‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 170 sur 228 · Lettre du 20 septembre · texte numérisé non relu

Lettre du 20 septembre

petit, défiant de soi-même, d'anéantir tout amour-pi générale de

mité hum il écrit 1" mol plusieurs fois), il la

lus la pratique, il s'applique plupi înce ei - contre Les travers ou les vices

.1 • La plupart . Le dur de Bourgogne a ap] :

le la cour et du monde. Jeune homme, préoccupé, n'être pas dupe, s'il en croit son ai pleur, ne se défiera-t-il pas de la plupart des officiers iux qui commandent sous lui ? Les portraits que I Ion trace de Vendôme, de Villars, même de Ëerwick, peuvent être vrais au fond, mais ne sont certes pas indulgents1. On comprend qu'à cette école l'héritier du trùne , trop porté au- - a distinguer entre lui et le reste de l'humanité, trop aujourd'hui à chercher la vertu parfaite en dehors des voies communes, ait pris ce caract- 1 • renfermé » que Fénelon noie à plusieurs reprises. Ce que l'orgueil du rang faisait autrefois la préoccupation du salut le fait aujourd'hui.

Il fallait pourtant préparer ce dévot à être un roi. Mais jusrits politiques composés par Fénelon dans ce but ont un caractère avant tout satirique et négatif, qui n'était pas fait pour rendre au prince ce qui lui manquait, un peu de confiance en lui-même, une intelligence plus sereine des besoins du présent, une vue plus nette et plus assurée de l'avenir. Ne parlons de cette lettre terrible anonyme) à Louis XIV, qui remonte au temps où Fénelon était encore à la cour, que pour observer combien elle est étonnante en ce temps d'idolâtrie monarchique. On a pu discuter la valeur morale du procédé; l'authenticité même du document a été mise en doute; mais nous avons le manuscrit de Fénelon, et, d'autre part, tout y trahit sa main, par exemple les phrases où il regrette que Louis XIV ait dédaigné la gloire paisible d'être le père de ses sujets et l'arbitre de ses voisins, où il lui reproche de tout rapporter à soi, comme s'il était le Dieu de la terre, alors que Dieu ne l'a créé que pour son peuple.

1. Il est vrai que le prince n"st pas mieux traité : une lettre où Fénelon trace « un portrait au naturel des défauts de M. de Vendôme , se termine ainsi : « Le .public vous aime encore assez pour désirer un coup qui vous relève; mais, si ce coup n /,.;,. La chose est dans vos mains. Pardon, Mon-

fou ; mais ma folie vient d'un excès de zèle... » Ailleurs sont bruits singulièrement blessants, par exemple que le prince boit avec excès.

FENELO.N 51

Quelle âpreté! quelle dureté pour le roi, pour ses ministres, son confesseur! Mais aussi quelle clairvoyance! quelle pénétration dans le jugement sur la religion du roi, qui ne siste qu'en petites pratiques superficielles! Quel douloureux regard jeté sur la France, ce grand hôpital désolé et sans provision! Ce n'est là pourtant qu'un éloquent pamphlet, et le duc de Bourgogne ne le connut pas. Au contraire, c'est pour le duc de Bourgogne, au moins en apparence, qu'est écrit V Examen de conscience sur les devoirs de la royauté. Au fond, c'est l'examen de conscience, ou plutôt l'acte d'accusation de Louis XIV. On croirait entendre, tantôt la confession humiliée du srand roi, tantôt un interrogatoire menacan-t, tantôt une comparaison dogmatique des lois de l'ancienne France et du régime qui a substitué aux lois le bon plaisir d'un seul.

