DB LA RIVALITÉ ENTRE S(EURS
de toutes les jeunes fiHes, par les plaisirs cl les suc* eès innocents de la beauté, pour aboutir à la plus lamentable des catastrophes, soutenue et accomplie par le plus implacable des repentirs I
LEf) PRtÊlîïS RTCIEMI9 ET ANTIGONE DANS ESCHYLE^ EimiPIDK, SÉNÈQUE, RACINE ET ALFJERI.
11. manquerait quelque chose à l*étude que je bis des diyers types de l'ànûtié et de la haine fraternelles, si je n'examinais pas les trois personnages qui, dans l'antiquité, représentent de la manière la plus expressive^ ces sentiments opposés : Antigène d'une part, Étéocle et Polynice de l'autre. Je veux montrer comment, entre les mains des poètes qui ont chanté les malheurs de la famille d'OËdipe, depuis Eschyle jusqu'à Alfieri, ces sentiments de haine ou d'affectton fraternelle ont commencé par la simplicité touchante de l'ancienne tragédie grecque, et sont arrivés peu à peu à l'exagération sentencieuse et déclamatoire de Sénèque ou d' Alfieri.
Les Sept chefs d'Eschyle, qui a représenté, le premier, sur le théâtre, les malheurs de la famille d'OËdipe, sont un poème épique et lyrique, plutôt qu'une tragédie. L'hymne y enveloppe et cache le drame; le chœur, comme an temps de Théspis, y est encore le principal personnage.
Voyons rapidement quels sont les sentiments, et je dirais volontiers les aventures de ce chœur qu'Eschyle semble préférer à Étéocle, à Polynice, à ^tigcme enfin, qui, selon nos idées modernes, devraient 11. sâ
S66 LES FRÊHES ENNEMIS
avoir le premier rang. Il est formé des jeunes filles qui se sont réfugiées dans la citadelle ou Tacropole* G-est là que, courant éperdues des remparts aux autels, tantôt elles regardent l*6nnemi qui s'approche, tantôt elles implorent les deux protecteurs de Thèbes. D*abord , elles ne voient qu'un nuage de poussière qui s'élève dans la plaine et marche vers la ville ; mais cette poussière est un message de terreur qu'elles comprennent, hélas! tout muet qu*il est*. Bientôt ti'élst le bruil iourd et profond du paft d<» iHMAfhèl^ et du trot des ehevAiuî. Elles retitetadent t il etlt pattil au Inurmure ém edttx qui fôutent en kn'tents du iMiut de la ikioatagnei Puis^ c'est letH dé là guetté. Ëeou«test ! ce en» prteurseur Am eftâdmiê^ fhiiieltit lé ¥em>part etfl'éiance juiqUé dan« là dlddélle. VoyëË, yf^fèÈ l'éclair des boudkx% d'adéT , qui liiit à iuVéH là pouBsiëre*
« dieux «t dèeésett, protégfW^mus ! iHHié efeubnt^ sons vos statues «n siippUaiiUiÉi S&u^éS^ouB!
« Les boucliers heurtent les boitdiertï ; tes iMcei s'entrechoqifêtit et se lisent. Déf^deS4toUs, dieu* et déesses ! défendez de la servitude ^ èe lYûjuré leà vierges qui vous insplorehU
< Le flot des g^ierriers ravisseurà mugit autour dé nous. Diaaé! ô vierge déeidsel prends MU are, lance tes flècbes redoutablei») protège-uous*
<c Écoutet : lés cham foutoHi autourdé la ville, les essieux crient et siffléttt) l'air flrémil él s'échauffe 6006 le roi de» flèehes» Que deviendrond-nou^f
« dieux^ ne livfei pm là vilte à l'eimemi élran^ gerl^ dieux ^ écoules ted ^rièl^ dèS Iderges sup^
I k% 9èpt «te/1 iHMMll fhèM, V«H «1.
