lhwyd (Arch. B7'it.) par aussi ample, aussi considérable que. Ce mot paraît être le mèine que kummwyt : caethfarch y'wr accw a weli a gwynfyd pa un a chicennychi gymmwyd ; « c'est un cheval esclave que celui que tu vois là-bas, et dont tu désires partager le bonheur» (lolo mss., p. 175). — L. 4, trad. p. 186, malkawn est traduit par Lhwyd par Maelgwn, ce qui est phonétiquement impossible; le texte paraît ici altéré; peut-êlre faut-il lii'e mal iawn ettived a geffynt (cf. Brut Tysilio, Myv. arch., 2^ éd., p. '454', col. 1 : 0 eissiau iaum ettifed). — L. 8, je lis : sef y dyvu myn yd oed meichat; lady Guest a vu dans mynyd le mot montagne; dans ce cas il y aurait eu, probablement, une préposition après dyvu, et après cadw ou voch un pronom exprimant la relation (cf. 1. H . pan dyvu y'r llys). — L. 13 : retkyrr est traduit par Owen Pughe par groin en saillie; Ed. Lhwyd lui donne le sens de toit à porcs. Le sens paraît être fcawg'e d'après le Livre Noir i Skene, Four ancient books of Wales, H, p. 21, vers 0) : na chlat dy redcir ym pen minit , « ne creuse pas ta bauge au sommet de la montagne; » ibid., p. 25, v. 21 : na chlat de redkir. — L. 19, trad. p. 188 : rec dovyd; lady Guest traduit avec Owen Pughe par présent de Dieu ; d'autres par înalédiction de Dieu; le mol est le même que recovydd « maître I. 22
338 LES MABJiNOGION.
des dons, » sans, d'ailleurs, que l'on doive conclure à une faute du scribe, dovydd pouvant avoir le sens à'ovydd dans ces composés; pour reg-ovijdd [recouit), voir Myv. arch., 2'^ éd., p. 239, col. 2; p. 159, col. 2; p. 227, col. 1; p. 23i, col. 1; p. 481, col. 2; pour d'autres composés avec ovydd, v. ibid., p. 179, col, 2; p. 249, col. 1; p. 162, col. 2; p. 148, col. 1; p. 208, col. 2; 212, col. 2; Livre Noir, 11, p. 31, vers 54; pour llygru dans notre sens, v. Ancient Imvs, I, p. 120, p. 152, p. 292, etc. , Mabinog., p. 37 ; iveithon et hagen ne s'expliquent pas bien, non plus, si on n'adopte mon interprétation; le contexte la justifie également. — L. 22, tout ce passage a été mal traduit par lady Guest, par suite d'une omission dans son texte gallois; il ne porte pas : galw y hathraiv a oriic hitheu, « elle appela son précepteur. »
Page 100, 1. 11, trad. p. 189 : mi a ivydwn wreicka da..., je lis : mi a luydwn wreick a da... — L. 23, lady Guest traduit kajjel etived ohonat H yr nas kaffo o avail par : « avoir un héritier de toi et d'aucune autre, » ce qui est en opposition avec le contexte; de plus yr nas kaffo signifie proprement : quand même il n'en aurait pas eu d'une autre ; kaffo est aussi bien un subjonctif parfait qu'un subjonctif présent (Rees , Lives of the cambro-british saints, p. 17 : Kyn ny lado cledyf en gelynyon wyni eissoes ny chollasant wy palm y biiddugoliaeth , « quoique l'épée de leurs ennemis ne les eussent pas tués »). Pour yr , cf. Mab., p. 3, 19, 121, etc.
Page 102, I. 2, trad p. 190 : cyfladd, « s'entre-choquer ; » cf. Mab., p. 85 , 1. 5 : fl pheleidyr y giraewar yn kyflad , « et les hampes des lances s'entre-choquant; » lady Guest a suivi la traduction vulgaire des dictionnaires, cyjladd, « être adapté à; » sens qu'on trouve (lolo mss. , p. 163 ; cf. Davies , Diet.), mais qui ne paraît pas exact ici. — L. 6 : au lieu de liuy , je lis limy ; lady Guest traduit par : qu'est-ce qui t'a saisi; lliwaw
a le sens de changer de couleur, et non pas seulement de rougir; (Lhwyd, Arch. Brit. : lliwaw, changer de couleur et pâlir). — L, 1 1 : diwijn; lady Guest : couper; paraît avoir le sens propre de reparer, amender, compenser, d'après les lois (Ancient laws, I, p. 252, 262, 326, etc.). — L. 16, trad. p. 191 : gleif n'est pas traduit par lady Guest; gleif avait proprement le sens d'épée recourbée ; les dictionnaires lui donnent même le sens de serpe; pour les épées à lame courbe chez les Celtes, V. O'Curry, On the manners, II, p. 240 et suiv.; pentirec est traduit par lady Guest par à pointe d'acier, ce qui est phonétiquement impossible; tir n'a pas seulement le sens de terre, c'est aussi le monticule formé par la terre entre deux sillons. Le texte , ici , est certainement altéré : yn y law est répété deux fois; il faut le supprimer une fois, ou ajouter quelque chose. Kulhwch a déjà deux javelots en main ; il est cependant impossible de rapporter pentirec et ce qui suit à ces deux javelots, car il n'y est parlé que d'un seul instrument. Kyvelyn dogyn gwr odrwm n'est pas complètement traduit par lady Guest. 11 n'est pas inutile, peut-être , de remarquer que le glaive, dans nos romans de chevalerie, est habituellement une lance ou un épieu. — L. 21, trad. p. 192 : lliigorn oliffeint yndi ne peut se traduire que par « corne de guerre en elle » (la croix) ; llugorn signifie habituellement lanterne ; le sens de corne de guerre me paraît bien rare (v. note explicative); yndi est à supprimer. — L. 26 : darware est improprement traduit par lady Guest par étaient ; v. Lhwyd. Arch. brit.
