C. de Litt. — fénelon [Télémaque
i de Télémaqv • t Télémaque
oubli I indépendance. Il ne s'appartient
Lient à Mentor, in ment
à la d a Je ne suis point à moi, dit-il à Idoménée: les
lenl dans ma pati i Énée plus
:i moins ; . n'onl
Il sait « Laire un secret sans dire
sans affecter d'air mystérieux en gardant
- naturel et ouvert d'un homme quia son cœur sur ses
tssible et impénétrable même à ses meil-
- iinis, ce cœur n'avait « aucune réserve » pour le seul Mentor. Il ne ; r que ce qui est vrai: il ne peut souffrir d'autres louanges que celles qu'on lui donne en secret, loin de lui. et qu'il a véritablement méritées; même justes, si elles
ni données en face, elles éveillent en lui une sorte de ilvoudrail pouvoir se cacher »; mais il ne fuit pas, terche avidement, au contraire, les louang< - de .Mentor. Il raconte ingénum - tûtes, ses témérités, ses
ir Le dévouement et la prude Mentor, qui les a réparées. Il les raconte avec des s un peu complaisantes, et Mentor l'en avertit: Le plaisii - ous a entraîné. Quand est-
fue, que vo ts serez assez sage pour ne parler jamais par vanité? — ... Mais que ferai-je donc? continua Télémaque d'un I docile. — Apprenez une autre fois à parler
nient de tout ce qui peut vous attirer quelque louang . ndemain, Télémaque reprend son récit, mais en bais les yeux et en rougissant avec beaucoup de grâce ; et il a. doute, cette fois. Je désir arrêté d'être sobre, mais il ne l'est ' lui-même son maitre ne l'est pa^ beaucoup plus, lorsqu'il parle à son tour. nt, Télémaque raconte, • t Mentor expose.
Toutes ces qualités ont leur charme grave; ce qui manque un pe initiative et c'est l'élan. El ce que Mentor, ce
Lui-même aiment chez la fille d'Idoménée, An- . ce sont justement ces qualités mesurées, pondi i
maque,
de l'idéal dont il avait
i'in de* fdies. " Antiope est douce, simple et
lie prévoit de loin, elle pour-
TELEMAQUE 21
toute heure occupée et ne s'embarrasse jamais, parce qu'elle fait chaque cho>e à propos: le bon ordre de la maison de son père est sa gloire, elle en est plus ornée que de sa beauté. Quoiqu'elle ait soin de tout et qu'e Chargée de corriger, de refuser, d'épargner choses qui font haïr ,,. toutes les femmes . elles'est rendue aimable à toute la maison : c'est qu'on né trouve en elle ni passion, ni entêtement, ni légèreté, ni humeur, comme dans les autres femmes. D'un seul regard elle se fait entendre, et on craint de lui déplaire ; elle donne désordres précis; elle n'ordonne que ce qu'on peut exécuter ; elle reprend avec bonté, et en reprenant elle encourage. Le cœur de son père se repose sur elle, comme un voyageur abaltu par les ardeurs du soleil se repose à l'ombre sur l'herbe tendre. Vous avez raison, Télémaque, Antiope est un trésor digne d'être cherché dans les terres les plus éloignées. Son esprit, non plus que son corps, ne se pare jamais de vains ornements; son imagination, quoique vive, est retenue par sa discrétion ; elle ne parle que par nécessité ; et si elle ouvre la bouche, la doue suasion et les grâces naïves coulent de ses lèvres. Dès qu'elle parle, tout le monde se tait, et elle en rougit ; peu s'en faut qu'elle ne supprime ce qu'elle a voulu dire, quand elle aperçoit qu'on l'écoute si attentivement. A peine l'avons-nous entendue parler, a L'image, certes, est poétique, et, sur plus d'un point, elle traduit la pensée de Fénelon avec une fidélité aimable. Mais est-ce bien la personnification de la vie"? Cette activité si discrète, si pudique, si parfaite, qui semble finalement se perdre dans une sorte de béatitude silencieuse, ne rappelle-t-elle pas plutôt celle des ombres glissant avec mystère dans les bocages des champs Élysées sous les rayons de « la lumière douce et pure qui les environne comme d'une gloire, les pénètre et les nourrit •> ? Et quand, un peu plus loin, Fénelon nous montre Antiope apparaissant dans la tente d'Ido menée, la taille haute, les yeux baissés, couverte d'un grand voile, ne dirait-on pas un beau marbre antique sculpté de la main de Phidias ; Ce ne sont point là les conditions véritables de l'activité humaine l.