ET iNTiÇâlifS. W
pWmW ! fnpntres quf» vous wmi Qçttd viUo qui vqii«
Ctt qhoeur i^ jeunai filles ^\ l^ur» (^upplicutions, Yoil^ à l» fQip 1§ principal personn^g^ ^t la princn P^Iq action de h pièce. Et nf^ croyeji pas qu« œ pem §Qnnage et cette action p*iiitéF^siass«if^l pa$ viveiHAnt 1^ Qrecft ; xU retrouvaient à^n^ Iqh alarmei^ et dan» Iça^veptorea de ca chœur Iç tableau des vicissitude^ da la gufrre, vicissitudes plus cruelles et pluji durais d^s l*antiquité que dawi )es t^mps luodemes. ye«^ clAviige dsips l'antiquité a^gr»vait la guerre : ]^ v^m çil^ devenaient des eçel^ves. Comment. donP le4 J6une§ QUes tbébaioes n'invoqueraient^ll^P pas les dieux pour échapper à Tcsi^Javgge et au dé^bppiu^urf et commmt l^s AtbMienp» à leur tour, en voyant Im alarmas du cbc^ur^ ne ^ongeraient^il^ pai» h le\m
femm^^ j^ leurs filles, qui ^raient eçplavfss aussi, ^i X\fh^^ ^tait vaineue? comment ne ^^encourager mi§nt-il8 PAS h défendre l^ur patria et leur fomiUe? par l'ennemi menace aussi Athèn^p, et quel ennemi! les barbare» terrassés, il y a un an à peine, h Mara* thon S préparant leur vi^nge^tnce. Déjà on raconte danii Athènes x^r^ès ^t son miHîon d^ soldats, m
innombrables vaisseaux, le Bosphore p^ssé sur Ufî
pont, U Thnw5^ ^umist^ ^t tributaire. « di^wi de la patria ! g'écriait le choeur sur h scène, défende I» ville oui YQUS e§t ch^re. r- piçu;i ^i déesses d'Athèr rm, di^i^nt aussi le^ sp^tateurs athéniens, et toi surtout, Minerve, vi^rg^ déesse, défends ta ville, ton temple ^l (es autels i )» pans lo chci^ur, i^s alarn^s §t
268 LBS PRÊRES ENNEMIS
les supplications d'une ville assiégée ; dans le public, les émotions d'une ville qui bientôt aussi sera assiégée. Quel drame plus capable d'exciter l'intérêt? qud public plus fait pour le ressentir? La scène et le théâtre se rapprochaient et se confondaient dans le même sentiment. Il n'y avait pas, ici des acteurs jouant un rôle, là un public pour s'amuser d'une représentation. Les acteurs, le public, le poète dramatique, tous citoyens de la ville, tous menacés des mêmes périls; les uns acteurs, mais pour un jour; .les autres spectateurs, pour un jour aussi, et tousj demain, quand la guerre les appellera, prêts à porter les armes et à mourir pour la patrie, tous s'entretenaient, par la voix du chœur, de leurs idées et de leurs sentiments les plus nobles et les plus chers. Le théâtre devenait une sorte d'agora et de forum; le drame devenait une hai^ngue ; le poète était l'ora* teur, et, comme un orateur habile, Eschyle, à l'aide de ses personnages, excitait tour à tour divers sentiments, tantôt la pitié pour les jeunes filles réservées à la servitude, tantôt la colère contre l'ennemi, et tantôt aussi la fermeté qui soutient le& citoyens d'une ^Ue assiégée et qui même, au besoin, gourmande les alarmes des femmes.
Écoutez, en effet, comment Étéocle gourmande ce chœur de jeunes filles épouvantées : « Pourquoi quitter vos foyers domestiques? pourquoi vous prosterner aux autels des dieux et faire retentir la ville de vos gémissem^ts? ces cris et ces alarmes afiaiblissent le courage des guerriers. — Pardonneznous, ô roi! répond le chœur; nous sommes venues sacrifier aux dieux, afin qu'ils nous protègent.
ÉTÉOCLE
c Au jour de ta guerre, c'est aux hommes qu*il convient de foire aux dieux les sacrifices qui leur sont dus. Les femmes doivent rester cachées dans leurs maisons.
LE CHCEUR.
« Nous avons entendu le bruit du combat, et nous nous sommes réfugiées dans cette citadelle, enlre les autels des dieux.
ÉTÉOCLE
c Gardez*vous donc, si vous voyez a|^rter ici des morts ou des blessés, de les accueillir par des gémissements* Mars aime à se repaître du sang des guerriers '. »
Voilà par quelles paroles énergiques et guerrières le poète, je me trompe, l'orateur excitait le courage de ses concitoyens. Aussi Eschyle, dans les Grenouil^ les d'Aristophane, se vante-t-il contre Euripide d Savoir fait de ses concitoyens des hommes généreux et braves, des hommes de quatre coudées, toujours prêts à servir l'État, c Et comment donc as-tu fait cela? r^ond ironiquement Euripide. — J*ai fait une pièce toute pleine de Mars, les Sept chefs demnl Thèbes. Nul spectateur n'eu sortait qu'avec la fureur de la guerre dans le sein.»