Page 103, 1. 2 , trad. p. 193 : sangnarwy? — L. 6 et 7 : lady Guest met les mots a thitheu ny ho... y kyverchy di , dans la bouche du portier, ce qui semble peu naturel, mi a vydaf paraissant une réponse i\ une interrogation de Kulhwch. Ce dialogue rappelle relui de la page 1^6, beaucoup plus complet, et où le a thitheu est , en effet, dans la bouche du jiortier. 11
340 LKS M.vniXOGION.
est possible que le texte soit altéré. Le sens de teu me paraît douteux. — L. 18, trad. p. 194 : je traduis gorysgalawc d'après Lhvvyd ; cl". Livre Noir, Skene, II, p. 57, vers 11, yiuin gorysgelhor; Myv. arch., p. 222, col. 2, gwin grysgelo. — L. 20, trad. p. 194 : pour ergyttyo, cf. Mabin. , p. 267 , 1. 23; cf. Ancient laws, I , p. 140 : hid ed cluint pellaio ac ed ergeduynt e bûches tracheuen. — L. 21 : il semble qu'il faille corriger inn en kti? — L. 22 : gwreic y gyscu genthi ; lady Guest, lidèle à son système, adoucit en : une dame your arranger Ion lit.
Page 104, 1. 5, trad. p. 196 : ymchoeled yn signifie changer en {Myv. arch., p. 602, col. 1); mais, suivi àe arnadimt . il semble bien avoir le sens que je lui prête avec lady Guest. Kalian a le sens de cœur, mais aussi celui plus matériel de flancs, sein. Owen, dans les Lois, I, p. 206, le traduit, avec raison, par womb. Gwrthrwm haint est une sorte de mot composé ; il traduit, dans la Myv. arch., p. 473 . col. 1, l'expression gravior infirmitas de Gaufrei de Monmouth ; cf. ibid., 462, col. 1. — L. 12, trad. p. 196 : lady Guest traduit deuparlh par moitié; le seul sens de celte expression est deux tiers, cf. Mabin., p. 203, Ancienl laws. I, p. 18, etc. — L. 18 : lady Guest a, dans son texte , verthach au lieu de Nerthach. — L. 27, trad, p. 197 : anghengaeth devrait être précédé de bit , « soit. » Il est adouci par lady Guest en : la serve avec respect. V. le Welsh Diet, de Silvan Evans à ce mot. — L. 30, trad. p. 198 : dyhed; lady Guest traduit : non convenable ; cf. Mab., p. 127, 173.
Page 105, I. 3 et 4, trad. p. 199 : ydijm wyrda hyt Ira yn dygyrcher; lady Guest traduit inexactement par : c'est un honneur pour nous qu'on ait recours à nous. — L. 18 : gwrthrychyat, « héritier en expectative, >- expression consacrée, v. Ancient laws, I, p. 348.
Page 106, 1. 11 , trad. p. 202 : lady Guest met los mots gwir Duw im ar hynny a gwir dy deyrnas dans la bouche de
Kulhwcb, ce qui, pour le sens , est fort satisfaisant, mais violente le texte, qui est peut-être ici légèrement altéré. — L. U et 15, trad. p. 202 : lady Guest traduit assirynaw ohonaw comme s'il y avait asswynaf. — L. IG : lady Guest, d'après son texte : Galldonyd. — L. 20 : lady Guest : Cwynn , fils de Nudd, au lieu de fils d'Esni. — L. 17 : Tathal Tiuyll Goleu, je lis Tathal Tywyll Goleu, cf. Rwydd Dyrys. — L. 21, trad, p. 203 : lady Guest : Gadwy au lieu di'Adivy.
Page 107 , I. 8, trad. p. 206 : lady Guest : Smoit au lieu de Sinoit. — L. 18, trad. p. 207 : lady Guest : Goth au lieu de Coch. — L. 21, trad p. 208 : lady Guest traduit ass«'?/«tt'i/s par un pluriel , et lui donne le sens de faire une requête. L'assivynwr, dans les Lois, est celui qui se fait vassal d'un autre, et se met sous sa protection {Ancient laws, I, p. 104).
Page 108, 1. 20, trad. p. 211 : lady Guest traduit : amgwypei pa le yd elei par : sachant par où il devait aller.
Page 109, 1. 14, trad p. 2U : lady Guest traduit Kei a dywedit y vot yn vab idaw par : lorsqu'on vint lui dire qu'un fils lui était né, ce qui est ingénieux, mais ne traduit pas le texte. — L. 24, trad. p. 215 : lady Guest fail de Hengedytndeith un nom commun , ce qui est contraire à la construction ; il faut un mot devant y Arthur : gweision. « serviteurs? »
Page 110, 1. 10, Irad. p. 216 : lady Guest : Cadell au lieu de Ca<leUin. — L. IG, trad. p. 217 : lady Guest : F/Zewrfor au lieu de Flendor. —h. 18 : lady Guest traduit ystoves par rrtahlirenl\ jn traduis tramèrent; c'est un terme emprunté au métier de tisserand. Davies lui donne la valeur de dylofi, c'està-dire ourdir {fila ad texendum disponere) ; cf. Mah., p. 147, 1. 28 : o hynny yd ystovet y gat Gamlan.
Page 111 , 1. 4, trad. p. 218 : lady Guest traduit nodes y wala par il demanda un présent qui pût le satisfaire ; gwaln (arm. gwakh) a le sens plus précis et plus matériel que nous
342 LES MABI.XOCtION.
lui attribuons. — L. 5 : gordibla ; Lhwyd, d'après Vaughan , donne à gordhi le sens de trop. — L. 9 : morawl. L. 9, trad, p. 219 : morawl] ce mot, à ma connaissance, n'est dans aucun dictionnaire ; je le traduis par estuaire , anse ; ce mot me paraît, en effet, identique à l'irlandais muirgohnil, ou composé des mêmes éléments (mor-awl = mor-gaivl ou moryawel ; gô serait gaiv en gallois (cf. Whitley Stokes , Revue celtique , IX, p. 100, sur muir-gobuil). — L. 10 : lady Guest traduit bronllech par large poitrine; le mot paraît composé de bron, poitrine, et de Uech , « pierre plate; » cf. au sens figuré froîillech , Myv. arch., p. 306, col. 2. — L. 11 : lady Guest traduit rwyf par produit, je ne sais sur quelle autorité. Le sens de ce mot , ici, d'ailleurs , est douteux. — L. 27 , 28, trad, p. 220 : je lis : teir gonven giuenneu eu teir ysgwyd ; tri goiuan (ou gorwan) gwaneu eu tri gwaew ; tri benyn byneu eu tri chledyf; byneu suffirait à justifier cette lecture. — L. 30, trad. p. 221 : lady Guest : Hwyrdyddwd, Drucdyddwd, Lhvyrdyddwd.