Par une visible antithèse, Fénelon oppose à « l'art des femmes flatteuses et passionnées» qui trouvent moyen, comme Calvpso, « de parler longtemps sans rien dire », le naturel discret des femmes qui parlent peu, et toujours avec un air de pudique réserve. Le livre s'ouvre par le portrait de Calvpso, où Fénelon a mis ses couleurs les plus vives; il se termine par l'esquisse du portrait d'Antiope. Cette figure d'Antiope, comme celle de Télémaque lui-même, est un curieux mélange de traits antiques et modernes. Elle a quelque chose delà femme enfermée dans l'ombre du gynécée, et qui se laisse entrevoir parfois, mais pour se dérober presque aussitôt aux regards; elle a quelque chose aussi de la vierge chrétienne. « Ce qui me touche en elle, dit Télémaque, c'est son silence, sa modestie, sa retraite, son travail assidu, son industrie pour les ouvrages de laine et de broderie, son application à conduire la maison de son père depuis que sa mère est morte, son mépris des vaines pannes,
l. 0. Gréard, l'Éducation des femmes pci' les femmes
1 j >rance même qui paratt en ( beauté.»
On nous l'appn a promettra jamais à personne,
ne prendra jamais ,'im liomn igné les dieux et qui n n
■ qui revient à dire, je pense, un ■■ hon-
qui ait de la religion : ou, plus simplement, un
Télémaqu et adroite adirer de l'arc, elle est com-
mais que son père, poussé par l'ar- Mentor, t'invite à chanter, elle le fait « pour ne pas i son père, mais avec tant de modestie et de Iris i voyait bien la peine qu'elle souffrait ssanl . N'y
a-t-il pas ici quelq ' L'embarras suffisait, la tristesse
i conçoit que Télémaque ait pour Antiope non - on. mais du goût, île l'estime, un sentiment paisible, tel qu'il sied au pupille de Minerve d'en ressentir. Que nous sommes loin de la vive et rieuse duchesse de Bourgogne, joie d'une cour morose! Et pourtant, comment song ger au duc de Bourgogne ?
I »• ruinait d'édncation. — L'éducation d'un adolescent. l 'éléiiiaiiue et le due de Bourgogne.
tère de Télémaque, dans le roman, comme le carac- I . gne dans la réalité, offre un double as- Ce duc de Bourgogne, que Saint-Simon nous peint si hautain et terrible, on sait que Fénelon L'avait transformé en tien pieux et scrupuleux, presque en saint1. Ce Télémaque, dont on vient d'admirer la vertu presque trop docile, s'il paraît humain, est « né dur » et ne nous laisse point oublier, pas plus qu'il n'oublie lui-même, « sa hauteur naturelle et son indifférence pour les hommes », sans doute pour nous permettre de mesurer en ses paroles et en ses actes les progrès dus à l'éducation. Bien lent et froid comme roman, le Télémaque, ;omme roman d'éducation, a sa valeur encore: valeur historique, puisqu'il éclaire pour nous L'éducation donnée par Fénelon à etdurable, puisque
jet véritable u*en ett pas seulement l'éducation d'un
tion du duc «le Bourgogne.
prince, mais celle d'un jeune homme qui devient un homme. Mentor semble s'appliquer à en mettre en relief l'intention pédagogique, fût-ce en lui sacrifiant L'autorité de la fiction romanesque : « car Mentor, qui réglait tous les moments de la vie de Télémaque, pour l'élever à la plus haute gloire, ne l'arrêtait en chaque lieu qu'autant qu'il le fallait pour exercer sa vertu et pour lui faire acquérir de l'expérience. » — «Les dieux vous aiment, dit-il à Télémaque, et vous préparent un règne plein de sagesse. Tout ce que vous voyez ici, est fait moins pour la gloire d'Idoménde quepourvotre instruction.» Déjà, dans les Fables, le précepteur promettait à l'élève toutes les grâces de l'esprit et du corps, pourvu qu'il adoucit son tempérament, qu'il aimât les hommes et prit plaisir à se faire aimer d'eux. La leçon qui sort des Dialogues des mort* est plus précise encore et plus complète ; certaines lignes semblent annoncer et caractériser d'avance le Télémaque, livre plus sérieux composé pour un esprit plus mûr.