Avez-vuus cherché à connaître, sans vous flatter, quelles sont les bornes de votre autorité? Savez-vous par quelles formes le royaume s'est gouverné sous les diverses races ? ce que c'était que les anciens parlements, et les états généraux qui leur ont succédé? quelle était la subordination des fiefs? comment les choses ont passé à l'état présent, sur quoi ce changement est fondé, et ce que c'est que l'anarchie, ce que c'est que la puissance arbitraire, ce que c'est que la royauté réglée par les lois, milieu entre les deux extrémités? Souffririez-vous qu'un juge jugeât sans savoir l'ordonnance, et qu'un général d'armée commandât sans savoir l'art militaire? Croyez-vous que Dieu souffre que vous régniez, si vous régnez sans être instruit de ce qui doit borner et régler votre puissance ? Il ne faut donc pas regarder l'étude de l'histoire, des mœurs et de tout le détail de l'ancienne forme du gouvernement, comme une curiosité indifférente, mais comme un devoir essentiel de la royauté... Vous savez qu'autrefois le roi ne prenait jamais rien sur les peuples par sa seule autorité : c'était le parlement, c'est-à-dire l'assemblée de la nation, qui lui accordait les fonds nécessaires pour les besoins extraordinaires de l'État. Hors de ce cas, il vivait de son domaine. Qu'est-ce qui a changé cet ordre, sinon l'autorité absolue que les rois ont prise ? De nos jours, on voyait encore les parlements, qui sont des compagnies infiniment inférieures aux anciens parlements ou états de la nation, faire des remontrances pour n'enregistrer pas les édits bursaux. Du moins devez-vous n'en faire aucun sans avoir bien consulté des personnes incapables de vous flatter, et qui aient un véritable zèle pour le bien public. N'ayez-vous point mis sur les peuples de nouvelles charges pour soutenir vos dépenses superflues, le luxe de vos tables, de vos équipages et de vos meubles, l'embellissement de vos jardins et de vos maisons, les grâces excessives que vous avez prodiguées à vos favoris ?

Tout est touché en passant : la justice vénale, les exactions des traitants, les enrôlements forcés, jus.qu'au sort affreux des galériens que l'on retient longtemps après l'expiration de leur peine. L'utopie, sans doute, n'est pas absente : où l'esprit de Fénelon triomphe, au contraire, c'est dans ce mélange

uni»]-: ! de 1 i « • u x commui

sur I- g

l'uto; Delon sent

ad vivement Le péril croissant pour la monarchie i

institution Lies, «inné cour qui

. avilit, enrichit à la foi? et appauvrit la noblesse :

::l. pendant qu'ils vivent, le royaume entier; en

- qu'ils ineurent, ils laissent leurs ramilles rui-

Vous leur donnez trop, et vous leur faites encore plus

- . Ainsi ceux qui minent l'État se ruinent eux-mêmes. »

qui propose a ce mal un remède inappli-

Lenv vos courtisans pour quelques années dans

ir raccommoder leurs affaires : apprenez-leur à

vivre avec frugalité..

lurail tort pourtant de croire que c'est l'utopie qui do- . peu suspect de sympathie pour Fénelon, M. Brunelièr.% a dit, avec beaucoup de raison, ce me semble : « En - que d'un sincère et vif désir du bien public, les s politiques de Fénelon témoignent, quoi qu'on en puisse diie, d'un remarquable sens pratique. Quand le Grand Daupliin mourut et que le duc de Bourgogne se trouva brusquement rapproché du trône, près de Louis XIV qui approchait de la mort, on put voir à l'épreuve si la politique de Fénelon n'était faite que de chimères. Les Plans de gouvernement, autrement dil 1 le Chaulnes* (1711), ne sauraient être assiï, sans doute, à une constitution moderne, mais ne sont pas moins . - îs de ressembler à l'État idéal de Platon, début, on est en présence de réformes trop radicales pour être entièrement pratiqua s.

Retranchement de toutes les pensions de cour non née

as le* meubles, équipage?, habits, tables. Exclusion de tout femmes inu comme les Romains. Renoncement aux

:its et jardins. Diminution de presque tous les appointements. Cessation de jubles emplois : faire résider chacun dans sa fonction. Supputation exacte de3 fonds pour la maison du roi: nulle augmentation, xte.

De même, des vues très neuves sur la liberté du commerce •s par un soupçon de déclamation, et le moraliste fait tort à l'économiste.

irises en forent jetées à Chaulnes et que les plans con I rirent 1 1 forme de tables sommaires.

FÊNELON 53

Lois somptuaires pour chaque condition. On corrompt par le luxe les mœurs de toute la nation. Ce luxe est plus pernicieux qta 1 profit des modes n'est utile.

