Voyez le premier fascicule de Fénelon
dejeui sa latin se montre plus occupé du désir
[ne de la justii use, et les œuvj es de la
matui - - rodes affaires, l'amour de la
liberté, la eraii i i ls dont il était menacé, lui faisaient
aire dea efforts dignes d'un orateur1 ». D'autre part, il met dans la bouche sthènes l'aveu d'un certain amour de
-aide de l'amour du bien public8. 11 n'est donc
ipe d'un engouement aveugle; mais il aime à personni-
ii Gicéron, les avocats préoccupés avant tout de plaire et
p gner une cause, en Démostliènes les citoyens que le dan-
le la patrie fait orateurs, et dont les paroles sont des actes. C'est ce qui explique que, dans la Lettre ù l'Académie, Fénelon, non seulement ait voulu renouveler une troisième fois ce parallèle, mais en ait fait le centre et l'àme de son chapitre le plus important. Isolée de tout le reste, cette page suffirait à indiquer dans quel esprit Fénelon a écrit son ouvrage, car elle n'est que le développement du précepte capital: « L'homme véritablement digne d'être écouté est celui qui ne se sert de rôle qu>:- pour la pensée, et de la pensée que pour la vét la vertu. » Dans son ensemble, le jugement porté sur - est donc vrai, si on le tempère par les réserves que nous avons empruntées à Fénelon lui-même, et si l'on se souvient que la situation des deux orateurs et des deux pays était loin d'être la même. Dans ses Parallèles [10s.. Perrault l'observait déjà: il faut tenir compte du goût particulier de chaque nation :
Cela supposé, nous ne serons pas réduits à ne reconnaître qu'un seul excellent orateur, ce qu'il faudrait faire s'il n'y avait qu'une seule manière d'être éloquent. N iple et concis, a été l'o-
rateur le pli.- a, abondant et orné, celui qui a
touché davanta. as.
Mais - borner à constater la différence des deux élo-
quences sans l'expliquer, et Perrault gâte bientôt ce qu'il;, juste dans sa thèse, en reprochant à Démosthènes de n'être pas >n: La simplicité de Démosthènes n'est pas majestueuse, et, quand elle le serait, il a tort de n'y avoir pas joint de la pompe el de I i magnificence dan- un ouvrage qui en demandait.... Il fallait là du sublime et de l'héroïque : où pouvait-il plus
à propos déployer les grandes voiles de l'éloquence et employer ses plus nobles figures et ses plus beaux ornements? » 11 est vrai qu'il s'appuie sur la définition que Cicéron, « plus savant et mieux élevé », donne de l'éloquence, « art de parler avec abondance et avec ornement », et qu'il préfère le de Signis à la quatrième Philippique, avec cette même inintelligence de l'antiquité qui lui t'ait écrire, à propos de Thucydide : « Le style de l'hisloire n'était pas encore formé en ces temps-là. » Au fond, Cicéron ne pouvait être un Attique sans renoncera plaire au peuple romain; c'est ce qu'il montre fort bien dans ses discussions avec les Attiques contemporains, imitateurs maladroits des Grecs. Son génie, d'ailleurs, plus ample et abondant que sobre et délicat, ne l'y inclinait point; mais ce génie est essentiellement romain, comme celui de Démosthènes est essentiellement grec; l'un manque parfois de mesure, l'autre semble parfois un peu maigre et sec aux yeux des lecteurs modernes, habitués à une richesse plus ornée. 11 est permis même de se demander si Fénelon, ici encore, entraîné par son parti pris d'admiration pour la simplicité toute nue, n'a pas méconnu les conditions nouvelles de l'éloquence. De même qu'il va trop loin lorsqu'il veut imposer aux prédicateurs de son temps la simplicité évangélique des Pères de l'Église, de même il risque de s'égarer et d'égarer les orateurs en leur imposant la simplicité attique, qui semblerait voisine de la sécheresse à un auditoire d'aujourd'hui.
Enfin il faut reconnaître qu'aucune gloire n'a été plus contestée que celle de Cicéron : subie avec mauvaise grâce, deson temps même, par certains puristes, comme Pollion, rabaissée par les partisans d'une éloquence nouvelle, et, pour ainsi dire, révolutionnaire, relevée par Quintilien et son école, elle a mis aux prises, au xvie siècle, les cicéroniens et les anticicéroniens dans une guerre longue et plaisante. Longtemps après, Jean- Jacques Rousseau ne sera guère que l'écho de Fénelon, quand il écrira dans son Emile (livre IV) : « Entraîné par la mâle éloquence de Démosthène, mon élève dira : « C'est un orateur;» mais en lisant Cicéron, il dira : « C'est un avocat. » On peut accepter une conclusion formulée en ces termes, à condition toutefois que les termes soient bien précisés. Oui, il est certain que Cicéron est trop avocat, même dans les discours politiques, mais il est certain aussi que, comme avocat, il n'a pas d'égal, et que les plaidoyers civils de Démosthènes sont inférieurs aux siens. Si l'orateur grec a plus de hauteur, l'orateur latin a plus desou-