C. de Litt. — fbhklôn {Diatog. sur l'éloq
KS DE Uï rÉRATl RE
: ■ perdre la liberté
. torels qu'elles reçus des princes...
i qui n'êtes qu'hoi Batterie vous tente d'oublier
l'hum.. lia que Dieu peut
:ïen contre lui. Troubler l'Église d.« il dans ce qu'il a de plus cher, qui • •■
ssible :
.Rois de la terre, vous vous >us reles persécu l vêlant, voua ne feriez que purifier
. pour elle la beauté de ses anciens joui liasance leur serait -ans qui ou garderait en vain les tilles, ne combattrait plus avec eux.
seulement les princes ne peuvent rien contr :nais encore
ils ne peuvent rien pour elle touchant le spirituel. qu*en lui obéissant. Il est vrai que le prince pieux et zélé est nommé « févéque du dehors » et le « protecteur des canon- dons que nous répéterons sans cesse avec
ns le sens modéré des anciens qui s'en sont s [ue du
dehors ne doit jamais entreprendre la fonction de celui du dedans. Il se tient . le glaive en main, à la porte du sanctuaire; mais il prend garde 'le n'y entrer api qu'il protège, il obéit; ii .nais il
n'en fait aucune. Voici les deux fonctions auxquelles il se borne : la pi
ine liberté contre tous ses ennemis du dehors, afin qu'elle puisse au dedans, sans aucune gêne, prononcer, d prouv- enfin abattre toute hauteur qui s' -nence
de Dk . le est d'appuyer ces mème^ décis [u'elles sont
: mettre jamais, sous aucun le les interpréter.
Quelque besoin que l'Église ait d'un prompt secours contre les hérésies et contre les abus, elle a encore plus besoin de conserver sa liberté...
rinces qui deviennent pas têtu tre très utiles à l'Église, pourvu
qu'ils se dévouent au ministère en esprit d'humilité, de patience et de prière.
L'humilité, qui e-t si nécessaire à tout ministre de3 autels, est encore plus
- ire à ceux que leur haute naissance tente de s'élever au-dessus du
-▼ou que la dignité temporelle ne vous est donnée que pour la
. lie. C'est pour autoriser le pasten: s âmes ju; la dignité électorale
celle de l'archevêque de Cologne. Ces! j< •>ur lui
faciliter les fonctions pas «our affermir l'Église catholique, qu'on a
attaché à son ministère d'humilité cette puissance si éclatante...
princes qui prennent, pour ainsi dire, l'Église sans se donner à :it pour elle I irdeaux et n>n des appuis. Hélas ! que ne coû-
tent-ils po'.r. p tint le troupeau, c'est du troupeau
qu'ils se paissent eux-m i ;x d-.-s péchés du peuple, les dons consa-
:. : peuvent suffire à leur faste et à leur ambition. QuVst-ce que i : Tre pas d'eux ! quelles plaies ne font-ils pas à sa discipline ! Il faut que :it eux ; tout plie sous leur grandeur. Les disinent à d'autres à énerver les saintes lois: ils ; ils ne veulent être que princes et maîtres...
long extrait d'un sermon peu connu était peut-être né-
cessaire pour en marquer la place à part dans l'œuvre de Fénelon. Tandis que Bossuet, vingt-six ans auparavant, dans son sermon de YXJnité de l'Église, plaidait la cause des rois très chrétiens et des « libertés de l'Église gallicane » en face de l'Église romaine, c'est la suprématie de l'Église romaine que Fénelon, moins gallican qu'ultramonlain, semble vouloir faire peser sur la tête de tous les princes. On trouve, d'ailleurs, dans ce discours autre chose que l'exposition d'une doctrine un peu absolue : la manière oratoire de Fénelon, cette succession de tableaux et d'exemples, l'idée qu'il se fait des devoirs paternels des princes envers « les peuples », surtout envers les petits; les cris de l'âme: « 0 pasteurs, loin de vous tout cœur rétréci ! Élargissez, élargissez vos entrailles ! » les vues morales souvent fixes ou profondes1, tout porte bien la marque du même esprit et du même cœur, mais avec un accent plus mâle ici que de coutume.
