‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 21 sur 109 · Les Trois Règnes de la Nature · texte numérisé non relu

Les Trois Règnes de la Nature

Ces chants mélancoliques donnent le change k la douleur du poëte ; mais ils énervent l'àme , malgré le soulagement passager qu'ils procurent, et contribuent a décourager et à affaiblir ceux qui se livrent avec trop d'abandon au charme décevant de ces gémissements de la poésie.

On a donné , par extension , le nom d'élégie k des pièces du genre erotique qui célèbrent les plaisirs plutôt que les peines de l'amour, comme dans Tibulle et Properce, parce que ces poètes employèrent , pour décrire leurs transports, le rhythme élégiaque, ou distique composé d'un hexamètre et d'un pentamètre.

Genre satirique.

La satire censure avec amertume ou malice les travers de l'esprit, les vices et les ridicules. Elle a moins pour but de corriger que de punir; elle livre ses victimes a la risée, au mépris ou à l'indignation ; mais elle n'empêche pas les poètes médiocres de faire de mauvais vers, ni les vicieux et les corrompus de continuer leurs pratiques ; elle est le châtiment et non le remède du mal.

La satire, considérée dans son étendue , est ou personnelle ou générale : personnelle, si elle attaque et nomme les coupables; générale, si elle ne s'en prend qu'aux vices et aux travers de la société. Considérée dans son objet, elle est ou littéraire, ou morale, ou politique.

Le genre satirique renferme des ouvrages de dimensions ou de formes bien différentes : il va jusqu'aux proportions des grands poèmes dans les Tragiques de d'Aubigné, la Dunciade de Pope et celle de Palissot, les Délateurs de M. Dupaty, dans l'épigramme, qui est la menue monnaie de la satire, il n'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné. Le

doux Virgile a fait en un seul vers une mordante satire qui immole deux poètes :

Qui Bavium non odit, amet tua carmiDa, M^evi^

Genre pastoral. —Apologue ou fable.

La pastorale est, en général , un petit poëme dramatique dont la scène est aux champs, dont les personnages sont des bergers. Elle présente une peinture embellie des mœurs de la campagne, destinée b inspirer aux habitants des villes Tamour de la nature. Théocrite et Virgile, qui ont porté à la perfection X idylle et Véglogue^ connaissaient tous les charmes de la nature et tous les radinements de la civilisation ; c'est pour cela qu'ils ont uni Télégance et la vérité dans un idéal vraisemblable. Leurs imitateurs ont souvent substitué l'esprit h la naïveté, l'affectation au naturel, parce qu'ils peignaient sans avoir vu et qu'ils imaginaient sans avoir senti. Il y a des poésies pastorales qui se rapprochent du genre lyrique et du genre narratif.

l/apologue ou fable est un récit allégorique qui contient une vérité morale facile k saisir sous la transparence du voile dont elle est couverte. Dans Ésope et dans Phèdre, Tapologue est un simple récit plus ou moins orné; notre La Fontaine en a hit une ample comédie à cent actes divers , par la mise en scène des personnages qui vivent et qui agissent sous les yeux du lecteur. L'apologue, originaire de rOrient , où la pensée revêt si volontiers la forme allégorique, a pris partout racine : il devait réussir^ parce qu'il exerce la sagacité de l'esprit en propo-

1. .r Qui ne hait point Baviiis, qu'il aime tes vers, ÔMévius. » J. B. Rousseau a tiré de ce vers Tépigrainme suivante :

Toi qal places (mpademment Le froid Pic en haut do Pamaate , Poisses- tD, poor ton châtiment , Admirer les airs de Colasse !

sant une énigme dont le mot se trouve sans trop d'efforts, et qu'il enseigne la morale sans offense pour r amour-propre ni tourment pour la conscience.

Conte.— Epltre.

Le conte admet dans ses récits la vérité et la fiction ^ le ton en est habituellement simple , le tour plaisant, le fond léger. On le rencontre comme épisode dans le poëme badin, dans le roman, dans l'épître -, mais il a souvent une existence à part , et sous cette forme il a été un des ornements de notre littérature. Quelques-uns de nos poètes y ont excellé. Ce genre est soumis à toutes les règles de la narration , qui doit être une, ornée, claire et vraisemblable.