Ailleurs, c'est le grand seigneur qui impose silence au libéral, et qui exige que les premiers emplois près du roi soient confiés aux seuls gentilshommes, que les ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel leur soient réservés. C'est l'archevêque qui règle les rapports de l'Église et de l'État, avec une netteté. du reste, et une indépendance d'esprit remarquables, malgré une défiance visible des principes du gallicanisme. Mais parmi les réformes proposées pour la justice, il en est qui étaient alors fort désirables. Enfin et surtout le chapitre intitulé Administration intérieure du royaume est d'un réformateur qui connaît les sources du mal et sait où il faut appliquer le remède. Fénelon y propose d'établir des états particuliers pour chaque province et des états généraux pour la France entière. Il est vrai que les états généraux sont composés « de l'évêque de chaque diocèse, d'un seigneur d'ancienne et haute noblesse, élu par les nobles, d'un homme considérable du tiers état, élu par le tiers état ». Mais il veut l'élection pleinement libre : « Nulle recommandation du roi, qui se tournerait en ordre ; nul député perpétuel, mais capable d'être continué. » Et il fait très large l'autorité des états sur toutes matières, et il leur accorde le droit de se proroger eux-mêmes indéfiniment.

e Autorité des états, par voie de représentation, pour s'assembler tous les trois ans en telle ville fixe, à moins que le roi n'en propose quelque autre. — Pour continuer les délibérations aussi longtemps qu'ils le jugeront nécessaire. — Pour étendre leurs délibérations sur toutes les matières de justice, de police, de finance, de guerre, d'alliances et négociations de paix, d'agriculture, de commerce. — Pour examiner le dénombrement du peuple fait en chaque assiette, revu parles états particuliers, et rapporté aux états généraux avec la description de chaque famille qui se ruine par sa faute, qui augmente par son travail, qui a tant et qui doit tant. — Pour punir les seigneurs violents.

Ces beaux rêves d'avenir ne devaient jamais être réalisés. Le duc de Bourgogne ne régna pas.

Hélas ! mon bon duc, Dieu nous a ôté toute autre espérance pour l'Église et pour l'État. Il a formé ce jeune prince ; il l'a orné ; il l'a préparé pour les plus grands biens: il l'a montré au monde, et aussitôt il l'a détruit. Je suis saisi d'horreur, et malade de saisissement sans maladie. En pleurant le prince mort qui me déchire le cœur, je suis alarmé pour les vivants. Ma tendresse

m'alarme pour vous et pour le Bon le duc de Beanviltiers). De pi

aimenl im;

1 aelon, atteint au plus vif de ses êchappei une plainte, on ne s'en étonm [ui étonne da-

vajii... :i pleurant ce qui est déjà le passé, il se

retenu m- si vi présent, vers l'avenir. Décidément,

il avait la tête plus ferme, il était plus politique et plus pratique, plus homme d'action qu'on ne l'imagine d'ordinaire, qu'aucun intérêt personnel ne pût is le rattacher

aux choses «lu gouvernement et à la conduite des atfaires , il ne cessa de b.-s suivre avec passion jusqu'à son dernier jour, et l'on ne peut lui reprocher qu'un désir intempérant de la paix, qu'il voulait avant tout et à tout prix.

Fénelon ne saurait être considéré comme un précur* seur de la démocratie. Il restait aristocrate au fond dans son disme, el par là on a pu le comparera Saint-Simon. Mais timents de Saint-Simon sont ceux d'un opposant lé, ses id luisent à bien peu de chose. On

le vit bien lorsque , sous la Régence, une occasion s'offrit à lui de les préciser et de les faire passer dans la pratiq;; contraire, si ce n'est pas sans exagération, ce n'est pas sans n non plus que les philosophes vantaient « le célèbre archevêque de Cambrai, si connu par ses maximes humaines de gouvernement et par la préférence qu'il donnait aux intérêts i la grandeur des rois -». Lorsque, en 1710, Fénelon jetait un triste regard sur l'état de la France, il trouvait pour le caractériser des paroles graves et qui vont fort loin.

