C. de Litt. — fénelon Jéléiiiaque
COURS DE I.lïTKKAïl RE
esl trop magnifique I ! imaque u'< si point bî
si pleine; la dialectique n'en l'ait point toute La force; elle a piut icrets el doux qu'il a t tribu
insinuation à Laquelle on ne peut ré-
1 il parle, ces manières naïves de i
, ration qui est un charme pour apaiser Les esprits
: i parole d'un jeune sage plutôt que celle d'un
s 11 parole de Fénelon Lui-même, avec « celte facilite
lante qui s'épanche sans s'épuiser1 », et à laquelle on
a pu appliquer ces Lignes charmantes de Chateaubriand dans
y Uchez:
[u*il faisait épronTcr n'était pas anesuccesai
tts paisibles il y avait d i sais
quelle tranquille harmonie, je lie douce lenteur, je no sais quelle
longueur de grâces qu'aucun ni rendre.
II ne songeait pas enfin et surtout à lui apprendre à écrire ; . à coup sur, il n'eût pu lui enseigner à écrire comme il lit lui-même, car jamais style ne fut plus individuel, et, l, plus inimitable, que Le style fénelonien. Parce que rien ou presque rien dans ce style ne ressort en relief, on peut is original. M Ne ker refuse à Fénelon l'honneur d'avoir perfectionné la langue: « Il a fait, dit-elle, harmonieux d'un assemblage de mots et de phrases connus. » C'est trop peu lui accorder vraiment. Si la langue nelon est, pour le fond, celle de tous 1 [ues, le ton
en sont tout nouveaux. Même quand sa phrase est lique, elle ne progresse pas, pour ainsi dire, en droite .me celle de Bossuet, par un mouvement plus ou moins i grave, mais réglé et dirigé vers un but qui n'est jamais i de vue; elle se développe plutôt par ondulations succesqui lentement s'élargissent, et donnent l'impression moins d'un cercle qui se resserre, comme est proprement la période, L'un cercle qui se dilate, s'ouvre et sans cesse s'infléchit. La phrase de Fénelon Laisse le souvenir, non d'une grande idée . ut -nient arc-boutée sur des idées secondaires, mais d'un sentiment qui se fond en nuances presque insensibles. Toutefois ce style qui glisse et qui coule n'est pas dépourvu de toute vigueui : sans prétendre à L'énergique concision d'un , d'un La Rochefoucauld, il atteint parfois à une simplicité sobre qui n'i ini effet.
Bar] É /■: 'Je Fénelo - - 1771.
TÉLÉMÀQUE 39
Un jour un lion affamé vint se jeter sur mon troupeau : déjà il commençait un carnage affreux; je n'avais en main que ma houlette; je m'avance hardiment. Le lion hérisse sa crinière, me montre ses dents et ses griffes, ouvre une gueule sèche et enflammée ; ses yeux paraissent pleins de sang et de feu ; il bat ses lianes avec sa longue queue. Je le terrasse : la petite cotte de mailles dont j'étais revêtu, selon la coutume des bergers d'Egypte, l'empêcha de aie déchirer. Trois fois je l'abattis; trois fois il se releva ; il poussait des rugissements qui faisaient retentir toutes les forêts. Enfin je f étouffai entre mes bras ; et les bergers, témoins de ma victoire, voulurent que je me revêtisse de la peau de ce terrible lion.
Partout où il ne faut que de l'imagination et du sentiment, Fénelon n'a point à craindre de rival. Il peint, et il fait voir ce qu'il voit; il sent, et, parce qu'il sent, il fait sentir. 11 est deux sentiments surtout qu'il pouvait inspirer au duc de Bourgogne : le sentiment de la nature et le sentiment de l'antiquité. 11 est vrai que ces deux sentiments n'en font qu'un chez lui : c'est h l'école des anciens qu'il a appris à voir et à peindre la nature, et il ne la voit, a-t-on dit, que d'après eux, à travers eux.