achille. — La jeunesse est donc une étrange maladie!
chiron. — Tu voudrais pourtant encore en être malade.
achille. — Il est vrai; mais la jeunesse serait charmante si on pouvait la rendre modérée et capable de réflexion. Toi qui connais tant de remèdes, n'en ?s-tu point quelqu'un pour guérir cette fougue, ce bouillon du sang, plus dangereux qu'une fièvre ardente?
chiron. — Le remède est de se craindre soi-même, de croire les yens sages; de les appeler à son secours, de profiler de ses fautes passées pour prévoir celles qu'il faut évitera l'avenir, et d'invoquer souvent Minerve, dont la sagesse est au-dessus de la valeur emportée de Mars.
Minerve, c'est Fénelonpour le duc de Bourgogne, c'est Mentor pour Télémaque; mais, avant même d'avoir découvert que Minerve et Mentor ne faisaient qu'un, c'est à Mentor et à Minerve réunis qu'il rapporte la gloire de ses hauts faits et de ses bonnes actions : « C'est vous, disait-il, ô grande déesse, qui m'avez donné Mentor pour m' instruire et pour corriger mon mauvais naturel; c'est vous qui me donnez la sagesse de profiter de mes fautes pour me délier de moi-même; c'est vous qui retenez mes us Impétueuses; c'est vous qui me faites sentir le plaisir de soulager les malheureux; sans vous je serais haï et digne de l'être. » Le voyant « devenu si doux, si attentif à obliger les hommes, si officieux, si secourable, si ingénieux pour prévenir tous les besoins », les chefs alliés ne savent que croire; ils ne reconnaissent plus en lui le même homme. Eh quoi! celui qui verse des larmes si généreuses sur le corps
DE LITTÉRATI RE
d'Hippias, son enn< ■ ! : [ue qu'où vient
>us peindre si peu tendi . . ment impatient
ut frein?
I laisir aux autres : il n'était point attaché aux . int donner. Ainsi. ur noble et porté au bien,
ssait ni oblig tsible à l'amitié, ni libéral, ni
- qu'on prenait pour lui. ni attentif à dislingu
-. ail nourri, i bauteur >-t une fierté qui ternissaient tout ce qu'il y do plus aimable en lui. I il comme étant d'une autre nature que le
mis Bur la l - -lieux
que pour lui plaire, tpourrap-
luicomraeà une divinité. Le bonheur de le servir était, selon lui,
: ■■ut. Il ne fallait jamais ■uver d'impossible quand il B'agissait de le contenter; et 1< = moindres retardement* h: naturel ardent.
Ceux qui l'auraient vu ainsi dans son naturel auraient ju?é qu'il était inca- .r autre chose que lui-même, qu'il n'était sensible q tle indifférence pour les autres tinuelle sur lui-m talent que du transport continuel où il était jeté
apte du malt) i
.'il sentit dès sa première jeun ent pu
hauteur. Dépourvu de tout, abandonné, il de maux, il n'avait rien perdu de s
.que effort qu'on fasse pour l'abaiss
Voilà le caractère inné; L'éducation a pu en réprimer, non pprimer la fougueuse ardeur. Un seul des regards de Mentor, il est vrai. L'arrête dans sa plus grande impétuosité; mais il ne pouvait être retenu que par Mentor; et quand Mentor est loin de lui, toutes ses passions, un moment suspendues, mentleui i ne voit point cependant qu'elles se dé-
chaînent, et l'on est un peu surpris même qu'elles s'apaisent . et [jour toujours. La pratique de la vie et le contact des autres hommes, sans doute, ont d'abord exaspéré, puis a
sse qui avait besoin de jeter son premier feu. Mais
<jue Mentor, même absent, est encore près de
; iqne, Le conseille et Le soutient encore; c'est que, toute
•eculte mise à part, le succès de L'épreuve que
Mentor lui impose est assuré. Il est discipliné déjà et dompté :
s, et il est bon qu'il
Dite, il est bon qu'il se heurte a le ses
-. pour revenir à Mentor avec un peu de honte et beau-
. L ; tint de départest donc fortement mar-
TÉLÉMÀQUE 31
que, afin que nous puissions mieux mesurer la distance qui le sépare du point d'arrivée. Le portrait de Télémaque n'était pas ]e seul où le duc de Bourgogne pût reconnaître quelques traits de son ancien naturel : voyez celui de Boccoris, fils indigne de Sésostris, ce Louis XIV de l'Egypte.
