‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 21 sur 76 · H^RESTE · texte numérisé non relu

H^RESTE

c Mais que je ne voie pas le tombeau de ma mère* !.»

Oreste a eu beau invoquer la pitié et la justice des Argiens : il est condamné à mort avec sa soeur Electre. Seulement le peuple, au lieu de les lapider, selon la loi, permet qu*ils se tuent eux-mêmes. Oreste revient donc trouver sa sœur afin de mourir ensemble; et c'est alors que, dans les adieux quese font Electre et Oreste, adieux môles du regret de la vie, chez Electre surtout, c'est alors qu'éclate la tendresse du flpère et de la sœur.

ELECTRE

«r II nous faut mourir. Estait possible de ne pas gémir sur notre sort? car la vie est un objet de regrets pour tous les mortels.

dRESTE.

« Ce jour est le dernier pour nous : il faut suspendre le lacet fatal ou aiguiser le glaive de notice main.

1 Ve» 701 à 799. TradneiioD d« M. AiIimmI.

110 ut L'aHOUR PRATfiRNtli

iLBGTilE.

c Mon frère, donne-moi toi-même le ooup mortel» pour qu*aucun Argien ne iksse cet outrage à la fille d'Agsunemnon.

ORESTB.

a C'est assez du sang d'une mère : je lie te donnerai point la mort. Meurs de ta propre main, et choisis toi-même ton supplice.

ELECTRE

« Je le ferai. Le glaive qui te frappera ne me manquera point; mais, du moius^jue je puisse te serrer dans mes bras!

ORESTE

« Jouis de ce vain plaisir, si c'eçt un plaisir de semer dans ses bras ceux qui marchent à la mort*

tLEGTRE.

c Doon tendre frère,^ toi à qui le nom de ta soBur fut toiyours si cher et si douZ| toi qui n'es qu'une Ame avec elle!

ORESTB.

c Tu me feras fondre ea larmes. Oui» je veux ré^ pondre à ta tendresse par la mienne; et pourquoi en rougirais-je? sein chéri d'une sœur? ô doux embrassementsl Ces derniers adieux doivent, dans

notre malheur, nous tenir lieu 4*en£ant8 et d'hyménée.

ELECTRE

< Ah ! que du moins , 8*il est possible , le même fer nous frappe, et qù*un même tombeau nous reçoive * ? »

Ce tombeau commun, dernier vœu de leur amour

* ibid. Vert !••• à lOi», méuMtnilQetioo.

DANS L*ÉLEGTRE D'EURIPIDE. 111

fraternel, c*està Pylade qu*Oreste en confie le soin. Mais Pylade n'accepte pas ce triste office de survivant : il veut mourir avec Oreste et Electre. C*est ainsi qu'autour d'Oreste mourant s'empressent à l'envi la tendresse d'une sœur et le dévouement d'un ami : touchante idée de la poésiQ antique et surtout d'Euripide qui. trouvant dans Oreste un de ces héros que guidait et que poursuivait l'implacable colère des dieux \ a, voulu compenser les douleurs qu'il éprouve par la tendressse qu'il inspire! Il est persécuté par les Furies, mais il est aimé par Pylade et consolé par Electre; il est abandonné par les dieut, mais il meurt avec sa seeur et son ami. Non, ee n'eil plus un mortel impie el sacrilège celai qui inipim et <iui ressent ces nobles aitsctions ; Bon » Oresta n'est plus livré aiix vengeances do Styx, s*il descend au tombeau accompagné et protégé par deux âmes généreuses. La sainte amitié des hommes eadie et répare rinjustice des dieux; la terre proteste contre le ciel par sa voix la plus forte et la plus pure ; la wix d'un eœor tendre et dévoué; et, si, dans cette •dnûr|l(le eréation d'Qrûste réhabilité et consolé à ses derniers irhomènts par la tendresse d'une sœur et d'un ami, dans eé tableau de l'homme d'autant plus aimé qu'il est plus malheureux , Je démélo la pensée du philosophe et la hardiesse du censeur des traditions mythologiques, j'y admire encore plus la profondeur du génie pathétique d'Euripide et Tin*teliigen^e 4e la pitié humaine dans ses plus mystéirieux secrets.

* L'oracle «l'Apollon lui oHloane 4e tuer m aièro,et tes Furies TtM-

pVMPWHt*

Èem ME L*AllOtR PRATBIINEL. — OIIESTE ET IPHIGISmE 9km EUKPWK, MCCBLLA! ET GOfeTIII.

Euripide chez les ancieiis, Rucceliaî, Guymond de La Touche et Gœthe ehe:& les laodernes , ont tour à tour traité le sujet d'Iphigénie en Tauride avec des idées et des sentiments différ^its. Nous ne récher* cherons, dans ces divers ouvrages , que ce qui se rapporte au sentiment qtie n<Mis étudions, c'est-àdire à Tamour fraternel. Il semble en effet que ce soit le destin d'Oreste de retrouver dans la tendresse de ses soeurs ces affections de la famille dont il avait perdu les premières et les plus douces, d*abord par le crkne de sa mère, plus tard par le si^i. Le fils exilé et parricide est devehu le plus chéri et 1e plus tendre des frères.

Cet amour respire tout entier dans les premières paroles de Ylphigénit d'Euripide. Transportée par Diane au fond de la Scythie , Iphigénie regrette sa douce et belle patrie; elle regrette sa famille, son frère surtout, le jeune Oreste qui, lorsqu'elle suppliait son père de ne pas la faire périr, s'unissait, tout enfant qu'il était, à ses supplications. Hélas! un songe funeste lui fait craindre que ce frère n'ait péri. C'était son dernier espoir et son dernier appui.

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