Page 112 , I. 5 : lady Guest : Ewaedan au li«u de Gioaedan.
— L. 7, trad. p. 222 : lady Guest : Kynedyr au lieu de Kyuedyr. — L. 10, trad. p. 222 : lady Guest lit Kethcrwm au lieu de Kethtrwm. — L. 22, trad. p. 223 : lady Guest traduit y am par pour l'amour de , ce qui est inexact; v. p. 321 , noies critiques, outre que, avec asswynaw , la préposition est ar. — L. 26 : lady Guest : Canbweh au lieu de Canhwch.
— L. 28, trad. p. 224 : lady Guest .- Erdudnid au lieu d'Erdutvul.
Page 113, I. 22, trad. p. 154 : lady Guest rapporte rwy à unbetin, et traduit par chef impétueux, ce qui est peu vraisemblable comme sens, et d'une coustruction peu régulière, surtout à cause de la suite y gwerthey. — L. 29 : lady Guest traduit budugawl par très subtile; buddugawl signifie le plus souvent victorieux, de budd, « victoire, » mais aussi pro/if, gain,
d'où le sens que nous lui attribuons ici ; cf. Kulhwch, p. 127, 1. 19.
Page 114, 1. 10 et 11 . trad. p. "226 : un archoll a vydei yn y tvaew a naiv gwrlhivan ; lady Guest : sa lance produisait une blessure égale à celle de neuf lances opposées, ce qui n'est pas dans le texte ; v. la note correspondante à w- passage dans la traduction. — L. 20, Irad. p. 228 : lady Guest traduit inexactement angkret par sauvage.
Page 115 , 1. 5, trad. p. 156 : nyt athoed gyweithyd hebdaw eiryoet ny ivnelei ae anafae adoet arnei; lady Guest, trop largement par : Une laissait passer aucune occasion de faire du mal, — L. 15, trad. p. 22')-230 : ny bo berthach byth y boch clwi no minneu ; lady Guest : je souhaite que vela n'aille pas moins bien pour vous que pour moi , ce qui paraît en contradiction avec ny bo. — L. 18, trad. p. 230 : meredic , donné dans l'index, d'ailleurs sans majuscule, a proprement le sens de sans raison, d'après un passage des lois {Ancient laws, I, p. 260) ; il s'agit du cas où des porcs entrent dans une maison, dispersent le feu et brûlent la maison ; le propriétaire des porcs est obligé de payer le dommage ; mais si les porcs brûlent aussi, aucune compensation n'est due : il y a égalité, car, est-il dit, deu veredic ynt, « tow irrationnai tbings, » traduit Owen (les porcs et le feu). — L. 21 : rylygrmjs; lady Guest : il m'a opprimé.
Page 116, 1. 2. Irad. p. 230 : lady Guest rattache pan y ryatlei à ce qui précède, et traduit : lorsqu'il lui eut été donné. Ryattei a le sens d'un prétérit secondaire du verbe gadael, <i laisser; » cf. Historia Gruff, ah Kynan (Arch. Cambrensis, XI 1, 3-^^ série, p. 120) : a phei as ryattei Gru/fudd yw wyr ymgymyscuae wynt, « et si Cruffudd avait laissé sesbomm'es en venir aux mains avec eux. » — L. 8, trad. p. 231 : Kany at y mor marw dlws yndaw; lady Guest : « la mort permet-elle à ses morts do porter des bijoux ? « hany = kan ny . cl n'a pas le
344 LES MABINOGION.
sens interrogalif. Pour le sens, voir les notes explicatives.
Page H7, I. 43, trad. p. 232 : au lieu de ony chennetteir , peut-être faut-il lire ot y chennetteir; pour ony^ cf. Mab. , p. 78, 79, 37. — L. 14, trad. p. 233 : lady Guest traduit eneit par âme. Ce mot a généralement, dans le mabinogi de Kulhwch, le sens de vie, cf. p. 125, 1 27 : ath eneit a golly ditheu; p. 139, 1.21 : eneit dros eneit ; p. UO, 1. 17 ; p. 142,1.29. — L. 23, trad. p. 233 : mangaean; lady Guest traduit par écume, gouttes d'eau, je ne sais d'après quelle autorité ; c'est, en tout cas, inexact ; v. les notes explicatives.
Page 118, 1. 3, trad. p. 234 : raceirychu pechawt ; lady Guest inexactement : pour quon ne parle pas mal de nous. — L. 6, trad. p. 235 : yssyd yssit; il ne faut pas songer à supprimer un de ces deux mois; l'expression se retrouve : Skene, Four ancient books (Taliessin) II, p. 147, vers 22 : yssit rin yssyd vwy; ibid., p. 144, vers 19, yssit yssyd gynt. Dans beaucoup de passages yssit est simplement l'équivalent de yssydd. Sit, dans le sens conditionnel (o sit) et la forme bit de la troisième pars, du sing. de l'impératif du verbe substantif, justifient cependant la traduction de lady Guest : ce qui est doit être. Hagen semble lier ce qui précède à ce qui suit; il se pourrait que yssyd yssit portât sur cusnl. — L. 11, trad. p. 235 : ac ae kaffaf; lady Guest : si l'occasion s'offre, ce qui est entièrement inexact et peu vraisemblable. — Ligne 17, trad. p. 236 : pan doethawch, « d'où venezvous, » doit peut-être être corrigé en pam doethawch, « pourquoi êtes-vous venus? » Paham est l'équivalent de pan dans ce passage de Dafydd Ddu Hiraddug, Myv. arch., p. 373 : mynyddedd o baham ym daw cynhorthwy , traduit : montes unde véniel auxilium mihi. — L. 19 : lady Guest traduit direitwyr par serviteurs; direit ou dirieid, ou dirieidwyr a le sens de qui est sans valeur, d'après tous les dictionnaires et de nombreux textes. — L. 21 : defnyd vyn daw\ lady Guest : la tour-
nure de mon gendre; j'attribue ici à defnydd le même sens que dans l'expression irlandaise rigdamna, mot à mot étoffe de roi , et par extension fniur roi. héritier présomptif. Cette expression s'emploie en Armorique : danve me mab-kaer , « mon futur beau-fils » (en Tréguier, d'après l'abbé Le Rezvoët). — L. ti : Uechwaeiv ; lady Guest traduit par javelot, comme s'il y avait lluchwaew; v. notes explicatives.