Il comptait pour rien les hommes, croyant qu'ils n'étaient faits que pour lui et qu'il était d'une autre nature qu'eux. Ce n'était pas qu'il manquât île génie ; ses lumières égalaient son courage : mais il n'avait jamais été instruit par la mauvaise fortune ; ses maîtres avait empoisonné par la flatterie son beau naturel. Il était enivré de sa puissance et de son bonheur; il croyait que tout devait céder à ses désirs fougueux : la moindre résistance enflammait sa colère. Alors il ne raisonnait plus ; il était comme hors de lui-même : son orgueil furieux en faisait une bête farouche ; sa bonté naturelle et sa droite raison l'abandonnaient en un instant : ses plus fidèles serviteurs étaient réduits à s'enfuir ; il n'aimait plus que ceux qui flattaient ses passions. Ainsi il prenait toujours des partis extrêmes contre ses véritables intérêts, et il forçait tous les gens de bien à détester sa folle conduite.
L'assagissement de Télémaque est brusqué peut-être Minerve a trop peu de temps cà passer sur la terre pour ne pas hâter les progrès trop lents de son œuvre), mais il n'a rien d'invraisemblable. Beaucoup des défauts de Télémaque ne sont que des qualités poussées à l'extrême. Mentor sait tirer parti de ces forces mal réglées, et du défaut, qu'il atténue, déira^er, pour ainsi dire, la qualité, qu'il épure et qu'il fortifie. C'est ainsi que, comme Fénelon près du duc de Bourgogne, il fait souvent appel au sentiment de l'honneur, très vif dans le cœur du jeune prince. En bon héros homérique, Télémaque aime cà dire : a Je suis le fils du grand Ulysse, le plus sage des rois de la Grèce qui ont renversé la superbe ville de Troie. » Mais un tel nom oblige, Télémaque le sent, et n'a pas besoin que Mentor se faligue à le lui rappeler. Après une faute, éperdu, ne pouvant se supporter lui-même, il s'enfuit dans sa tente : « Hélas! disaitil, oserai-je revoir Mentor? suis-je le fils d'Ulysse, le plus sage et le plus patient des hommes? » De ce qu'il doit à son père il ne sépare pas ce qu'il doit à son précepteur. Mentor fait mieux encore, et c'est en ceci peut-être que son enseignement a la valeur la plus hautement morale : il habitue Télémaque à considérer ce qu'il se doit à lui-même, non seulement parce qu'il est le fils d'Ulysse, mais parce qu'il est Télémaque. Plus on distingue en lui «je ne sais quoi d'heureux, qui vient des dons du Ciel et qui n'est point dans le commun des hommes », plus il se doit de n'avilir cette heureuse nature ni aux yeux des autres, ni à ses propres yeux. Ce « je ne sais quoi » que Narbal ne
il RS DE LÏTTÊRAT1
définil : i cœur, la
Lelle horreur do - lémaque brave
>rt plutôt que de dissimuler ta vérité : Il suffit que le
• pour n'être pas digne d'un homme
qui j I qui doit tout à la véi i
1 quel parti un psychologue aussi pénétrant que disposition morale, assez foi le àelle pour conti si 3défauts.Et comme à cette sincé-
ajoute une curiosité attentive, comme Télémaqueest naturellement observateur au point de noter quelquefois par écrit ses impress le peur d'oublier quelque circonstance
utile »), il le plie à tout considérer de près, à se compai ceux qui l'entourent, à Les interroger, à s'interroger et
- p lui-même. Il y a bien du bavardage et de la naïveté danslerécit du quatrième livre; mais il y aaussi quelque G
ion et de réflexion. Dans le moindre i léma-
par lesquels il
pendant son séjour à Chypre, l'Ile voluptui m ment
lia d'abord horreur de ce qu'il roit, puis insensiblement s'y
itume, --i c imment, envahi par une mauvaise honte de la
. il sent s'affaiblir tous Les jours la bonne éducation qu'il
ne.