Pour moi. si je prenais la liberté de juger de l'état de par les

morceaux du gouverne-mont que j'entrevois sur cette fron aclurais

qu'on ne vit plus que par miracles, que c'est une vieille machine délabrée qui va encore de l'ancien branle qu'on lui a donné, et qui se bri-

premier choc. Je seraû tout'' de croire que notre plus grand mal est que p voit le fond de notre état ; que c'est même une •

:.e vouloir pas le voir; qu'on n'oserait envi-rig.-r le bout de

es auquel on touche ; que tout se réduit k fera i . et à ouvrir

la main pour prendre toujou. ir si on trouvera de quoi prendre;

qu'il n'y a que le miracle d'aujourd'hui qui réponde de celui qui sera nécessaire

demain; et qu'on ne voudra voir le détail et le total de nos maux, pour pren-

m parti proportionné, que quand il sera trop tard...

Les peuples ne tirent plus en hommes ; el il n'est plus permis de compter sur

-~ vrjfr 171t.

./ V. eh. xvii.

FENÈLON 5o

ieur patience, tant elle est mise à une épreuve outrée. Ceux qui ont perdu leurs blés de mars n'ont plus aucune ressource. Les autre-, un peu plus i iculés, sont à la veille de les perdre. Gomme ils n'ont plus rien à espérer, ils plus rien à craindre.

On accable tout le pays parla demande des chariots ; on tue tous les chevaux de paysans. C'est détruire le labourage pour les années prochaines et ne laisser aucune espérance pour faire vivre ni les peuples ni les troupes. On peut juger par là combien la domination française devient odieuse à tout le pays.

Les intendants font, malgré eux, presque autant de ravage que les maraudeurs. Ils enlèvent jusqu'aux dépôts publics : ils déplorent publiquement la honteuse nécessité qui les y réduit ; ils avouent qu'ils ne sauraient tenir les paroles qu'on leur fait donner. On ne peut plus faire le service qu'en escroquant de tous côtés; c'est une vie de bohèmes, et non pas de gens qui gouvernent. Il parait une banqueroute universelle de la nation.

Il ne faut peut-être pas accepter sans réserve les idées ou plutôt l'expression des idées que Ramsay prêle à Fénelon sur le gouvernement civil1. Mais le fond de ces idées est certainement de Fénelon, et si tout préjugé aristocratique n'en a pas disparu, on n'y découvre rien, du moins, qui annonce un retour au moyen âge féodal. Fénelon n'y recommande aucune forme'particulière de gouvernement, car toutes sont également imparfaites, étant personnifiéesdans des hommes, et également bonnes, quand ceux qui gouvernent suivent la grande loi du bien public. Entre le despotisme des souverains, « attentat sur les droits de la fraternité humaine », et le despotisme de la multitude, puissance folle et aveugle qui se tourne contre ellemême, la sagesse consiste à trouver un juste milieu « dans une liberté modérée parla seule autorité des lois ». Mais les souverains, accoutumés à ne connaître d'autres lois que leurs volontés absolues, sapent eux-mêmes le fondement de leur puissance. « 11 viendra une révolution soudaine et violente, qui, loin de modérer simplement leur autorité excessive, l'abattra sans ressource. »

Ces vues profondes, mais éparses, ne constituent point un système parfait de gouvernement, même quand Fénelon s'efforce de les lier en faisceau. Mais il serait aussi injuste de les

1. Sur la question de la tolérance religieuse, voici le langage que Ramsay lui prête : « Sur toutes choses, disait encore Fénelon au prétendant à la couronne d'Angleterre, ne forcez jamais vos sujets à changer leur religion. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur. La force ne peut jamais persuader les hommes ; elle ne fait que des hypocrites. Quand les rois se mêlent de religion, au lieu de la protéger, ils la mettent eu servitude. Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre, et en tâchant de ramener les hommes par une douce persuasion. .

dédaig lire, i ceui qui voudraient trai

l'archeTêque de Cambrai en homme du xvii - . .1 suffirait

de faire o . lèle, au fond, à la foi catholique

el monarchique de tout son s le jamais il ne fait appel

à la raison pure. A ceux <jui ne rendraient pas justice a la

i sincérité de certaines aspirations libérales, il

con?i ppeler qu'avant lui Vauban et Boisguilberl

momistes, et qu'il est surtout, qu'il est

ment un politique, préoccupé des rapports du

de la nation.

