Hervé, Discours de réception à l'Académie
2. Causeries du lundi, IV. Somaize a donne place à Mme Scarron dans son Dictionnaire des précieuses. « Stratonice est une jeune précieuse des plus agréables et des plus spirituelles. Elle a de la beauté, et est d'une taille aisée. Pour île l'es-
lance n'esl ; mérite ni
: it-elle à l'abbé Gobelin [mai 168 int, il y a
toujours mille fautes contre la grammaire; mais, a
n, il y a u: il qui esl ti es rare dans les éci ils
mes. Elle ne prétend poinl - faire de belles lettr
qu'elle écrit, '-t. s'il lui échappe q lelques traits vifs ou brillants, il faut lés attribuer à un beau naturel, qui même a été peu cultivé1. Les traits vifs et brillants n*aoj pas, il est vrai. Que l'on compare à la letti
sur la mort de Louvois (26 juillet 1691) ces quelques lignes incolores sur celte même mort et sur cell«- du fils d ■ 1 lis, Barl ieux :
i; n" lit que passer <■[ n'était déjà plus.
11 passa la gai inté, et il allait mourir... Il n'a
qu'un moment pourse préparera paraître devant Diru2. » Les
piquants ne sont pas plus nombreux, bien qu'on relève
;es d'un penchant à l'ironie. Parlant de Berwick
et de Villaxs, Mrae de Maintenon dira : « Ils ont très bien
ensemble, soutenus par l'espérance de se quitter bien-
i le début d'une lettre au maréchal deVilleroy(19mai
M. le duc de Villeroy me dit hier qup -t dans
l'avez fait l'honneur d .donne
tout le vinaigre qu. ttre : il y en a pour tout le monde.
La vivacité du mouvement, la fantaisie du ton, la profondeur des réflexions, le mordant et l'imprévu du trait, ce ne sonl point là, sans doute, les mérites de Mme de Ifaintenon écrivain. Elle n'a point d'imagination; le sentiment de la nature lui est tout à fait étranger. A peine s'aperçoit-elle que le jardin de Saint-Cyr« est eu sa beauté . Barèges, où elle doit accom- •r un fils de Mme de Montespan, lui semble un lieu plus
voit poblîqme er, iveur, ef tous ceux qui b conn
liai •! - plat enjouées personnes d'Athèi
■ ». qu ind elle c'aurait que les eonn ûs- . - - -• ■ elle y réussirait aussi bien quel
n - en n i - - 1 ■ . • 1. Lettres à Mme des i rsins, 27 janvier 1709, <-t au duc de Noailles, 1 *♦ j nillot
t. I. "r - 1 fabbesse de Fonterranlt, 27 septembre 1691, el au comte d
« afflretix» qu'elle ne peut dire; Bagnèfes, « un vilain endroit » ; elle s'y ennuie mortellement1. Avec tout cela, elle.voit les choses toujours avec netteté et les caractérise quelquefois avec force. Quand elle a, ce qui est rare, le loisir de décrire ou de raconter, elle sait fort bien esquisser un tableau ou un récit. De l'armée de Flandre, où elle a suivi le roi, elle écrit à Mm0 do Veilhant (28 mai 1692) :
Imaginez- vous, Madame, qu'hier, après avoir marché six heures dans un assez beau chemin, nous vîmes un château bâti sur un roc, qui ne nous-parut pas tel que nous pussions y loger, quand même on nous y aurait guindés. Nous en approchâmes fort près sans y voir aucun chemin habité, et nous vîmes enfin au pied de ce château, dans un abîme, et, comme ou verrait à peu près dans un puits fort profond, les toits d'un certain nombre de petites maisons, qui nous parurent pour des poupées, et environnées de tous côtés de rochers affreux par leur hauteur et par leur couleur : ils paraissent de fer, et sont tout à fait escarpés. Il faut descendre dans cette horrible habitation par un chemin plus rude que je ne le puis dire : tous les carrosses faisaient des sauts à rompre tous les ressorts, et les dames se tenaient à tout ce qu'elles pouvaient. Nous descendîmes après un