int de vue de l'observation et de l'analyse intérie une partie du sixième livre est admirable. Télémaque, si aident à suivre partout les traces de son père, est . a ûntenant par une molle lassitude. Et pourquoi, après
tout, ne demeurerait-il pas dans cette lie? Ulysse ne vit plus, seule, Pénélope n'aura pu résister àtantde ndants. Mais lui, que deviendra-t-il sans Mentor? Le silence même de cet inflexible confident le condamne; il voudrait parson cou, et il n'ose, retenu par la crainte d'aller plw loin qu'il ne voulait p lu péril, car le péril •i.r. " Un moment les paroles artificieuses d'Eucharisle remplissent de dépit contre un maître dont il voudrait ier le joug : mais tout aussitôt il s'attendrit, se désespère : Mentor m'abandonne ! c'est fait de moi! » Enfin Mentor l'entraîne Laque, qui n'était pas encore assez fort pour le suivre de lui-même, l'était déjà assez pour se laissei m M is que de subterfuges, q
i avani de se résign parationl Non,
il ne veut point demeurer dan- cette i le : qu'on Lui permette
il dédire à Eucfa iris un dernier adieu; après, il par-
tira sans retard. Devant l'incendie du navire construit par Mentor, il est tenté de se réjouir; en tout cas, il s'en accommode : k Me voilà donc rengagé dans mes liens! il ne nous reste plus aucune espérance de quitter cette île. » Précipité à la mer par Mentor, surpris d'abord, étourdi, «mais revenant àlui et voyant Mentor qui lui tendait la main pour lui aider à nager, il ne songea plus qu'à s'éloigner de l'île fatale. A mesure que Télémaque s'éloignait de L'île, il sentait avec plaisir renaître son courage et son amour pour la vertu. » 11 a tort seulement de le dire à Mentor dans un beau langage, après avoir bu l'onde amère, avant d'être en sûreté. Il a tort surtout de se porter, avec une ardeur irréfléchie, d'un extrême à l'autre, et de tenir pour suspects tous les plaisirs. Mentor doit lui rappeler, en souriant, que la véritable sagesse n'a rien d'austère et n'a point de honte de paraître enjouée quand il le faut.
Ici il y a vraiment étude de caractère; ici le roman cesse d'être un traité de morale, et n'en est que plus instructif, précisément parce que l'étude du cœur humain n'y est pas figée en formules.
L'éducation d'un prince.
Mais cet adolescent qu'il faut prémunir contre les passions est aussi un prince qu'il faut préparer à régner. Fénelon et Mentor entendent faire de lui « un roi philosophe », car « un roi n'est heureux dans sa puissance qu'autant qu'il la soumet à la raison » ; et la raison a son expression dans la loi. Si la loi gouverne le souverain aussi bien que le peuple, le souverain sera obéi et sera aimé. C'est se tromper que de croire solide une puissance qui se fonde sur la force seule : « L'autorité seule ne fait jamais rien; il faut gagner les coeurs. » Cela ne veut point dire que la seule vertu d'un bon et grand roi devra être la douceur : s'il ne peut prévenir certains désordres, il est nécessaire qu'il sache les punir : « C'est une clémence que de faire d'abord des exemples qui arrêtent le cours de l'iniquité. Par un peu de sang répandu à propos, on en épargne beaucoup par la suite, et on se met en état d'être craint, sans user souvent de rigueur. » Voilà qui n'est point si tendre, en vérité !
Cela ne veut point dire davantage que, pour faire le bonheur de son peuple, le roi digne de ce nom devra n'être qu'un roi
pacifique. I [uérants sont fort malmenés dans
ches, qui ne savenl pas, à 1 ■ [u'on leurdéclare, ne sonl pas éparin peuple de conserver son chef ou i, il lui es ire de ne le voir point
d'une réputation douteuse sur la valeur. Mais les bienfaits trop souvent opposés aux maux «1»' la guerre pour que le sentiment de Fénelonet de Mentor puisse être douteux. Ce qui déplaît, c'est de voir Télémaque lui-même, au main d'une bataille, déclamer et contre laguerre, et contre la ^'I«"»ire monstrueuse » des rois guerriers, au nom de la fraternité des hommes. Quel guerrier sera donc ce discoureur
i jue, dont le cœur est si tendre et si facile à s'émou A de certains moments, on dirait qu'il esl Achille, ou Coud'-.