Assurément il ne peut comprendre ni décrire la nature comme le ferait tel poète moderne, ni même comme le faisait, un demi-siècle après lui, J.-J. Rousseau. Pourtant il avait le pressentiment de ces beautés nouvelles, celui qui, dans les Dialogues des morts, imaginait entre Ébroïn et Léger ce singulier dialogue :
ébroïn. — J'avoue que j'ai été fâché de venir ici; mais maintenant je suis assez content d'y être. Voici le plus beau désert qu'on puisse voir. N'admirez-vouspa3 ces ruisseaux qui tombent des montagnes, ces rochers escarpés et en partie couverts de mousse, ces vieux arbres qui paraissent aussi anciens que la terre où ils sont plantés? La nature a ici je ne sais quoi de brut et d'affreux qui plaît et qui fait rêver agréablement.
légbb. — Toutes ces choses sont bien fades à qui a le goût de l'ambition, et qui n'est point désabusé des choses vaines. Il faut avoir le cœur innocent et paisible pour être sensible à ces beautés champêtres.
Ses peintures, cependant, comme celles de la plupart des écrivains du xvne siècle, sont toujours un peu vagues. La grotte de Calypso est joliment « tapissée d'une jeune vigne qui tend ses branches souples également de tous côtés » ; mais n'essayez point de la reproduire par le dessin : vous seriez arrêté par l'incertitude de maint détail, ou parleur invraisemblance; car ces prés semés d'amarantes et de violettes, ces lapis verts, ces bois touffus qui portent des pommes d'or, c'est aux bords de la mer qu'ils s'étendent. Mais nous sommes chez une déesse dans une île mystérieuse. Voyons donc, au livre suivant, la
g DE LITTERATURE
ilion de ' seul trait ; -vpte
mer . Ailleui s, rien que rdin délicieux, mais iblemenl - : ânes de
. jui jouent de la flûte e1 du chalumeau, l'v préfère une d'impie s, celle-ci, par exemple : Les
ttblaient -"avancer dan- la mer pour venir au-devant de non-... La mer grondail sourdement, et lia n'étaient ; lus que comme les sillons qu'on
• dans un champ labouré. » En revanche, Fénelon semble avoir pris aux anciens un certain sentiment de la vie uni- Ile, une certaine sympathie pour l'âme obscure des chose- ne, pour les funérailles d'Hippias, tombent
naissant les grands pins, les chênes, ces vieux enfants de s, les ormeaux, dont li -ont si
si ornées d'un épais feuillage, les hêtres, honneur des ez cette harmonie entre la joie des navigateurs et ta mer:
ncsdes rameurs -liaient pleins de joueurs de flûtes. Achit
ux accords de sa voix et de sa lyre,
- d'être entendus à la table des dieux et de ravir les oreilles d'Apollon . Une troupe de jeunes Phéniciens d'une rare beauté, et vêtus de lin lin
âne que la neige, dansèrent longtemps les danses de leurs pays, puis celles d'Egypte, et enfin celles de la Grèce. De temps en temps des trompettes fa- ttlir l'onde jusqu'aux mages éloignés. Le silence de la nuit, le calme de la mer, la lumit-re tremblante de la lune répandue sur la face
re azur du ciel semé de brillantes étoiles, servaient dre ce spectacle encore plus beau.
On croirait presque lire du Chateaubriand. Mais autour de aisseau qui glisse mélodieusement sur les flots, Fénelon
groupe les Tril réides, toutes les divinités marines,
qui écoutent ravies, et cette mythologie n'est guère plus natu-
que celle qui peint de couleurs un peu empruntées le cor-
d'Amphitrite i [ue à l'éclatant" blancheur, aux
- d'or, qui vole a la surface des eaux p; isil es. 11 faut convenir que ces . s mythologiques, trop prodiguées, ont quelque chose de convenu et de froid, bien qu'après tout
leur nourri des souvenirs de l'antiquité ne se plaigne pas
s voir refleurir à chaque pas de sa lecture. Ce n'était pas
l'admiraient le moins les critiques du xvnr siècle. Rivarol
/ plus antique quel anciens ».