Page 119, I. 31 , trad. p. 237 : lady Guest traduit mawredd par l'aube, l'aurore , sens que n'a jamais mawredd; ce mot a proprement celui de magnificence, et s'emploie pour le luxe des habits; Mijv. arch., p. 368, col. 1 : dy fawredd, « magnifîcentiu tua; » ibid., p. 371 , col. 2; ibid., p. 357 : on trouve en Morgannwg : gwragedd meivn mawredd a miiriau gwynyon ; Daf. ab Guilym, 2e éd. p. 98 : yn forwyn deg dan fawredd. Gyrru gwiwgrib mewn g wall ; lady Guest traduit : il s'apprêtèrent en hâte, ce qui n'est nullement dans le lexte; ces mots signifient littéralement : « et envoyer un peigne convenable, précieux, dans les cheveux {gwall pour gwallt ?). Il y a là, peutêtre, une allusion à un usage qui nous échappe; peut-être simplement cela veut-il dire : après avoir peigné, arrangé leurs cheveux. Crih signifie peigne et sommet ; crib a-t-il ici le sens à'aigrette, comme le cir irlandais dans le cir eathbarr , « casque à aigrette? » — L. 21 , trad. p. 238 : au lieu de y dywawt Yspaddaden Penkaïur na saethutta vi, je lis : y dywedassant wrlh Yspaddaden Penkawr : na saethutta ni, cf. p. 120, 1.7; le contexte exige impérieusement cette correction ; lady Guest a suivi le texte altéré. — L. 27 : au lieu de ac odif , je lis ae odif.
Page 121, i. 3, trad. p. 241 : y vrenhin teithiawc ; teithiawc signifie, propremeui, appliqué au roi, « qui a les qualités constitutives, essentielles d'un roi; » v. Ancient laws, I, p. ()0(), 614, 734 , 790. — L. 10 : cyi preinyawc signifie proprement
346 LES MABINOGION.
« qui mangent ensemble, » de cyt , avec, el preinyawc dérivé de prein, repas , du lalin prandnm ; cf. Myv. arch. , p. 194 : deu ychen Dewi...
Deu gar a gertynt yn gydpreinyawc Y hebrivng anreg yn redegawc.
(( les deux bœufs de saint Devy, deux amis qui marchaient sous le même joug pour porter le présent en courant. » Le sens dérivé de formant couple, attelés au même joug , est ici évident. L. 29, trad. p. 244 : kib Llwyr vab Llivryyon yssyd benllat yndi; lady Guest : « le vase de Ll., fils de Ll. , qui est de la plus grande valeur; » penJlat a deux sens : c'est une mesure, d'après Davies , valant deux lladd ; le Had lui-même contenait douze boisseaux d'avoine : c'est probablement son sens ici; penllat a aussi le sens de souverain bien, source de bénédictions^ V. Myv. arch., p. 327, col. 2; cf. Medygon Wydvai. à l'invocation de la lin.
Page 122, 1.6, trad. p. 245 : y nos y hysco vym merck gennyt ; lady Guest : la nuit où. ma fille deviendra la femme. — L. 23, trad. p. 24() : au lieu de Pennbeirdd, « chef des bardes, » je lis : Pennbeidd, « chef des sangliers; » lady Guest : Penbaedd.
Page 123, 1. 6, trad. p. 247 : lady Guest traduit estwng, comme s'il y avait estynu. — L. 20, trad. p. 248 : rynnet, je l'ai traduitd'après rynim, auquel Lhwyd donne le sens àeétendre ou s'étendre {Arch, brit., p. 238).
Page 124, 1. 20, trad. p. 252 : au lieu de gwyllall , leg. gwylHach. — L. 24, trad. p. 254 : y bressen signifie proprement le temps présent; presenaïul a le sens de temporel, appartenant à ce înonde; cf. Mab., p. 131, 1. 21 : golud pressenhawl, « biens de ce monde; » Ancient laivs, I, p. 796 : llys pressenhawl, « cour de justice de ce monde-ci. » — L 27 : Moro; lady Guest : mor.
P. 125. 1. 10, trad. p. 255 : Syvirkh;My Guest : Sevwlch,
entre crochets. — L. Il : pour teir gorwenn et la suite, v. notes critiques à la page 11 1 , 1. 27. — L. 26, trad. p. 255 : au lieu de gwreichon, lisez wynjonl — L. 23, p. 256 : après kyt keffych, lady Guest a supposé le reste de la formule : yssit nas keffych; rien, dans le manuscrit, ne l'indique. Anhuned n'a pas non plus le sens de difficulté , mais d'insomnie. — L. 28 : ny orvyd arnat na biryt... ; gorvyd est une expression juridique; le gorvodaivc est celui qui est responsable pour un antre (Ancient laws, I, p. 134, 138, 430, 702, 704). — L. 30, trad. p. 257 : yn uen; lady Guest traduit pour femme; cette expression a le sens de « en bien propre ; » cf. Mab. , p. 207 ,1.2; cf. l'expression meuedd et meufedd.
Page 126, 1. 1 : educhei^ pour hyd ucher est assez fréquent dans les Mab. ; cf. Bown o Hamlwii, p. 132, XIV.
