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Les évèques de Laon et de Noyon

4. Forlongè n'a pas d'ordinaire le sens de prolongé que Saint-Simon lui donne ici, mais plutôt celui de écarté, dans le style de la vénerie.

On l'a «lit av< - .1! y a quelque chose de sensuel dans . me joie que Saint-Simon caractérise lui-même toul autre de la définii : I

et éU plus vif, larmant, d'une jouissance la i>ln< >l>'in

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souvient que ces lignes sont écrites longtem] - a jouissance éprouvée, on admirera l'art ingé-

nieusement épicurien avec lequel Saint-Simon renouvel. volupté vindicative, aussi douce à savourer après trente ans qu'au premier jour. Et l'on n'aura pas besoin de se demander si c'est là le ton de l'histoire. Mais on ne pourra s'empêcher de faire en même temps une autre réflexion : c'est qu'un homme passionné à ce point et si absolument incapable de dissimuler ce un homme sincère. Dès lors, si notre défiance persiste (car l'erreur sincère n'en est que plus dangemenl persuasive , elle n'a plus un caractère dont Saint- Simon, s'il revivait parmi nous, pût s'offenser. Nous ne nous défioi lui comme d'un témoin peu loyal, qui a des-

sein de non- tromper, mais comme d'un témoin dépourvu de ! froid, et qui le premier se trompe. Contre les artifices de l'historien qui ment par intérêt nous devons nous mettre sans léfense; contre l'historien qui s'égare par préjugé ou passion nous avons moins de précautions à prendre : sa pas- . même chaque fois qu'elle éclate, nous avertit de ne pas la suivre, et plus elle se fait violente, moins elle nous entraîne. té à bride abattue qui rend à Saint-Simon les meilleurs au titre d'historien. Il est sincère pour lui-même comme pour les autres. Son œuvre est la plus subla plus objective à la fois qui soit dans notre littérature historique. Que son ■ moi de, cela ne fait pas doute; mais il s'y étale sans calcul, par un irrésistible besoin d'expansion. Point d'attitudes apprêtées, de rôle savamment composé : Saint-Simon est ridicule avec intrépidité, et furieux ir.C ' lui qui veut se faire connaître à nous : nous lissons dom . le connaissant, nous le jugeons, temps qu'il se reflète toul entier dans sou œuvre, : ju'il obseï stenl av< c lui. Non mais il ne sait pas, il ne peut

SAINT-SIMON nu

pas mentir. Il voit avec netteté et il traduit avec fidélité ce qu'il voit. En vain il sent de la sympathie pour les uns, de l'antipathie pour les autres : il ne pourra se retenir de m en lumière, chez les uns, même chez Vauban, même chez 1" duc et la duchesse de Bourgogne, les défauts près des qualités: chez les autres, les qualités qui compensent les défauts1. 11 n'a détesté personne avec plus de persévérance et de cordialité que Mme de Maintenon, la « vieille sultane ». Cependant le portrait de Mme de Maintenon, au moins dans le Parallèle, n'a rien qui repousse2. Chamillart est un incapable que Saint-Simon n'a pas épargné; mais il ne s'attache pas à le rendre odieux, et il sait l'accabler sans l'avilir :

C'était un bon et très honnête homme, à mains parfaitement nettes et avec les meilleures intentions, poli, patient, obligeant, bon ami, ennemi médiocre, aimant l'État, mais le roi sur toutes choses, et extrêmement bien avec lui et avec Mmc de Maintenon; d'ailleurs très borné, et. comme tous les de peu d'esprit et de lumière, très opiniâtre, très entêté, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes, et entièrement incapable de les entendre ; par conséquent dupe en amis, en affaires et en t"ut, et gouverné par ceux dont à divers égards il s'était l'ait une grande idée, ou qui, avec un très léger poids, étaient fort de ses amis. Sa capacité était nulle...

Quelques-uns, il est vrai, sont maltraités, sans nuances et sans trêve, par un juge qui semble un ennemi; mais, toute part faite à un petit nombre de rancunes personnelles, il faut se défier de ceux-là plus que de Saint-Simon. Sa malignité n'est pas méchanceté. S'il est, ou plutôt s'il paraît méchant, c'est qu'il s'est heurté à des âmes méchantes ou basses. Il a très vif et très élevé le sentiment de l'honneur, de la dignité individuelle ; les êtres qui rampent lui répugnent. Il est expansif et sincère; les êtres dissimulés et faux lui font horreur. Certes, il est trop prompt, cet honnête homme qui n'est pas sans faiblesses, à décerner aux autres le brevet de malhonnête homme. Quand il hait, on aurait tort de s'approprier sa haine, sans en avoir vérifié de très près les motifs. Mais quand il méprise, c'est que le personnage ne vaut pas la peine d'être haï. Il lui arrive de haïr et de mépriser à la fois; alors, la condamnation est sans appel. C'est mauvais signe d'être haï par Alceste et méprisé par Saint-Simon.

1. « Il a de la véracité jusque dans la violence, une véracité qui en quelque sorte ne dépend point de lui. » (Saihtb-Beovb.) — « En général le talent de Saint-Simon est plus impartial que sa volonté, et s'il y a une grande qualité dans celui qu'il liait, il ne peut s'empêcher de la produire... Il a beau être sévère et dur. il va des compensations. » (Chércel.)

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