TELÉMAQUE 41
C'était, pour Maury, « celui de tous les ouvrages modernes qui a le plus d'analogie et de ressemblance avec les chefs-d'œuvre des anciens ». Après eux leur admiration fait loi : de Féletz y voit « un ouvrage tout à fait antique et dans lequel les anciens, s'ils pouvaient le lire, retrouveraient tout ce que Fénelon trouve dans les leurs1 ». De nos jours, au contraire, on est surtout frappé par les disparates de l'œuvre, et quelques-uns n'y voient qu'un pastiche agréablement faux de l'antique. Il faut s'entendre. Veut-on nier que Fénelon ait pu être un autre Homère? Gela va de soi. Les épithètes, les répétitions, les redondances homériques, ne suffisent pas à faire un Homère. El qui donc a jamais été, qui donc pourra jamais être l'Homère français? Dans la Grèce même, il n'y a eu qu'un Homère, et, chez les Latins, on sait à quelle distance de l'Iliade est demeurée ['Enéide, malgré la délicatesse et la profondeur du génie virgilien. Fénelon est plus virgilien qu'homérique : les personnages mêmes qu'il reçoit d'Homère, il les attendrit et les civilise : Philoctète, apaisé, rend hommage aux vertus d'Ulysse; Ulysse oublie sa duplicité traditionnelle, et, partant tout Troie, recommande à son fils enfant de pratiquer avant pour la sincérité : « Quiconque, dit-il, est capable de mentir est indigne d'être compté au nombre des hommes. » Çà et là quelques peintures rappellent la manière d'Homère si l'on peut dire qu'Homère en ait une), mais sans pouvoir soutenir longtemps la comparaison.
Pluton était sur un trône d'êbène : son visage était pâle et sévère, ses yeux creux et étincelants, son front ridé et menaçant. La vue d'un homme vivant lui était odieuse, comme la lumière offense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sortir de leurs retraites que pendant la nuit. A son côté paraissait Proserpine, qui attirait seule ses regards, et qui semblait un peu
1. « Je viens de le relire avec toute la maturité de l'âge. Cette fois, quelle im pression m'en reste-t-il ? Je le dirai avec la même franchise. Le Télémaque m'a apparu encore sous un jour tout nouveau; il m'a surpris comme si je ne l'avais jamais lu. Je ne crois pis qu'il existe au monde un ouvrage plus singulier, ou les contrastes se rapprochent et se heurtent davantage, quelque dissimulés qu'ils soient par un art prodigieux, un ouvrage plus chrétien et plus païen tout ensemble, plus sage et plus chimérique, plus ingénu et plus habile, plus naturel dans sa forme apparente, plus raffiné et plus calculé au fond, un ouvrage qui se rapproche davantage des anciens quand on le lit superficiellement, et qui s'en écarte plus quanti on en sonde les ressorts secrets. C'est le comble et le chef-d'œuvre de l'esprit; c'est le livre d'un grand poète, d'un sage, homme de génie, auquel il a manqué pourtant l'une des plus précieuses qualités d'un homme de génie, d'un grand poète et d'un sage, la candeur, la vraie simplicité d'àme, une certaine naïveté de bon sens qui fera le charme éternel d'Homère et de Bossuet. L'esprit a suppléé à bout; il est tout dans le Télémaque; le Télémaque justifie le mot de Bossuetlorsqu'il disait de Fénelon : Il a plus moi; il en a à faire peur. Toute la vie de Fénelon s'explique par le Télémaque, ses succès, ses disgrâces, son charme entraînant, et l'antipathie profonde qu'il inspirait à Louis XIV. » ^De Sacy.)
•t d'une beauté toujours n
■ • ux.
