La poésie est la musique de Tâme. Voltaire
grande scène historique*. L'épopée doit être un tableau ; car, bien que la forme du récit la caractérise , il faut qu'elle donne k tout ce qu'elle raconte et représente un corps, un esprit, un visage. Nous disons qu'elle doit représenter une grande scène historique, parce que pour produire son effet , qui est d'élever les âmes et de les attacher, il faut qu'elle ait de la grandeur et un certain degré de vérité ^ nous ajoutons que le tableau doit être poétique, parce que la fiction rehausse la réalité qu'elle accompagne. Le mot de scène implique l'unité d'action, et l'idée d'un ensemble que l'esprit peut facilement embrasser.
L'épopée, sous le rapport de l'action, est soumise k la grande loi de l'unité commune k toutes les œuvres de l'esprit \ il faut, suivant l'expression simple et profonde d'Aiistote, qu'elle ait un commencement, un milieu et une fin, et qu'elle forme un tout vivant. Beaucoup de poèmes modernes, produits d'une fantaisie déréglée et composant un corps sans tête ni queue, prouvent victorieusement la justesse , et l'utilité de celte règle. L'étendue du poème épique veut que l'unité soit tempérée par une grande variété , et cette variété est introduite
1. Cette définition appartient à M. Yiguier, ancien maître de conférences à Técole normale, inspecteur général honoraire. Les poèmes cycliques, yastes compositions d'histoire héroïque qui comprenaient ou la vie entière d'un héros, ou le récit complet d^une expédition , appartiennent au genre épique. Horace nous donne le début d'un de ces poëmes :
Fortunam Priami cantabo et noblle bellum.
« Je chanterai la fortune de Priam et sa noble guerre. »
Ces ouvrages reparurent en grand nombre dans la littérature latine pendant la décadence qui suivit de si près le siècle d*Auguste :
Namqaamne repooam , Vexatus toiles raacl The$eide Codri? JvxiakL.
« Tant de fois mis à la torture par la Théséide de Penroué Codrus, ne prendrai-je jamais ma revanche? »
par des actions secondaires ou des épisodes qui se rattachent k l'action principale , dont ils ralentissent la marche, à la condition de ne pas l'entraver, et de charmer l'esprit, qu'ils arrêtent dans sa course* Les épisodes doivent non-seulement diversifier, mais orner le poëme : comme ils ne sont pas nécessaires, il faut qu'ils soient excellents : poterat duci quia cœna sine illis \
Les ressorts de l'action épique sont les mœurs et le merveilleux.
Les mœurs comprennent les passions et les caractères : les passions sont ces instincts généraux de Fàme qui portent h agir, soit en bien, soit en mal \ les caractères résultent de la nature des passions et de leur degré d'intensité : les hommes se confondent par la passion , ils se distinguent par le caractère. Les mœurs de Tépopée sont telles, que l'homme puisse y reconnaître l'humanité dans les passions et Tadmirer dans les caractères. Aristote veut que les mœurs soient bonnes, ressemblantes, égales et convenables. Par bonté, il n'entend pas perfection , mais prédominance des vertus sur les défauts : la perfection ennuie et décourage; elle est d'ailleurs invraisemblable et nuit k l'illusion. La ressemblance est la conformité des caractères avec les données de l'histoire, et l'égalité, la persistance des mêmes qualités; on entend par convenance le rapport du langage et des actes avec l'âge et la condition du personnage.
Le merveilleux est nécessaire k la grandeur de l'action et des héros. Les événements qui intéressent les dieux ne peuvent pas être inditlerents a l'homme, et les hommes aux débats desquels les divinités prennent part s'élèvent par ce commerce au-dessns de l'héroisme vulgaire. Sans I intervention des dieux , les événements ne sont que des