quart d'heure de ce tourment, et nous nous trouvâmes dans une ville composée d'une rue qui s'appelle la Grande, et où deux carrosses ne peuvent passer de front; il y en a de petites où deux chaises à porteurs ne peuvent tenir. On n'y voit goutte; les maisons sont effroyables, et Mme de la Villeneuve y aurait quelques vapeurs. L'eau y est mauvaise ; les boulangers ont ordre de ne cuire que pour l'armée, de sorte que les domestiques ne peuvent trouver du pain ; les poulets en plumes valent trente sous, la viande huit sous la livre et très mauvaise : on porte tout au camp. Il y pleut à verse depuis que nous y sommes, et on nous assure que, si le chaud vient, il est insupportable par la réverbération des rochers. Je n'ai encore vu que deux églises; elles sont au premier étage, et on n'y saurait entrer que par civilité : on vous dit un salut avec une très mauvaise musique, et un encens si parfumé, si abondant et si continuel qu'on ne se voit plus par la fumée, et il y a peu de tètes qui y puissent résister. D'ailleurs la ville est crottée à ne pouvoir s'en tirer, le pavé pointu à piquer les pieds; et les rues étroites, où les carrosses ne sauraient passer, tiennent, je crois, lieu de '< privés »l pour tout le monde. Suzon assure que le roi a eu grand tort de prendre de pareilles villes et qu'il ne faudrait pas les plaindre2 aux ennemis.
Malgré l'horreur de cette description, il y a comme un air de gaieté, presque de vaillance, répandu sur toute la lettre, adressée d'ailleurs à une jeune fille de dix-huit ans, à celle qui, trois ans auparavant, avait joué le rôle d'Eslher dans la tragédie de Racine. Laissons passer une vingtaine d'années, le vieux roi ne sera plus le roi conquérant qui emporte Xamur;
1. Sur ce sujet, voir les lettres à d*Aubigné. 2S mai et S juillet 1 ' > 7 5 ; à l'abl>. Gobelin. 7 septembre 1077 ; à la duchesse de Ventadour, 16 juin 1715; à la marquise de Dangeau, 19 mars l T 1 r. .
■2. C'est-à-dire de cabinets d'aisances.
:-î. Les plaindre, les envier.
CnlRS DR LITTÉRATURE
• oi ?ain< . mis croi :ii pouvoii insulter
impunément, le chef de famille qui voit tomber autour de lui les jeunes pri I i dauphin meurt, el
de liarly, le i1 avril 1711, M1 de Maintenon écril Ursins uni m voudrait en avoir beaucoup
d'elle, longues, précises, ém raconte la maladie el II
moi t .lu | lis elle peint i cour après cet «'"
il toute une révolution :
ive
Madame, quand j'arrivai d Mon-
Bur un lit di - i une larnw
un tremblement de] d l'a la tête; Mme la du-
nti pénétrée, tous les courti-
iterrompo i *lotsel par les cri ~ qu'on entendait,
ibre à chaque moment qu'on croyait qu'il expi-
était entré trois ou quatre f^is avant que j'ai: nr voir
s'il n'y [uelque moment pour introduire le père leTellier, et pour
rue-onction. ! . roi vinrent. J'avais fail
: - . • Bur le chemin du coi,
air avec lui ;i Marly. Car il faut '1 ni que
l i ontinuellement entre le i"i.
irgogne et M. le duc de Berry. Le roi prit le premier i
c .M""' la duchesî prin-
uti : il voulut que j'eusse l'honneur mpagner.
i chemin de ne plus se contraindre et de pleu-
at; mais Une le put jamais. Mme la duc
: le cœur, el retombait dans un silence affreux. <">n
Mmc la duchesse de B - atre les deux écuries : elle vint bien
ura de n'y pas monter, étanl rempli de person-
lient de la ebambi tonseig et son premier devoir étanl
' de lui apprendre cette mort. Nous
Marly, où Ton ne nous attendait pas nne n'avait ce qui
lui était née - L'attendit avec le roi jusqu'à quatre heures du matin
qu'il alla se coucher.
