‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 7 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

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74 DE l'amour ingénu.

che plus vers Rousseau que vers Voltaire; mais il a beaucoup des préjugés des philosophes du dix huitième siècle. Le vieux colon qui raconte les aventures de Paul et de Virginie, fait sur l'immortalité de l'âme un discours où il n'y a pas un mot qui touche à la foi chrétienne ; Socratc ou Caton mourant pourraient parler ainsi. Il y a plus : le prêtre qui ligure un instant dans l'histoire de Paul et de Virginie, est un personnage dur et presque odieux; il ne parait que pour décider le voyage fatal de Virginie en France. Tout cela n'empêche pas cependant que, lorsque Bernardin de Saint-Pierre a voulu créer l'idéal de la jeune fille, telle que nous la concevons dans la société chrétienne, il a fait Virginie, c'està-dire une vierge chrétienne, qui aime sans cesser d'être chaste et qui, au dernier moment, renonce à la vie et à l'amour plutôt que d'oublier les scrupules de la pudeur.

DE LA POÉSIE PASTORALE AU COMMENCEMENT f'U DIX- NEUVIÈME SIÈCLE. — ANDrf. CHÉMER. — ATALA ET CHACTAS DE M. DE CH ATE AUBRI ANT.

1-a Révolution n'élail guère plus champêtre que le dix-huitième siècle, et la Terreur ne comportait point les tlouces et riantes peintures qui sont propres à l'idylle et à l'amoiu: ingénu. Cependant la Révolution et la Terreur avaient aussi le goût de la pastorale. Robespierre a fait des madrigaux ' , Saint-Just un poëme à'Organt, où il essaye çà et là de peindre l'amour ingénu ; seulement, comme dans la plupart des poètes et des romanciers du dix-huitième siècle, l'amour ingénu y touche de près au libertinage. L'organisateur des armées et des victoires de la Révolu-

' Voici un madrigal de Robespierre, cké dans les Àcles des Apàtret, t I, p. 10 :

Crois-moi, jeune et belle Oph^'lle, Quoi qu'en di^e le monde et nialgrî- ton miroir, Contente d'dtrc t»elle et de n'en rien savoir,

Garde toajours ta modestie.

Sur le pouvoir de tes appas

Demeure tonjoars alarmée ;

Tu n'en seras que mieux aimi'e,

Si tu crains de ne l'être pas.

76 DE LA POKSIK l'ASTOP.ALE

lion, Cnrnot, chante son retour à sa chaumière ' . C'est surtout quand on lit le programme des fêtes de la Convention, qu'on surprend de plus près le bizarre mélange que faisait l'esprit du temps, des violences de la Terreur et des douceurs de la pastorale. A la voir dans ses solennités populaires, la Convention semble tenir à la fois la hache et la houlette, le tambour qui étouffe les cris des suppliciés, et le galoubet qui fait danser les bergères. Mégère se déguise en Astrée; le loup se fait berger. Dans la fête de l'Etre-Suprême, « chaque membre de la Convention portait à la main un bouquet d'épis de blé, de fleurs et de fruits.... Au centre de la représentation nationale, quatre taureaux vigoureux, couverts de festons et de guirlandes, traînent un char sur lequel brille un trophée composé des instruments des arts et métiers.... Les jeunes filles jettent vers le ciel les fleurs qu'elles ont apportées, seule propriété dans un âge aussi tendre.... Une décharge formidable d'artillerie, interprète de la vengeance nalionale, enflamme le courage de nos républicains.... » Voilà le programme de la fête, où l'ordonnateur unit les piques et les fleurs, la vengeance nationale et la candeur des jeunes filles. La description que font les journaux du

Fuyoz, tumullucux désirs; Calme mes sens, tciulie verdure; Je ne veux plus d'autres plaisirs Que ceux de la simple nature.

Venez, venez, jeunes bergers, Entourez-moi, jeunes bergères; Suivons, dans de riants vergers, Les moeurs agrestes de nos pères.

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