‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 211 sur 228 · C. de Litt. — fknfj.on Lettre à l'Acad · texte numérisé non relu

C. de Litt. — fknfj.on Lettre à l'Acad

■ et de vai.' . V ilà dans quel s. -us on peut accepter le I Delon, résumé par Rousseau dans une formule

mte. Même en l'acceptant dans son ensemble, on b le droit de le compléter par le jugement de Quintilien, et d'affirmer après lui que Cicéron rat et reste le vrai roi du barreau.

1. "éloquence profane : les orateurs modernes. — Théorie des climats et des milieux.

D'une manière générale, et malgré les éloges naïvement prodigués à certains orateurs romains, comme ce Maulius, dont : aence doit être restituée à Tite-Live, c'est Rome qui est sacrifiée à la Grèce. L'éloge deDémosthènes tourne en condamnation, non seulement de Cicéron, mais des Latins.

Voilà le }<"» teu foi parle sou mitre ornement i/ne sa force. Il rend ! Bible à tout le peuple ; il le réveille, il le pique, il lui montre l'abîme ouvert, st dit pour le salut commun; aucun mot n'est pour 1' il ins-

truite! touche; rien ne l»i . 1 !♦■ . Il est vrai que les Romains suivirent assez tard

- pour cultiver les belles-lettres. Les Romains étaient occuguerre, de l'agriculture et du commerce d'argent.

Et ce sont les Latins, Virgile, Horace, qui sont appelés à témoigner contre eux-mêmes. A combien plus forte raison Fénelon devait dédaigner nos orateurs modernes, si déchus même des Latins !

: pas autant d'ardeur pour gagner le procès de la rente d'un particulier, que les rtaél ;nl d'ambition pour s'emparer

de l'autorité suprême dans une république. Un avocat ne perd rien el s même de l'argent en perdant la cause qu'il plaide. Est-il jeune, il se bâte de plaider avec élégance pour acquérir quelque réputation, et sans avoir jamais étudié ni le fond des lois ni les grands modèles de L'antiquité. A-t-il quelque

! borne aux consultations, où il s'enrichit. . îles plus estimables sont ceux qui exposent nettement les ol avec précision à un principe de droit, et qui répondent aux objections suivant ce principe. Mais o'i s-mt ceux qui possè lent le m et de remuer les cœurs de tout un peuple ?

Cette condamnation sommaire a «Hé souvent et vivement disculée. A ne parler que des avocats, est-ce que, depuis le xviesièbarreau français ne renfermait que des parleurs cupides ou de froids dialecticiens? Les Pasquier, les Arnauld, les Le-

maître, n' avaient-ils pas fait admirer, en des causes déjà retentissantes, une éloquence rajeunie aux sources antiques? Et n'avait-on pas eu l'avocat académicien Olivier Palm, si logique dans la composition d'un plaidoyer, si châtié dans l'expression? Si Fénelon, successeur de Pellisson à l'Académie, s'était gardé de rappeler, dans son discours de réception, les mémoires écrits en faveur de Fouquet, les seuls plaidoyers français, selon Voltaire, qui rappellent Cicéron, il avait rendu hommage à son éloquence ; il avait été jusqu'à dire, avec beaucoup de grâce et un peu d'exagération : « Son style noble et léger ressemblait à la démarche des divinités fabuleuses qui coulaient jusque dans les airs, sans poser les pieds sur la terre. » Et, d'ailleurs, toute l'éloquence française est-elle donc réfugiée au barreau? et peut-on souffrir que Fénelon écrive : « II ne nous reste guère de monuments d'une forte éloquence, ni de nos anciens parlements, ni de nos États généraux, ni de nos assemblées de notables; tout se décide en secret dans le cabinet des princes ou dans quelque négociation particulière : ainsi noire nation n'est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs pour dominer par la parole » ? Il oublie donc que, dès le xve siècle, l'éloquence parlementaire est née; que les a remontrances » parlementaires ont déjà leur signification et leur accent; qu'aux États généraux de 1483, Philippe Pot osait proclamer la souveraineté du peuple; que l'Hôpital fut un grand homme d'État, et plus encore, un grand honnête homme; que du Vair l'ut un magistrat cicéronien, très digne d'estime, sinon d'admiration, dans sa majestueuse gravité; que la Satire Ménippée s'achève sur la harangue de d'Aubray, si éloquemment française? Mais Fénelon pourrait répondre qu'il ne connaissait point ces premières manifestations d'une éloquence encore incertaine, ou que, les connaissant, il n'a pas jugé qu'elles méritassent d'être comparées aux œuvres des grands orateurs de la Grèce ou même de Rome; et peut-être n'aurait-il pas tout à fait tort. Les avocats du xvie siècle et même ceux du xvne restaient encore les prisonniers d'une érudition pédantesque ; Patru, un nom plus qu'un auteur, selon le mot de Sainte- Ueuve, était grammairien et critique avant tout; l'éloquence de Pellisson était une éloquence écrite, bientôt refroidie. Pour nos anciens orateurs parlementaires, lequel d'entre eux a exercé une influence décisive sur les destinées de son pays? Lui-même, l'Hôpital, en dépit de ses discours aux États généraux d'Orléans et de Saint-Germain-en-Laye, a laissé surtout le souvenir d'un

esprit caltiré et d'ui - la Brutus,

fermement

temps les plus eillait

- plus inl - - ncore

embryonnaire, el ne craignait pas -1' - l Lion à 1

s isser la piété patriotique jus-

qu'à la s • f ion.