: rendit l'esprit, tout son corps fut couvert . ce qui obligea L'entera morne. Il ne sera point ouvert,
: i otilhomme de la •
etdouze flambeaux raccompagneront, et, en arrivant
i mine toute grandeur!
• douleur ne nous a point empêcl r à colle qu'aura le roi
ipplier, Madame, de lui nommer mon nom dans
faire celte relui in»,
■ île $avoir ce détail que de l'ignorer; je n'aurai
donc point l'honneur d'écrire à Leurs Majortée. Cette lettre-ci me coûte trop de
. . issive bonté les porterait peutla dauphine vient ici tous les jours; M. le dauphin, M. le duc de -aille- do leur suite y viendront dimanche en le monde: ce sont des suites l>ien cruelles, el
qui renouvellent à chaque moment la douleur. Nous attendons ce soir la reine d'Angleterre; je ne sais si le roi viendra, car il est assez mal de ses vapeurs, et il n'a jamais eu la petite vérole, non plus que la princesse sa sœur.
M. le duc de Bourgogne est transi, pâle comme la mort, ne disant pas une parole, levant les yeux au ciel : il a écrit au roi une lettre fort touchante. M. le duc de Berry a eu une autre sorte de douleur; toujours près d'étouffer, il fallut le déshabiller à moitié dans la chambre de Mme la duchesse de Bourgogne.
Un passage de cette lettre nous apprend pourquoi Mme de Maintenon L'a faite si détaillée : c'est une relation destinée à être mise sous les yeux du roi d'Espagne, Philippe V d'Anjou, second fils du dauphin mort. Ici donc, comme partout, elle ne cède pas au plaisir de conter ce qu'elle a vu; elle accomplit un devoir. C'est avec de tout autres yeux que Saint-Simon observe cet événement, et avec de tout autres couleurs qu'il en peint les suites. Il est bien difficile de ne pas se souvenir de lui en lisant la lettre à Mme des Ursins; mais comment préférer l'un ou l'autre de tableaux si peu comparables, l'un tout moral et discret, l'autre tout en relief, étincelant de passion? Pour n'être pas un écrivain de génie, Mme de Maintenon n'en est pas moins un écrivain excellent. Elle est le témoin et le représentant le plus complet peut-être d'un âge nouveau de la langue, l'âge non plus de la vigueur originale et inégale, mais de la justesse, de la convenance, de l'urbanité. Elle ne trompe pas les demoiselles de Saint-Cyr quand elle leur assure que « le style simple, naturel et sans tour » est « celui dont toutes les personnes d'esprit se servent à ce moment du siècle, et c'est son propre style comme le style des honnêtes gens d'alors qu'elle définit en cette sorte d'axiome : « Le principal pour bien écrire est d'exprimer simplement et clairement ce que l'on pense1. » A cette fin du xvne siècle, le goût français s'affine et s'épure : on n'admire plus ce qu'on eût admiré autrefois, les belles déclamations du P. Mascaron qui divertit l'esprit sans toucher le cœur. « Son éloquence même choque les gens de bon goût, parce qu'elle est hors de place 2. » Le vocabulaire, en s'appauvrissant peut-être, se simplifie. Les expressions trop particulières, archaïques ou provinciales, disparaissent peu à peu. C'est bien rarement que chez Mme de Maintenon l'on en peut rencontrer une comme celle-ci : « Je n'arriverai que tard chez
1. Relation d'une visite de Mmc de Maintenon par deux élèves de la classe Lieue janvier lQJJo.