C. de Litt. — André CnÉMEH
La poutre unique transversale Portant le logis tout entier.
Immobile et laborieuse, Elle soutient, comme autrefois, La race inquiète et rieuse Qui se fie encore à son bois.
Elle ne rompt pas sous la ch; Bien que déjà ses flancs ouverts Sentent leur blessure plus large, Et soient tout criblés par les 1
Par une force qu'on ignore, Rassemblant ses derniers morceaux.
Le chêne au grand cœur lient encore Sous la cadence des berceaux.
Mais les enfants croissent en âge; Déjà la poutre plie un peu ; Elle cédera davantage :
Les ingrats la mettront au feu...
Et. quand ils l'auront consumée, Le souvenir de son bienfait S'envolera dans sa fumée :
Elle aura péri tout à fait,
Dans les restes de toutes sortes Êparse sous mille autres noms.
Bien morte; car les choses moites Xe laissent pas de rejetons.
Comme les servantes usées S'éteignent dans l'isolement.
Les choses tombent méprisées Et finissent entièrement.
C'est pourquoi lorsqu'on livre aux flammes Les débris des vieilles maisons, Le rêveur sent brûler des âmes Dans les éclairs bleus des tisons.
(Caen. — Brevet supérieur, 1899.)
Lï
Faire le commentaire littéraire et moral de ce morceau de Sully-Prudhomme, un Songe :
Le laboureur m'a dit en songe : « Fais ton pain; Je ne te nourris plus ; gratte la terre et sème. » Le tisserand m'a dit : « Fais tes habits toi-même. » Et le maçon m'a dit : « Prends la truelle en main. >
Et seul, abandonné de tout le genre humain Dont je traînais partout l'implacable anathème,
Quand j'implorais du Ciel une pitié suprême, Je trouvais des lions debout dans mon chemin.
J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle : De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle. Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
Je connu? mon bonheur, et qu'au monde où nous sommes Nul ne peut se vanter de se passer des hommes; Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.
(Poitiers. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1898.)
lu
Des poètes classiques et des poètes romantiques. Quelle différence y a-t-il entre les uns et les autres?
(Somme. — Brevet supérieur, Aspirants, 1888.)
lui
De la poésie; différence de la poésie et de la versification. (Gard. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1887.)
Jouffroy a dit : « La poésie lyrique est toute la poésie ; le reste n'en a que la forme. » Développez et appréciez celte pensée en rapprochant de Boileau les poètes lyriques du xixc siècle. (Lot-et-Garonne. — Brkvet supérieur.
Aspirants, 1880.)
Développez et commentez ce vers de Y. de Laprade :
La gloire est dans l'effort; qu'importe le suce' - '.
(Aix. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1808.)
Quel est le caractère du mouvement littéraire qui s'est produit en France à l'époque de la Renaissance"? Quels sont les
(Gard. - Brevet supérieur. Aspirantes, 1887.
ses^S'pt TT de Sul^p^lhomme sur l'imagination,
ses attraits et ses dangers :
La rêverie est de courte durée:
Frêle plaisir que la raison défend Elle est pareille à la bulle azurée' Qu enfle une paille aux lèvres d'un enfant. Miroir limpide et mouvant, toutes choses ï font tableaux passagers et tremblants- Les monts lointains et les prochaines roses Et 1 miini se mirent dans ses flancs.
Mus il suffit que près d'elle se joue Une humble mouche, un flocon dans les airs- Et soudain crève et tombe et devient boue La vagabonde où brillait l'univers.
Tulle. - Brevet élémentaire. -Aspirantes, 1894.)
Vous justifierez, par des raisons morales et empruntée, à notre temps, votre admiration pour Corneille, en vo'us souve! nant de ces vers de Sully-Prudhomme :
Corneille, dans tes vers résonne, impérieuse
La formidable voix que ton art prête aux morts
Et la frivolité d'une race rieuse
Y sent comme un reproche éveillant un remords.
Ses jeux lui semblent vains sous ta parole grave
Ses querelles, hélas.' méprisables aussi.
A ses communs élans que la discorde entrave
Tu rouvres l'idéal comme un ciel éclairci.
La poésie au siècle d'André t'héiiier.
On convient volontiers que, si Ton ne tient pas compte des grands écrivains qui ont écrit en prose, comme Rousseau, Buffon, Diderot, André Chénier est le seul vrai poète du xvme siècle. Mais il faut craindre, en l'isolant trop des poètes contemporains, de rendre peu explicable le premier développement de son génie. Il n'a pas été un phénomène; il a grandi dans un certain milieu, et a subi certaines influences.