•au mot de nation, qui sera répété avec tant de force et d'éclat au

'••rsail-

les et de la cour, sur laqu - ucentre l'attention des politiques à courte

aperçoit la foule de ceux qui travaillent, qui payent, qui souffrent el

qui meurent a la ; .urtisans au beau langage, aux manièi

s, regardent - ut le peuple. L'h

•Ion, comme de Vauban, sera d'avoir pensé '< eux, d'avoir mesuré leurs

souffrance à l'énormité des sacrifies que leur imposait le - !u, et

•mander qu1 nsultat tout au moins avant de les ei

aux d .1 famine el dit-il

-'. que la guerre n i isqu'ici que l'affaire du roi, qui est

ruiné . Il faudrait en faire l'affaire véritable de tout le corps de la

natio:.

I. Lettre an 'lue de Chevreuse, 4 août 1710. Fénelon ajoute : « Elle ne l'est que trop <l • la paix étant rompue, le corps delà nation se voit dans un

péril prochain d'être subjugué. De ce côté-là, rous avez un intérêt clair et sensiicttre devant les jeux de tous hs Français; niais, pour le faire, il faut au moins leur ; s mettre au fait. Hais, d'un autre coté, la persuasion est

difficile git de persuader à toute la nation qu'il faut prendre do 1

partout ou il en reste, et que chacun doit s'exécuter rigoureusement, pour empêcber l'invasion prochaine du royaume. Pour réussir dans un point si difficile, il : que le roi mit le corps de la nation en part du plan général 'les affaires, afin qu'elle »' iontairement de la manière la plus rigoureu-e et la plus

extrême sur ,ir à ce point, il faudrait

que le roi entrât en matière avec un certain nombre de notables ries diverses conditions et des divers pays. II faudrait prendre leurs conseils, et leur faire chercher en détail les moyens les moins durs de soutenir la cause commune. Il toute notre nation, une persuasion intime et constante que c'est la nation entière elle-même qui soutient, pour son propre intérêt, comme on persuade aux Anglais et aux Hollandais que leur chou et pour leurs intérêts qu'ils la font. Il faudrait que chacun crût qi qu'elle lit été entreprise mal à propos, le roi a fait dans

dépendait de lui pour la finir et pour débarrasser le royaume ; ion ne peut plus reculer, et qu'il ne s'agit de ri.-n moins que d'empêcher une totale invasion. En un mot, je voudrais qu'on laissât aux hommes 1

I râbles de la nation à chercher les ressources nécessaires pour \ .'i même, lu <rd au fait : aussi serait-

ce pont > que je roud entrer dans cet examen. Alors cha-

raît en soi-même : II D'est p la passé : il s'agit de l'avenir.

m qui doit se sauver Mle-méme : c'est à elle ■> trouver des for

trgeut partout où il y en a, pour le salut commun. « Il quoi l'on destinerait les fonds

Celui qui se rend un compte si exact du discrédit déjà commencé de la monarchie et qui entrevoit, sous les soumissions déjà hésitantes, la menace prochaine des ressentiments populaires, démêle avec plus "de pénétration qu'aucun de ses contemporains les causes premières des événements. Il ne s'agit plus ici des chimères du Tèlèmaque, qui n'ont peut-être été après tout que le caprice aimable d'une imagination riante. C'est la réalité toute nue que Fénelon découvre avec une sagacité impitoyable, et qu'il ose regarder presque seul, pendant que le gros du public continue à demeurer la dupe du mensonge des apparences. La royauté conserve encore un air de grandeur qui fait illusion, mais les pieds de la statue sont d'argile. Les abus que Fénelon signalait, et qu'on n'a pas voulu réformer, grossiront; l'irritation publique qu'il voyait poindre ira en grandissant, et, parmi les fautes qu'expiera un jour l'arrière-petit-iils du duc de Bourgogne, il y en a dont la responsabilité remonte jusqu'à Louis XIV vieillissant. Les événements n'ont que trop donné raison à Fénelon contre la toute-puissance. Disgracié et humilié pendant sa vie, il a eu après sa mort, comme beaucoup de vaincus, son jour de victoire1.

préparés, en sorte que chacun fût convaincu que rien n'en serait employé aux dépenses de la cour.

