PTOLÉMÉE
Si je suis ses conseils, j'en connais la prudence.
CLKOPATKE.
Si j'en crains les erets, j'en vois la violence.
LA VI-UVE. 405
PTOLÉMËE.
Pour le bien de TÉtat tout est juste en un roi.
CLÉOPATRE
Ce genre de justice est à craindre pour moi >.
Cornoille excelle dans s dialogues à la fois familiers et tragiques : familiers par le langage, tr.igiques par le sujet et par les personnages. Il sait que les princes ne sont pas tenus d'avoir toujours un langage majestueux , et qu'ils peuvent parler comme tout le monde. les intérêts ou les sentiments sont grands, les paroles sont simples; et ce contraste plaît à l'esprit. Cette familiarité surtout est charmante quand elle tourne à l'ironie, comme dans la scène que nous venons de voir. Corneille sait élever l'ironie sans effort à la dignité tragique ; dans Nicotiiède et dans Suréna, il en fait l'arme des héros persécutés. C'est par là qu'il mêle la comédie à la tragédie avec un art admirable, qui a même trompé parfois son temps et la postérité, étonnés et presque choqués de rencontrer le comique où ils cherchaient le tiagique, ne comprenant pas l'à-propos de ce mélange et s'en prenant au poëte de leur désappointement. Corneille, plus qu'aucun autre poôlo, a mis des contrastes dans ses tragédies, non pas seulement le contraste des passions , qui fait le fond nécessaire des tragédies, ou celui des bons et des méchants, de la vertu persécutée par le vice, mais le contraste de la grandeur et de la bassesse, qui,
' Acte II, scène ni.
<06 r)E l'amour conjugal.
selon une pocliqne étroite, est moins propre à la tragédie. Étendant le cercle du drame, c'est-à-dire de l'imilalion de la vie humaine, Corneille a mis sur son théâtre, comme dans le monde, des personnages petits et bas à côté des personnages grands et généreux : Félix, dans Polijeucte, à côté de Pauline, de Polyeucte et de Sévère ; Prusias, Arsinoé et Fiaminius, dans Nicomède, à côté de Nicomède et d'Attale; Ptoléuiéc et Cléopàtrc enfin, dans la Mort de PanipéCy à côté de Cornélie et de Césars