‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 49 sur 76 · LES JUMELLES DE CAHMJE · texte numérisé non relu

LES JUMELLES DE CAHMJE

le sein, et je veux me le percer sur le lit même où rinfibne m'a trompée, afin que vous voyiez tous que le repentir est égal à la faute... Ah ! vous avez raison de me vouloir morte, mon frère, et toi aussi, ma mère, qui as l'âme fière et généreuse, et qui me regardes avec des yeux tristes et sans pleurs. Toi seul, mon père, tu pleures : voudrais-tu donc nous voir vivre? Vivre, c'est faire vivre notre honte ; mourir, c'est la faire mourir. — Mourons donc, ma soeur, mourons hardiment, et retrouvons dans la mort l'honneur que nous n'avons pas su garder dans la vie.

PERINDA.

« Oui, mourons, ma sœur; et jamais l'appel de ta voix ne m'a semblé plus doux... Nous sommes nées ensemble; ensemble aussi nous mourrons... Venez, ma sœur ; je veux aussi me frapper sur le lit qui fut témoin de la faute , et qui le sera du châtiment.

PÉROLLA.

< Oui, vous mourrez de vos propres mains, mes sœurs; c'est un honneur dont je ne veux pas vous priver : votre repentir le mérite. Mais n'ensanglantez pas le foyer paternel et les dieux qui y président. Voici une fiole d'un poison que je gardais, non pour vous, mais pour moi, si, après avoir frappé Annibal, j'étais tombé entre les mains de ses compagnons. Prenez-le, Trasilla ; buvez-en la moitié, et passez-le ensuite à votre sœur.

TRASILLA.

« Je vous remercie, mon frère... Allons, ma sœur, je vous invite à boire avec moi {elle boit) ; prenez la fiole.

362 DE U. RIVAI.ITB ENTRE SflEURS.

PPKINDA.

« m Tf^çi aussi je bois ^t je sans en bmmi la froideur ijô l{i mari; qui pénètre jusqu'à roon oospr. tqi, ^iutepqdeur dont j'ai trajii la loi, reçois eonime Ufie. offrande ei^piaU>ire ee corps que j'im^qte sur tQQ aut^l { .

TRASILLA à Métrisca.

« Chère nourrice, voici bipntôt l'aurore que je ne dois pas voir; le poison gl^Q^ 1^ s^i^g de mes peines; viens ^vec moi : p'est toi qui arrangeras mou corps et qui me fermeras les yeux.

PERLNDA à Gelasga.

« EJt toi aussi, nourrice, viens avepmpi; aou^iensmpi, et dérobons ^ mon père le spectacle de n^a mort. ».

Jusqy'ici Autandra, leur mère, a dit k ppine qjjp)ques mPtSf ^lle sait que ses filles doivent i^ourir en réparation de leur déshonneur. Aussi les a-t-^Iles regardées et écoutées d'un œil sec; mais, quand elle les voit près de sortir ayec leurs nourrices pour £^ler mourir, % Non , je pe voudrais p^s , dit-elle , ypujs soustraire à la mort, quand môme j^ le paiirraiç, |1 faut réparer l'outrage fi^it à l'honiienr î^ ^ptre far miU^} et la mort seule pent le réparer. Mai^r je sqis mère» et c'est à moi de fermer les yeux à mas f]Ue^. Vpfiez dpnc, T^asilla et Perinda, vene? acaomfilir yptre devoir ; §t yous , wn fils , aile? v^us montrejr k vos concitoyens ; vous ne devez ni rpugir ni vouç cacher. »

4yec de pareils sentiments, la ^ère de& jumelles d^ Ç^pgue mépi\4\i d'ê|re I^ fmm ^^ viail Hom&li de Corneille.

LES JuiiifiLtes m GAPouB. teê

Anâaldo Geba d exprimé le nspentir deë d«ux jttinellés taimx que leur ri^lité et leur jalousie. Il ne montré pail assez comment cette rÎTaiîté insensée A

' causé leur perie^ Il en fait les victimes ë'Annibrvli qui, sur la foi de je ne sais quelle tradition, se trouve transformé dans la pièce en séducteur et en homme à bonnes fortunes ; mais il ne fait pas voir comment

. Trasilla et Perinda sont encore plus victimes de leur jalousie que des ruses d'Annibal. Ce n*est pas Tambition qui a aveuglé Trasilla et qui Ta empêchée de voir le piège que lui tendait Annibal; ce n*est pas Tamour non plus qui a aveuglé Perinda. Elles n*ont été aveugles que parce qu'elles ont été jalouses; parce que , dans la lutte de coquetterie qui s*est engagée entre les deux sœurs, chacune d'elles, au lieu de considérer où elle allait, regardait où allait sa rivale ; parce qu'enfin l'émulation de la victoire leur en cachait le danger. Cachées pendant longtemps dans l'ombre du gynécée et soumises aux lois d'une mère vigilante et sévère, l'imprudence de leur père les a jetées au milieu des fêtes et des plaisirs du séjour d' Annibal à Gapoue. II a voulu qu'elles parussent devant le chef carthaginois et qu'elles lui montrassent les grâces de leur chant et de leur danse. Elles l'ont fait ; mais leur vanité s'est enflammée ; elles ont voulu plaire au héros de la fête, elles ont lutté à qui plairait le mieux ; et c'est ainsi qu'ayant commencé par les penchants les plus naturels à leur sexe et à leur âge, elles sont arrivées à la passion qui les a conduites à la honte et au désespoir.

Touchante histoire, qui s'ouvre, comme l'histoire

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