« J'avoue qu'un tel changement pourrait émouvoir trop les esprits, et les faire passer tout à. coup d'une absolue dépendance ù un dangereux excès de liberté. C'est par la crainte de cet inconvénient que je ne propose point d'assembler les états généraux, qui, sans cette raison, seraient très nécessaires, et qu"il serait capital de rétablir; mais comme la trace en est presque perdue, et que le pas à faire est très glissant dans la conjecture présente, j'y craindrais de la confusion. Je me bornerais donc d'abord à des notables, que le roi consulterait l'un après l'autre. »

Toute cette lettre est à lire. Fénelon y refuse nettement au roi le droit de >< hasarder la France sans la consulter ».

1. Mézières, article du Temps sur le Fénelon à Cambrai de M. de Broglie.

JilBLlni.nAPlIIi;

l EXTKS

Gosseli • ron, 22 vol. Lebel).

. >isis, Didier Dclagi Hachette).

LIVRES

Alembep.t h' . — ' E -• t III, Éloges des membres de l'Académie. Cf. GEtt r, t. H, 1821, in-S*, Belin.

; Versailles, Lebel, 1817; ithier, 183u. 4 vol. in-8«.

. !.• ne, in-8° Classiques populaires, 1889. Broglie K. di . — Fénelon à Cambrai; Pion et Nourrit, : BRUNBnÈRB Hachette, in-12, 2" série la nue-

relle du quiétisme . p. -~ // / e et Itérât ure; Calmann-Lévy, in-16, 1886 ; t. III, p. 149 ft 171. Cf. Revue tféj l>"". Ie* sept. 1*-

tresdu dix-septième siècle; Lecène, in-12, 1885; p. 197 à 2<J5.

FÉi-F-rz Di - —Jugements historiques et littéraires, iu-8°; Périsse, 1840,

in. — Fénelon et i m temps, 1863.

. — Art. de La Revue bleue, 31 oct. 1*74. et 2:j janv. -, . — Histoire de la littérature : II,

p. :, Gaume, in

un Abbé . —Histoire littéraire de Fénelon; 1867, gr. in-8°, Lecolfre.

. — L'Éducati ■ femmes; Hachette, in-12,

p.là1 Gierriek. — M " Guyon, sa vie, sa doctrine, son influence, thèse ; iu-8 \

Perrin, 1881.

jANFT. Fénelon; Hachette, in-12. I La Harpe. — Étage de Fénelon; 1771.

Martin Henri;. — Histoire de France, t. XIV.

||AURT. Éloge de Fénelon, couronné en 1771 ; veuve Kegnard, 1777, I! dea €Euvres{2 in-8°,Crapek-t, 1810), p. 25à43 et Merlet et LornuiAC. — Étudct littéraires sur les classiques français; Hachette, in-12. 1894; p. 420 ■■■ I

/ \/i le Bourgogne; Chamerot, 1862,

in-8"; chap. vu-.

Monty. — Monsieur le duc de Bourgogne; in-S°, thèse, 1844. Na ville. — Le Christianisme de Féne/on, in- 18, 1873, Fischnacher. Nisaro. — Histoire de la littérature française ; Didot, in-12, 10e éd., 18S3; t. III, p. 286 à 413.

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Ra.msay. — Histoire de la vie et des ouvrages de messire François de Salignac de la Mothe-F énelon ; Amsterdam, l'Honoré, 1727.

Sacy (De . — Variétés littéraires et morales; Didier, 1859, 2e éd. ; t. Ier, p. 61 à 75.

Sainte-Beuve. — Causeries du lundi; Garnier, in-12; II, 1 à 21; IV, 265, 266; V, 528, 531; VIII, 292; X, 19 à 54; XI, 421 ; XII, 254, 267 à 270 ; XIII, 108, 109, 298 à 300 ; XIV, 20.

— Port-Royal; Hachette, in-12. Cf. la table du t. VII. Saint-Simo.w — Mémoires, éd. Chéruel; Hachette, in-12. i86o; I. 176

à 192, 202 à 2:0, 381 : II, là 4 ; VI, 83 à 92, 299 : VII. 12:!.

Vii.lemain. — Discours et Mélanges littéraires, in-8°; Didier, nouv. éd.,

Voltaire. — Siècle de Louis XIV, ch. xxxi\\ et passim.

