‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 15 sur 109 · Horace a^ait déjà dit · texte numérisé non relu

Horace a^ait déjà dit

Graiis dedlt ore rotando Mnst loqui;

André Chénier déOnit la langue grecque :

Ce langage soiore , aox douceurs souveraines , ht Fins beau qal soft né sar deb lèrres humaines.

lait k l'esprit de grandes peintures. Voici pourquoi toute traduction d'un poète grec est toujours faible , sèche et indigente : c'est du caillou et de la brique, avec quoi on veut imiter des palais de porphyre. >)

Dans un idiome qui a ce double avantage, il est clair que la langue poétique embrassera la presque totalité des mots en usage, et qu'il n'y aura guère d'exclusion que pour cause d'immoralité. Ajoutez k cela que chez les peuples de l'antiquité, comme l'atteste le tableau des mœurs héroïques peintes par Homère , il n'y avait pas de fonctions réputées viles, ni par conséquent toute une classe de mots repoussés pour indignité, comme il arrive dans les langues modernes.

L'état de la civilisation et les influences qui régnent sur la littérature en général doivent modifier le caractère de la langue poétique. Il est évident, par exemple, que si l'impulsion part d'une société choisie qui donne le ton , comme sous Louis XIY, l'accès des mots dans la langue poétique sera soumis a des conditions sévères et rigoureusement obl^ gatoires^ si, au contraire, le mouvement littéraire est démocratique , la barrière sera placée plus loin et plus facilement levée. Ces alternatives sont sensibles dans notre histoire littéraire.

Le vocabulaire de la langue poétique se forme donc, comme nous l'avons dit, par choix et par exclusion. Son caractère général est une élévation et une noblesse relatives dont le degré dépend de la constitution particulière de la langue générale et du goût qui domine. Il faut aussi tenir compte de la dignité des genres. Les motifs de choix sont Inélégance, l'harmonie, le pittoresque, la noblesse-, les motifs d'exclusion, la bassesse, la cacophonie, l'obscurité, la forme disgracieuse.

Non-seulement la langue poétique rejette une

certaine classe de mots, mais elle en a qui lui sont exclusivement propres, et qui seraient disparates dans la' prose. Écoutons sur ce point un des maîtres de la critique moderne, Ginguené : a Les mots propres k la poésie, et qui paraîtraient déplacés dans la prose , sont ceux qui ont une noblesse, une certaine emphase qui les élève au-dessus du langage ordinaire : tels sont antique pour ancien, coursier pour cheval, le flanc pour le côté, le glaive pour Vépée, les humains ou les mortels pour les hommes, hymen ou hyménée pour mariage, etc. » On peut remarquer que ces mots et d'autres encore ont, sur ceux qu'ils remplacent, l'avantage de mieux peindre ou de réveiller une idée plus générale'.

L'exclusion de certains mots force souvent la langue poétique à recourir à la périphrase, et quelquefois elle tire de cette nécessité des beautés inattendues ^. C'est ainsi que Voltaire a dit, en parlant des plantes médicinales :

Ces végétaux puissants qu'en Perse on voit éciore. Bienfaits nés dans son sein de Tastre qu'elle adore.

1. L'exemple suivant suffira pour montrer combien retendue de sens ajoute à la noblesse de l'en pression. Un poëte de la fin du seizième siècle avait dit :

Il donne la Tiande aux petite passereau ;

ce vers trivial est devenu gracieux et noble dans Bacine, par la substitution d'une expression gtinérale au mot viande :

AUX petits des oiseanx il donne lenr pàtare.

3. Les vrais poètes sont pleins de ces beureux artifices. Un des héros du Lutrin peut impunément battre le briquet, grâce à Boileau :

Des Teines d'an caillou qu'il frappe au même instant , n fait Jaillir nn fen qui pétille en sortant.

Boileau (Lett, à àfaucroix) se félicite d'avoir dit poétiqucméht qu'il porte perruque et qu'il a cinquante-huit ans :

Aujourd'hui la vieillesse venue , Sous mes faux clieTeux Monds déjà toute chenue, A Jeté sur ma tète , avec ses doigts pesants, Onn lustres comptoti snrcbarfféi de trois au.

bO POÉSIE.

Rosset, dans son poëme de Y AgricuUure , désigne ainsi le cocon que filent les vers à soie :

Offrez-leur des rameaux, QuMIs puissent y suspendre et 01er leurs tombeaux.

Le même poète a parlé noblement du fumier dans les vers qui suivent ;

Des restes les plus vils se forme cet eograts Qui va porter la vie au fond de nos guérets.

Lebrun , dans son ode sur le Triomphe de nos paysages, est parvenu k désigner poétiquement le beurre de Vanvres, b grand renfort de mythologie-, c'est un tour de force dont l'imitation serait périlleuse :

Vanvres. qu'habite Galatée ,

Sait du lait d'Io, d^Amalthée,

Épaissir les flots écumeux.

Le même procédé a moins réussi au même poète lorsqu'il a dit, en parlant du ver k soie :

Je me plais à nourrir encore L'amant des feuilles de Thisbé.

Vantant des feuilles de Thisbé peut disputer la palme du ridicule au phénomène potager et au greffier solaire de la Motte-Houdart.

Par un art plus difficile encore, la langue poétique ramène k soi des mots qu'elle semblait proscrire-, elle y parvient en les plaçant k propos: Racine a introduit deux fois le mot chien dans de sublimes passages d'Athalie. Malherbe a même placé , sans paraître déroger k sa noblesse accoatumée , le inot puer dans une strophe lyrique :

. Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre Et tous couverts des monts qu'ils avaient arraehés ; Phlègre, qui les reçut, pue encore la foudre Dont ils furent touchés ^

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