turité do la pensée, maturité du style, ces deux conditions

«ont : don pour qu'il y ait éloquence.

Une autre condition lui semble plus nécessaire ' c'est

ici qu'il est le plus fort. L irateur, pour lui, n'est pas

celui qui parle avec élégance ou avec chaleur, mais celui qui

nerne par la parole1. Quel orateur français avant la

ition a pu jouer ce rôle actif, ou plutôt quel parleur

vraiment orateur? Si nous étions tentés de nous

Ire de ce que peut avoir d'exagéré dans la forme une vue

si juste au fond, il nous suffirait, pour pardonner à Fénelon, de

relire la page si neuve qu'elle lui a ins]

Je s l'une comparaison qu'

tes ont aujourd'hui lu même forn fruit» •: :it i! y a deux mi. luisent les

» que je prend; la liberté 'de représenter. Lapre-

. certains climats sont plus heureux que d'autres pour certains

talents, comme pour certains fruits. Par exemple, le Languedoc el la Provence

produi- I un meilleur goût que la Normandie et

ient d'un naturel plus propre *iux beaux-arts qi. - s.' Les Siciliens s plus propret

ut même que les Athéniens avaient un

que je remarque,

*5t qu raient une espèce 'i-.- l-ni'u-.- tradition, qui nous manque.

a l'éloquence que notre nation n'en peut avoir.

Chez les Grecs tout dépendait du peuple, el le peuple dépendait de la par. le.

ur fi-rme de jrouvernement. la fortune, la réputation, l'autorité, étaient

m de la multitude. Le peuple était entraîné par les

i artificieux et véhéments. La parole était le grand ressert en paix et en

guerre. De là viennent tant de ham: ni rapporté

ni presque incroyables, tant elles sont loin de .

re ici jusqu'aux caus ,bien au-dessus

- anciens et des Modernes. El pourtant c'est

1. Voltaire dira comme Péneloa : La grande éloquence n'a guère pu en

:e qu'elle n<- conduit pas aux honneurs tard'hui dans Londi es, et n ■ blics. Il se pourrait bien que le gouvernées quelgouvernement de Kicheaer Talon et de Jérôme F;ignon. »

cette querelle qui lui fournit son point de départ. Perrault salait écrié, dans le Siècle de Louis le Grand :

A former les esprits comme à former les corp< La Nature en tout temps fait les mêmes effort- : Son être est immuable, et cette force aisée Dont elle produit tout, ne s'est point épuisée.

Et il l'avait répété dans son Parallèle : « La Nature est immuable et toujours la même dans ses productions; et comme elle donne tous les ans une certaine quantité d'excellents vins, parmi un très grand nombre de vins médiocres et de vins faibles, elle forme aussi, dans tous les temps, un certain nombre d'excellents génies parmi la foule des esprits communs et ordinaires. » En l'accordant à Perrault, par une concession de pure forme, Fénelon s'attache à montrer qu'elle-même cette toutepuissance de la Nature est réglée par certaines lois, et il s'empare de la théorie des climats, déjà esquissée par Fontenelle, cet autre partisan des Modernes, et il la retourne contre eux, et il la fortifie en y ajoutant ce qu'on peut appeler la théorie des milieux. Si l'influence du climat n'est pas si absolument déterminante que le croit Fénelon, celle du milieu moral, surtout lorsqu'il s'agit de l'éloquence, a une valeur prépondérante, et tout le début de%ce chapitre, si nouveau à bien des égards, pourrait s'intituler : De l'éloquence dans ses rapports avec les institutions et les mœurs.

L'éloquence sacrée. — Les Pères.

Ce même Perrault ne craignait pas de préférer les prédicateurs du xvne siècle aux orateurs anciens. « Les ouvrages de nos excellents orateurs, disait-il, sont presque partout de la même force que le sont les ouvrages des anciens dans les endroits les plus beaux, les plus forts et les plus éloquents. » L'avis de Perrault ne pouvait être l'avis de Fénelon, car, dans les Dialogues sur l'éloquence, celui-ci s'était déjà déclaré le champion un peu absolu de l'éloquence évangélique des Pères1. 11 sera plus absolu encore dans la Lettre, et les défauts qu'il

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