Si vous ne voulez qu'intimider les hommes et les réduire à faire certaines jetions extérieures, levez le glaive ; chacun tremble, vous êtes obéi. Voilà une exacte police, mais non pas une sincère religion. Si les hommes ne font que trembier, les démons tremblent autant qu'eux, et haïssent Dieu. Plus vous userez de rigueur et de contrainte, plus vous courrez risque de n'établir qu'un amour-propre masqué et trompeur... Pour faire aimer, il faut entrer au fond des cœurs ; il faut en avoir la clef; il faut en remuer tous les ressorts; il faut persuader et faire vouloir le bien, de manière qu'on le
t. « Il faut sans doute être docile pour bien obéir; mais il faut être encore plus docile pour bien commander. La sagesse de l'homme ne se trouve que dans la docilité. Il faut qu'il apprenne sans cesse pour enseigner... On ne trouve la vérité qu'en approfondissant avec patience. Malheur au présomptueux qui se flatte jusqu'à croire qu'il la pénètre d'abord! Il ne faut pas moins se de6er de ses propres préjugés que des déguisements des parties. Il faut craindre de se tromper, croire facilement qu'on se trompe, et n'avoir jamais de honte d'avouer qu'on a été trompé. L'élévation, loin de garantir de la tromperie, est précisément ce qui y expose le plus; car plus on est élevé, plus on attire les trompeurs en excitant leur avidité, leur ambition et leur flatterie. Mépriser le conseil d'autrui, c'est porter au dedans de soi le plus téméraire de tous les conseils. Ne sentir pas son besoin, c'est être sans ressource. Le sage, au contraire, agrandit sa sagesse de toute celle qu'il recueille en autrui. 11 apprend de tous, pour les instruire tous; il se montre supérieur à tous et à lui-même par cette simplicité. Il irait jusqu'aux extrémités de la terre chercher un ami fidèle et désintéressé qui aurait le courage de lui montrer ses fautes. Il n'ignore pas que les inférieurs connaissent mieux le détail que lui, parce qu'ils le voient de plus près, et qu'on le leur déguise moins... La correction ressemble à certains remèdes que l'on compose de quelque poison : il ne faut s'en servir qu'à l'extrémité, et qu'en les tempérant avec beaucoup de précaution. La correction révolte secrètement jusqu'aux derniers restes de l'orgueil; elle laisse au cœur une plaie secrète qui s'envenime facilement. Le bon pasteur préfère autant qu'il le peut une douce insinuation ; il y ajoute l'exemple, la patience, la prière, les soins paternels. Ces remèdes sont moins prompts, il est vrai; mais ils sont d un meilleur usage. Le grrand art, dans la conduite des âmes, est de vous faire aimer pour faire aimer Dieu, et de gagner la confiance pour parvenir à la persuasion. »
veuille librement et in dépendamment de la crainte servile. La force peut-elle peut-elle leur faire vouloir ce qu'Us De veulent pas? unes du peuple ne croient ni ne renient point t
an a.u'it et parait ronloir, chacun flatte, chacun point : au contraire, on hait d'anus qu'on supporte plus impa i contrainte qui ré'luit à faire - uice humaine ne peut forcer le retranchement le de la liberté d'un cœur.
Plus célèbre el plus fénelonien, pour ainsi dire, est le sermon tête de l'Epiphanie, le G janvier 1685, en pré- 55 i leurs de Siara. Fénelon est plus jeune; Le souvenir encore récent de ses premiers élans apostoliques, lorsqu'il rêvait d'aller évangéliser l'Orient, la présence d'en- - de cet Orient qui semble venir de lui-môme à la civilisation et à la foi, le lieu même où il parle, donnent à son éloquence quelque chose de poétique et d'inspiré. Vue sorte de vision d'un avenir heureux pour le monde nouveau, funeste à l'ancien monde, lui fournit sa division, qui est d'une clarté s usante :
Mais je sens mon cœur érnu au dedans de moi-même ; il est partagé entre et la douleur. Le ministère de ces hommes apostoliques et la vocation de ces peuples est le triomphe de la religion: mais c'est peut-être aussi l'effet d'une secrète réprobation qui pend sur nos têtes. Peut-être sera-ce sur nos ruines que ces peuples s'élèveront, comme les gentils s'élevèrent sur celles des Juifs à la naissance de l'Église. Voici une œuvre que Dieu fait pour glorifier son Évangile : mais n'est-ce point pour le transférer? Il faudrait n'aimer point le Seigneur Jésus, pour n'aimer pas son ouvrage ; mais il faudrait s'oublier soi-même, pour n'en trembler pas. Réjouissons-nou3 donc au -rueur qui donne gloire à son nom ; mais ré- :ts-nous avec tremblement. Voilà les deux pensées qui rempliront ce disconi
Le tableau des progrès de la foi dans le nouveau monde pe toute la première partie, qui est comme illuminée de L C'est là que se trouve le mot souvent cité : « L'homme , mais Dieu le mène. » L'allégresse de l'àme se communique au style, mais oe sait pas se contenir, et le mouvement oral . aère en mouvement lyrique.