Réduire toute l'histoire de la poésie au xvm6 siècle à une antithèse entre Delille et Chénier, est facile, mais injuste. La poésie descriptive des Delille, des Saint-Lambert, desRoucher, n'est pas, en ce siècle, la poésie tout entière. Il est trop certain qu'elle a longtemps été en faveur, et qu'un siècle a la poésie qu'il mérite; que Delille, en particulier, mort au xixc siècle, a pu se croire jusqu'à sa mort le poète par excellence et même — illusion à peine croyable! — « le poète des champs ». Il n'était que le poète de quelques salons, où l'on prenait L'ingéniosité pour le L'énie. On s'y pâmait d'aise quand il trouvait une de ces périphrases aujourd'hui si ridiculement vieillies :
Du pommier neustrien ainsi le jus brillant Prodigue au moissonneur son nectar pétillant. Le boublon, froid rival de l'arbuste bachique, Entretient des cafés le babil poli tï Le feuillage chinois, par un plus doux - .
De h - - i tcèS.
Les cheminées, pour Delille, ce sont ces « longs canaux où pétille le feu » ; l'araignée devient
Un insecte aux longs bras, de qui les doigts agiles Tapissent nos vieux murs de leurs toiles fragiles.
On aurait beau jeu à s'égayer aux dépens de ce versificateur, c'est-à-dire de nos pères qui l'admiraient. Mais la poésie descriptive est le fruit sans saveur d'une civilisation extrême. Le siècle de Voltaire est avant tout le siècle de l'esprit, et le demeurera jusqu'à l'heure où Jean-Jacques rouvrira les sources du sentiment. Qui disait « le grand Rousseau » pendant toute la première partie de ce siècle, entendait dire Jean-Baptiste Rousseau. Jean-Baptiste avait entrepris de donner, dans ses odes, « une idée de la poésie de Pindare, dont tout le monde parle, et que personne n'a bien connue ». Il a prouvé seulement que lui-même connaissait assez mal cette grande poésie nationale et religieuse des Grecs, et il est tombé sous le coup de sa propre épigramme contre les pindariseurs qui s'écrient de sang-froid :
Je m'égare, Pardon, Messieurs, j'imite trop Pindare.
Cet écrivain satirique avait trop d'esprit et trop peu de foi pour laisser des modèles de l'ode sacrée. Mais il a laissé de beaux mots et de belles strophes. Les beaux mots, bien qu'on ne lise plus Rousseau, ne sont pas tous oubliés :
Le Temps, cette image mobile De l'immobile éternité...
Le masque tombe, l'homme reste, Et le héros s'évanouit.
Les belles strophes, là où le poète est le plus simple, le mieux soutenu par les souvenirs bibliques, sont comme un écho affaibli des strophes de Malherbe et de Racine. L'ode sur Y Aveuglement des hommes du siècle déroule avec plénitude une suite un peu lente, mais ample , d'harmonieux alexandrins. Ailleurs, dans ÏUde tirée du cantique d'Êzéchias, et dans la Cantate de Circé, les formes lyriques chères à Lamartine et à Victor Hugo chantent à notre oreille surprise.
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant; Au midi de mes années Je touchais à mon couchant :
La mort, déployant ses ailes, Couvrait d'ombres éternelles La clarté dont j<> jouis.
El dans cette nuit funeste, Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.
ANDRÉ CIIÉNIER 43
Grand Dieu, votre main réclame Les dons que j'en ai reçu? ; Elle vient couper la trame Des jours qu'elle m'a tissus :
Mon dernier soleil se lève ; Et votre souffle m'enlève De la terre des vivants, Comme la feuille séchée, Qui. de sa ti.se arrachée, Devient le jouet des vents...
Ainsi, de cris et d'alarmes Mon mal semblait se nourrir ; Et mes yeux, noyés de larmes, Etaient lassés de s'ouvrir.
Je disais à la nuit sombre :
« O nuit, tu vas dans ton ombre M'ensevelir pour toujours ! »
Je redisais à l'aurore :
u Le jour que tu fais éelore Est le dernier de mes jou
Sa voix redoutable Trouble les enfers :
Un bruit formidable Gronde dans les airs Un voile effroyable Couvre l'un/.
La terre tremblante Frémit de terreur; L'onde turbulente Mugit de fureur; La lui!- Recule d'horreur.
Ce ne sont, il est vrai, que les formes de notre poésie moderne; l'âme est absente. Mais c'est quelque chose qu'avoir contribué à façonner le moule où d'autres mettront leurs sentiments et leurs pensées. Un autre d'ailleurs, ne l'oublions pas, y mettait déjà une conviction plus profonde. On croit être juste pour le pauvre Lefranc de Pompignan, cette victime de Voltaire, lorsqu'on cite la strophe célèbre d'une ode qu'il a précisément consacrée à J.-B. Rousseau mort dans l'exil, et à ses « obscurs blasphémateurs ». Mais on en pourrait glaner dans ses œuvres plusieurs qui ne le cèdent pas à celle-là, par exemple celle où il peint Dieu dans sa gloire {Imitation du psaum
cm :
Ainsi qu'un pavillon tissu d'or et <i -