‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 61 sur 76 · DANS LES TRAGIQUES GRECS · texte numérisé non relu

DANS LES TRAGIQUES GRECS

VeneXf rage, transports, si longtemps repoussés 1 Ce bourreau de son sang vous autorise assex.

Venei , et de sa tète arracbes la couroùne, Chassons d^autour de lui réclat qui Tenvironné, Faisons tomber son trdne et périr son £tat , Si lâche partisan d'un si lâche attentat ^

Voilà de grands mots; mais c*est rinconvénient des grands mots du théâtre moderne, que souvent ils ne sont pas suivis d'effet. Vous croyez qu*avec une pareille colère Hémon ne peut pas moins faire que' d'aller jusqu'à la révolte : non ; cet amant furieux se ravise, redevient presque bon fils et se contente d'aller mourir sur le tombeau d'Ântigone.

Ici encore nouvelle difTérence entre la tragédie grecque et les tragédies modernes. Dans Sophocle, un récit seulement expose la catastrophe des deux amants, \ntigone, enfermée dans la caverne où elle doit périr de faim, s'est pendue pour échapper à cette lente et misérable mort. Hémon a pénétré dans cette caverne, mais trop tard. Couché à terre près du corps de la jeune fille qu'il tient embrassée, il pleure sa fiancée et cet hymen de mort, le seul qui lui soit permis avec Ântigone. C'est à ce moment que Créon, converti par les menaces du divin Tirésias, arrive aussi pour sauver Antigone et son fils; il voit ce lamentable spectacle^ et, s'avançant vers Hémon, « malheureux, s'écrie-t-il, que fais-tu? pourquoi périr avec elle? Sors, je t'en supplie, mon fiis\ »Mais Hémon, lui jetant un regard farouche et détournant

' ÀfUigone, «cte V, scène t.

2 Sophocle, Aniifoné, vers ii tt.

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son visage sans répondre un mol, tird st)n dpée, et, trompant son père^ se plonge l6 fer dafis là [poitrine ; puis, plein d*amout eilcofe, il etnbfaâse de ses bras défaillants le corps d'Antigoite 6t t^ild le dernier soupir, appuyant son Viëagé pâlissant sur le visage décoloré de sa fiancée.

Spectacle aflreux, mais surtout triste drfet4es emportements désespérés de VamourI Aus&i Sophdcle en fait-il le sujet d'un récit, n'osant pas le montrer au spectateur. Rotrou, qui n'a pas les scrupules de l'art antique, ouvre hardiment à nos yeux Ce tombeau d'Antigoiie, et nous y fait voir Hémon se lamentant sur la mort de son épouse, comme Roméo sur la mort de Juliette *. La scène est touchante; malheureusement les sentiments n'y répondent pas : ils sont affedtés et prétentieux.

A lire la préface des Frères ennemis^ on doit croire que Racine, s'il avait osé, se serait volontiers absteiiu de nous entretenir de la tendresse d'Hémon pour Atltigone et d' Antigène pour Hémon ^ ; mais il a

* Beatt oorpa, Mnrés débris du çheM^ieatfe des élêtfi , Beaax restes d'Aniigoue, ouvres enror les yeui 1 Xeune soleil d'amour éteint en ton aurdroi M ssire, honore-moi cl'un seul regard encore, Arani ^ue je He saire en la nuit du (ombeau.

Chose ftingulière, cette scène d'un amaht ))learant sur lé (ombcaii de sa maîtresse merteon qu'il croit morte, et qui, depoti Shakspeare, n'a d'autres noms pour nous que ceux de Romée et de Juliette^ cette ecMe est uii destieux rohimuns du théAtro français au commeoceilifent du dis- •eptlème siècle. Elle t»t daiis lil Silvte cle Maifet et dans sa SUvanirû; elle est attssfdaÀs VlnMCvnié iii/idéiilé dé fcotrou.