Mais la haine des deux frères, mais Jocasle et Antigone, mais les malheurs de la famille d'OEdipe, n'en esUl donc pas question ? Chose bissarre et qui déconcerte toutes les idées que nous nous faisons de la tragédie : ïes mallieurs et les alarmes de Thèbes assiégée intéressent Eschyle et les Athéniens plus
* U« Sepl eheft devanl Thè^, vers ui H4S pauim.
27Q LES f^iam ^NN^HIS.
que la haine d'ÉtéoclQ et de Polynice , ou la piété fraternelle d'Antîgou^. Ce qui noua «embl® Id sujet, et ce qui le iiera plus tard daos Euripide , n'est dans El^hyle qu'un épisode, Dans Ësobyle» Ëtéoole bail son frère ; mais cette haine, toute pro&mdd et tout implacable qu'elle est , ne 9e montre qu'un instant et cpmniâ un seQtimeqt qui m d<Ht pss longtemps reniplir la scène; tiéoch a éoout^ U tPécit presque épique que le messager lui a fait des gudrriers de l'armée ennemie, de liurs ^rnes, de leurs devises, d^ leurs menaces, et ii a luiniQéQie décrit les guerriers qu'il opposait i chacmi des gii^rriers ennemis* A cbaque nom qu'il a désig^, le éimWf rioterrom*pant, a prié les dieux de favoriser le guerri^ qui va défendre la patrie, I0 xmmg^ n'a «ocera daigné qye les si^ cbe& ennemîa qui doivent cfaAcuo atta«quer six port^ de Tbèbes, et tté^U n'a nommé encore que six chefs pour leur résister. U jEisste una septième porte. < Quel eislt l'enoemi qui l'attaquera ? ^ C'est votre frère, » dit la messager, Éféocle qui, par une sorte d'instinct haineux, n'ayait p^nt choisi de poste* Étéocle al<^s déclare que c'est à lui de ipombattre son firèra ; t Chef eo^e <^hef , ennemi conixe ^uiemi, fr^a «entre Irère, c'est imoi qu'il appartient de combattre. AppcHrtes-moi ma lance, mon bouclier* mon easqua * i • VoilÀ enfin cette haine et ce ombat qui doivent occuper la scène. Mais ici , chose ^iiange pour nous* ea n'est pas io^ caste et Anti^ona qui essi^ant d'arrêter Ëtéoele, non : c'est encore le cbosur qui, effrayé du fratotdda
* Les Sept ckeft devafU Thèbeê,,yM8 674.
qui ge f Fépare , él^e lu voif nu nom à» l*hamanité çt 6*oppose à pet aflreu?^ combat : « fik d'OEdipe ! le ^9pg qui coule entre les Thébaiw p9Ut s'ei^pier ; mais le meurtre de deux frères Y un par l'autre est un for&it que rieu n'efface ' . >
Aiasî f même à ce moment et quand la 4maa esA coipmaneé, c'est encore le chour qui a la rôle principal, c'cfst jle chodur qui remplaça iDeaata et ^tir gooe, la mère et la sœur ; il est la centra de ra^tion ; et torique, malgré aas prières at âei m9iéiu'4'Wi»9 s'est accompli entre les deux frères le fataj fii§i0)bal, c'est encore au chœur que le messager vient raconter la mort de Polyni(^ çjt 4*Étéoç)e. Antigène et Ismène alors, dans un dialogue vif et UHWbànt % m lamentent, il est vrai, sur le sort de leurs frères ; mais le chœur encore d'unitaux lamentations des deux sœurs
* Les Sept ckefi denani Thèbeê, wen 6T«.
' M. Delavigne a traduit avec «m ^lAgante précision les iaineotatioDi i'Antigone et d'fsBièae sur les corps t4o leurs frères :
ANVIGONB.
Éclatée, mes saoglolsl
ISMkllK.
Coalai , eooki , met plenn AJIfMOIfS.
Tu frappes et p^ris.
ittitoB.
Ëa immoiaMt tu «mut».
Son glaive te renverse.
Et BOUS toa i^iim il
Même âge.
Même saog.
