Henrem qui près de toi pour toi seule soupire , etc
Delille a amoindri cette belle traduction, qu'il a réduite en décasyUabes pour être insérée dans le Voyage d'Anticharsis,
3. LUn?enlion de ce mètre lui fut disputée, puisque noua voyons
14 UTTÉRATURB GHBGQtlI.
mètre suivi d'un pentamètre ^ ce qui a fait donner postérieurement le nom d'élégies aox chants guerriers par lesquels il enflammait le courage de ses compatriotes, qui soutenaient alors une guerre terrible contre les Magnésiens. On n'est pas d'accord sur l'époque où vécut Callinus : les uns le placent entre Homère et Hésiode, d'autres le rapprochent de Tyrtée, dont il fut le précurseur.
Tyrtée, né ^ Athènes, ou a Lacédémone, ou à Milet , prêta le secours de sa poésie inspirée et de ses talents comme général aux Spartiates, dans la seconde guerre contre Messène (684 av. J. C). Son nom est devenu générique pour désigner les poètes dont les chants excitent le courage des guerriers. On n'a pas à lui reprocher, comme à Alcée, le contraste du courage poétique et de la lâcheté dans les combats. On n'a conservé qu'un fragment des hymnes guerriers que les Spartiates chantaient en marchant contre l'ennemi ^ mais il en reste plusieurs des élégies par lesquelles il excitait leur valeur. Ces admirables morceaux respirent encore le courage et l'enthousiasme qu'ils inspiraient.
L'élégie plaintive fut mise en honneur par Mi- MNERME de Colophon (590 ay, J. C), qui appliqua le mètre inventé par Callinus k l'expression de la plainte amoureuse. Horace est dans l'erreur lorsqu'il dit :
Versibus impariter junctis querimonia primum, Post etiam inclusa est voti sententia composa
Les vers peu nombreux qui nous restent de Mi-
par le témoignage d^Horace, dans son Art poétique, que la quec* lion était indécise :
Qaia tamen exifoos elegos emtserlt aactor?
Grammaticl ceriant , ei adhuc snb Judice lis est.
« Cependant quel poëte inventa le mètre de PélégîeP les critiques sont aux prises sur ce point, et le procès n'est pas jugé. » 1. Voyez première partie, page 27, note 3.
IITTeRATURE GRBGQGC. 15
mnerme sont empreints de mélancolie : ils expriment avec charme des doléances sur la brièveté de la vie, l'éclat passager de la jeunesse et les misères qai affligent l'humanité.
Cette époque vit encore naitre la scolie, espèce de poème lyrique au mètre irrégulier et dont les strophes étaient chantées dans les festins et successivement par les convives, qui se passaient de main en main une branche de myrte. On explique ordinairement le mot scolie^ qui signifie oblique, par les tours et détours que faisait la branche de myrte ainsi transmise. Terpandrë, né dans Pile de Lesbos ou en Béolie (670 av. J. C), passe pour l'inventeur de ce genre de poésie.
Troisième époque. — Époque athénienne on dassiqne
(âge d'or de la poésie grecque).
(594-336 ay. J. C.)
Dans la troisième époque, où brillent surtout la poésie lyrique et le drame tragique et comique, les différents genres de poésie, déjà distincts a l'époque précédente, se déterminent davantage par les progrès de Fart, qui perfectionne la nature : nous allons les passer en revue, en désignant les poètes qui s'y sont le plus distingués.
Poésie gnomique. Les préceptes moraux, que les aèdes de Ta première époque et les poètes de la seconde mêlaient dans le tissu complexe de leurs chants, se dégagèrent pour former un genre spécial qu'on appelle la poésie gnomique, du mot Yv<Àpi> sentence.
Le premier de ces poètes est le législateur Solon (640-559 av. J. C), qui recommanda, dans des vers d'une noble simplicité, le respect des lois^ de
la morale, etTamour de la patrie. Les Conseihà soi-même, fragment de dix-huit vers dans lesquels le poète conduit l'homme par les dix stations de la vie, appartiennent a ce genre moral et sentencieux.
Théognis de Mégare (538 av. J . C.) vécut k Thèbes dans l'exil, et il y composa, pour TinstructioD du jeune Cyrné, un code de la sagesse qui comprend plus de mille sentences, sous le nom d'Exhortations. Ce recueil, où chaque vers exprime avec concision une pensée morale, était pour les Grecs ce que sont chez nous les quatrains et les distiques moraux dont on orne la mémoire des enfants pour assainir leur âme.
