‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 76 sur 109 · Schleget , Cow's de littéroture dramatique · texte numérisé non relu

Schleget , Cow's de littéroture dramatique

2. Cet usage, introduit par Eschyle, n'a pas fait loi peur ses successeurs; Sophocle et Euripide» qui Font suivi quelquefois» s'en sont écartés souvent.

Euménides , c'est-k-dire le crime , la Tengeance et l'expiation. Par celte combinaison , le drame, soumis aux unités dans ses différentes parties, s*em* parait de la durée et de Tespace par la succession de ses tableaux unis et distincts, et franchissait les limites mêmes de l'épopée. Quelle leçon d'histoire et de morale renfermait pour les Grecs cette série de faits héroïques qui nous montre Agamemnon puni de son ambition homicide par une épouse adultère; puis cette femme dénaturée implorant \ainement, après vingt ans d'intervalle, la pitié d'au fils, instrument vertueux d'une vengeance parricide, et que son innocence ne sauve pas des remords! En effet, la nature proteste contre l'ordre des dieux , et il ne faudra rien moins que ces dieux eux-mêmes pour arracher du cœur d'Oreste les furies vengeresses.

Le Prométhée enchaîné représente la lutte du Titan bienfaiteur de l'humanité contre la puissance du dieu qui, ne pouvant le fléchir, le frappe de la foudre sur un rocher solitaire. Jamais spectacle plus terrible et plus grandiose ne fut offert dans un cadre d'une simplicité plus sublime. Prométhée voit river les fers qui l'enchaînent par la Force et par la Violence , en présence de Mercure , exécuteur des ordres de Jupiter. lo et les Océanides le supplient vainement de céder; il résiste, et la foudre tombe. Les Sept Chefs sont un tableau épique qui respire les fureurs de la guerre, et qu'adoucissent au dénoûment les plaintes touchantes d'Anligone et d'Ismène sur les corps de Polynice et d'Etéocle. Les Perses, qui peignent la consternation de la cour de Suse ^ la nouvelle de la bataille de Salamine, sont nn hymne en l'honneur de la Grèce. Xerxès apparaissant seul et désarmé renouvelle, pour ainsi dire, la victoire des Athéniens. Les Suppliantes sont bien inférieures pour le style , la conception et l'intérêt

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aux autres tragédies d'Eschyle : ce soot les filles de Danaûs implorant rhospitalité du roi des Argiens pour échapper k la poursuite des fils d'JEgyptus.

La tragédie, dans Eschyle, est trop voisine encore du dithyrambe pour avoir rencontré partout le style qui convient au genre dramatique. Il fallait , pour y arriver, les progrès du goût et la venue d'un autre homme de génie.

Sophocle (496-405 av. J. C.) atteignit à la perfection du genre tragique. Rival d'Eschyle dans sa jeunesse, il le vainquit, et régna sans partage lorsque le vieil athlète eut emporté dans l'exil la douleur et le ressentiment de sa défaite. Outre les dons du génie, Sophocle reçut de la nature cette beauté physique que les Grecs estimaient k Tégaldu génie. Sa vie est un long enchaînement de triomphes. Né à Colone, bourg voisin d'Athènes, et, selon Pline, d'un des premiers citoyens de la ville, une éducation brillante développa ses heureuses dispositions : à seize ans , sa beauté le fait choisir pour être le coryphée des adolescents qui dansent autour des trophées de Salamine^ il se distingue entre tous par son adresse dans les exercices du gymnase , par ses succès dans l'art de la musique^ k vingt ans, il triomphait au théâtre , où il n'obtint que des succès pendant le cours de sa longue carrière. Nommé stratège, il eut pour collègues dans cette charge Périclès et Thucydide; chargé plusieurs fois d'ambassades honorables , il réussit dans ses négociations. Son génie se maintint sans défaillance jusque dans sa vieillesse, et la seule atteinte que reçut sa paisible et glorieuse existence fut l'occasion d'un dernier triomphe.

Sophocle composa plus de cent pièces dramatiques, tragédies et satyres ; sept seulement nous sont parvenues, avec un assez grand nombre de fragments appartenant k celles qui ont été perdues. Yoici les

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titres de celles que nous possédons : Ajax furieux , les Trachiniennes ou la Mort d'Hercule, Œdipe roi, Œdipe à Colone, Anligone, Electre ei Phiîoctète. Ces cinq dernières pièces sont les chefs-d'œuvre de là tragédie antique; on ne sait à laquelle on doit donner la préférence.

VAjax furieux: parait être un des premiers ouvrages de Sophocle. Un critique a cru reconnaître, dans quelques réflexions subtiles de Tecmessa, les traces récentes de l'école des rhéteurs ^ mais les beautés dominent déjà dans cet ouvrage de la jeunesse d'un grand poète. Les modernes ont médiocrement goûté l'achèvement de cette tragédie, dont le sujet est la sépulture du héros; mais, dans les idées des Grecs , ce complément n'avait pas moins d'intérêt que la fin tragique d'Ajax.

Les Trachiniennes tirent leur nom du chœur formé de jeunes filles de Trachine, amies de Déjanire , dont la crédulité cause la mort d'Hercule, principal sujet de la pièce. Sénèque et Rotrou ont imité cette pièce sous le nom à Hercule furieux. Cicéron, dans les Tusculanes , a traduit en vers iambiques une partie dès plaintes d'Hercule.

Le Phiîoctète, que La Harpe a imité et presque traduit, a fourni aussi à Fénelon un des plus beaux livres de Télémaque. Le héros, abandonné dans ïile de Lemnos, a gardé les flèches d'Hercule, nécessaires aux Grecs pour la prise de Troie. Ulysse arrive avec le fils d'Achille , Néoptolème. L'innocence de ce jeune guerrier, les artifices et l'éloquence d'Ulysse , ne parviennent pas k vaincre les ressentiments de Phiîoctète, qui cède enfin, grâce à r intervention d'Hercule.

Le sujet de VŒdipe roi est la découverte du fatal mystère qui couvre la naissance , le parricide et Tinceste d'OEdipe. Lorsque ce secret est dévoilé, (Êdipe se crève les yeux et veut s'éloigner de Thèbes.

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