‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 46 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

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s'allaclie pas (oujours au malheur le plus vertueux, mais au inallieur le plus poélitiue. Ainsi, dans le Marc-Antoine de Mail et, quand nous voyons Antoine et Cléo|>âtre mourant ensemble et s'aimant jusqu'au dernier moment, nous oublions leurs vices, nous ne voyons que leur malheur et leur passion , qui nous touchent et jettent comme une ombre favorable sur les fautes t't les désordres de leur vie. Nous excusons Manon Lescaut et le chevalier des Grieux, parce que Manon aime sincèrement le chevalier et qu'elle meurt en l'aimant: comment serions -nous plus durs envers Antoine et Clcopàlre, puisqu'il y a là aussi un amour sincère et prouvé par la mort même? et comment l'honnête Oclavie, dont les malheurs ne viennent point de ses passions, mais de celles d'aulrui, pourrait-elle rivaliser avec cette infortune, qui nous émeut d'autant plus qu'elle se rapporte à toutes les tendresses bonnes et mauvaises de notre cœur?

Quand Oclavie paraît pour la première fois, quand elle s'adresse à Antoine et lui demande de se sauver lui-même, tandis qu'il en est temps encore, et de quitter Cléopàtre; quand nous entendons ses plaintes modestes, pleines de dévouement et de dignité, nous sommes tous pour Octavie ; le poëte lui-même est pour elle, j'en suis convaincu. Octavie regrette qu'Antoine ne lui ait pas permis de le suivre pendant la guerre *

Peut-êfre la beaiifé de votre Égyptienne

N'eût rien gagné sur vous, au mépris de la mienne :

J'étais pourvue encor de ces mémos appas

LE DiCVOLEMEM HANà LE MAT.IAf.E. 37?

Qae Tos ycu\ aulrcfo'.s ne mépris^reiil pas ;

Je vous portais «le pltis cotte parfaite amour Que je vous savdcrai jusqu'à mon dernier jour.

Mais ma présomption n'est pas si déréglée Que de persuader ? mon âme avcug!éc Que tout ce que j'ai fait ait dû vous attather, Ou qu'il me soit permis de vous le reprocher, Puisque c'est un devoir dont les lois d'hyménée Ne sauraient dispenser une épouse bi n née.

0 dieux ! si voire reine, une foi.- en sa vie, Éprouvait les malheurs dont la mienne est suivie, Je ne sais si son cœur, que vous croyez si hiut. Ne succomberait point dès le premier assaut.

C'est en l'extréaiilé des maux où je nie trouve, Qu'une parf ite amour se connaît et s'cproae. Mais pardonnez, seigneur, à mon ressentiment : La douleur en ceci m'ôte le jugement.

Puisqu'un lieu de songer au sujet qui m'amène, En blâmant son amour, je m'acqui -rs votre h line.

Ces paroles sont nobles et touchâmes; elles expriment à la fois le devoir et la teiidrc.-se conjugale; cependant elles ne louchent pas Antoine, et elles ne nous touchent pas longtemps nous-mêmes. Au cin']uicme acte, nous voyons Antoine mourant dans le mausolée oii CIcopâtre sVst enfermée pour échapper aux Romains, et où elle l'a reçu; no.is entendons les dernières paroles des deux aniui!s,cl alors nous passons de leur côte et nous oublions Oclavie. Antoine, que nous délestions au deuxième acte, quand

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il roictail durement les supplications d'Octavie, nous touclic lorsqu'il dit à Cléopâlre :

Vivez, si vous pouvez, pour vous et pour les 'vôtres; Je dis si vous pouvez, avec la dignité Et la comUtion où vous avez été.

Mais je sens que 'a mort les paupières me ferme, Et que ma destinée est proche de son terme. Pcnchcz-vous sur mon lit, approchez-vous de moi, Afln que mon esprit, plein d'amour et de foi, Passe sur vutre Louche au sortir de la mienne.

Cléopâtre elle-même nous émeut et nous intéresse. Décidée à mourir malgré les prières d'Oclave, qui lui promet un traitement honorable, elle s'écrie :

Attends donc, cher époux, sur le rivage sombre Que mon fidèle esprit aille joindre ton ombre. Il est temj s désormais que je donne, à mon tour, Un exemple de cœur, de constance et d'amour Voici, voici de quoi commencer cet ouvrage, Voici de quoi finir ma peine et mon veuvage.

Elle montre le vase qui contient l'aspic. — Donnez-lemoi, dit-elle, ce vase qui

Jle doit sauver l'honneur avec la liberté. Ne délibérons plus

Certes, entre Ociavie et Cléopâlre, si la poésie ou le cœur hujiiaiu était toujours conforme à la morale, le choix ne devrait pas être douteux. Toutes les vertus sont d'un côlé, moins la passion; toutes les fautes sont de l'autre, avec la passion. Mais, au théâtre.

LE nÉVOLEMF.NT OANS LK M.VlUACi:. 377

la passion l'omporle. L'amour volage, (juc le nom de CIcopâlrc semble lepiéseiilcr, a dans la mort de cellp reine impure un suprême moment de sincérité et de dignité. Ce monicul aijsoul et efface tout à nos veux.

SUITE DE L'aMOLR CONJUGAL. — LA VEUVE. — CORNÉLIE ET CLÉOPATRE DANS CORNEILLE.

Le personnage de CU'opâire a souvent figuré sur notre Ihcàîre, et Corneille l'a introduit dans la Mort de Pompéien l'opposant à Cornélie, la veuve de Pompée. En mettant, à côté de Ciéopâtre, une veuve chaste et fidèle, qui représente l'amour conjugal, moins le bonheur, et le représente par conséquent d'une manière plus grande et plus touchante, Corneille s'est bien gardé de tomber dans la faute qu'a faite Mairet. 11 ne représente pas Ciéopâtre mourante et fidèle par sa mort à la mémoire d'Antoine; il la représente ambitieuse et volage, telle qu'elle fut pour séduire César et ne le séduisant que pour se faire couronner reine d'Egypte à la place de Plolémée, son frère. Ainsi représentée, Ciéopâtre ne risque pas de nous attendrir : la coquetterie, rachetée par un dévouement suprême, ne dispute plus notre émotion à la fidélité du veuvage, personnifiée par Cornélie.

Comme ce qu'il y a de i)lus près de l'amour conjugal est la fidélité de la veuve, le personnage de Cornélie, dans la Mort de Pompée, relèverait, pour ainsi dire, notre théâtre de son infériorité à peindre

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