ir <lu combat étant venu, à peine l'Aurore ouvrait au soleil les portes d chemin semé de roses, que le jeune Télémaque, prévelus vieux capitaines, B'arracl . et mit en mouvemenl :in? flottants, brillait dé
Vulcain av.
naturelle, l1 [ui y ébtit cachée, ii tenait sa lance d'une
de l'autre il montrai; qu'il fallait occuper. Minerve
avait mis dans ses yeux un feu divir ière qui
■ Uait la vie;
Mais, plus loin . ce feu divin qui reluit dans ses yeux n'est plus qu'un courage « doux et paisible », et on prend Télémapour Minerve même, tant il parait saqe et mesuré au milieu des plus grands périls ». Coudé a disparu; nous n'avons plus devant nous qu'un héros clément et humain, qui harangue Adraste renvers ••-, et s'expose candidement à sescoups
les. Il tue Périandre, mais non sans avoir pitié de lui. 11 a précipite dans les enfers une foule de combattants
■nt assez brusquement Achille; mais, partout ailleurs (la comparaison s'impose, et l'on y revient malgré soi , il est le pieux Enée, trop scrupuleux pour être un bon politique, trop blepour être un bon soldat.
Prenons-le, non pas dans la guerre, où il est mal à l'aise, mais dans la paix, pour laquelle la déesse pacifique l'a sp lement formé. Il n'aura jamais assurément la vainc hauteur de nient jamais avoir torl ■ . Mais quell<
S ivernemenl ? quelles les 3 .i rendi e ses sujets heureux el prosp
On ne le voit pas fort nettement. Ali ! il y a, çà et là, quelques vues assez nettes et sur le clergé et sur la noblesse. Nous apprenons, par exemple, que les rois ne doivent jamais entreprendre de régler les choses de la religion, car « la religion vient des dieux, elle estau-dessus des rois ». Fénelon se souvient là qu'il est évoque; ailleurs il se souvient qu'il appartient à l'aristocratie, et il imagine alors de distinguer les conditions différentes par des habits de différentes couleurs : blanc avec une frange d'or, bleu avec une frange d'argent, vert sans frange, jaune d'aurore, rouge pâle, gris de lin, jaune et blanc, gris-brun, avec défense de jamais changer, soit la nature des étoffes, soit la forme des habits. Ces imaginations bizarres ont pour elles, du moins, d'être inoffensives; elles attestent seulement celte manie de réglementation dont Fénelon semble possédé, car il règle ensuite la musique, l'architecture, la peinture, la sculpture. Mais ce n'est pas par les seuls habits qu'il distingue les classes.
Réglez les conditions par la naissance. Mettes au premier rang ceux qui ont une noblesse plus ancienne et plus éclatante. Ceux qui auront le mérite et l'autorité des emplois seront assez contents de venir après ces ancienne* et illustres familles qui sont dans une si longue possession des premiers honneurs. Des hommes qui n'ont pas la même noblesse leur céderont sans peine, pourvu que vous ne les accoutumiez point à se méconnaître dans une trop prompte et trop haute fortune, et que vous donniez des louanges à la modération de ceux qui seront modestes dans la prospérité.
« Une monarchie absolue, dit ME. Nisard, des sujets partagés en classes, que dislingue un habit différent, la vertu pour toute constitution, voilà l'idéal de Fénelon. » M. Nisard ne rend pas assez justice à plus d'une idée généreuse ou nouvelle; mais il est certain que toute cette politique est bien vague et parait souvent n'être que de la morale. Encore si cette morale était toujours pratique! mais en plus d'un endroit elle dégénère en utopie. La description, disons mieux, la vision de l'idéale Bétique est dominée, pénétrée par la chimère de la « simple nature », source unique de la vraie sagesse et du bonheur vrai. Les habitants de ce pays n'ont de rois que les chefs de famille, « vivent tous ensemble sans partager les terres », sont tous égaux et libres. Là « tous les biens sont communs ». Cette république de Platon n'est pas donnée comme réalisable dans la société d'aujourd'hui; mais c'est que cette société est corrompue. Où donc est la société pratiquement réalisable et désirable? On la cherche en hésitant entre ces évocations de Lacédémone
etdumoyei ,S a vent une idée juste est enti iment
elle • - i l'importance
lucation desenfants; mais il à déclarer, en pla-
Lonki( - ■ i leui - parents qu'à
L'amour de La tu.
si mieui intentionné qu'encoi de tant de difficultés ce métier il i roi, père de la grande fagrand troupeau, que Télémaque recule devant un devoir si ingrat et une si lourde responsabilité.
