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HoïtKCE, Art poétique. « On pouvait souper sans cela

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accidents ordinaires, et les hommes demeurent des hommes. Pour bien manier ce ressort, il faut que le poète soit lui-même sous Tillusion qu il veut faire partager. Homère, Milton, Dante, sont des croyants sincères, et le merveilleux qu ils emploient frappe vivement l'imagination. Virgile est sceptique ; ses dieux ne sont guère que des machines poétiques ; Voltaire est incrédule : le merveilleux abstrait et métaphysique de la Henriade glace le lecteur.

On rattache au genre épique le poëme héroïque , sorte d'épopée historique sans mélange de fiction , telle que la PharscUe de Lucain.

La forme épique admet des aventures moins imposantes et des héros moins sérieux : le poème d'Ârioste, Roland furieux, est le plus brillant modèle de ce genre d'épopée badine dans laquelle la variété voile et parait briser Tunité.

Le poëme hérolî'Comique est aussi une dépendance de l'épopée. L'art, dans ces compositions, consiste k employer toutes les grandes machines de l'épopée à la conduite d'une action sans importance réelle , dans laquelle figurent des personnages vulgaires. Cet artifice, qui semble donner des proportions héroïques aux faits et aux acteurs , n'étant pris au sérieux ni par le poète ni par le lecteur, délasse agréablement Tesprit et provoque le rire par des contrastes piquants, par des rapprochements inattendus. Le Lutrin est le chef-d'œuvre du genre héroï-comique. Jamais la poésfe noble n'a été mêlée k un plus spirituel badinage.

Le mauvais goût a introduit pendant quelque temps, sous les auspices de Scarron , un genre qui ne se distingue pas extérieurement de l'épopée : c'est le poëme burlesque, qui la parodie. Ce misérable jeu d'esprit est le contre^pied du poëme hëroï-comique. Tandis que celui-ci , par une raillerie ingénieuse, élève ce qui est vulgaire par nature dans

les régions héroïques, le burlesque, parle travestissement des mœurs et du langage, fait descendre les dieux et les héros au niveau de la populace ' . Pour que ce genre soit supportable, et encore ne l'est-ii

{»as longtemps, même à cette condition, il faut que a transformation des caractères et des sentiments nobles en figures et en passions vulgaires soit opérée de telle sorte, que la ressemblance subsiste sous le travestissement et que le rapport soit sensible dans le contrasté.

Genre dramatique.

Le poëme dramatique est la reproduction directe d'une action feinte ou réelle , a l'aide de personnages agissant et parlant selon la vérité ou la vraisemblance. La nature de l'action représentée partage ce genre en deux espèces distinctes, la tragédie et la comédie ^ .

1. « L'art de Scarron consiste à prendre dans le vulgaire les traits analogues à ceux des divinités et des héros du poëme. Son procédé diifère de la parodie en ce qu^ii conserve à ses personnages leur rang et leur condition , en abaissant leur langage et leurs mœurs. Avec un peu de bonne volonté et de malice , le pieux Énée, si souvent en pleurs et en oraisons, devient facilement, sans être méconnaissable, un Nicaise bigot et larmoyant; Jupiter, en querelle avec sa femme, n'est plus qu'un mari brutal, eIJunon une ménagère acariâtre; Cassandre, la proplrétesse , une diseuse dé bonne aventure, auteur d'almanacbs; de Vénus à une courtisane, il n'y a que la distance de TOlympe à la terre : le séjour et l'origine diffèrent, non la moralité. Le débonnaire Priam n*esl pas plus malaise à convertir en bonhomme crédule et curieux; par le même procédé , le beau Paris n'est plus qu'un jeune premier de comédie. » Y. mes Essais d'histoire litléraire (2* série, p. 85, seconde édit., 1853, Garnier frères).

2. On sait que la tragédie (tpàYoç, t(t^-f\) signifie chant du bouc, «t comédie (»wiATa, t^-h) chant du village. Ces deux genres ont pris naissance dans les fêtes de Bacchus. La tragédie est sortie du chant dithyrambique, où le plus liabile recevait un bouc pour prix de sa victoire :,

Du plos habile cfaaatro un bouc était le prix. Boiizau.

La comédie se rattache aux farces populaires qu'improvisait, dans ses courses à travers la campagne, le cortège de Bacchus.

Le but du poëme dramatique est d'émouvoir par la pitié et la terreur ou d'amuser par le ridicule ; dans l'un et l'autre cas , il doit instruire , soit par le spectacle des grandes catastrophes qui mettent en évidence la force et les misères de l'humanité , soit par la peinture des défauts et des vices qu'il faut éviter. Une action qui ne contiendrait pas, soit directement, soit indirectement, une leçon morale,

{lécherait contre une des règles fondamentales de 'art.