reste-t-U? Peuples des extrémités de l'Orient, votre heure est venue... Qui son», ceux-ci qui volent comme les nuées? Vents, portez-les sur vos ailes!
Mi li, que l'Orient, que l?s ile3 inconnues les attendent et les regardent en silence venir de loin! Ou'. Is de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix, annoncer les biens le =alutet dire : « 0 Sion, ton Dieu ir toi!... >•
Peuples qui les vîtes venir, quelle fut d'abord votre surprise, et qui peut la représenter?... Nations ensevelies dans l'ombre de la mort, quelle lumière sur vos tètes !
A qui doit-on, mes frères, cette gloire et cette bénédiction de nos jours? A la compagnie de Jésus...
O Ciel, conservez à jamais la source d'une grâce si abondante... Frappe, cruelJapon. Empire de la Chine, tu ne pourras fermer tes portes...
La seconde partie du discours est grave et triste : à mesure que la lumière gagne l'Orient de proche en proche, l'ombre sur l'Occident se fait de jour en jour plus épaisse. Moraliste plus encore que théologien, Fénelon s'attache à caractériser l'invasion d'un orgueil, d'un égoïsme qui font dédaigner les vertus des ancêtres, le débordement du luxe et de la corruption. Lieu commun facile et complaisant? Non, mais pressentiment mystérieux, inquiétude presque prophétique d'un siècle nouveau que le siècle finissant déjà prépare. Il n'y a peut-être pas, dans tout ce grand xvne siècle dont on vante la sérénité, de page où la clairvoyance émue d'un orateur chrétien touche plus profondément notre àme. Bossuet saisit toutes les occasions qui s'offrent à lui de foudroyer les libertins, mais il y a des ruines prochaines sur lesquelles il ne peut pas ou ne veut pas arrêter ses regards. Ici, non seulement la catastrophe est prévue, mais il semble qu'on entend comme le bruit sourd de l'écroulement déjà commencé, comme le prélude de l'âge destructeur de la
L'orgueil a rompu ses digues et inondé la terre; toutes les conditions sont confondues; le faste s'appelle politesse, la plus folle vanité une bienséance : les insensés entraînent les sages et les rendent semblables à eux ; la mode, si ruineuse par son inconstance et par ses excès capricieux, est une loi tyrannique à laquelle on sacrifie toutes les autres ; le dernier des devoirs est celui de payer ses dettes. Les prédicateurs n'osent plus parler pour les pauvres, à la vue d'une foule de créanciers dont les clameurs montent jusqu'au ciel. Ainsi la justice fait taire la charité; mais la justice elle-même n'est plus écoutée... Sous prétexte de se polir, on s'est amolli pour la volupté, et endurci contre la vertu et contre l'honneur. On invente chaque jour et à l'infini de nouvelles nécessités pour autoriser les passions les plus odieuses. Ce qui était d'un faste scandaleux dans les conditions les plus élevées, il y a quarante ans, est devenu une bienséance pour les plus médiocres. Détestable raffinement de nos jours ! monstre de nos mœurs ! La misère et le luxe augmentent comme de concert... On ne connaît plus d'autre prudence que la dissimulation, plus de règle des amitiés que l'intérêt, plus de bienfaits qui puissent attacher à une personne dès qu'on la trouve ou inutile ou ennuyeuse. Les hommes, gâtés jusque dans la moelle des os par les ébranlements et les enchantements des plaisirs violents et raffinés, ne trouvent plus qu'une douceur fade dans les consolations d'une vie innocente ; ils tombent dans les langueurs mortelles de l'ennui, dès qu'ils ne sont plus animés par la fureur de quelque passion. E^t-
à nous ne -
..t sur • rte d'un déluge d'iniquité...