Page 127, 1. 7 , trad. p. 258 : gwynseit; lady Guest traduit par po/i en blanc, et le rapporte à la lame ; il s'agit proprement de la poignée; v. Ancient laws, I , p. 586, 726; II leges Wallicae, p. 867 : gladius si fuerit 6reM/im(exacutus) XII deiiarii; si fuerit guinseil (capulum album) XXIIII denarii légales. — L. 28, trad. p. 259 : le sens demanderait, au lieu de y eu llettyeu, y'r lleltyeu; et au lieu de eu Ilettyicyr, y llettyiryr.
Page 128, 1. 9, trad. p. 260 : // ergyt; ce mot indique souvent la distance ; dans ce cas il est souvent précisé par un mot suivant : deu ergyt saeth , « deux portées de flèches, » Mab., 184 ; il faudrait peut-être rétablir ici : a Had y benn y arnaw ergyt y wrthaiv ; Bown Hamtwn : a tharaiv penn iarll y ergyt y arnaw ae anvon yr unbennes (p. 170, LIV) ; cf. Mab., 212 , 1. 5. — L. 10 : Kyvenu, leg. kyvenw. — L. 11 : lady Guest traduit ympenn y vlwydyn [)ar au commencement de l'annre; le sens de cette expression bien connue et usitée encore aujourd'hui est : au bout de l'année, cf. Mab., p. 187, 1. 9. — L. 20 : lady Guest : Glivi au lieu de Glini. — L. 22 : turren ; lady Guest : forteresse;
348 LES MABINOGION.
tarren ou taren signifie butte ^ pic rocailleux \ v, Myv. arch., p. 439, col. 4 ; Llewis Glyn Cotlii, éd. Tegid, p. 494 : d'après l'annotaleur , il y a , dans le Merionethshire, une montagne appelée Taren y tair taren, « le mont aux trois pics ; » cf. Richards, Welsh diet. — L. 27 : ac ny darparyssivn ; pour ac , dans le sens de quoique, cf. Mab. , p. 30, 1. 7; ibid., p. 28;i , 1. il : dans le sens de pour que, v. Ancient laws, I, p. 46.
Page 129, 1. 25, trad. p. 262 : vn reit o hop tu ym penn, lady Guest : il y avait une plaine tout autour de moi ; reit ne me paraît pas avoir le sens de plaine; de plus \jm penn signifie bien dans ma tête^ v. la note explicative. — L. 29 : pour yr hynny, dans le sens de depuis ce temps, cf. Myv. arch. , p. 370, col. 1 (Dafydd ddu o lliraddug).
P.ige 130. 1. 10, trad. p. 263 : yn gynyon, le sens de ce mot ne m'est pas clair. On ne peut guère songer qu'à cyn, « coin ; » le mol indiquerait la l'orme des ailes racornies et desséchées.
Page 131 ,1. 14 , trad. p. 265 : am y vagwijr; lady Guest : du donjon ; le sens est : du côté opposé, de l'autre côte du mur; pour am, v. la note à y am, à la page 112, 1. 22 ; pour magwyr, mur de pierres sèches, ou mur, paroi , cf. le breton armoricain magoer et moyer, du latin maceries. — L. 21, trad. p. 266 : pressennawl n'est pas traduit par lady Guest. — L. 28, trad, p. 266 : lady Guest rattache tra yttoed ù ce qui précède, sans doute à cause de ac ymlad ar givyr de la ligne 30; son texte ne porte pas ar gwyr, p. 132. I. I .
Page 132 , I. 23, Irad. p. 267 : divc vendyth duw ar einym gennyt ; lady Guest incomplètement : reçois de nous la bénédiction du ciel. — L. 30. trad. p. 268 : lady Guest traduit earn gwylathyr \ii\r cam à signaux, je no sais sur quelle autorité; c'est tin nom propre.
Page 133, I. 5 et 6 : dynessau parth ac yno dan ymardisgwyl 0 bell yny vyd...; lady Guest : ils approchèrent si près qu'ils
NOTKS GRITIQUKS.
purent voir...., ym ardisgwyl signifie rester en observation; V. Silvan Evans, Welsh Did., à arddisgwyl. — L. 30, trad, p. 269 : nnghyfnerth; lady Guest : peines , embarras; le sens exact est besoin, manque de forces on d'appui , v. Silvan Evans, Welsh Did.
Page 134, 1. 4 : yd aelh Creidylat... gan Wythyr ; lady Guest : Creidylat d Gwythyr furent fiancés, ce qui est contraire au texte; Creidylat sen alla avec Gwythyr est exact, conforme aux habitudes de langage et aux mœurs des Gallois. — L. 6 : a chynn kyscu genthi , « d avant qu'il ne couchât avec elle , » devient, chez lady Guest, « avant qu'elle ne devînt sa femme. » — L. 10, trad. p. 270 : Dyvnarth ; lady Guest : Dynvarth. — L. 11 : a Had Nwython a oruc, « et il tua Nwython ; « lady Guest : ils tuèrent. — L. 19 : yn divwyn or dwy parth; lady Guest : sans aucun avatitage pour aucun d'entre eux: le sens est : sans qu'aucun des deux profitât ou se servît d'elle. — L. 30, trad. p. 271 : après yd adh , il faut supposer quelque chose comme Kyledyr y hela Ysk.
Page 135, 1. 15, trad. p. 272 : yu lieu de ac ony ki, je lis
ony bel.
Page 136, I. 1 : ysgawn niver; lady Guest : petite troupe; le
sens propre est léger, rapide.
Page 13G, 1. 12 et 13 , Irad. p. 273 : ae niver achan ; je lis aeniver achlan; on pourrait songer à cc/ien, « famille, race , « mais la construction s'y prête moins ; les copistes ont eu probablement sous les yeux aclan.
Page 137 ,1. 30, trad. p. 275 : a tharaw lygat ynuveld ac wynt ; lady Guest : pour qu'ils pussent les rencontrer sans délai ; le sens ne me paraît pas sûr; il manque peut-être quelque chose au texte.
Page 138, 1. 2G, trad. p. 277 : hyt nas gwydyat Duw iras yn y byt ; lady Guest : il ne lui restait plus un serviteur, Dieu sait
OdO les MABINOCtION.