Phocylide de Milet (6® siècle av. J. C.) cultiva le même genre avec plus de succès encore, et ses vers, comme ceux d'Homère , étaient chantés par des rhapsodes. Quelques-unes de ses sentences nous sont parvenues.
Genre élégiaqne. Nous retrouvons, en abordant l'élégie, le nom de Solon, qui déplora, dans un accès de folie simulée, les malheurs de Salamine séparée d'Athènes. Huit vers de cette touchante et sublime complainte nous ont été conservés.
SiMONiDE de Cos (558-468 av. J. C.) composa des chants plaintifs sur des sujets mythologiques : c'est ainsi qu'il a représenté Danaé gémissant sur la destinée de son fils exposé dans une frêle nacelle à la fureur des flots. Cette délicieuse composition nous est parvenue. D'autres fragments de ses élégies, également remarquables par la délicatesse de la pensée et par la beauté du langage, nous expliquent la célébrité de son nom dans l'antiquité.
■ Genre didactique. La poésie didactique de cette époque est toute philosophique. Les grands pbilo* sophes précurseurs de Socrate mirent en vers les brillantes hypothèses par lesquelles ils croyaient expliquer le système de la nature.
Xénophàne de Colophon (6i 7-51 7 av. J. C.) et son disciple Parménide d'Élée (535-456 av. J . C.) appli-
Î[uèreDt la poésie à Texposilion de leurs doctrines. Is furent surpassés par Empédogle d'Agrigente (444 av. J. C), un des plus grands génies de l'antiquité , dont le poëme sur la Nature, eu trois livres et en hexamètres, a inspiré Lucrèce. Empédocle fut pour ce poète ce qu'Homère et Hésiode ont été pour Virgile. 11 reste de Parménide et d'Empédocle des fragments assez considérables.
lenre lyriqae. AIcman , Archiloque , Alcée et Sappho eurent dans cette période de nombreux et d'illustres continuateurs. Sous l'impression de ses victoires et de ces jeux publics où la force et l'adresse de l'homme se développaient en l'honneur des dieux, jouissant d'une liberté que la licence n avait pas compromise, et, par instants, d'un repos que la gloire décorait , la Grèce célébra comme k l'envi sur la lyre la puissance des dieux, les exploits de ses héros et de ses athlètes et les charmes de la volupté.
Stésichore d'Himère en Sicile (570 av. J. C.) passe pour avoir fixé la forme des chœurs lyriques au milieu desquels se développa la poésie dramatique dans les fêtes de Bacchus. Ce poète imposa la forme lyrique au récit des traditions héroïques. C'est ainsi qu'il composa une Destruction de Troie et une Orestiade. 11 suivait le dialecte dorien, et il composa, outre ses épopées lyriques, des hymnes en l'honneur des dieux et des odes en l'honneur des héros. Quintilien le loue d'avoir soutenu avec la lyre le fardeau de l'épopée , et il ajoute qu'il eût ét^ l'égal d'Homère s'il eût su se contenir dans de justes limites. Par Ik il lui reproche sans doute d'avoir confondu des genres distincts -, et , en effet , on ne comprend pas bien comment de longs récits peuvent s'accommoder k
renthousiasme de la poésie lyrique. Piodare a été mieux inspiré en ne les admettant que comme épisodes.
PiNDARE * est le prince de la poésie lyrique; on peut dire qu'il est le poète par excellence. Jamais l'inspiration n'a été aussi complète-, chez lui, le souffle poétique semble véritablement une fureor divine qui maîtrise et qui emporte le génie. Pin-dare, qui n'avait pas eu de modèles, défie l'imitation:
Pindarum quisquis studet œmulari , Jule, ceratis ope daedaiea Nititur pennis, vitreo daturus Nomina ponto *.
C'est , ajoute le poète , un torrent débordé qui se précipite , immense et profond , du sommet des montagnes. Quintilien le place bien au-dessus de tous les poètes lyriques pour la grandeur de FiDspiration, la force des pensées, l'éclat des images, l'abondance des choses et des mots et l'impétuosité des mouvements.
Nous sommes bien loin de posséder tous les chants lyriques qu'il avait composés ; ceux qui nous restent se rapportent, pour la plupart, aux victoires obtenues dans les jeux publics de la Grèce, Olyunr piqiLes, JPythiques^ Néméens et Isthmiqties , et ils en ont tiré les noms divers qui les désignent, a Composées, dit M. Schœll, pour être chantées devant une assemblée nombreuse , les odes- de Pindare respirent cette dignité qui convient à des monuments