aie, une curiosité super:
•:iter de nouveaux monstres d*er-
: .. tout tombe, têul tombe comme par
••raéraires ont franchi les bornes, et on!
d douter d -t ce que nous entendons tous les jou; -
impiété tient frapper nos oreilles, et nous en avons le cœur déchir»'-. mjms dans ce qu'il» connaissent, il» Masphèment enfin ce jours: l'instruction augmente, et la foi di- : vie de Dieu, autrefois si féconde, deviendrait stérile, si Fin lelletremM ion, il la dissipe ;
Était-ce un appel à l'autorité vengeresse du « Salomon » chrétien ? Ce qui est certain c'est que, quelques mois après, L'édit i:iles était révoqué. Mais ce qui nous émeut ici, ce n'est pas le conflit de la religion orthodoxe et de l'hérésie (on en trou- /. Bossuet bien d'autres échos, et plus retentissants : Le trouble du prêtre qui prévoit, qui prophétise en termes d'une précision terrible, non seulement l'orage, mais le catame final : « 0 Dieu! que vois-je?où sommes-nous? Le jour ■ le la ruine est proche, ti l— temps s hâtent d'arriver. » Parla . -n, si intérieur à Bossuet par l'ensemble du génie oratoire, se relevé singulièrement. Non, sans doute, il n'est pas un Père de l'Église. • Bossuet, a dit M. Feugère, se pénètre de l'Écriture, Boui daloue s'en autorise, Fénelon s'en inspire. » Il est certain ! énelon a dans son éloquence quelque chose de plus indiviiluel, s'oublie moins soi-même, en un mot réalise moins commuent l'idéal du prédicateur chrétien. En revanche, s'il n'es! pas l'homme des temps nouveaux, si d'avance, au contraire, il en dénonce l'esprit tout profane, par son intelligence du temps où il vit, par sa divination du temps qui va venir, par nxiété même, il est plus près de nous.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Éd. Delzons (Hachette), Despois (Delagrave), Fougère (Delalain), J. Girard (Deîalain), Legoin;z (Garnier).
LIVRES
Féletz (De). —Jugements historiques et littéraires: in-8°, Périsse, 1840 ;
Feugère. — Bourdaloue, sa prédication et son temps; 1874, in-12, Didier; Ire partie, ch. ier et n.
Gibert. — Jugements des savants sur les auteurs qui ont traité de la
rhétorique; Paris, 1119; t. III.
Janet. — Fénelon: Hachette, iii-16, 1892 ; ch. x, p. 175 à 178. Gréard. — Précis de littérature, 5e éd.; Masson, 1887 ; p. 62, 63. Maury. — Essai sur l 'éloquence de la chaire; Crapelet, iu-8°, 1810: t. II.
p. 25, 43, 244 et 594.
Nisard. — Histoire de la littérature française ; Didot, in-12, 1883,
10e éd.; t. III, p. 297. Rollin.— Traité des études, IV, 2.
Sainte-Beuve. — Causeries du lundi ; Garnier, in-12, t. II. 19. 20; IX.
300; X, 19 à 55; XII, 256.
Villehain. — Discours et Mélanges littéraires; Didier, in-8°, nouv. éd.,
JUGEMENTS
I ■; l'Académie ren-
:it lt s principes les plus sains sur Fart d'émouvoir el de . Il y parle de cet ait en orateur et en philosophe; des rhéteurs qui n'étaient ni l'un ni l'autre l'attaquèrent et ne ratèrent pas : ils n'avaient étudié qu'Aristote, qu'ils n'entendaient il avait étudié la nature, qui ne trompe jamais.
1>'Alembert, Éloge & Fénelon,
Nous n'avons point de meilleur livre didactique, pour lés prédicateurs, que les 1 de Fénelon sur l'éloquence de la chaire. Toutes les règles de l'art y sont fondées sur le bon sens, sur le bon coût et sur la nature.
