‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 136 sur 228 · I. A la classe reite, juillet 171o · texte numérisé non relu

I. A la classe reite, juillet 171o

.MADAME DE HAINTENON 53

suspects. Nous eussions mieux aimé partout le slyle comme la pensée de Mme de Maintenon. Mais, puisqu'il faut se contenter de la pensée, sachons-lui gré, non pas d'avoir voulu nous transmettre le fruit de ses observations (elle ne songeait guère à nous», mais d'avoir posé, pour quelques jeunes filles privilégiées, ces problèmes si délicats d'éducation que la démocratie moderne se pose à son tour, mais n'a pas encore résolus, pour toutes les jeunes filles de France.

Si l'on reconnaît à Mme de Maintenon ce mérite original, et il est difficile de le lui refuser, il importe assez peu qu'on aime ou qu'on n'aime pas sa personne, car dans son œuvre de Saint-Cvr il y a une part de vérité impersonnelle qui ne passe pas. Dès lors il n'est pas interdit de juger qu'elle a été une maîtresse femme dans le bon et dans le mauvais sens de l'expression. Le bon, c'est celui de Saint-Gyr; le mauvais, c'est peutêtre — en une mesure qu'il ne faut pas exagérer — celui de la cour. On sourit donc en toute sécurité de conscience en lisant le portrait spirituellement méchant que Doudan a tracé d'elle : « J'aime assez cette nature arrangée, compassée, comptant tous ses pas et gardant toutefois un certain laisser-aller gracieux dans le langage et dans les manières. Elle avait trouvé si peu d'aide et de bienveillance dans les autres à son entrée dans la vie, qu'elle s'était promis de s'occuper uniquement et le plus honnêtement possible de Mme de Maintenon. Elle a fait son chemin doucement, sans bruit, avec une infatigable douceur et une invincible persévérance. Elle a feint d'abord toutes sortes de bons sentiments, qu'elle a fini par éprouver. A l'envers de ce qu'on croit d'elle communément, je suis sur qu'elle valait mieux à soixante ans qu'à trente. Le monde, en ne voulant pas prendre intérêt à elle, l'avait forcée à se prendre exclusivement sous sa protection. Dès qu'elle a eu fait sa petite fortune royale, elle a vu que cela même n'en valait pas la peine, et elle est entrée fort sincèrement dans la voie du détachement. Pour se détacher, il est nécessaire d'avoir eu sa part dans ce monde. Elle a commencé par se la faire à elle seule puisqu'on ne l'y aidait pas, et puis elle a vu qu'elle avait fait une œuvre qui trompe, et, comme un bon esprit qu'elle était, elle a cherché sa part ailleurs, d'un air un peu triste et sombre, comme une personne fatiguée, qui a beaucoup et inutilement travaillé1. »

1. Lettre à Mme du Pasquet. Il octobre 1340. Doudan ajoute : « Voilà une justification perverse de Mme de Maintenon. »

Page 1