Vépître en vers traite, comme les lettres en prose, une grande variété de sujets : elle reproduit, sous une forme élégante, simple et familière, ce qui fait la matière des entretiens des hommes. Elle s'élève quelquefois jusqu'à traiter avec gravité des sujets moraux et philosophiques. Ses dimensions sont bornées, mais la compréhension du genre est indéfinie.

Petits genres ou poésies fugitives.

On donne le nom de poésies fugitives a des pièces de peu d'étendue qui expriment soit une pensée saillante^ soit un sentiment de l'àme, soit un trait d'esprit. Ce sont des fleurs poétiques écloses isolément, et qui ont assez de grâce et de parfum pour être conservées. On a recueilli, sous le titre d'Anthologie , celles que la Grèce nous a léguées.

Dans les littératures modernes , quelques-unes de ces pièces se présentent sous une forme qui r^ lève, par le mérite de la difficulté vaincue, la grâce et la délicatesse de la pensée. Tel est, en première ligne , le sonnet , dont Boileau n'a pas dédaigné

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d'écrire les rigouremeê lois. Ce petit poëme se compose de quatorze vers divisés en deux quatrains et deux tercets. Les deux quatrains doivent reproduire les mêmes rimes masculine et féminine \ les deux tercets n'ont qu'une rime masculine et deux rimes féminines, ou réciproquement^ aucune des stances ne doit empiéter sur Tautre, et le même mot ne doit jamais reparaître. L'invention du sonnet remonte à Girard de Bourneuilh , poète limousin , mort en 1278. Ce petit poëme fleurit en Italie, où il fut transplanté. Illustré par le génie de Pétrarque, il nous est revenu comme une importation étrangère dont on fait encore honneur à l'Italie * .

Le rondeau se compose de treize vers ordinairement sur deux rimes, Tune masculine et l'autre féminine , et se partage en trois couplets, le premier de cinq , le second de trois et le dernier de cinq

1. Je cite pour exemple» et non pour modèle^ un sonnet de Voilure qui porte la double empreinte de Taffectation italienne et de Fempiiase espagnole :

Des portes du matin , l'amaDle de Céphale Bes roses épaodait dans le milieu des airs, Et jetait soas les cieax nourellement onrerts Ces traita d'or et d'axar qu'en naissant elle étale ;

QD«nd la nymphe divine , à mon repos fatale , Apparut et brilla de tant d'attraits divers, Qu'il semblait qu'elle seule éclairait l'uniTers Et remplissait de feax la rite orientale.

Le soleil , se h&tant pour la gloire des cteux , Vint opposer sa flamme k Téclat de ses yeux Et prit tous les rayons dont l'Olympe se dore .

L'onde , la terre et l'air s'allumaient à l'entoor ; Haf^ auprès de PhiUs on le prit pour l* Aurore , Et l'on crut que PUlis était l'astre en Joar.

Ce sonnet a son importance historique comme symptôme du goût qui régnait en France quelques années avant la période qu'on désigne sons le nom de siècle de Louis XIV, et comme un témoignage de l'influence de l'Espagne et de Tltalie sur Autre littérature. A la même époque, les beaux esprits se divisaient en devi eamps, è propos des sonnets dWrûnie et de Job. On disputait àk>rs sur leur degré de perfection ; maintenant il no»s parait difficile de découTrir par quel mérite ils ont pu Tun et Pautre faire tftâl dé brUit

vers. Le second et le troisième couplet reproduisent en appendice final , et sous forme de refrain , les premières syllabes du premier vers. Dans les rondeaux du quinzième siècle , le vers est reproduit intégralement.

Le triolet est formé de huit vers sur deux rimes , disposés de telle sorte que le premier reparaisse naturellement après le troisième, et que le sens ramène les deux premiers pour clore le tniitain * .

Les règles de la ballade ne sont pas moins sévères : elle renferme trois couplets qui peuvent être de huit, de dix ou de douze vers ^ le sens doit être complet après le quatrième, le cinquième ou le sixième , c'est-à-dire au milieu du couplet ; le retour des mêmes rimes est obligatoire : le même vers termine chaque couplet, de même que renvoi, demi-couplet supplémentaire qui complète ce petit poëme, dont l'étendue peut être de vingt-huit, trente-cinq ou quarante-deux vers ^ . La Fontaine a composé plusieurs ballades de quatre et même de cinq couplets, dans lesquelles il a négligé le repos du milieu, et dont l'envoi a le même nombre de vers que les strophes; mais on pardonne beaucoup à La Fontaine quand on le lit.

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