. ' « L'amour, qui a d'ordinaire tant de part dans les tragédies , n'en a presque point ici ^ et je doute que je kii en donntsee ^lerantage, si c'était à recommencer ; car il faudrait ^ ou que Vnik dés deut fKMi» fût

DANS LË& TftAfitûUi» GRECS. S3S

Udé à; Tua^ge. Afitigono çx Hémm fi*miK)^t ^imk disent ^vae toutei^ len affétepîes du jaFgpp ^mPureMic, quoique Racine sftohe biep ( ai jg rpe mrs d^ ^n expression } qw « leur passion ge p^t ppoduipe que de médiocres eOets, » Pui^je, m affël, b^ai^up i»!intéres6ef am ph^grins de mv^V d^Hémoii» (^ <^t4 des malheurs de la race d'ÛEdip^f Héru9D il*A pas vu Autigoue depuis mv a», ayant suivi le parti de Polyoioe; il revient, a( s'enfa^aut evpe e))e;'iuai4 Antigoue veut le quittar trpp vite* Qmi I s'éi^ia Uémon,

Qqpl ! vous 0)6 refusez votre aimable présence Après un an entier de supplice et d'absence.

Ne m'avez-vous, madame, appelé près de vous, Que pour m'ôter sitôt un bien qui m'est si doux ' ?

Alfieri a retranché toutes ces fadeurs , at je lui en saisr gré. Mais , pour être moins galant qua dans ftacme, )'H^on d*AUieri o*en est pas plua grec* 8oB amour y qui s'aihale en menaces contre son père, ressembla à celui du Ferdinand de Schiller. & Mon père, s'épriert-il^ puisse la voix menaçante d*un fils désespéré desce»dre jusque dans toli cœur, la voiii

amoiireax, oa tous Ips deux ensemble, et quelle apparence de leur don<« ner d'autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupait lont entiers? On bien, il faut jeter l'anMmr ^ir un des seconds fersonaagM, eùmvoB )'«'i hH*j et aiocs teU» p«ssion^ qui ^^mni »am^e étn»f gàrf «Il tiijot, 9^ peut prodpive qfUï ^e médiupres cffçtf. fCp im lupt, j^ sqis persuadé ^i)c- les tend^'essfs fiw |os jalousicy des amants qç sauraient trouver que fort peu de place parmi les inceslt^s, les parricides et toutes tes autres horreurs qui composent l'histoire d'UHdipu cl de sa mâllreû reuse ramills. » VréfaM àn^Fi^et ennemiu

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d'un fils qui ne connaît plus de frein et à qui il eût mieux valu que tu ne donnasses pas la vie , car il peut te faire rq[)entir de ton présent ! » Et , comme Créon répond qu'il n'y a pas de voix au monde qui puisse lui dicter des lois, « Il y aura donc un bras dans le monde , s'écrie Hémon , pour renverser tes lois infâmes ! < — Eh qui donc ? — Moi ! »

Nous voilà loin du respect que l' Hémon de Sophocle conserve pour son père* L'amour qui entraine i'Hémon d'Âl6eri est*il au moins un amour qui nous intéresse, comme celui de Ferdinand et de Louise dans l'Intrigue et l'Amour? Hémon et Antigone savenUls nous émouvoir par leur tendresse mutuelle? Il n'en est rien. L' Antigone de Sophocle ne parle pas de son amour ; mais elle regrette de mourir, si jeune , et on sent qu'elle aime Hémon et qu'elle est digne d'en être, aimée. L' Antigone italienne n'a aucune de ces faiblesses qui touchent à l'humanité : c'est une héroïne altière et inflexible qui, lorsque Créon lui offre son pardon et en môme temps la main de son fib , repousse le pardon et l'hyménée comme une sorte d'outrage , et s'obstine , je ne sais pourquoi , à mburir. Hémon , de son côté , loin de s'étonner ou de se plaindre de cette dureté d' Antigone, lui déclare qu'il admire son refus magnanime et son généreux mépris. Soitl mais, en fait d'amants, je ne puis guère m'intéresser qu'à ceux qui veulent vivre ensemble , ou qui , du moins , veulent mourir ensemble. Or ici Antigone et Hémon, par magnanimité^ refusent de vivre ensemble, et, quand Héniori demande à son amante de lui permettre au moins de mourir avec elle, afin que la mort d'un fils soit

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