Dior parlait ainsi, Télémaque était plongé dans la Irii et dans le chagrin. Il lui répondit enfin avec un pet.
ses sont Traies -' bien malheureux. Il -
tous ceux auxquels il parait ■ st fait pour eux, il se doit tout
entier à eux, il est chargé de tous leurs besoins, il est l'homme de tout le chacun en particulier, il faut qu'.:
lureux. L'autorité nne; il ne peut rien faire ni est celle des lois, il faut qu'il obi donner l'exemple A propren
. les faire régner; il faut qu'il veille et qu'il travaille pour les :iir; il est l'homme le moins libre et le moins tranquille
re qui sacrifie son rep or la liberté
Et Télémaque n'a pas tout à fait toi t, et la réponse de Men- [ui lui promet, comme récompenses, la gloire et la salifaction intime de la conscience, ne suffit pas à le rassurer, d'autant plus qu'il lui promet aussi l'ingratitude de ceux à qui il se sera dévoué : « Il faut compter sur l'ingratitude dos hoin-
. faite pour sédui I i te, mais les âmes déjà mûries et affer-
. moins faite peut-être pour ranimer et soutenir la timorée d'un Télémaque ou d'un duc de Bourgogne, lia • taient, iis suivaient; mais, pour atteindre le but, si haut | qu'on assignait à l nrs efforts, il- ne trouvaient plus en eux La force intérieure dont ils auraient eu b< g n'a-
grandi qu'au détriment de leur virilité, pour savoir
trop bien obéir qu'ils ne savaient plus assez fortement vouloir'.
L'éducation d'un lettré. — Le style. — Le sentiment de l'antiquité et le sentiment de la nature.
Tout, dans le Télémaque, est subordonné à la morale qui fait un homme, à la politique qui fait un prince, et qui le plus souvent est de la morale encore. Former l'homme de goût, le lettré délicat, c'était chose secondaire aux yeux de Fénelon; mais, précisément parce qu'il visait moins ce but, il y atteignait plus sûrement peut-être.
Il ne songeait point à apprendre au duc de Bourgogne à lire, bien que Télémaque, captif en Egypte, vante les bienfaits de la lecture.
Pour mieux supporter l'ennui de la captivité et de la solitude, je cherchai des livres; car j'étais accablé de tristesse, faute de quelque instruction qui put nourrir mon esprit et le soutenir. « Heureux, disais-je, ceux qui se dégoûtent des plaisirs violents, et qui savent se contenter des douceurs d'une vie innocente ! Heureux ceux qui se divertissent en s'instruisant, et qui se plaisent a cultiver leur esprit par les sciences ! En quelque endroit que la fortune ennemie les jette, ils portent toujours avec eux de quoi s'entretenir; et l'ennui, qui dévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s'occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire et qui ne sont point, comme moi, privés de la lecture ! »
Mais Philoclès, exilé aussi et malheureux, nous apprend ensuite qu'il faut lire « non pour orner son esprit ni pour contenter sa curiosité,. mais pour s'instruire en se délassant de ses travaux et pour apprendre à être bon. » Le goût de la beauté et de la vérité recherchées pour elles-mêmes, indépendamment de toute application utile et morale, Fénelon ne semble pas l'avoir conçu, ou, s'il l'a conçu, il a dédaigné d'en vanter à son élève le charme ou la grandeur.
Il ne songeait point davantage à lui apprendre à parler. Télémaque est éloquent, il est vrai, mais sans s'être jamais exercé à l'être. Quand il parle dans l'assemblée des rois, chacun pense, « non à lui ni aux grâces de sa parole, mais à la force de la vérité qui se faisait sentir dans la suite de son raisonnement ». C'est louer Télémaque comme Fénelon avait loué Démosthène dans les Dialogues sur l'éloquence, comme il le louera plus tard dans la Lettre à V Académie. Mais la louange