En i - . l'une
sensibilité toute virgilienne : la mort du iils d'Idomi d*Iphi : de Pisistrate, fils de i'Am-
phimaque, fonts g : ux morts, divinement pleurées par Vir-
. d'Euryale ou de Pallas. Et les métaphores el! sont toutes virgiliennes : Tel qu'un beau lis, au milieu charn racine par le tranchant de la eharrue,
laniruit et ne se soutient plus... Comme une fleur qui s'épanouit dans un champ el qui doit être coupée par le tranchant de la faux du moissonneur... Son teinl se flétrit comme une Heur que la main d'une nymphe a cueillie dans les prés... Sa bouche, plus vermeille que les roses dont l'aurore naissante sème l'horizon, '-'.rit... Philoctéte lui-même en eut pitié; tous les combattants gémirent... » Voilà, sans doute, une pitié plus virgilienne et chrétienne déjà qu'hoir
Est- : dire que Fénelon n'ait s^nti que cette antiquité déjà christianisée, qui trouvait un écho facile dans son âme délicate, sensible, et légèrement mélancolique? Non : seul ou presque
a ce siècle, qui parlait souvent de la Grèce et ne la comprenait pas toujours, il a été Grec au fond du cœur, Grec dansla mesure où pouvait l'être un contemporain de Louis XIV. J'ose dire qu'il l'a été plus que Racine. Profane ou dévot, poète ou historiographe, Racine volontiers regarde vers Homère, plus souvent eu - Euripide, poète beaucoup moins primitif,
mais ne perd jamais tout à fait de vue la cour du grand roi. Si, quoi que Taine en ait dit, ses personnages ne sont pas uniquement des courtisan- du xvn* siècle, ils sont un composé curieux et du Grec d'autrefois et du Français d'alors. Abbé, prélat de cour, bientôt disgracié, mais jamais ébloui par Je faux éclat de Versailles, ce □ : ma le Télémaque seule-
ment que Fénelon exalte Ithaque, sa pauvreté, sa vertu. I et souple, cette âme était capable, plus que toute autre peutêtre, de comprendre sous leurs aspects les plus divers, de concilier, dans leurs traits les plus inconciliables en apparence, et la simplicité de la société antique et la civilisation de la >derne; mai- cette imagination de poète et d'uto-
volontiers côtoyait la chimère, y plongeait mém<
- . d'autant plus éprise de la « naïveté >■ des
âges primitifs qu'elle réagissait avec plus d'énergie contre te faste trompeur et ruineux de l'époque. Télémaque, « c'est de l'antique ressaisi naturellement et sans effort par un génie moderne, par un cœur chrétien qui, nourri de la parole homérique, s'en ressouvient en liberté et y puise comme à la source; mais il la refait et la transforme insensiblement à mesure qu'il s'en ressouvient1. » Que cela est vrai! C'est une mythologie bien artificielle, semble-t-il, qui respire dans l'épisode idyllique et élégiaque tout ensemble de lajeunePholoé, fille du fleuve Liris, et de son fiancé Cléanthe, qui l'a délivrée « d'un serpent ailé» à qui son père l'avait promise, contraint par un oracle. Mais Cléanthe tombe sous les coups de Télémaque, Pholoé le pleure, la mythologie n'a plus rien ici qui choque, tant elle est naturelle et humaine.
Elle remplit de ses gémissements les bois et les montagnes qui sont auprès du fleuve; elle noya ses yeux de larmes, arracha ses beaux cheveux blonds, oublia les guirlandes de fleurs qu'elle avait coutume de cueillir, et accusa le Ciel d'injustice. Comme elle ne cessait de pleurer nuit et jour, les dieux, touchés de ses regrets, et pressés par les prières du fleuve, mirent fin à sa douleur. A force de verser des larmes, elle fut tout à coup changée en fontaine, qui, coulant dans le sein du fleuve, va joindre ses eaux à celle du dieu son père : mais l'eau de cette fontaine est encore amère, l'herbe du rivage ne fleurit jamais; et on ne trouve d'autre ombrage que celui des cyprès sur ces tristes bords.
C'est que la mythologie n'est que dans la forme, et que le sentiment est au fond, est le fond même. Philoclès, longtemps exilé, quitte avec regret la grotte où il a vécu heureux loin de la cour. Les adieux qu'il adresse à sa solitude sont tout fleuris de réminiscences mythologiques ; et pourtant qui n'en est touché?
« Hélas! disait-il, faut-il que je vous quitte, ô aimable grotte, où le sommeil paisible venait toutes les nuits me délasser des travaux du jour! Ici les Parques me filaient, au milieu de ma pauvreté, des jours d'or et de soie. » Il se prosterna en pleurant pour adorer la Naïade qui l'avait si longtemps désaltéré par son onde claire, et les Nymphes qui habitaient dans toutes les montagnes voisines. Écho entendit ses regrets et, d'une triste voix, les répéta à toutes les divinités champêtres.
Ame de lettré ingénu, qui ne fut jamais un « auteur » et ne connut jamais le procédé; âme de grand seigneur devenu