Tragédie. — L'effet moral de la tragédie doit être, selon Aristote , de purger la terreur et la pitié par ces émotions elles-mêmes. Pour bien comprendre ce précepte, dont le sens a été souvent controversé sans être bien éclairci, il faut se pénétrer de l'esprit général des institutions de la Grèce , où les jeux publics faisaient partie de l'éducation nationale. Il est incontestable que, dans la vie réelle, la terreur et la pitié sont des principes de faiblesse , et que , lorsque ces sentiments nous saisissent à l'improvisle , ils détendent les ressorts de l'âme. L'effet d'un spectacle qui excite ces émotions , sans en faire des mobiles d'action , est de laisser a l'âme toute sa liberté après les avoir éprouvées , et par conséquent de Thabituer k ne les considérer que comme de simples émotions. Les cœurs formés à cette école seront donc maîtres de leurs mouvements, et s'il leur arrive, dans la pratique, d'être remués pour leur propre compte par les catastrophes que le théâtre leur a montrées sous des noms étrangers, ils seront préservés des conséquences de Tattendrissement et de l'effroi ^ car la terreur et la pitié , purgées par cet apprentissage , n'auront plus assez d'empire pour dominer la volonté.

L'action de la tragédie est une, comme celle de

l'épopée ; mais , moins étendue , elle admet moins d'épisodes*. Il est inutile d'ajouter que, vraie ou fausse , elle doit être vraisemblable. L'unité d'action subsiste dans la variété des incidents et des épisodes, lorsque toutes les parties dont elle se compose convergent vers un centre unique. Ce point central est ordinairement la destinée d'un personnage sur lequel se porte plus spécialement 1 intérêt du spectateur. Lorsque l'intérêt se divise, ce partage détruit l'unité d'impression, qui est le but de l'unité d'action , et que quelques critiques ont donnée comme la seule règle inviolable.

Outre l'unité d'action, la tragédie, du moins chez les Grecs, est soumise aux unités de lieu et de temps. Celte double règle s'est introduite naturellement dans le théâtre grec, où la présence continue du chœur ne permettait ni de déplacer la scène ni de donner à l'action plus de durée qu'à la représentation elle-même. Cette nécessité est moins sensible dans les pièces modernes^ car la division par actes permet de supposer que le cours du temps s'est accéléré dans les entr'actes, et dispose le spectateur à accepter la présence d'une scène «ouvelle. Cest pour cela que le temps et l'espace nous sont moins sévèrement mesurés, et qu'on accorde sans difficulté au poète toute l'enceinte d'ime ville, et même au delh, et toute la durée d'un jour. Mais il ne faut pas conclure de la complaisance du specta* teur a se prêter k cette fiction, qu'on doive mettre sa tolérance h une plus forte épreuve; sans doute il acceptera, sans réclamer, une série de tableaux unis par l'intérêt, quoique séparés par la distance et la durée, puisqu'il voyage sans se déplacer, qu'il n'a pas a tuer le temps qu'on suppose écoulé, et qu'après tout il suit les phases diverses d'une action

i . Le mot épisode s'applique aussi, chez les Grecs , aux parties de Taction dramatique placées entre les chants du chœur.

vers le dénoûment de laquelle il se hâte-, mais la question n'est pas Ik : elle est dans la perfection de rœuvre, et il nous parait incontestable qu'une action sans solution de continuité, circonscrite dans des limites vraisemblables de lieu et de durée , est une condition favorable à la suprême beauté de l'ensemble ^

La division de Faction en cinq parties distinctes parait la plus convenable, sans être obligatoire. Elle se prête merveilleusement aux alternatives de crainte et d'espérance qui doivent marquer les développements successifs de la fable. Un argument puissant en faveur de cette division , c'est qu'elle s'est produite naturellement dans la plupart des pièces de Sophocle et d'Euripide, quoique ces poètes, qui ignoraient qu'on dût plus tard l'ériger en loi, n'aient pas songé a y soumettre leurs on* vrages*. Les courts intervalles de l'action étaient remplis, chez les Grecs, par les chants du chœur, qui suspendaient l'intérêt dramatique par le charme de la poésie lyrique. Les deux genres se trouvaient ainsi réunis dans un seul ouvrage ^

1. Boileau (Are poét,, ch. III) donne une excellente formule des trois unités :

Qu'en un lieu , qu'en un temps , un »eul fait accompli Tienne Jusqu'à la un le théâtre renapli.

2. La division en actes parait d^origine latine. Horace (Ari, poét, y Y. 1^9) est le premier critique qui en ait fait une coadition de succès:

Neve minor, ncu sit quinto producUor aclu Fabula quiB pnscl Tolt et spectata reponi.

« Que la pièce qui veut être accueillie et redemandée ne reste pas ea deçà et n^aillé pas au delà de cinq actes. »

Boileau n'a pas reproduit cette règle; peut-être nVt-il pu l'exprimer en vers élégants. D'ailleurs elle n'est pas obligatoire : VEsther de Racine, la Mort de César de Voltaire, VAbufar de Duois et les Enfants d* Edouard de G. Delavigne n'ont que trois actea.

3. L'importance du chœur, dans le théâtre grec, s'explique par l'origine même de la tragédie. Née du dithyrambe dans les fêtes de Bacchus , elle se glissa modestement dans les intervalles des

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