272 l'Es FRÈRES ENNEMIS.
et les domine pour les contoiir, en rappelant la puissance des dieux, souverains dispensateurs du bien et du mal, et la malédiction i)aiernellc qui pesait sur la tête des fils ingrats. Nous n*cn(<*ndon:s pas seulement les gémissements de la douleur domestique : il y a une pensée plus haute qui se môle à ces lamentations particulières, la pensée de la justice; et, jusqu'aux derniers moments, les sentiments généraux prévalent sur les sentiments particuliers, Thymne remporte sur le dialogue, et le chœur sur les per* sonnages.
antigom;
Et bientôt même tombe.
O Mn$ milheorevi!
inkiiB.
Pl«>muénblei MMurt!
Eclttei mei tanglotsl
Coules , coulez y mes pleure!
ANTIGOnC.
Met yeu ee couvrent de ténèbres ; Mon cœnr succombe à ses tourments.
Ma voixj lasse de cris funèbres ^ S'éteint en sourds (Gémissements.
ARTICORB.
Quoi 1 périr d'une main si obère !
I8.VÈ?IB.
Quoi ! percer le cœur de son frère!
AHTIfiORB.
Ton» dent Taisqueurs l
MSKXfi.
Vaincus tous deux !
AKTICO^iB.
récit qui me dcsespcro !
Dans le théâtre moderne, le peuple ou la foule n'a point de rôle, et, lorsque par hasard on veut Ty introduire, il intéresse peu. Voyez, dans les drames qui ont pour sujet une conspiration ou une révolution, le peu d'intérêt qu'excitent les conspirateurs ou les révolutionnaires. Le théâtre moderne ne sait traiter que les passions des individus : il est embarrassé quand il veut représenter les passions ou les sentiments de la foule. Shakespeare, dans son Cùriolan et dans la révolte de Jacques Gade \ a essayé de représenter le peuple ; il Ta représenté dans
ISMÉNB.
O spectacle encore plue affreuxt
ANTIGOfIB.
Où les cnsercHr?
A e6t^ de leur pèn t Il fut iofortuné comme eux.
ANTIGORB.
O mon cher Polynice !
Étéocle, 6 mon frère!
BII8RMBI.I :
Kl nous , plus misérables sceurs !
Éclatez j mes sanglots!
ISMfalB.
Goukx, coqIcs, mes pleurs!
Cette belle traduction n'a pour moi qu'un défaut : M. Dobvigne a onUié le chœur qui, dans Eschyle, interrompt de temps en tempe lea plaintes des deui stturs ; et cet oubli est significatif. Entraîné par les habitudes de la tragédie moderne , M. Delavigne a cru que ces deux saurs , pleurant leurs frères morts., étaient les personnages principaus d'Eschyle.
I Henri VI, \V partie.
ee qu*il a de confus et de discordant : m sont des cris qui «^élèvent çà el là, ce sept des injuro^ qm succèdent à des flatteries , ee sont les irioissitudes tumultueuses d'une assemblée populaire. Mais dans Shakespeare même, ces sentiments divers sont es^ primés par des personnages particuliers qui se prèr tent au mouvement du dialogue et qui rttuiraent. L<*art de donner une voi^ commune et distinote à la fois aui^ grandes émationi de la foule, à la oe# 1ère, à la douleur ou au péril, cet art admirable semble perdu aveo le obmur antique et d^uls Eschyle. Là seulement, grâce à ce personnage collectif, la diversité s'accordait avec l'unité, et la confusion était ramenée à Tordre; là seulement le peuple avait une voix et une figure dignes de lui, c*est^-dire profonde et forte comme celle d'une foule, expressive et ferme comme celle d'un homme.
Le changement qui s'est fait dans la tragédie, l'ascendant que le dialogue a fini par prendre sur l'hymne, et les personnages sur le chœur, n'est nulle part plus visible que lorsqu'on passe des Sept chefs d'Eschyle aux Phéniciennes d'Euripide.
Euripide n'a pas voulu se priver du tableau que fait Eschyle de Thèbes assiégée par l'armée ennemie; mais il ne prend pas pour témoin et pour interprète de ce spectacle un chœur nombreux et alarmé : il pr^nd un des p^N'sonnoges qui tienn^fit le plus de place dans le drame, Antigone; et eesont les sentiments d* Antigone et son hésitation à faire des vœux pour les Thébains ou pour les Argiçn^, puisqu'elle a un frère dans Tun et dan$ l'autro camp,
ET AltTl€0!tS. S75
qui font rint&^él dû la scàtié. IM émôtioni» indiVtdu#llei de la mmkt rdmplac9&t les émotions générales du chcbur»
Avant de nous montrer dans Atitigone le personnage tragiquei la mur dévouée et géuéréttâë» Ëtinpide, qui prét« vohmtiem à fm penM>ânages une aimplicité et une naïveté un peu artifieieUed, nous montre d*abord la jeune fille qui m récrie de terreur et d'admif aliôn à Taspeet de la plaine étincelante d'annea «t de aoldats.