(dans le sens de assurément); hyt nas gwydyat Diiw was... a, en effet, le sens de en toute vérité , sans nul doute. L'expression ny ivyr Duw , dans ce sens, est fréquente; Seint Greal , p. 39 , ch. XVI : nyiir Duw idaw merwinaw ; ibid., p. 46, ch. xix : ny wyr Duw gael un deilyen arnat ; p. 87 : nys ywyr Duw, ny wyr Duw : mot à mol, Dieu sait ; gwydyat est l'imparfait de gwyr.
— L. 27 : Llaesgenym ; lady Guest : Llaesgevyn.
P. 139, 1. 2 : PennUoran ; lady Guest : Pennllornu. — L. 4 : Kynlas; lady Guest : Kyflas. — L. 11 , trad. p. 278 : au lieu de ac y lladass, leg. ac y lladassant. — L. 15 , trad. p. 278 : /ynodydoed n'est pas traduit par lady Guest: c'est une forme passive et prétéritaie de nodi, « noter, indiquer; » ryîwdydoed équivaut à ry-nodwyd, comme anydoedd à anwyd (Dosparlh Edeyrn Davod aur, p. 107) ; cf. a pha le y ganydoed , Bown o Hanitv\'n, p. 154, xxxvi.
Page 140, I. 6, trad. p. 279 -. ac yno y y lias, il faut supposer : ac yno y lias Grugyn , a et là Grugyn fut tué; » il ne reparaît plus , en effet. Il manque un verbe avant ou après Llwyddawc : « Llwyddawc se jeta {gwant ?) au milieu d'eux. »
— L. 21, trad. p. 280 : ae ragot yno ac a oed o vilwyr prouedic ; lady Guest : et que des guerriers éprouvés traverseraient Vile ; ragot a le sens propre d'empêcher., de barrer le passage à. V, Davies, Did.; cf. Ancient laws, I, p. 32. — L. 24 : yn Hafrew, yn a pariois le sens de « à l'encontre de » (Lhvv'yd, Arch. brit.].
Page 141, 1. 21, Irad. p. 281 : ymeneinaw; lady Guest : pour s'oindre, sens que lui donne Owen Pughe. Lliwyd lui donne, avec raison, le sens de prendre des bains. Enneint a le sens de bain, v. ïstoriade Carolo magno, Y Cymmrodor, p. 104; Myv. arch. , p. 4'il , col. 1 : enneint twym (établissement de bains chauds fait à Gaervaddon par Dieidyt). D'après les lois {Ancient laws, I, p. 258), il n'y a pas d'indemnité due pour le feu d'un
NOTIÎS CRITIQUES. 351
enneint (élablissemenl de bains) distant des autres maisons du hameau de sept brasses.
Page U2. !. 29, trad. p. 283 : lady Guest ne traduit pas madu's tjw. C'est une expression très usitée dans le sens de : « il est temps, le moment est venu. »
Page 143, 1. 1 : yr dom; dom paraît désigner une partie des remparts. Cette expression apparaît dans la Hanes Gruffudd ab Kynan en parlant d'un château fort, ae dom ae foss, à quoi répond, dans la version latine, fossa et miiro (Arch. Ca^nbr., XII, 3« série, p. 30). Dans les dictionnaires <om a le sens de coWine, tertre funéraire, et de fiimier.
Notes critiques au Songe de Rlionaliwy.
p. 144, l. 2, trad. p. 286 : Porford; lady Guest : Porfoed ,
mauvaise lecture, v. la note explicative. — L. 17, trad.
p. 287 : gosot kanivr ijm pop tri ehymwt Powys ; lady Guest :
placer cent hommes dans chacun des trois Commots de Powys;
cette traduction ne serait possible que s'il y avait dans le texte :
ym pop un or tri; d'ailleurs Powys comptait 27 cwmwt (Powel.
History of Wales, p. xi-xii). — L. 18-20 : a chystal y gwneynt
rychtir Powys . . ar tri ehymwt goreu oed ym Powys ; lady Guest :
et ils furent ainsi dans les plaines de Powys..., et dans Allictwn Ver
et dans Rhyd Wilure, les trois meilleurs commots de Powys ; lady
Guest n'a pas compris le sens de gwneynt : kystal y gwneynt a
signifie : ils estimaient autant les... que..., cf. Mubin., p. 150,
\. il : y g was ieuanc kymhennaf a doethaf a wneir yn y teyrnas
honn; p. 195, 1. 23 : gwell gwr yth wna o hynny no chynt;
Myv. arch., p. 455, col. 2 : mwyav a wnait o y gynghor; ibid.,
p. 253, col. 1 : gwr a wnair val Gwair vab Gwestl. — L. 20 :
Evyrnwy pour y Fyrmvy; charte de Gwenwynwyn, de 1201 :
Y Vyrnwy (Arch. Cambr., XIII, 3' série, p. 125).
Page 145, 1. 1, Irad. p. 287 : ar ny vydei da idaw ar teulu
ym Powys ar ny bei da idaw yn y rychtir hwnw ; lady Guest :
« de cette façon il n'avait aucun avantage ni lui ni sa famille ,
ni en Powys, ni dans ces plaines; » ar ny bei n'a pas été com-
pris; il semble qu'il manque un mot dans cette phrase. — L. 17, trad. p. 288 : partheu; lady Guest : cells; parth a le sens de sol. lolo mss., p. 181 : ai rhoi ar ogil y parth est traduit par : corner of the floor; il semble qu'il soit ici question de compartiments dans la maison. — L. 18, trad. p. 288 : yn ryvelu; l'expression signifierait : en train de faire la guerre ; je suppose rynnu , « en train de grelotter ; » y aurait-il eu un dérivé rynelu de rynnu? lady Guest, je ne sais d'après quelle leçon ou hypothèse : en train de faire du feu. — L. 23, trad, p. 289 : blaenbren, d'après Lliwyd, celte expression a le sens de bonne fortune.