JUGEMENTS

n sent la force et l'ascendant de ce rare esprit, soit qu'il prêche de génie et ^ans préparation, soit qu'il proui) discours étudia el oratoire, soit qu'il explique ses pen- - - dans la conversation : toujours maître de l'oreille et du iix qui ['écoutent, il ne leur permet pas d'envier ni tant d'élévation, ni tant de facilité, de délicatesse, de politesse : on est assez heureux de l'entendre, de sentir ce qu'il dit, et comme il Le dit; on doit être content de soi, si Ton empoit réflexions et si l'on en profite.

La Bruyère, Discours n l'Académie.

L'archevêque de Cambrai était un de ces hommes rares, destinés à faire époque dans leur siècle, et qui honorent autant l'humanité par leurs vertus qu'ils font honneur aux lettres par .lents supérieurs; facile, brillant, dont le caractère était une imagination féconde, gracieuse, dominante, sans faire sentir sa domination. Son éloquence avait en effet plus d'insinuation que de véhémence, et il régnait autant par les charmes de la société que par la supériorité des talents; se mettant au niveau de tou> les esprits, et ne disputant jamais, paraissant même céder aux autres, dans le temps qu'il les entraînait. Les grâces coulaient de ses lèvres, et il semblait traiter les grands sujets, pour ainsi dire, en se jouant; les plus petits s'ennoblissaient sous sa plume, et il eût fait naître des fleurs du sein des épines. Une noble singularité répandue sur toute sa personne, et je ne sais quoi de sublime dans le simple, ajoutaient à son caractère un certain air de prophète. Le tour nouveau, sans être affecté, qu'il donnait à ses expressions, faisait croire à bien des gens qu'il possédait toutes les sciences comme par inspiration ; ou eût dit qu'il les avait inventées, plutôt qu'il ne les avait apprises ; toujours original, toujours créateur, n'imitant : jnne, et paraissant lui-même inimitable.

D'Aglesseau, (JEuvres, t. XIII.

Ce prélat était un grand homme maigre, bien fait, pâle, avec un grand nez, des veux dont le feu et l'esprit sortaient comme un torrent, et une physionomie telle que je n'en ai point vu qui y ressemblât, et qui ne se pouvait oublier, quand on ne l'aurait vu qu'une fois. Elle rassemblait tout, et les contraires ne s'y combattaient pas. Elle avait de la gravité et de la galanterie, du sérieux et de la gaieté; elle sentait également le docteur, Févêque et le grand seigneur ; ce qui y surnageait, ainsi que dans toute sa personne, c'était la finesse, l'esprit, les grâces, la décence, et surtout la noblesse. Il fallait effort pour cesser de le regarder. Tous ses portraits sont parlants, sans toutefois avoir pu attraper la justesse de l'harmonie qui frappait dans l'original, et la délicatesse de chaque caractère que ce visage rassemblait. Ses manières y répondaient dans la même proportion, avec une aisance qui en donnait aux autres, et cet air et ce bon goût qu'on ne tient que de l'usage de la meilleure compagnie et du grand monde, qui se trouvait répandu de .soi-même dans toutes ses conversations: avec cela une éloquence naturelle, douce, fleurie; une politesse insinuante, mais noble et proportionnée ; une éloquence facile, nette, agréable ; un air de clarté et de netteté pour se faire entendre dans les matières les plus embarrassées et les plus dures; avec cela un homme qui ne voulait jamais avoir plus d'esprit que ceux à qui il parlait, qui se mettait à la portée de chacun sans le faire jamais sentir, qui les mettait à l'aise et qui semblait enchanté, de façon qu'on ne pouvait le quitter, ni s'en défendre, ni ne pas chercher à le retrouver. C'est ce talent si rare, et qu'il avait au dernier degré, qui lui tint tous ses amis si entièrement attachés toute sa vie, malgré sa chute, et qui dans leur dispersion les réunissait pour se parler de lui, pour le regretter, pour le désirer, pour se tenir de plus en plus à lui, comme les Juifs pour Jérusalem, et soupirer après son retour, et l'espérer toujours, comme ce malheureux peuple attend encore et soupire après le Messie. C'est aussi par cette autorité de prophète, qu'il s'était acquise sur les siens, qu'il s'était accoutumé à une domination qui, dans sa douceur, ne voulait point de résistance. Aussi n'auraitil pas longtemps souffert de compagnon s'il fût revenu à la cour et entré dans le conseil, qui fut toujours son grand but;

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