« divine flUe de Latone, Hécate, toute la plaine étincelle ooâiBie une maïae d'airain ^ >
G^IMudanti A Mv^r» la euriosité timide de la jeune fiUe qui, pour n&t i'anafe ennemie, est mon* tée» à Taide d*une échelle, sur le toit dô la maison, parait auM la tèâdrease de la sœuf . Ântigone cherche surtout à apercevoûr son frère Polynice; c'est lui que ses yeux essayent de découvrir dans la plaine , et, dès qu'elle Ta vU î « Ah f que ne puis-je, s*écriet-elle, telle qu'un nuage emporté par le vent, fendre Tair de maoounte rapide, voler aui^M de mon Arèré et serrer dans mes bras ce malheufouïc exilé! Ah qu'il est beau soUs ses armes d'or I il resplendit comme les jayona du soleil levant •» f
Ce cri de tendresse fraternelle indique ft la fois quel sera le camctère d' Antigone, et 'quel sera aussi le caractère de la tragédie d*Ëuripide. Nulle part, en effet, Euripide n'a exprima plus Vivement (a force et la grandeur de ces affections de famille qui tempè^^ vmi, par un contrasté tcmchànt, Thorreur d^s hâi«
' ïraJuclion de M. AKaud, t. I, poge 1 >5, 184f. ' ibid.y pag« S08.
nés fratûraelles. Il n'y a pas de frères qui se haïssent plus énargiiiuemeQt qu'Étéocle et Polynice; mais, en retour, il n*y a pas de sœur plus tendre et plus dévouée qu'Aniigone ; il n'y a pas non plus de mère plus touchante en son amour que Jocaste. Voyez, quand Polynice vient dans Thèbes pour avoir une entrevue avec son frère, quelle joie ressentait Jocaste et Antigone en revoyant ce fils et ce frère si longtemps absent : « mon fils ! dit Jocaste, enfin, après tant de jours si longs^ je te revois ! Entoure de tes bras le sein de ta mère ; que mes lèvres pressent tes joues, et que tes cheveux noirs ombragent mon sein ! Tu es donc enfin rendu à ta mère, contre tout espoir et contre toute attente ! Que pourrai-je te dire? Comment mes mains caressantes, mes paroles émues et cette folle joie qui me fait bondir auprès de toi, exprimeront-^Ues mon bonheur perdu que je retrouve enfin * î »
Alors s'engage entre ie fils et la mère un dialogue plein de la simplicité touchante des affections de la famille, plein aussi des idées particulièrement chères aux Grecs : je veux dire l'amour de la patrie et l'horreur de la terre étrangère. Les paroles ne se pressent pas confusément sur leurs lèvres comme cela se voit parfois dans les drames modernes, où les interjections renq>lacent volontiers les sentiments. Polynice exprime d'abord l'émotion qu'il ressent en revoyant, « après tant d'années, ce palais , ces autels des dieux, ces gymnases où il fut élevé* » Puis viennent les questions d'une longue ab-^
* TaJttclion iK* M. Artaud, pajo Si«.
sence : — Que fait son père ? que font ses deux sœurs ? gémissent-elles de Yexil de leur frère If Hélas ! tout est triste et gémit dans le palais d'OËdipe, Œdipe sur sea malheurs, Anttgone et Ismène sur la haine qui divise leurs-frères, Jœaste sur sa destinée^ puisque c*est à elle que se rattachent toutes les horreurs de sa femille. Cependant, parmi tous les maux de cette race, il en est un dont Jocaste n'a point encore d'idéev et qui l'effraie d'autant plus : c'est le mal de, rexil,c'e8t celui qu'a ressenti son fils Polynice. Elle connsuif tous les autres malheurs, elle les a soufferts; mais l'exil l voilà le malheur qui étonne et qui inquiète Jocaste : « Mon fils, lui dit-elle en hésitant, perdre sa patrie, est-ce un grand mal? — Oui, bien grand, ma mère, répond l'exilé, et plus grand à l'épreuve qu'on ne peut l'exprimer.