Maury, Notes sur Y Éloge de Fénelon.
Fénelon avait beaucoup réfléchi sur l'art oratoire et sur l'éloquence de la chaire; et ses études, à cet égard, se retrouvant dans trois dialogues à la manière de Platon, remplis de raisonnements empruntés à ce philosophe, et surtout écrits avec une grâce qui semble lui avoir été dérobée. Nous n'avons dans notre Langue aucun traité de l'art oratoire qui renferme plus d'idées saines, ingénieuses et neuves, une impartialité plus [■lus hardie dans les jugements. Le style en est sim- ■ aie, varié, éloquent à propos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savent tempérer la sévérité didactique. Cette production appartient à la jeunesse de Fénelon; et l'on y sent partout ce goût exquis de simplicité, cet amour pour le beau simple qui fait le caractère inimitable de ses écrits.
Villemain, Discours et Mélanges littéraires; Perrin.
La méthode prescrite et suivie par Fénelon de parler d'abondance et sans avoir rien écrit; cette méthode d'improviser un sermon, qui n'est praticable que pour un génie aussi facile que le sien, ne pouvait, même avec un pareil génie, produire des chefs-d'œuvre d'éloquence chrétienne.
De Féletz, Mélange*, t. III.
Les Dialogues sont une imitation du Gorgias de Platon, et Fénelon s'est heureusement inspiré de cette méthode de Socrate amenant peu à peu son interlocuteur, par la douce insinuation de la logique familière, à se dépouiller de ses préjugés et à se laisser surprendre en quelque sorte par la vérité. De la même façon que Socrate tire de Gorgias, par mille adresses de discours, l'aveu qu'il n'est qu'un sophiste, Fénelon fait revenir l'interlocuteur de son admiration pour la méchante éloquence ; mais cette imitation est si naturelle, et les raisons que donne Fénelon sont si propres à l'objet qu'il traite et au génie de notre pays, qu'on peut regarder ces Dialogues comme un des ouvrages de critique les plus originaux dans notre langue. Nisard, Histoire de la littérature française, t. III; Didot.
Les Dialogues sur l'éloquence, sans être un traité de rhétorique méthodiquement composé, contiennent tous les préceptes de l'art, appuyés sur les principes des maîtres de l'antiquité et des Pères de l'Église, Platon, Cicéron, saint Augustin. Les interlocuteurs ne sont pas des dialecticiens de métier, ils suivent la libre allure de leur pensée ; mais ils se reportent sans cesse à leur point de départ : les défauts de l'éloquence mondaine et pervertie des prédicateurs contemporains; et jamais ils ne perdent de vue leur but : la nécessité de revenir à l'explication simple et efficace de l'Évangile. Fénelon ne veut même pas que l'orateur songe à être agréable; il ne doit rien dire que de profitable. Au terme plaire de la définition antique, il substitue le mot peindre, réduisant tout le plaisir de l'éloquence
COURS DE UTTl RAT1 RE
au charme utile (Tune description saisissante par son exactitude. Pour Lra< lui-même, comme il K. d i l'orateur quîl se propose de former, sa bouche parler selon l'abond son cœur. « J'aime La prose, disait \ pari int du style du 4 I tôrot, encore qu'un peu traînante. do dialogue donne à la |
ivacilé; et là où sa phrase se déploie, elle turelles, la moelleuse ampleur et l'onction du . loquence simple et touchant dont l'aimable écrivain voudrait préparer Le retour.
Gréard, Précis de littérature; Ifass
vu
. g .: sa réputation, est loin d'avoir l'intérêt
et l'ag le la Lettre à V Académie. D'abord, la forme du
dialogue, il faut le reconnaître, malgré l'exemple qu'a donné Platon, est loin d'être favorable. Elle est longue, froide et monotone; presq une n'y a réussi. Les trois personnages
aelon, A, 1'-. C, sont d'-s anonymes froids et ^ans couleur.
