DANS LES TRAGIQUES GRFXS
V Intrigue et V Amour de Schiller, Ferdinand défendant Louise contre son père qui veut h faire en* iermer comme une fille perdue ; « Mon pèi'e, dit-il, si VOUS avez quelque affection pour vous-même, point de violences ! il y a une région dans mon cœur où le nom de père n*a jamais pénétré : ne vous avancez pas jusque-là *. » Enfin, lorsque Ferdinand s*est empoisonné avec Louise afin de mourir avec elle, comma Hémon avec Antigone, quelle diflerence entre lô langage de ces deux fils, victimes tous deux de la cruauté de leur pèrel « Non, s*écrie Hémon, n'espère point que je la voie mourir ! Dès ce moment tu ne me reverras plus. Cherche des courtisans qui approuvent tes fureurs *. » — « Je ne vous dirai qiici j)eu de mets, mon père, dit Ferdinand ; ils commencent à avoir du prix pour moi. Ma vie m*a été perfidement arrachée, et arrachée par vous. Comment me montrerai-je devant Dieu? j'en tremble. Mais je n'ai ja-> mais été un méchant homme. Quel que soit mon arrêt éternel, il ne tombera pas sur elle; mais j'ai commis un meurtre {avec une voix terrible), un meurtre dont tu ne voudrais pas que je sois responsable devant le juge du monde : j'en rejette solennellement sur toi la plus grande, la plus effroyable part. Vois toi-même comme tu pourras te justifier {le conduisant près de Louise) \ tiens, barbare, repais-toi du fruit de ton habileté! La mort a écrit ton nom sur ce visage, et les anges exterminateurs le liront. Qu'une créature pareille à cette femme tire les rideaux de ton lit quand tu dormiras, et pose sur toi
' Édit. Charpentier, acic U^ sciae t.
' À^iqwM, Tors 7»r.
990 DE l'amoua
sa maiA glacée I Qu'une iigure cotntne ceUè^i se tienne devani ton âme quand tu mourras, et dissipe ta dernière prière! Qu'une figure comme eelle^i soit sur ton lambeau quand tu ressusciteras, ei près de Dieu quand il te jugera ' ! » >
Yoi^à Texpression différeiite de la pfifssioft du» l'antiquité et, ôbez les modernes y à Àthènesc où la liberté démocratique, au tetnps de Sophocle^ n'a eiuwe rien jôté à la sévérité des mcèurs domestiques } en ^Uemagnet où la passioti aime à se sentir yio^ lente, et où la té[te.échaufle le c<But.
Après les emporteipenis de Ferdinand, I4prè& ce fils qui meurt en maudissant son père^ la pièce doit finir; car les paasions étant arrivées au dernier degré de violence ^ ne peuvent plus trouver d'expressi<» qui les égale : il faut baisser le rideau. Dans 8o* phoclC) au contraire, c'est à ce moment de crise qu'intervient ce personnage hnpartial et juste qu'on* aj[>pelle le ch<Bur, afin de continuer l'action en la modérant et. en l'expliquant. Gréon,. aveuglé par sa colère» n'a point compris les paroles de désespoir qu'a laissées échapper son fils. Plus calme, leehœurles.a comprisesi et c'est lui qui va en découvrir le sens. aux spectateurs à l'aide d'un bymne où il ce*, lèbre, avec une sorte de terreur, .la puissance de l'amour ; . ,
< Amour, invincible amour, tu subjugues les puis* sauts et tu reposes sur les joues délicates de la jeune fille; tu règnes sur les mers et dans la cabane du berger; nul» parmi les dieux immortels ni parmi .
' Acte I, scène deiaière.
DANS LK& TRA&iaUBS GRECS. 331
les hoinmes éphéradrès, D^éetiappe à te» traits. Celui (}Qè lit possédés est en proie au (}éUre*
« Tu entraines les justè^ eux-mèmeft dsms je 4»rim€r; C'est toi qui viens de 9ecnei: la discorde dans une famille. Tout cède, à l'attrait des yeux d'une jeune fille; même au sein du pouroir, l'amour siège à côté dès lois ftuprâme». Venus, eette déesse invincibte, se joue de nous*. »
Tel est l'esprit de la tragédie antique dans Sopi>ôele et dansi Eschyle. Elle li'aâinel FlEilBoyjr que ôonmie nm âed formes de celte fatalité qui poaritoit les hoinmeiit et éomme un malheur qui Tfool^daiiâ Antl^nê, 6'ftj(niter îmx malheim myilérieox de lu ne& d^Œdipe^
En p«»sâ0t du théâtre grefc sur le tbéà^ m<H derne» rAntigoue devait duanger de cnràélère ^.de sentiments. CependSmitkjEes^ect delà tradition oom tint Ies^eAtrepris0s>du:|^i!lt:lDQderrie, et l'ainoar prit dans cette tragédie pheile pbwe que Sclpho^l^ M lui m aurait jamais donnée sans pbufrtaât y avoir la part qu'il mirait eue dans un sujet de ce genre,, traité pour la première fois par un auteur moderne. Ind^ quons rapidement quelques-uns des changements les plus caractâ'islîqiies.
Dans Sophocle îf n^y a pas de scène où ttémôn et Antigène s'entretiennent de leurs amours. Les habitudes de la vie antique s'opposaient à ces conversations M fi^équenies sur notre théâtre et dans notice société. Quand Jocmit^ dBXi» les Pkénkiennes^ af^ prend que ses deux fils sont prêta à <3ppilmttre Vm
' Vers 78 ij (laduction do M. Artaud.
33i DE l'amour
contre Tautre, elle appelle Antigone et lui dit de ta suivre. < Où donc, répond Antigone? Dois-je quitter l*appartement des jeunes filles?
JÙChSTE.
€ Viens avec moi vers Tannée.
AirriGONE.
« Ma pudéùr me permetrelle de paraître devant la foule?