Page 146, \. 3 : yr aghenedyl; lady Guest faussement : sans danger. Pour le sens à' agheneddyl, v. Silvan Evans, Welsh Diet. — L. II , trad. p. 289 : a thudet govudyr idaw ar warthuf y llenlliein; lady Guest : et une couverture usée sur le drap ; govudyr si^mûe passablement sale ; de plus, idaw montre qu'il s'agit de la couverture de l'oreiller. — L. 25, trad. p. 290 : ac o penn y dwygoes a thaï y deulin y waeixt yn las , mol à mot ; et depuis le bout des deux jambes et l'extrémité des genoux jusqu'en bas , vert. » Lady Guest croit que dwygoes désigne les jambes de devant, et que tal y deulin s'applique aux jambes de derrière.
Page 147, 1. 28, trad. p. 292 : ydystovet y gat Gamban; lady Guest : la bataille de Camlan s'ensuivit ; ystovel n'est pas compris; V. pour le sens de ce mot, Kulliwch etOlwen, notes crili(|ues, p. 110, 1. 18, trad. fr. p. 150.
Page 148, i. 15, trad. p. 293 : botyngedymdeith; lady Guest : et tu seras leur compagnon ; bot dépend de rodaf.
Page 149, 1. 8, trad. p. 294 : Ky vawhet; lady Guest : aussi petits; kyvawhet est composé de ky et de baived « vil ; » perchi gwr er ei fawed (Owen Pughe, Welsh diet.) ; yr dyn bawhaf o'm holl gyvoc'th, Bown o Hamtwn, p. 126, ix; baii'cd est dérivé de bail' , fange, immondices. — L. 27, trad. p. 295 : ac or hor-
veu ; lady Guest : depuis le poitrail. Korf (généralement corof) signifie arçon, y. Manawyddan , p. 47, 1. 14, trad. p. 60. — L. 30, trad. p. 295 : ysgeinwtjs, leg. ysteinwys, cf. page 149, 1. 11 : ac y hysleinei.
Page 151, 1. 9, trad. p. 299 ; a thaï eu deulin a phenneu eu divy goes ; lady Guest : leurs genoux et le sommet des épaules des chevaux ; je lis ac o tal..., leçon justifiée par la description des chevaux de l'autre armée : L. 17 , Irad. p. 300 : ac o penn eu dwygoes.
Page 152, 1. 7, trad. p. 301 : yn ol, leg. yn y kanol, cf. 1. 8 : lady Guest a traduit ynol, « à l'arrière. » — L. 24, trad. p. 302 : a sivmer mawr ; lady Guest traduit avec raison par une charge de bête de somme ; cf. ijna y dyrchafyssant y swmereu ar y meirch, Bown 0 Hamtwn, p. 145, xxvii.
Page 153, 1. 10, trad. p. 302 : o pebyll; o est peut-être de trop.
Page 155, 1. 30, Irad. p. 305 : y dygynt; lady Guest : ils les saisissaient par... ; la construction ne permet pas cette traduction; dwyn a, d'ailleurs, le sens ^'enlever, emporter, et non de saisir.
Page 156, 1. 13, 14, trad. p. 306 : o'r gorof\ lady Guest, comme dans d'autres passages , n'a pas compris le mot corof. — L. 17 : cordwal eiinjrdonic du; lady Guest : de cuir vert sombre ; cette traduction suppose gwyrddonic, « bleu vert. » Ewyrdonic, qu'il faut peut-être lire eivyrdnic, me paraît devoir être rapproché de ewyrnic , qu'on trouve dans les lois avec le sens de chèvre d'un an {Ancient laws, I, p. 278).
Page 157, 1. 25, trad. p. 308 : a llettemmeu aryant yndaw; lady Guest : garnie d'argent?
Page 158, 1. 7 : varch olwyn du; lady Guest : cheval pie? (Davies, pone alhus). — L. -^8, trad. p. 309 : au lieu de erchis y Owein luers, leg. erchis Owein y Wers ; Gmrs doit être peut-
356 LES MABINOGION.
être corrigé en Givres, forme qu'on trouve p. 159, 1. 5.
Page 159, 1. 10, trad. p. 311; Mivrheth \ lady Guest : Mawrheth. — L. 23, trad. p. 311 : Oth ; lady Guest : Ath- au lieu de Goreu Custennin , leg. Goreu vab Custennin. — L. 27 : ac Adivy ; lady Guest : et Gadunj.
Page 160, 1. 2, trad. p. 312 : Kasnat, leg. Kasnar. — L. 4 : Gyrthmwl; lady Guest : Gwrthmivl ; au lieu de Hawrda, leg. Kawrda ou Kawrdav. — L. 5, trad. p. 313 : au lieu de Karieilh, leg. Kadyrieith. — L. 24, trad. p. 314 : yn oet y gygreir ; lady Guest : pendant la trêve. Yn oet me paraît avoir ici le même sens que dans les expressions yn oet dydd , « au jour fixé y> (v. Davies; cf. Ma6.,p. 3,1. 16; p. 5, 1.2, 3; p. 12, 1. 3, 5. etc.). — L. 30 : hyt yn oet y gygreir; je traduis comme lady Guest : même pendant la trêve ; hyt yn oet a, en effet, ce sens dans un autre passage des Mah. , p. 257 , 1. 27 : hyt yn oet y tlws lleihaf; cependant il vaudrait peut-être mieux supprimer hyt, et traduire : à l'expiration de la trêve.
ADDENDA ET CORRIGENDA
Page 4 , note 1 , 1. 2 : au lieu de Ewan.s , lisez : Evans. — Note 2 : Les fragments formeront une publication distincte de l'édition critique des Mabinogion.