>ert presque à rien; B e>[ un naïf qui est étonné de tout. ' A qui parle tout seul, et qui serait plus inté-
•it s'il était réellement seul et qu'il eût condensé tout ce qu'il a à dire. L'interlocuteur ne sert qu'à faire quelques objections qu'un auteur peut tout aussi bien se faire à lui-même s'il le veut. Le fond de la doctrine, emprunté à Platon, est d'ailleurs très solide. Elle revient à dire qu il ne faut pas par-
•ur parler, plaire pour plaire, mais parler et plaire pour
uder, et persuader la vérité et le bien.
!i ette.
LETTRES
Les Dialogues sur l'éloquence, de Fénelon, sont, dit-on, un souvenir du carême de 1684, pendant lequel, réunis à Meaux, près de Bossuet, les abbés Fénelon et Fleury prêchaient tour à tour, sans autre préparation que la prière. Bossuet avait terminé alors l'éducation du dauphin, et le soin de son diocèse le prenait tout entier. Nous savons qu'il prodiguait à ses ouailles les homélies touchantes, mais nous savons aussi qu'il avait connu et connaissait encore une éloquence plus majestueuse. Lui aussi, il avait souvent critiqué, surtout dans le sermon sur la Parole de Dieu, la frivole éloquence des prédicateurs mondains, et y avait opposé la sobre éloquence des apôtres et des Pères, nourrie de la lecture des livres saints; mais, plus que Fénelon, il comprenait qu'à des temps différents ne pouvait convenir la même éloquence. Les Dialogues devaient donc à la fois l'intéresser vivement et l'étonner, peut-être l'inquiéter un peu. On suppose qu'il écrit à Fénelon pour lui témoigner son admiration sincère et pour lui soumettre aussi ses doutes.
Après un début tiré des souvenirs qui leur sont communs, il approuvera la doctrine générale des Dialogues, et la définition de l'éloquence, destinée à persuader la vérité et la vertu. Mais il n'approuvera pas sans réserve des théories comme celle de l'homélie familière et improvisée. Il opposera à cet idéal séduisant, mais dangereux, l'idéal de l'éloquence sacrée selon Bossuet.
Dans une seconde partie, on insistera surtout sur le second dialogue, où Bourdaloue, sans être nommé, est pris vivement à partie : « Il est très capable de convaincre, dit Fénelon; mais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et qui touche moins. 11 n'a rien d'affectueux, de sensible... Je conclus que c'est un grand homme qui n'est point orateur. » Plus loin, Fénelon attaque les divisions du sermon, qui auraient le double désavantage d'établir un ordre arbitraire et de nuire à la progression; par suite, à l'effet du discours. Bossuet justifiera Bourdaloue sans accuser Fénelon.'
En concluant il rendra hommage à l'éloquence, païenne ou chrétienne, des anciens orateurs. Mais il se refusera à croire que tout soit « barbarie » dans l'âge de saint Bernard et de
Gerson, comme à reconnaître que tous les prédicateurs du xviie siècle soient des successeurs si d ces grands
hommes.
Lettre de Bourdaloue à Fénelon sur le même sujet.
Il s'est reconnu dans le second Dialogue, et il accepte de bonne grâce quelques-unes des critiques que Fénelon lui adres
Mais il ne souscrit pas de même aux critiques dirigées contre l'emploi des divisions dans le sermon ; il en démontrera la né-
Autant que Fénelon il admire les homélies des Pères; mais il ne s'agit plus de convertir les infidèles, il s'agit d'affermir les fidèles dans une foi souvent chancelante; les élans du cœur ont dû céder la place à J'autorité de la raison.
En 1727, dans ses Observations, adressées à Rollin, qui avait loué les Dialogues sur l'éloquence {Traité des études, t. II, 1. IV, ch. vr. art. \, g 3 ; ch. n, art. 2, § 1 , un professeur renommé du temps, Gibert, avait émis des doutes sur l'authenticité de cette œuvre toujours attribuée à Fénelon. Rollin lui répondit, et Gibert dut abandonner sa conjecture. On ïeni la réponse dans laquelle Rollin démontre qu'on retrouve la penle style de Fénelon à chaque pas dans les D
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Montrer ce qui, dans les Dialogues sur l'éloquence de Fénelon caractérise surtout son génie et le goût du temps.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1871.)
Fénelon, dans son Sermon pour la fête de l'Epiphanie, est- il resté fidèle à ses doctrines sur l'éloquence de la chaire?' (Paris. — Leçon d'agrégation, 1875.)
