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Coup d'oeil sur la vie de Mme de Maintenon.
On juge souvent mal le caractère et le rôle de Mme de Maintenon, parce qu'on les juge d'après sa fortune, qui fut vraiment extraordinaire : la hauteur de cette fortune où elle s'est élevée comme par miracle fait supposer chez elle une égale hauteur d'ambition et d'intelligence. On est surpris, quand on la considère de près, de la trouver si inférieure, moralement, à l'idée qu'on se faisait d'elle. Elle a, certes, son originalité distinctive, mais surtout et peut-être uniquement comme «institutrice de la maison royale de Saint-Louis », titre modeste et fier, le seul qu'elle ait voulu faire graver sur son tombeau. Ce n'est pas par une antithèse artificielle qu'on oppose au merveilleux romanesque de sa vie la prudence bourgeoise de son caractère et la terne médiocrité de son rôle politique. C'est dans la prison de Niort que naquit Françoise d'Aubigné, probablement le 27 novembre 1635 ^ Son père, Constant d'Aubigné, fils indigne du grand Agrippa d'Aubigné, l'auteur des Tragiques, y était enfermé, et sa mère, Jeanne de Cardilhac, était venue l'y rejoindre. M. Gréard observe que jamais, dans sa correspondance, Mme de Maintenon ne nomme son père : « Ce qu'elle put connaître de sa vie fut certainement pour beaucoup dans la méfiance qu'elle professait à l'égard des hommes. » Plus digne d'estime, sa mère ne semblait pas tenir à inspirer l'affection : elle était froide, un peu sèche; si l'on en croit Mlle d'Aumale, Françoise d'Aubigné ne se souvenait
1. On n'a que la date précise de l'inscription de la naissance sur le registre de Notre-Dame de Niort. 2S novembre 1633. Le parrain est un la Rochefoucauld, cousin de l'auteur des Maximes.