Page 8-9 : Par Mabinogion on entendait proprement l'ensemble des connaissances qui formaient le bagage littéraire du mabinog ou disciple du barde; le mot a fini par désigner plus spécialement les récits que le barde lui enseignait et qu'il avait luimême, probablement, le droit de débiter à un prix fixé par la loi ou la coutume. Mabinogion est le pluriel régulier de màbinog ; ce pluriel pouvait signifier des mabinog ou disciples, apprentis littérateurs , et aussi choses concernant le mabinog. Mabinogi a dû être d'abord un substantif abstrait, comme les substantifs en i formés sur des noms en -og {diog , indolent; diogi, indolence; beichiogi, état de grossesse, dérivé de beichiog , qui est grosse), et signifier : l'état, la condition de mabinog, l'époque où on était mabinog. Mabinogi Jesu-Grist, est la traduction galloise de L'Enfance du Christ, un des évangiles apocryphes. Le mot a fini par désigner plus spécialement un récit approprié à la situation du m.abinog , qu'il devait apprendre pendant sa période de mabinogi, et devenir ainsi une sorte de singulier de mabinogion , récits réservés au mabinog. Un autre dérive de mabinog par un sufiixe de nom d'agent, c'est mabinogai, traduit dans les dictionnaires par instructeur de jeunes gens.
Page 9, ligne 13 : au lieu de Ronawby, lisez . Rhonahwy.
Page 15 : M. Forster, dans sa préface à I vains, exprime l'opinion que le fonds primitif de ces récils n'est pas d'origine celti-
358 ADDENDA ET CORRIGENDA,
que. Malgré l'autorité dont il jouit à juste titre, il est douteux que son système prévale ; ses arguments sont loin d'être convaincants. Toutes les pièces du débat ne sont d'ailleurs pas encore connues ; la publication et l'étude sérieuse des textes gallois nous ménagent plus d'une surprise.
Page 20 : A propos de la composition des Mabinogion , il est probable que le rédacteur primitif appartenait à la classe des bardes, à en juger par l'importance qu'il leur attribue (v. p. 374). On peut même supposer qu'il était du Glamorgan (v. p. 140).
Page 21 , 1. 10 : au lieu de un fragment , lisez : des fragments. — L. 13 : au lieu de Bleri, lisez : Breri. — L. 3 de la note 1 : au lieu de qu'il est l'auteur, lisez : que Jeuan ap y Diwlith est l'auteur.
Page 23, 1. 10 : Les triades de la Myv. arch., p. 395-399 sont celles du Livre Rouge même. — Ibid., 1. 14 : au lieu de et celles de la Myv. arch., p. 388, lisez : et celles de la Myv. arch., de la page 389, n° 7, à la page 391, n° 46, en exceptant les n" 18, 27, 42, 43, 44.
Page 27, I. 8 de la note 1 : au lieu de V. ce poème, lisez : voir ce poème.
Page 28, 1. 27 de la note : au lieu de Dafydd ab Gwilym, lisez : Cf. Dafydd ab Gwilym.
Page 59, 1. 5 de la note : au lieu de le Penteulu chef de famille, lisez : le Penteulu, chef de famille.
Page 61, note, 1. 4 : au lieu de Daydd, lisez : Davydd.
Page 63 , 1. 4 de la note 6 : au lieu de y Lucidarius Myv. , lisez : y Lucidarius, Myv.
Page 116, 1. 12 de la note : au lieu de gon Vathheu, lisez : gan Vathheu.
Page 118, 1. 1 de la note 2 : au lieu de Pwyll, p. 1, lisez : Pwyll, p. 27.
Page 160, 1. 12 de la note 2 : A sens, ajoutez : celui de robe de dessus.
Page 168, 1. 3 de la note 3 : au lieu de vannelais, lisez : vannetais.
Page 187, 1. 1 de la note : Les Annales Cambriae, du Harleian ms., ont été sûrement rédigées entre 954 et 955, comme l'a bien montré M. Egerton Phillimore dans l'excellente reproduction qu'il en a donnée d'après le manuscrit original dans le Cymmrodor ,
ADDENDA ET CORRIGENDA. 359
IX, pp. 141-169 (voii' p. 144). Le manuscrit est de plus d'un siècle plus récent que la composition des Aiinales.
Page 191 , 1. 3 de la note : au lieu de qu'elle aurait pu citer , lisez : que lady Guest...
Page 195, 1. 3 : Din sol, dans le Nord. La vie de saint Cadoc (Rees, Lives of the cambro-british saints, p. 65) identifie Dinsol avec le mont Saint-Michel de la Cornouailles anglaise : « de monte sancti Michaelis... qui in regione Cornubiensium esse dinoscitur, atque illius provincie idiomate Dinsol appellatur.
Page 204, 1. 6 de la note 2 : Ajoutez : la forme de ce nom en vieux gallois est : Rumawn. On la trouve dans des Généalogies de la fin du dixième siècle, du Harleian mss., 3859, publiées par M, Egerton Phillimore , dans le Cymmrodoi-, IX, v. p. 172 (Ce Rumawn est fils d'E7iniawn).
Page 212, 1. 13 de la note 4 : au lieu de l'anonyme , lisez : l'Anonyme.
Page 214, 1. 5 de la note 2 : A saer cerddi, ajoutez : charpentier, artiste en chants.
Page 220 : au lieu de Bwlch, Divwlch, Sevwlch, petit-fils de Cleddyv Kyvwlch, lisez ; Bwlch, Kyvwlch et Sevwlch, fils de Cleddyf Kyvwlch, petits-fils de Cleddyv Divwlch. La note 4 n'a pas de raison d'être à partir de : Le texte.
Page 255, au lieu de Bwlch, Kyvwlch et Syvwich, petits-fils de Cleddyv Divwlch, lisez : Bwlch, Kyvwlch et Syvwich, fils de Kilydd (Cleddyv?) Kyvwlch, petits-fils de Kleddyv Divwlch.
Page 273 , 1. 1 , note 1 : Hygwydd est écrit Hywydd dans les Chwedlau y Doethion [lolo mss., p. 255). Hywydd signifie : qui apprend facilement.
Page 287, 1. 5 de la note 1 : au lieu de Gwalter, lisez : Gwallter.
Page 311, note 2 : pour la généalogie de Selyv et de Kynan , V. le Cymmrodor, IX, p. 178, 173.
N. B. — Le lecteur trouvera, dans les triades historiques et légendaires, dont la traduction formera un appendice au second volume, ainsi que dans les notes qui les accompagneront, un certain nombre de renseignements supplémentaires sur les personnages des mabinogion et des légendes galloises.