La rhétorique de Fénelon, d'après les Dialogues sur l'élo- <2uence- (Paris. — Leçon d'agrégation, 1886.)
Examen de l'opinion de Fénelon sur l'usage de la mémoire dans la prédication.
(Paris. — Licence es lettres, oct. 1859.)
Apprécier et expliquer ce jugement de Villemain, qui, parlant des Dialogues sur l'éloquence de Fénelon, dit : a Le style en est simple, agréable, varié, éloquent à propos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savent tempérer la sévérité didactique. »
(Aix. — Devoir d'agrégation, 1885.)
Apprécier les jugements portés par Fénelon sur les orateurs C. de Litt. — fÉxNelon (Dialog. sur l'éloq.). 3
du wiie siècle et en particulier sur Bourdaloue dans Les Dw-
(Professora — Aspirantes.
Indiquer, d'après les Dialogues sur l'éloquence et la Lettre à . quelles étaient les idées de Fénelon sur l'art oratoire.
Seine. — Brevet supérieur. — Aspirantes, 1878.)
Que pensez-vous de ce jugement d'un critique contemporain1 sur les Dialogues et la Lettre ù l'A Ce sont les délas-
sements d'an homme d'infiniment d'esprit, mais de moins de goût peut-être, j'entends du goût peu sûr, et qui ne m'a pas l'air d'attacher lui-même une grande importance aux jolies choses qu'il nous dit ?
Comparer les idées de Bossuet, de Fénelon et de la Bruyère sur l'éloquence de la chaire.
Tracer le portrait de l'orateur idéal d'après Fénelon, en rapprochant les Dialogues et la Lettre à l'Académie.
La poésie ne diffère de la simple éloquence qu'en ce qu'elle peint avec enthousiasme. » Dialogues sur l'éloquence.) Définir l'enthousiasme différent de l'éloquence et de la poésie.
Étudier les i s Dialogues I et III relatifs aux éloges
%rt$, t. I'\ p. 1 t'i. Hachette.
funèbres et aux panégyriques, en se demandant si la doctrine de Fénelon s'applique à Bossuet.
Marquer par un exemple précis la différence entre un sermon de Bossuet et un sermon de Fénelon.
Platon et Fénelon. Dans quelle mesure l'idéal de l'orateur dans les Dialogues est-il platonicien?
Yillefranche-de-Rouergue. — J. Bardoux, impr.
Histoire du « Téléniaque ».
Parmi les œuvres si complexes de Fénelon, aucune n'est plus complexe que le Télêmaque. On conçoit sans peine quel étonnement causa aux contemporains le livre dont la première partie fut imprimée en 1699, chez la veuve de Claude Barbin, sous ce titre : Suite du quatrième livre de l'odyssée, ou les A tentures de Télêmaque, fils d'Ulysse. 11 était anonyme; car cette publication, due à l'infidélité d'un domestique, avait dû surprendre l'auteur lui-même, peu suspect d'impatience à faire éditer ses œuvres. D'ailleurs, le moment eût été mal choisi pour se faire honneur d'un pareil ouvrage ; c'est en cette même année que les Maximes des saints étaient condamnées parla cour de Rome et que Fénelon, relégué dans son archevêché de Cambrai, devait se soumettre. La publication du Télêmaque n'était pas faite pour alléger sa disgrâce. Avant que l'impression en fût terminée, on sut que le livre était de lui, et on fit saisir l'édition imparfaite.
Dire du mal du Télêmaque et de son auteur, ce fut alors une manière de faire sa cour. Selon Saint-Simon, le maréchal de Noailles, qui avait épousé une nièce de Mmc de Maintenon, disait tout haut qu'il fallait être ennemi de la personne du roi pour avoir composé le Télêmaque : c'est qu'il voulait remplacer près du roi le duc de Beauvilliers, ami de Fénelon. Mme de Maintenon n'essayait pas de défendre son ancien directeur spirituel. Dix-sept ans après, à Mm0 de Caylus, qui lui offrait le livre réédité, elle répondait sèchement : « Je ne me soucie point de lire Télêmaque. » La prévention fut si tenace que de Boze, successeur de Fénelon à l'Académie, garda le silence sur l'ouvrage